Augustin Georges BIDAULT, usuellement Georges BIDAULT, alias Rousseau, BIP, né le 5 octobre 1899 à Moulins (Allier), mort le 27 janvier 1983 à Cambo-les-Bains (Pyrénées-Atlantiques), Français, professeur agrégé d’histoire et journaliste, résistant de Combat, directeur du Bureau d’information et de presse, représentant du Parti démocrate populaire au Conseil national de la Résistance puis président du CNR de septembre 1943 à septembre 1944, Compagnon de la Libération par décret du 27 août 1944.
Jeunesse et formation
Fils d’un directeur d’assurances, Georges Bidault fait une partie de ses études chez les jésuites et participe à la Première Guerre mondiale. Après sa démobilisation, il étudie l’histoire à la Sorbonne et est reçu premier à l’agrégation d’histoire en 1925. Il enseigne à Valenciennes en 1925-1926, à Reims de 1926 à 1931, puis au lycée Louis-le-Grand à Paris.
Engagé dans le courant démocrate-chrétien, il adhère en 1931 au Parti démocrate populaire. À partir de 1934, il est éditorialiste à L’Aube. Ses articles manifestent notamment son opposition au nazisme et, en septembre 1938, aux accords de Munich.
Engagement dans la Résistance
Mobilisé sur sa demande en 1939, Bidault sert comme sergent d’infanterie. Il est fait prisonnier le 1er juin 1940 et interné au Stalag II-A, dans le nord de l’Allemagne. Libéré, il regagne Paris en juillet 1941 puis s’installe en zone sud en octobre et enseigne au lycée du Parc à Lyon.
Il entre alors au comité directeur de Combat, mouvement dirigé par Henri Frenay. En février 1942, il devient rédacteur en chef du journal clandestin Combat. Deux mois plus tard, Jean Moulin lui confie la direction du Bureau d’information et de presse (BIP) de la Délégation générale.
Appartenance à un réseau ou mouvement
Son parcours clandestin est institutionnellement rattaché à Combat, au BIP, au Front national de zone sud et au Conseil national de la Résistance.
Au printemps 1943, avec l’accord de Jean Moulin, Bidault entre au comité directeur du Front national de zone sud. Lors de la constitution du CNR en mai 1943, il y siège comme représentant du Parti démocrate populaire. Passé de Lyon à Paris et révoqué de l’enseignement, il vit désormais dans la clandestinité complète.
Après l’arrestation de Jean Moulin le 21 juin 1943 et sa mort, Bidault est élu en septembre à la présidence du CNR. La fonction doit être comprise comme une présidence politique d’une institution collégiale réunissant mouvements, partis et syndicats, et non comme un commandement hiérarchique de l’ensemble de la Résistance intérieure.
Missions et actions
À la tête du BIP à partir d’avril 1942, Bidault anime une véritable agence de presse clandestine. Assisté notamment de Pierre Corval, Rémy Roure, Louis Terrenoire et Yves Farge, il produit et diffuse des bulletins destinés aux mouvements de Résistance et à Londres. Le BIP assure ainsi une circulation réciproque de l’information entre la Résistance intérieure et la France libre.
Comme président du CNR, Bidault dirige les réunions d’un bureau restreint rendu nécessaire par les impératifs de sécurité. Celui-ci comprend notamment Maxime Blocq-Mascart, Louis Saillant, Pierre Villon et Pascal Copeau ; Pierre Meunier et Robert Chambeiron assurent respectivement le secrétariat général et le secrétariat adjoint. Les négociations du programme du CNR s’étendent sur plusieurs mois avant son adoption en mars 1944.
Pendant l’insurrection parisienne d’août 1944, le CNR présidé par Bidault est directement impliqué dans les débats sur le déclenchement et la conduite de l’insurrection ainsi que sur la trêve. Le 25 août, à l’Hôtel de Ville, Bidault accueille officiellement Charles de Gaulle au nom du CNR et évoque Jean Moulin avant le discours de De Gaulle.
Le lendemain, il participe au défilé de la Libération de Paris. Sa nomination comme Compagnon de la Libération, par décret du 27 août 1944, intervient immédiatement après ces événements.
Arrestation / évasion / déportation
Georges Bidault est prisonnier de guerre du 1er juin 1940 jusqu’à sa libération d’Allemagne en 1941. Cette captivité précède son engagement clandestin.
Aucune arrestation ni déportation pendant son activité résistante de 1941 à 1944 n’est établie par les sources institutionnelles consultées. Après son passage à Paris au printemps 1943, il vit cependant dans une clandestinité complète.
Camarades de combat
Jean Moulin joue un rôle déterminant : il confie à Bidault la direction du BIP et travaille avec lui dans la préparation de l’unification politique de la Résistance. Après l’arrestation puis la mort de Moulin, Bidault lui succède à la présidence du CNR, mais les fonctions de président du CNR et de délégué général sont désormais dissociées.
Au BIP, Bidault travaille notamment avec Pierre Corval, Rémy Roure, Louis Terrenoire et Yves Farge. Au bureau du CNR, il collabore avec Maxime Blocq-Mascart, Louis Saillant, Pierre Villon et Pascal Copeau, ainsi qu’avec Pierre Meunier et Robert Chambeiron au secrétariat.
Retour à la vie civile
Le parcours d’après-guerre de Georges Bidault est essentiellement politique. Le 9 septembre 1944, il quitte la présidence du CNR pour devenir ministre des Affaires étrangères du Gouvernement provisoire. En novembre, il participe à la fondation du Mouvement républicain populaire (MRP). Il est ensuite député de la Loire, président du MRP, plusieurs fois ministre des Affaires étrangères, ministre de la Défense, vice-président du Conseil et à deux reprises président du Conseil sous la IVe République.
Lors de la guerre d’Algérie, Bidault s’oppose à la politique d’autodétermination conduite par Charles de Gaulle et défend le maintien de l’Algérie française. Il quitte la France en mars 1962. La même année, il participe à la constitution à l’étranger d’une organisation reprenant le nom de « Conseil national de la Résistance » ; son immunité parlementaire est levée en juillet. Il séjourne notamment au Brésil puis en Belgique et rentre en France en juin 1968. Ces éléments relèvent de son parcours politique ultérieur et doivent être distingués de son activité résistante de 1941-1944.
Il meurt le 27 janvier 1983 à Cambo-les-Bains et est inhumé à La Celle-les-Bordes, dans les Yvelines.
Décorations
Grand-croix de la Légion d’honneur. Source : Ordre de la Libération. Le grade de grand-croix est attesté par la notice institutionnelle.
Compagnon de la Libération. Source : Ordre de la Libération. Attribution par décret du 27 août 1944. Le dossier 1 A 94 conserve la proposition, une ampliation du décret et un projet de citation.
Médaille de la Résistance française avec rosette. Source : Ordre de la Libération. Attribution par décret du 31 mars 1947.
Commandeur de la Legion of Merit (États-Unis). Source : Ordre de la Libération. Cette décoration américaine est expressément attestée par la notice institutionnelle.
Lieux de mémoire
Moulins est son lieu de naissance. Son état civil — Augustin Georges Bidault, 5 octobre 1899 — est confirmé par le répertoire nominatif du SHD et par la Bibliothèque nationale de France.
Lyon correspond à une phase essentielle de son engagement : lycée du Parc, Combat, puis direction du BIP. Paris devient à partir de 1943 le centre de son activité clandestine au CNR.
L’Hôtel de Ville de Paris est particulièrement associé à sa mémoire : le 25 août 1944, il y accueille de Gaulle comme président du CNR. Des documents photographiques et manuscrits relatifs à cette journée sont conservés par les Archives nationales et reproduits par le Musée de la Résistance en ligne.
Il est enfin inhumé à La Celle-les-Bordes dans les Yvelines.
Références bibliographiques
Georges Bidault : de la Résistance à l’Algérie française, Maxime Tandonnet, Paris, Perrin, 2022. Biographie récente consacrée à l’ensemble du parcours de Bidault, particulièrement utile pour articuler le résistant, le dirigeant de la IVe République et son évolution ultérieure.
D’une Résistance à l’autre (1940-1965), Georges Bidault, Paris, Presses du Siècle, 1965. Témoignage autobiographique indispensable mais à confronter systématiquement aux archives et aux travaux historiques ; le Musée de la Résistance en ligne signale explicitement les limites factuelles de ces mémoires.
1061 Compagnons : histoire des Compagnons de la Libération, Jean-Christophe Notin, Paris, Perrin, 2000, 822 p. Ouvrage général permettant de replacer Bidault parmi les Compagnons issus de la Résistance intérieure.
Dictionnaire des Compagnons de la Libération, Vladimir Trouplin, Paris, Éditions Elytis, 2023. Référence récente permettant la confrontation avec les archives de l’Ordre de la Libération.
Références internet
Ordre de la Libération — Notice institutionnelle de Georges Bidault, source principale pour son état civil, Combat, le BIP, le CNR, la Libération et ses distinctions. https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/georges-bidault
Musée de la Résistance en ligne — Notice consacrée à Georges Bidault et à sa présidence du CNR. https://www.museedelaresistanceenligne.org/media2727-Georges-Bidault
Fondation de la Résistance — Documentation historique sur le fonctionnement du CNR, son bureau, son secrétariat et l’élaboration de son programme. https://www.fondationresistance.org/documents/lettre/LettreResistance073.pdf
Fondation de la France Libre — Présentation de la création du CNR et des services mis en place par Jean Moulin, dont le BIP confié à Georges Bidault. https://www.france-libre.net/creation-cnr/
Bibliothèque nationale de France — Notice d’autorité Georges Bidault (1899-1983), utile pour le contrôle de l’état civil et de l’identité bibliographique. https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb12317811q
Wikipédia — Article développé consulté comme source secondaire conformément au protocole, sans prévaloir sur les sources institutionnelles. https://fr.wikipedia.org/wiki/Georges_Bidault
Dossier d’homologation consulté
Le répertoire nominatif du Service historique de la Défense permet d’identifier sans ambiguïté GR 16 P 58649 — BIDAULT Augustin Georges — 05.10.1899 — Moulins (Allier) — homologué. La cote voisine GR 16 P 58648 appartient à Georges Bernard Bidault, né en 1881 à Bordeaux, et GR 16 P 58650 à Georges René Bidault, né en 1921 à Meaulne : le contrôle d’homonymie est donc concluant.
Un second instrument du SHD identifie également GR 28 P 11 / 12, dossier 13636 — BIDAULT Georges — 05.10.1899 — Moulins, dans les archives relatives aux agents et réseaux du BCRA.
Le musée de l’Ordre de la Libération conserve par ailleurs 1 A 94 — BIDAULT Georges. Le dossier comprend notamment les documents d’attribution de la Croix de la Libération, une copie d’extrait de naissance, un état des services provenant du SHD, des témoignages et de la documentation biographique.
Les dossiers physiques originaux GR 16 P 58649, GR 28 P 11 / 12 dossier 13636 et 1 A 94 n’ont pas été matériellement dépouillés pour cette notice. Leurs références et descriptions ont été contrôlées dans les instruments numériques ; il n’est donc pas prétendu avoir consulté leurs pièces originales.
Observations
Le prénom d’usage « Georges » masque un état civil plus complet : le répertoire du SHD donne Augustin Georges Bidault. Cette identification est sûre grâce à la concordance de la date et du lieu de naissance.
Une divergence existe sur la date de sa capture en 1940. L’Ordre de la Libération indique le 1er juin 1940 ; plusieurs biographies secondaires donnent d’autres dates. La présente notice retient la donnée institutionnelle de l’Ordre.
Il convient enfin d’éviter deux simplifications historiographiques : Bidault succède bien à Jean Moulin comme président du CNR, mais non comme délégué général de la France libre en France ; les deux fonctions sont dissociées après la disparition de Moulin. De même, le programme du CNR est le produit de négociations collectives prolongées, conduites sous sa présidence, et non un texte dont l’élaboration pourrait lui être attribuée individuellement.
Indice de fiabilité de la notice Niveau A : La notice repose sur plusieurs sources institutionnelles et archivistiques concordantes : Ordre de la Libération, répertoires SHD GR 16 P et GR 28 P 11, fonds 1 A 94 de l’Ordre, Musée de la Résistance en ligne et Fondation de la Résistance. L’identité, la captivité, Combat, la direction du BIP, l’entrée au CNR, son élection à la présidence de celui-ci, son rôle pendant la Libération de Paris et ses principales décorations sont solidement documentés. Les formulations susceptibles d’exagérer ou de personnaliser excessivement son rôle dans le fonctionnement collectif du CNR ont été écartées.
Chronologie
| Date | Événement |
|---|---|
| 5 octobre 1899 | Naissance d’Augustin Georges Bidault à Moulins. |
| 1917-1919 | Service militaire à la fin de la Première Guerre mondiale et dans l’immédiat après-guerre. |
| 1925 | Reçu premier à l’agrégation d’histoire. |
| 1925-1926 | Enseigne à Valenciennes. |
| 1926-1931 | Enseigne à Reims. |
| 1931 | Nommé au lycée Louis-le-Grand ; adhère au PDP. |
| 1934 | Devient éditorialiste à L’Aube. |
| Septembre 1938 | Prend publiquement position contre les accords de Munich. |
| 1er juin 1940 | Fait prisonnier et envoyé au Stalag II-A. |
| Juillet 1941 | Libéré d’Allemagne et regagne Paris. |
| Octobre 1941 | S’installe en zone sud ; enseigne au lycée du Parc et rejoint Combat. |
| Février 1942 | Devient rédacteur en chef de Combat. |
| Avril 1942 | Jean Moulin lui confie la direction du BIP. |
| Printemps 1943 | Entre au comité directeur du Front national de zone sud. |
| 27 mai 1943 | Participe à la fondation du CNR comme représentant du PDP. |
| Septembre 1943 | Élu président du CNR après la disparition de Jean Moulin. |
| 15 mars 1944 | Adoption du programme du CNR au terme d’un processus collectif de négociation. |
| 19-25 août 1944 | Participe, comme président du CNR, aux décisions de la Résistance pendant l’insurrection parisienne. |
| 25 août 1944 | Accueille de Gaulle à l’Hôtel de Ville. |
| 26 août 1944 | Participe au défilé de la Libération de Paris. |
| 27 août 1944 | Nommé Compagnon de la Libération. |
| 9 septembre 1944 | Quitte la présidence du CNR et entre au GPRF comme ministre des Affaires étrangères. |
| Novembre 1944 | Participe à la fondation du MRP. |
| 1945-1962 | Député et nombreuses responsabilités gouvernementales et partisanes. |
| Mars 1962 | Quitte la France dans le contexte de son opposition à l’indépendance de l’Algérie. |
| Juin 1968 | Retour en France. |
| 27 janvier 1983 | Décès à Cambo-les-Bains. |
Tableau des divergences entre sources
| Élément | Source | Donnée | Appréciation |
|---|---|---|---|
| Capture en 1940 | Ordre de la Libération | 1er juin 1940 | Donnée institutionnelle retenue. |
| Capture en 1940 | Certaines biographies secondaires | Autres dates, notamment 8 juin | Non retenues sans document primaire plus probant. |
| BIP | Sources institutionnelles | Bureau d’information et de presse, créé à l’initiative de Jean Moulin et confié à Bidault | Formulation retenue. |
| Identité | SHD GR 16 P 58649 | Augustin Georges Bidault, 05.10.1899, Moulins | Identification archivistique certaine. |
| Présidence du CNR | Sources historiques institutionnelles | Présidence politique d’un organisme collégial | Ne doit pas être assimilée à un « commandement suprême » de toute la Résistance intérieure. |
Sources consultées
Ordre de la Libération — Notice institutionnelle de Georges Bidault. https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/georges-bidault
Ordre de la Libération — Inventaire archivistique du dossier 1 A 94 — Georges Bidault. https://www.ordredelaliberation.fr/sites/default/files/media/fichers/IR_CL_lettre_B_20250923.pdf
Musée de la Résistance en ligne — Notice et photographie de Georges Bidault. https://www.museedelaresistanceenligne.org/media2727-Georges-Bidault
Musée de la Résistance en ligne / SHD — Répertoire nominatif GR 16 P établissant la cote GR 16 P 58649 et permettant le contrôle des homonymes. https://www.museedelaresistanceenligne.org/musee/doc/pdf/ressource_source/SHDGR_16P_BA-BJ.pdf
Musée de la Résistance en ligne / SHD — Inventaire BCRA permettant d’identifier GR 28 P 11 / 12, dossier 13636. https://museedelaresistanceenligne.org/doc/pdf/ressource_source/229.pdf
Fondation de la Résistance — Documentation sur le fonctionnement et le programme du CNR. https://www.fondationresistance.org/documents/lettre/LettreResistance073.pdf
Fondation de la France Libre — Documentation sur la création du CNR et du BIP. https://www.france-libre.net/creation-cnr/
Bibliothèque nationale de France — Notice d’autorité Georges Bidault. https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb12317811q
Wikipédia — Article développé consacré à Georges Bidault, consulté comme source secondaire de confrontation. https://fr.wikipedia.org/wiki/Georges_Bidault