À la fin de l’année 1944, une grande partie de l’Alsace a été libérée mais les forces allemandes conservent un vaste saillant autour de Colmar, à l’ouest du Rhin. Cette zone, désignée comme la « poche de Colmar », est défendue par la XIXe armée allemande.
La campagne d’Alsace a commencé à l’automne 1944. Mulhouse est atteinte par la Première Armée française en novembre tandis que Strasbourg est libérée par la 2e Division blindée et des forces américaines. La région de Colmar demeure cependant sous contrôle allemand.
Une première phase d’offensive française est menée en décembre 1944 mais la progression est interrompue en raison de la résistance allemande, des pertes et des conditions militaires générales.
À la mi-janvier 1945, la Première Armée française du général Jean de LATTRE DE TASSIGNY reçoit des renforts français et américains. Les Forces françaises de l’intérieur sont également présentes dans le dispositif. Selon Chemins de mémoire, de Lattre dispose alors d’environ 350 000 hommes face à environ 100 000 Allemands.
Déroulement de l’opération
L’offensive décisive commence le 20 janvier 1945. Le 1er corps d’armée attaque au sud de la poche, entre Thann et Mulhouse. Les soldats combattent dans des conditions climatiques extrêmes, avec une tempête de neige et des températures descendant jusqu’aux environs de −20 °C. Le froid affecte les véhicules, les chars et l’artillerie tandis que les champs de mines et la résistance allemande ralentissent fortement l’infanterie.
Dans la nuit du 22 janvier, une seconde offensive est déclenchée sur le front nord. Les 2e et 5e divisions blindées françaises, la 1re Division française libre ainsi que les 3e et 28e divisions d’infanterie américaines participent à cette phase des combats.
Les combats deviennent particulièrement violents dans plusieurs secteurs, notamment autour des villages situés au nord et à l’est de Colmar.
Le 1er février, sous la pression des forces alliées, les positions allemandes commencent à céder. Le lendemain, 2 février 1945, les premiers blindés de la 5e Division blindée française entrent dans Colmar alors que des combats se poursuivent encore dans la ville.
La libération de Colmar ne signifie donc pas immédiatement la disparition de la poche.
Le 7 février, le 1er corps d’armée français et la 2e Division blindée effectuent leur jonction à Fessenheim. Le 9 février, les dernières forces allemandes traversent le Rhin et détruisent le pont de Chalampé derrière elles. La poche de Colmar est alors considérée comme résorbée.
Les archives militaires françaises conservent spécifiquement les dossiers de cette bataille. L’inventaire du Service historique de la Défense mentionne notamment le dossier 10 P 133 consacré à la « stabilisation en Alsace et menace sur Strasbourg ; bataille de Colmar », couvrant la période du 1er janvier au 9 février 1945.
Figures marquantes
Jean de LATTRE DE TASSIGNY commande la Première Armée française et constitue la principale figure militaire française de la bataille. Son propre ouvrage, Histoire de la Première Armée française. Rhin et Danube, publié chez Plon en 1949, constitue l’un des témoignages majeurs sur la campagne.
La victoire ne peut cependant être ramenée à quelques personnalités individuelles. Elle résulte de l’action combinée de nombreuses unités françaises et américaines.
Parmi les formations françaises engagées figurent notamment la 4e Division marocaine de montagne, la 2e Division d’infanterie marocaine, la 9e Division d’infanterie coloniale, la 1re Division française libre ainsi que les 2e et 5e divisions blindées. Des unités américaines participent directement aux opérations.
| Grande unité | Chef pendant la poche de Colmar |
| 4e Division marocaine de montagne (4e DMM) | général François de HESDIN |
| 2e Division d’infanterie marocaine (2e DIM) | général André CARPENTIER |
| 9e Division d’infanterie coloniale (9e DIC) | général Jean MORLIÈRE |
| 1re Division française libre (1re DFL), officiellement 1re Division de marche d’infanterie | général Pierre GARBAY |
| 2e Division blindée (2e DB) | général Philippe LECLERC de Hauteclocque |
| 5e Division blindée (5e DB) | général Guy SCHLESSER de VERNEJOUL |
Les FFI sont également intégrés aux effectifs disponibles lors de la phase finale de la campagne.
Victimes
Les pertes sont considérables. Chemins de mémoire indique pour la Première Armée française environ 4 800 tués et 18 000 blessés et disparus lors des combats de la poche et de Colmar. La même source estime que la XIXe armée allemande subit des pertes deux à trois fois supérieures et compte plus de 20 000 prisonniers.
Des dizaines de villages sont également détruits ou gravement endommagés par les combats.
Étant donné l’ampleur de la bataille, une liste nominative complète des victimes dépasse le cadre d’une fiche événementielle. Les chiffres doivent également être compris comme des bilans militaires globaux et non comme une liste exhaustive des victimes civiles et militaires.
Survivants
La bataille engage plusieurs centaines de milliers d’hommes. Il n’est donc pas historiquement pertinent d’établir une liste générale de survivants.
Les anciens combattants de la Première Armée française participent après-guerre à la constitution d’une mémoire collective particulièrement importante autour de « Rhin et Danube », de la campagne d’Alsace et du maréchal de Lattre de Tassigny.
Conséquences
La réduction de la poche met fin à la principale présence militaire allemande organisée dans cette partie de l’Alsace occidentale. Les Alliés peuvent désormais contrôler la rive occidentale du Rhin dans le secteur.
Colmar est libérée le 2 février 1945, tandis que la disparition militaire définitive de la poche intervient le 9 février.
La victoire permet également de préparer la poursuite des opérations en direction de l’Allemagne. Les archives du SHD font immédiatement suivre le dossier consacré à la bataille de Colmar par un dossier intitulé « Suites de la victoire de Colmar et entrée en Palatinat », couvrant la période du 10 février au 29 mars 1945.
Mémoire et lieux commémoratifs
La Nécropole nationale de Sigolsheim constitue l’un des principaux lieux de mémoire de la bataille. Elle rassemble 1 589 soldats français morts pour la France, dont 792 militaires maghrébins et quinze militaires juifs. Le cimetière est aménagé entre 1962 et 1965 à la demande du maréchal de Lattre de Tassigny et inauguré le 2 mai 1965.
Le Musée mémorial des combats de la Poche de Colmar, à Turckheim, constitue également un lieu majeur de conservation et de transmission de cette histoire. Les Archives d’Alsace recensent dans leurs collections plusieurs publications produites par ou consacrées à ce musée.
Colmar et de nombreuses communes du Haut-Rhin entretiennent par ailleurs la mémoire des unités françaises et américaines ayant participé à leur libération.
Références bibliographiques
Histoire de la Première Armée française. Rhin et Danube, Jean de Lattre de Tassigny, Plon, Paris, 1949. Rédigé par le commandant de la Première Armée française, cet ouvrage constitue un témoignage essentiel sur les campagnes menées depuis le débarquement de Provence jusqu’en Allemagne. Il permet notamment d’étudier le commandement, les opérations d’Alsace et la bataille de Colmar.
La Victoire de Colmar : 20 janvier-9 février 1945, Plon, Paris, 1945. Publié dès l’année de la victoire, cet ouvrage est spécifiquement consacré à l’offensive finale ayant permis la réduction de la poche. Un exemplaire est conservé aux Archives d’Alsace dans les collections de Colmar.
L’Armée de l’air dans la bataille de la Poche de Colmar, 5 décembre 1944-10 février 1945, Yves Le Clair, Musée mémorial des combats de la Poche de Colmar, Turckheim, 2004. Cet ouvrage spécialisé étudie la dimension aérienne de la bataille et permet de compléter les récits essentiellement consacrés aux opérations terrestres. Il est recensé dans la bibliographie des Archives d’Alsace.
La Libération de l’Alsace : septembre 1944-mars 1945, Eugène Riedweg, Tallandier, Paris, 2014. Cette synthèse replace la poche de Colmar dans l’ensemble de la campagne de libération de l’Alsace et permet d’en étudier les dimensions militaires, territoriales et humaines. L’ouvrage est conservé aux Archives d’Alsace.
Bataille d’Alsace 1939-1945, Francis Lichtlé et Michèle Herzberg, Éditions Contades, Strasbourg, 1988. Cet ouvrage apporte un éclairage régional sur les combats ayant touché l’Alsace et permet de replacer les opérations autour de Colmar dans une histoire plus large du territoire pendant la Seconde Guerre mondiale.
Références internet
Chemins de mémoire – ministère des Armées propose une synthèse particulièrement détaillée de la bataille à travers la notice de la Nécropole nationale de Sigolsheim. Elle retrace les opérations de décembre 1944 à février 1945, l’offensive du 20 janvier, l’entrée dans Colmar et la disparition définitive de la poche le 9 février. Elle fournit également un bilan des pertes. Chemins de mémoire – Nécropole nationale de Sigolsheim
Archives d’Alsace proposent une bibliographie spécialisée intitulée « En savoir plus sur les combats autour de la Poche de Colmar ». Elle recense de nombreux ouvrages contemporains ou postérieurs aux événements, ainsi que leurs références de conservation dans les fonds des Archives d’Alsace. Archives d’Alsace – Poche de Colmar
Service historique de la Défense conserve les archives militaires de la bataille. Ses inventaires identifient notamment les dossiers relatifs à la stabilisation en Alsace, à la bataille de Colmar puis aux opérations consécutives à la victoire. Service historique de la Défense – inventaire comprenant la bataille de Colmar
Fiabilité
Fiabilité A. La chronologie générale, les principales unités engagées, la libération de Colmar le 2 février, la disparition de la poche le 9 février 1945 et les principales données relatives aux pertes sont établies par des sources institutionnelles et archivistiques concordantes.
Sources consultées —
Chemins de mémoire, ministère des Armées, « La nécropole nationale de Sigolsheim », comprenant une synthèse historique détaillée des combats de la poche de Colmar. https://www.cheminsdememoire.gouv.fr/fr/sigolsheim
Archives d’Alsace, « En savoir plus sur les combats autour de la Poche de Colmar », bibliographie spécialisée mise à jour le 10 mars 2023. https://archives68.alsace.eu/document/pour-en-savoir-plus-sur-les-combats-de-la-poche-de-colmar
Service historique de la Défense, inventaire des fonds militaires mentionnant les dossiers 10 P 133 « Stabilisation en Alsace et menace sur Strasbourg ; bataille de Colmar » et 10 P 134 « Suites de la victoire de Colmar et entrée en Palatinat ». Inventaire du Service historique de la Défense
Armée de Terre, Centre de doctrine et d’enseignement du commandement, documentation consacrée au maréchal de Lattre de Tassigny et à son Histoire de la Première Armée française, Rhin et Danube. Documentation de l’Armée de Terre sur de Lattre