La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

Site de parachutage « Taille-Crayon » (Vassieux-en-Vercors)

Au printemps 1943, dans le cadre du « Plan Montagnards », un vaste champ au sud-est de Vassieux-en-Vercors est repéré puis homologué par la Résistance comme terrain d’atterrissage et de parachutage sous le nom de code « Taille-Crayon ».

Les notices patrimoniales drômoises et les dossiers mémoriels signalent aussi l’alias « Gabin » employé dans les messages et relevés opérationnels. Le terrain est classé « Arma-Homo », apte à recevoir des parachutages d’armes et d’hommes, et devient le principal site logistique du Vercors.

Le fonctionnement relève du Service des atterrissages et parachutages (SAP) du Vercors, dirigé par Robert Bennes dit « Bob », avec des équipes de réception permanentes pour le balisage, la sécurisation et le ramassage, en liaison avec les unités FFI du plateau.

Au début de juillet 1944, la mission « Paquebot » parachutée par le BCRA supervise l’achèvement d’une bande d’atterrissage d’environ un kilomètre, incluant le nivellement et la dépose d’une ligne électrique pour dégager l’axe des appareils. Le terrain reste coordonné avec Alger et Londres.

De novembre 1943 à juillet 1944, « Taille-Crayon » reçoit plusieurs parachutages de matériel et, ponctuellement, d’équipes.

L’opération « Cadillac » du 14 juillet 1944 constitue l’apport majeur : soixante-douze B-17 américains larguent de jour 862 containers, soit près de 94 tonnes d’armes, munitions et explosifs, immédiatement suivis d’un bombardement allemand du terrain.

Le site avait été préparé pour de possibles atterrissages de Hudson/C-47 mais ne sera pas utilisé comme piste en raison de l’offensive allemande déclenchée une semaine plus tard.

« Taille-Crayon » s’insère dans l’architecture FFI du Vercors et travaille en étroite synergie avec le SAP, le BCRA et les autorités alliées. Les opérations aériennes du 14 juillet relèvent de la coordination alliée et s’accompagnent d’actions de protection au sol par les camps du Vercors.

Les sources officielles et mémorielles soulignent la centralité du site dans la logistique insurrectionnelle de juin-juillet 1944.

Chefs et figures marquantes

Robert BENNES (« Bob »), chef du SAP Vercors, coordonne la chaîne des réceptions et l’aménagement du terrain.

Des officiers techniques parachutés au début de juillet 1944 dans le cadre des missions alliées participent à la mise au point de la piste et au pilotage des opérations de réception en amont de « Cadillac ».

Les documents de la Fondation de la Résistance et les ressources locales en fixent les responsabilités et la chronologie.

Victimes / morts

Les 21 et 23 juillet 1944, l’ennemi déclenche une attaque aéroportée par planeurs DFS-230 contre Vassieux et les abords du terrain, provoquant une hécatombe parmi résistants et civils.

Les bilans officiels évoquent plus de 600 combattants tués sur l’ensemble du Vercors et environ 200 victimes civiles, dont 72 à 73 habitants pour la seule commune de Vassieux selon l’Ordre de la Libération.

Les notices du Maitron et de la Fondation de la Résistance documentent des victimes identifiées et les circonstances des combats autour du site.

Une partie des équipes SAP/FFI et des groupes de couverture parvient à décrocher vers les crêtes à partir du 21 juillet. Les témoignages et dossiers muséographiques conservent les récits des rescapés engagés dans les tentatives de reprise du village et dans le repli général ordonné, avant la dispersion des unités.

L’attaque par planeurs des 21-23 juillet 1944 met fin à l’exploitation de « Taille-Crayon ». Le terrain, prêt pour d’éventuels atterrissages, ne sera plus utilisé ; la structure de réception se dissout de fait dans le contexte de l’écrasement du Vercors, puis de la dispersion des formations FFI.

Conséquences et mémoire

Militairement, « Taille-Crayon » a été l’axe logistique majeur du Vercors, permettant l’armement rapide de milliers d’hommes avant l’assaut ennemi.

La répression a été massive et immédiate, culminant avec l’attaque aéroportée et les massacres de juillet 1944.

Après-guerre, Vassieux-en-Vercors reçoit la croix de Compagnon de la Libération ; nécropole nationale, mémorial, stèles et parcours patrimoniaux pérennisent le rôle du terrain et la mémoire des victimes.

Les institutions nationales de mémoire présentent de manière convergente le rôle du site dans l’histoire opérationnelle du Vercors.

Références bibliographiques

  • La bataille du Vercors, Paddy Ashdown, Gallimard, 2016. Ouvrage de synthèse appuyé sur archives alliées et allemandes retraçant la stratégie du Vercors, la montée en puissance des maquis, les parachutages de juin-juillet 1944 et l’attaque par planeurs. Précieux pour comprendre l’inscription de « Taille-Crayon » dans les opérations Zebra/Cadillac et la logique alliée.
  • La Résistance dans la Drôme, Robert Serre, La Mirandole / Peuple Libre, 2008.Étude régionale de référence, précise sur la cartographie des terrains, les équipes SAP, la chronologie des parachutages et l’offensive allemande. Apporte des recoupements prosopographiques utiles avec les listes de victimes de Vassieux.
  • Chronique du Vercors : 1943-1944, du maquis d’Ambel au martyre de Vassieux, Jean-Marc Collavet, Arthaud, 1994.
    Récit contextualisé, nourri de sources locales et de témoignages, décrivant l’aménagement de la piste, le parachutage du 14 juillet et les combats de juillet 1944.
  • Vercors 1944, Jean-Paul de Vries, Éditions du Mémorial de la Résistance du Vercors, 2014. Travail muséographique détaillant l’infrastructure du terrain, les messages, les procédures de réception et l’impact des parachutages sur la défense du plateau.
  • Le Vercors, 1943-1944. Une citadelle de la Résistance, Pierre Dalloz, Arthaud (rééd.), 1994.Analyse par l’initiateur du Plan Montagnards sur la sélection des terrains et la doctrine d’emploi des liaisons aériennes ; éclaire la genèse de « Taille-Crayon » et ses contraintes techniques.

Références internet

Précisions terminologiques et homonymies Les sources officielles et mémorielles emploient « Taille-Crayon » comme appellation principale du terrain de Vassieux ; l’alias « Gabin » figure dans des messages et relevés opérationnels.

Cette dénomination ne doit pas être confondue avec d’autres terrains codés du massif (par ex. « Coupe-Papier »). Les désignations retenues ici sont celles attestées par les notices de la Fondation de la Résistance et de la Carte du patrimoine de la Drôme.

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