Le noyau initial remonte au Corps-franc de l’Isère, mis en place autour du docteur Gaston Valois dans le nord-Isère dès 1941, puis structuré en 1943 en « Secteur 3 de l’Armée secrète » sous l’autorité du docteur Marcel Mariotte, médecin à Saint-Siméon-de-Bressieux.
Le maquis se fixe dans les bois et communes du plateau de Chambaran, notamment autour de Saint-Christophe-et-le-Laris, dans un contexte d’occupation allemande renforcée après novembre 1942 et de montée en puissance des MUR/AS dans la région grenobloise et drômoise.
Le maquis est organisé en groupes francs et compagnies appuyés par des liaisons, intendance et services (soins, renseignement, récupération d’armes). La hiérarchie opérationnelle relève du Secteur 3 AS, commandé par Marcel Mariotte.
À la fin de 1943, après le passage de Narcisse Geyer (« Thivollet ») vers le Vercors, Charles-André Lahmery, dit « Bozambo », prend le commandement d’une formation implantée près de Saint-Christophe-et-le-Laris.
Les liens sont étroits avec les réseaux et maquis voisins (Vercors, Oisans, Drôme nord), avec la chaîne des parachutages Buckmaster et, à partir de l’été 1944, avec l’état-major FFI régional (colonel Descour) en vue de l’intégration aux forces régulières.
De 1943 à l’été 1944, le maquis mène des coups de main contre des convois allemands, des sabotages et des opérations de récupération de matériels dans le nord de la Drôme et en basse Isère.
Il porte assistance à des rescapés du Vercors lors des opérations de juillet 1944. Fin août–début septembre 1944, les unités de Chambaran participent aux opérations de libération locales sur l’axe de la vallée du Rhône (notamment dans les secteurs de Beaurepaire et Vienne) puis se regroupent à Lyon.
Le 14 septembre 1944, à Lyon, le fanion des maquisards de Chambaran est décoré par le général de Gaulle lors de la revue des FFI.
Le maquis de Chambaran coopère avec les structures FFI de la région R1 et avec les formations du Vercors, bénéficie d’armes issues de parachutages et de saisies, et s’articule avec d’autres bataillons FFI de Chartreuse et de la Drôme lors de la libération de Grenoble et de Lyon.
Après la revue du 14 septembre 1944, les volontaires qui acceptent de poursuivre la campagne sont versés dans la 1re Armée : le 15 septembre, le bataillon de Chambaran intègre officiellement le Bataillon de marche n° 4 (1re DFL), où il constitue la « compagnie Chambaran ».
Chefs et figures marquantes
- Gaston VALOIS, médecin et organisateur du Corps-franc de l’Isère, pivot de la structuration du Secteur 3 avant son arrestation et sa mort en 1943.
- Marcel MARIOTTE, médecin et chef du Secteur 3 (basse Isère et Chambaran), commandant du bataillon de Chambaran jusqu’à l’intégration à la 1re Armée.
- Charles-André LAHMERY (« Bozambo »), chef de la formation de Chambaran à partir de décembre 1943, actif dans les actions de guérilla et la libération du nord-Drôme.
- Paulette SÉGURET née JACQUIER (« Marie-Jeanne »), agente de liaison et de combat du maquis de Chambaran, décorée par le général de Gaulle le 14 septembre 1944 à Lyon.
- Paul BURLET, instructeur affecté en juin 1944 au maquis de Chambaran, engagé ensuite au BM 4.
Victimes / morts
Les opérations de 1944 sur l’axe Grenoble–Lyon coûtent la vie à plusieurs résistants de Chambaran ; des pertes sont attestées lors des combats en périphérie lyonnaise à la fin d’août 1944, ainsi que dans les semaines de libération.
Les parcours individuels liés au bataillon et à ses groupes francs sont documentés dans les bases biographiques (Maitron Résistance) et dans les fonds des musées et archives départementales.
La phase clandestine prend fin à la Libération locale : le 14–15 septembre 1944, après la revue à Lyon, l’unité est intégrée au BM 4 de la 1re DFL ; les FFI qui n’optent pas pour la poursuite de la campagne sont démobilisés conformément aux directives.
Le bataillon de Chambaran cesse d’exister comme formation autonome de maquis et poursuit, pour ses volontaires, sous statut militaire régulier.
Conséquences et mémoire
La contribution militaire du maquis de Chambaran est notable dans la sécurisation du nord-Drôme et de la basse Isère, l’appui aux rescapés du Vercors et la consolidation du front FFI vers Lyon, prélude à l’intégration à la 1re Armée.
La répression de 1943–1944 entraîne arrestations et exécutions parmi ses membres.
La mémoire du maquis est entretenue par des cérémonies commémoratives, des dépôts d’archives (fonds « Secteur III – Chambaran » aux Archives départementales de l’Isère), des publications et, depuis 2024, par un espace muséal dédié au camp militaire de Viriville.
Le 14 septembre 1944 est resté un jalon mémoriel, date de la décoration du fanion par le général de Gaulle.
Références bibliographiques
- Le bataillon de Chambaran. Secteur 3 de l’Armée secrète de l’Isère, Pierre Deveaux, Presses universitaires de Grenoble, 1994. Ouvrage de référence issu de témoignages et d’archives sur la formation, l’action et l’intégration du bataillon de Chambaran à la 1re Armée ; précise la structuration du Secteur 3, les opérations de 1943–1944 et le passage au BM 4.
- Gaston Valois. La République à en mourir, Gil Emprin, Éditions du Musée de la Résistance et de la Déportation de l’Isère, 2013. Biographie appuyée sur fonds d’archives et sources locales retraçant le rôle du docteur Gaston Valois dans la mise en place du Corps-franc de l’Isère et du Secteur 3, ainsi que les conditions de sa disparition en 1943.
- Le Vercors, histoire et mémoire d’un maquis, Gilles Vergnon, Éditions de l’Atelier, 2002. Synthèse historienne sur le Vercors qui replace Chambaran dans l’arc résistants Dauphiné–Drôme, éclaire les interactions opérationnelles de 1943–1944 et les effets de mémoire croisée après 1945.
- Résistance dans la région grenobloise. 1940–1944, Pierre Bolle (dir.), Presses universitaires de Grenoble, 2013. Ouvrage collectif qui documente les secteurs de l’AS en Isère, la chaîne de commandement FFI (Descour) et la dynamique de libération jusqu’à l’intégration des unités, avec notices nominatives (dont Marcel Mariotte).
Références internet
- Musée de la Résistance en ligne (Fondation de la Résistance). « Intégration du maquis de Chambaran à la 1re Armée » : notice illustrée sur l’origine du bataillon (Corps-franc de l’Isère), son action 1943–1944, la revue du 14 septembre 1944 et l’intégration au BM 4 (compagnie Chambaran). https://museedelaresistanceenligne.org/media6650-Intgration-du-maquis-de-Chambaran-la-1re-Arme Musée de la Résistance en Ligne
- Musée de la Résistance en ligne (Fondation de la Résistance). « Remise de la Légion d’Honneur à une jeune résistante » : notice sur Paulette Séguret née Jacquier (« Marie-Jeanne »), résistante du maquis de Chambaran décorée à Lyon le 14 septembre 1944.
https://museedelaresistanceenligne.org/media6612-Remise-de-la-Lgion-dHonneur-une-jeune-rsistante
- Musée de la Résistance en ligne (Fondation de la Résistance). « Décoration de René Robert » : notice biographique et éléments sur la prise de commandement de « Bozambo » au maquis de Chambaran, près de Saint-Christophe-et-le-Laris. https://museedelaresistanceenligne.org/media1048-Dcoration-de-Ren-Robert
- Musée de la Résistance en ligne (Fondation de la Résistance). « Groupe de résistants posant devant une pièce d’artillerie légère » : légende relative au camp militaire de Chambaran, pièce prise au camp et contexte d’actions des groupes francs. https://museedelaresistanceenligne.org/media551-Groupe-de-rsistants-posant-devant-une-pice-dartillerie-lgre
- Ordre de la Libération. « Paul Léon Joseph Burlet » : notice biographique mentionnant l’affectation comme instructeur au maquis de Chambaran en juin 1944, la revue de Lyon et l’intégration au BM 4 (1re DFL). Lien : https://www.ordredelaliberation.fr/fr/medailles/paul-leon-joseph-burlet Musée de l’Ordre de la Libération
- Archives départementales de l’Isère. « Fonds Silvestre – Secteur III Chambaran » : inventaire signalant lettres, photographies, témoignages et documents du Secteur 3 et du maquis de Chambaran (cotes 57 J, dont « Secteur III – Chambaran »). https://archives.isere.fr/sites/isere-archives-fr/files/2024-10/57j.pdf
- Musée de la Résistance en ligne (Fondation de la Résistance). « Narcisse Geyer, dit “Thivollet” » : notice rappelant son passage au bois de Chambaran pour réception d’armes avant sa prise de commandement au Vercors. Lien : [Consulter la notice] URL complète : https://museedelaresistanceenligne.org/media5570-Narcisse-Geyer-dit-i-Thivollet-i-deuxime-chef-militaire-du-Vercors
- Musée de la Résistance en ligne (Fondation de la Résistance). Dossier « Antoine Bordignon » (PDF) : témoignages situant les groupes francs de Chambaran, leurs communes et leurs engagements à l’été 1944. https://museedelaresistanceenligne.org/musee/doc/pdf/280.pdf
- Musée de la Résistance en ligne (Fondation de la Résistance). Document OSS « Major C. E. Manierre, Jed Team DODGE » (PDF) : mention de l’importance opérationnelle du maquis de Chambaran dans le nord de la Drôme et de son rôle d’ossature AS/FFI. https://museedelaresistanceenligne.org/musee/doc/flash/texte/11483.pdf
- Musée de la Résistance et de la Déportation de l’Isère / Wikimedia Commons. Photographie « Paulette Jaquier, maquis de Chambaran, Lyon 14 septembre 1944 » (collection du MRDI) : illustration de la revue et de la présence du groupe « Chambaran » à Lyon. Lien : [Consulter la fiche] URL complète : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:M0998_91_
NOTA : Le groupe est attesté sous l’appellation « maquis de Chambaran » (parfois « maquis des Chambarands » au pluriel régional), issu du Secteur 3 de l’Armée secrète (Isère). Les formes « Chambarand » et « Chambarans » apparaissent dans certaines sources locales et mémorielles ;