L’instauration du Service du travail obligatoire provoque à partir de 1943 une augmentation considérable des refus de départ vers l’Allemagne. Le STO devient ainsi l’un des principaux facteurs de développement de la clandestinité et des maquis.
La Résistance cherche non seulement à cacher les réfractaires, mais également à désorganiser administrativement le système. Les actions comprennent la fabrication de faux papiers, l’infiltration des administrations, le vol ou la falsification de documents et la destruction des fichiers permettant d’identifier les personnes susceptibles d’être requises.
Le Comité d’action contre la déportation joue un rôle majeur dans cette lutte. Léo HAMON exerce des responsabilités dans cette organisation et participe directement à l’action contre le fichier central du STO.
Déroulement de l’opération
Le 25 février 1944, un commando dirigé par Léo HAMON pénètre dans les locaux du Service du travail obligatoire situés 3 place de Fontenoy, dans le 7e arrondissement de Paris.
La base Sycomore de l’Assemblée nationale confirme précisément la date, l’adresse et le rôle de Léo HAMON. Elle indique que le commando qu’il dirige détruit le fichier de la « classe 42 », appelée à partir travailler en Allemagne.
Une documentation historique consacrée à la Résistance au STO fournit un renseignement supplémentaire : environ 200 000 fiches sont incendiées. Cette source désigne toutefois les documents détruits comme les fiches du recensement de la « classe 1924 ».
Il existe donc une divergence documentaire qui doit être expressément conservée. L’Assemblée nationale et la plaque commémorative parlent de la « classe 42 », tandis qu’une documentation historique spécialisée parle de la « classe 1924 ». Ces deux formulations ne doivent pas être artificiellement réconciliées sans document primaire permettant de résoudre la divergence.
L’existence de l’opération elle-même, sa date, son emplacement, le rôle de Léo HAMON et la destruction d’un fichier considérable du STO sont en revanche solidement établis.
Concernant l’affirmation initiale selon laquelle des « fichiers universitaires et scolaires » auraient également été détruits le même jour, aucune source suffisamment solide retrouvée au cours de cette recherche ne permet de la confirmer. Cette information ne doit donc pas être présentée comme un fait établi.
Léo HAMON, né Lew Goldenberg en 1908, est le principal protagoniste identifié de l’opération. Avocat avant-guerre, il entre dans la Résistance sous l’Occupation. Il participe notamment au journal clandestin Combat avant d’exercer différentes responsabilités dans la Résistance.
L’Assemblée nationale le présente comme membre du Comité national de lutte contre la déportation et responsable de Ceux de la Résistance pour la région parisienne. Elle lui attribue explicitement la direction du commando du 25 février 1944.
Yves FARGE est associé à la direction de la lutte contre la déportation et le STO. Toutefois, les sources vérifiées ne permettent pas d’affirmer qu’il était personnellement présent lors de l’opération de Fontenoy. Il ne doit donc pas être présenté comme membre certain du commando.
Une documentation consacrée à la Résistance parisienne mentionne également Henri ROL-TANGUY, Robert LADELLE et Serge RAVANEL dans le contexte de l’opération. Cette source étant secondaire et l’implication individuelle de chacun n’ayant pas été confirmée par une source institutionnelle équivalente, leurs rôles précis doivent rester à vérifier.
Victimes
Aucune victime directement provoquée par l’opération du 25 février 1944 n’a été identifiée dans les sources consultées.
Survivants
Léo HAMON survit à l’Occupation. Il participe ensuite aux événements de la Libération de Paris, devient vice-président du Comité parisien de la Libération puis poursuit après-guerre une importante carrière politique, parlementaire et universitaire.
La liste complète des autres membres du commando n’étant pas établie avec suffisamment de certitude, il n’est pas possible de fournir une liste exhaustive des survivants.
Conséquences
La destruction d’environ 200 000 fiches représente une importante opération de sabotage administratif. Elle entrave le fonctionnement des mécanismes permettant d’identifier et de convoquer les jeunes Français concernés par le travail obligatoire.
L’opération de Fontenoy ne constitue pas un acte isolé. Entre l’été 1943 et la Libération, des opérations de destruction de fichiers sont conduites dans plusieurs villes, notamment Lyon, Marseille, Tarbes, Pau, Aurillac, Cahors et Lille.
Elle illustre ainsi une dimension essentielle de la Résistance : la lutte administrative contre les mesures de l’occupant et du régime de Vichy, parallèlement aux actions armées.
Mémoire et lieux commémoratifs
Une plaque commémorative est apposée place de Fontenoy, à Paris, sur le bâtiment ayant abrité le Commissariat général au travail obligatoire. Une étude de l’INED reproduit le contenu de cette inscription et précise que la plaque a été posée en 1989. Elle commémore l’action du commando conduit par Léo HAMON le 25 février 1944.
Ce lieu constitue donc le principal site matériel de mémoire directement associé à l’événement.
Références bibliographiques
Vivre ses choix, Léo Hamon. Les mémoires de Léo Hamon constituent une source essentielle pour comprendre son itinéraire intellectuel, politique et résistant. Ils permettent de replacer l’opération de Fontenoy dans son engagement clandestin et dans les différentes structures auxquelles il appartient pendant l’Occupation.
Histoire de la Résistance en France de 1940 à 1945, Henri Noguères, Robert Laffont. Cette grande synthèse fournit le contexte général de l’évolution de la Résistance, de l’opposition au STO et du développement des actions clandestines à partir de 1943.
La France à l’heure allemande, 1940-1944, Philippe Burrin, Seuil. Cet ouvrage permet de replacer le STO dans les rapports économiques et politiques entre Vichy et l’occupant allemand. Il éclaire les mécanismes de réquisition de main-d’œuvre et les réactions qu’ils provoquent dans la société française.
Références internet
Assemblée nationale – base Sycomore constitue la source institutionnelle la plus précise retrouvée pour l’opération. La biographie de Léo HAMON mentionne explicitement la destruction par le commando qu’il dirige du fichier du STO, le 25 février 1944, au 3 place de Fontenoy. Assemblée nationale – notice de Léo Hamon
Musée de la Résistance 1940-1945 en ligne du Loir-et-Cher diffuse un dossier thématique consacré au STO et à la Résistance. Celui-ci précise que Léo HAMON incendie le 25 février 1944 environ 200 000 fiches au siège du Commissariat général au STO et replace l’opération dans une campagne nationale de destruction des fichiers. Dossier STO et Résistance
Institut national d’études démographiques conserve une étude mentionnant la plaque commémorative de Fontenoy et reproduisant son inscription. Cette source est utile pour documenter la mémoire matérielle de l’opération et confirme la désignation « classe 42 » utilisée par la plaque. Étude INED mentionnant la plaque de Fontenoy
Fiabilité
Fiabilité A pour l’existence de l’opération, sa date, son emplacement et la direction du commando par Léo HAMON.
Fiabilité A également pour l’ordre de grandeur de 200 000 fiches détruites, confirmé par une documentation historique spécialisée.
Une divergence subsiste entre la « classe 42 » mentionnée par l’Assemblée nationale et la plaque commémorative, et la « classe 1924 » indiquée dans le dossier consacré au STO et à la Résistance.
La destruction simultanée de fichiers universitaires et scolaires n’a pas été suffisamment confirmée et demeure donc exclue des faits établis.
Sources consultées —
Assemblée nationale, base Sycomore, notice « Léo Hamon ». https://www2.assemblee-nationale.fr/sycomore/fiche/3743
Musée de la Résistance 1940-1945 en ligne du Loir-et-Cher, dossier thématique consacré au STO et à la Résistance. Dossier thématique STO et Résistance
Institut national d’études démographiques, étude mentionnant la plaque commémorative du 3 place de Fontenoy et reproduisant son inscription. Document INED
Libre Résistance, inventaire documentaire consacré aux lieux de la Résistance à Paris, utilisé uniquement à titre complémentaire pour les noms associés à Fontenoy. La Résistance à Paris