La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

Maquis de la Vallée Française (La Picharlerie – Bir-Hakeim – brigade Montaigne)

La Vallée Française, au cœur des Cévennes lozériennes, devient dès 1943 un haut lieu de refuge et d’organisation clandestine avec la création d’un maquis-école à la ferme de La Picharlerie, sur la commune de Moissac-Vallée-Française.

Ce noyau initial formé autour d’enseignants et de militants locaux est rapidement intégré aux structures de l’Armée secrète (AS).

Au début de mars 1944, le maquis itinérant « Bir-Hakeim » installe son poste de commandement à La Picharlerie et met sous sa tutelle le maquis-école ainsi qu’une partie de la brigade « Montaigne » (MOI) cantonnée au Galabertès, scellant l’existence d’un ensemble opérationnel cévenol que les sources désignent, selon les moments, comme « maquis de La Picharlerie », « maquis de la Vallée Française » ou « Bir-Hakeim en Cévennes ».

La forme occitane « Picharlarié » apparaît aussi dans les archives.

Organisation interne

Le dispositif repose sur un PC à La Picharlerie, des groupes de combat mobiles appuyés par des soutiens villageois et des relais protestants cévenols, et l’agrégation de formations voisines (brigade Montaigne – MOI).

Bir-Hakeim, structure itinérante aguerrie, impose un mode de fonctionnement militaire, motorisé et offensif, tout en s’appuyant sur les filières locales d’hébergement, de ravitaillement et de renseignement.

Les sources mémorielles confirment la présence, en avril 1944, de détachements espagnols et de militants antifascistes allemands aux côtés des Cévenols, ainsi que des tensions avec certains chefs locaux face aux méthodes jugées trop risquées.

Actions menées pendant la Résistance

Du 7 au 12 avril 1944, le secteur de Saint-Étienne-Vallée-Française et des hameaux de La Picharlerie et du Galabertès devient un théâtre d’affrontements majeurs.

Le 7 avril, une voiture de feldgendarmes est mitraillée à Saint-Étienne-Vallée-Française, ce qui déclenche des opérations d’envergure contre les maquis.

Les combats du 12 avril autour de La Picharlerie et du Galabertès provoquent des pertes et la dispersion partielle des groupes.

À la fin mai, la colonne reconstituée est encerclée à La Parade, sur le causse Méjean : trente-quatre maquisards sont tués le 28 mai 1944 et vingt-sept prisonniers sont fusillés le lendemain au ravin de la Tourette, à Badaroux.

Ces journées scellent la saignée du dispositif de la Vallée Française.  

Liens avec d’autres réseaux ou mouvements

Le maquis-école de La Picharlerie relève de l’AS cévenole et coopère avec Bir-Hakeim, lequel absorbe une partie de la brigade Montaigne (MOI) et coopère avec des guérilleros espagnols rattachés à la 3e division.

Plusieurs acteurs ont transité par des circuits BCRA/SOE, notamment via des liaisons Buckmaster attestées pour le chef espagnol Miguel Arcas.

Les relations avec d’autres maquis cévenols sont denses mais parfois tendues quant au degré d’exposition des populations civiles.

Chefs et figures marquantes

  • Jean CAPEL (« commandant Barot »), chef de Bir-Hakeim, dirige l’ensemble lorsque le PC est à La Picharlerie ; il est tué à La Parade le 28 mai 1944.
  • Paul DEMARNE (« Max ») lui succède à la tête des rescapés et tombe à son tour au combat dans la nuit du 3 au 4 août 1944.
  • François ROUAN (« Montaigne ») prend ensuite la responsabilité d’un Bir-Hakeim exsangue.
  • Marceau LAPIERRE est associé à la création du maquis-école,
  • Miguel ARCAS encadre des guérilleros espagnols et a des connexions Buckmaster.

Parmi les maquisards locaux, on relève également Louis VEYLET, instituteur et militant communiste tué près de Sainte-Croix-Vallée-Française en avril 1944.

Victimes / morts

Les pertes culminent lors de la « Pentecôte sanglante » de mai 1944 : trente-quatre morts à La Parade le 28 mai et vingt-sept fusillés au ravin de la Tourette à Badaroux le 29 mai, soit soixante-et-un combattants tués, parmi lesquels

  • Jean Capel,
  • Camille SALLAN,
  • Pierre VIGUIER,
  • Jean FARELLE,
  • Henri GEBELIN, ainsi que plusieurs Espagnols et Allemands antinazis (dont Anton LINDNER).

D’autres tombent en avril 1944 autour de La Picharlerie et de Sainte-Croix-Vallée-Française, à l’exemple de Louis Veylet.

L’unité cévenole adossée à La Picharlerie cesse d’exister comme bloc opérationnel après La Parade et la mort de Capel ; les survivants se replient, se dispersent ou se réaffilient à d’autres formations combattantes.

La disparition de Demarne en août 1944 marque la fin d’un cycle, tandis que Montaigne prend la tête d’un Bir-Hakeim réduit qui se fond dans les structures de la Résistance régionale à l’été 1944.

Conséquences et mémoire

L’impact militaire tient à l’agrégation rapide de forces locales et extérieures, aux combats d’avril 1944 dans la Vallée Française et à l’ultime affrontement de La Parade.

La répression est sévère, touchant résistants et civils. La mémoire est entretenue par des monuments et cérémonies à La Parade et à Badaroux, par des stèles locales et par l’inscription des noms sur les monuments de Moissac-Vallée-Française.

Les commémorations et travaux d’histoire régionale ont consolidé, après 1945, l’image de la Vallée Française comme « haut lieu » cévenol de la clandestinité.  

Références bibliographiques

  • Le maquis “Bir-Hakeim”, René Maruéjol et Aimé Vielzeuf, Éd. de Crémille / Famot (édition augmentée, 1974). Ouvrage de référence fondé sur des enquêtes précoces auprès des acteurs ; il retrace la genèse du maquis, son passage en Cévennes, les combats d’avril 1944 dans la Vallée Française et la tragédie de La Parade, avec de nombreux témoignages et documents.
  • Histoire de la Résistance en Lozère, 1940-1944, Henri Cordesse, Presses/Nouvelles Presses du Languedoc, 1994/1999. Récit synthétique établi par l’ancien chef résistants/préfet de la Libération, très précis sur les secteurs, chefferies et chronologies lozériennes ; utile pour situer La Picharlerie, Montaigne et l’articulation avec l’AS.
  • Un maquis d’antifascistes allemands en France (1942-1944), Évelyne et Yvan Brès, Les Presses du Languedoc – Max Chaleil, 1987. Étude sur les engagés allemands antinazis et leurs itinéraires, comportant un volet cévenol et des éléments sur les combats d’avril-mai 1944 et La Parade.
  • Les Imprudents, Olivier Bertrand, Seuil, 2019. Enquête narrative et critique sur l’itinérance et les méthodes de Bir-Hakeim, qui replace les épisodes cévenols (Vallée Française/La Parade) dans la dynamique régionale de 1943-1944.
  • Midi rouge, ombres et lumières. Tome 3 : Résistance et Occupation (1940-1944), Robert Mencherini, Syllepse, 2011. Panorama régional Languedoc-Roussillon analysant mouvements, maquis et répression ; apporte des éclairages contextuels sur l’Aigoual, l’Hérault et la Lozère au printemps 1944.

Références internet

 https://museedelaresistanceenligne.org/media3019-Insigne-du-maquis-Bir-Hacheim ; https://museedelaresistanceenligne.org/personne.php?id=26417

Musée de la Résistance en LigneMusée de la Résistance en Ligne

https://archives.lozere.fr/ark:/24967/vta0997ee287fa1e4f3

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