La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

L’instauration du Service du travail obligatoire en février 1943 constitue un tournant majeur pour la Résistance de l’Ain. Elle impose aux organisations clandestines non seulement de dissimuler et d’héberger les jeunes refusant de partir travailler en Allemagne, mais également d’agir contre l’appareil administratif chargé de leur recensement et de leur convocation.

À Bourg-en-Bresse, des jeunes résistants, notamment issus du lycée Lalande et regroupés dans les Forces unies de la jeunesse, décident ainsi de s’attaquer aux fichiers détenus par l’Office départemental du Service du travail obligatoire.

Le rôle du lycée Lalande dans cette résistance est officiellement reconnu par l’Ordre de la Libération, qui mentionne explicitement parmi les actions de ses élèves la destruction des fichiers du STO le 21 mai 1943.

L’action du 21 mai ne constitue toutefois pas un événement entièrement isolé. Les documents d’archives reproduits par Chroniques de Bresse établissent l’existence de deux cambriolages successifs de l’Office départemental.

Le premier est commis dans la nuit du 18 au 19 mai 1943 et entraîne la disparition d’environ 25 à 30 kilogrammes de fiches.

Un second vol est réalisé le 21 mai. Cette chronologie est importante car certaines présentations mémorielles postérieures résument l’ensemble sous l’expression de « destruction des fichiers du STO le 21 mai 1943 ».

Déroulement de l’opération

Le second cambriolage se déroule le vendredi 21 mai 1943 à Bourg-en-Bresse, dans les locaux de l’Office départemental du Travail obligatoire, installés rue des Casernes, avec un accès également décrit par les sources du côté de la rue Saint-Antoine.

Un rapport de l’inspecteur de la Police nationale Tardy, établi le jour même, situe l’intrusion entre midi et 13 h 30. Une vitre est brisée afin de permettre l’ouverture de l’espagnolette d’une fenêtre.

Les auteurs emportent de nombreux documents administratifs : listes de défaillants et de convoqués, fiches de jeunes gens convoqués les 19, 20, 21, 24 et 26 mai, correspondances récentes, fiches des défaillants du 1er au 19 mai ainsi que des circulaires concernant le Travail obligatoire.

Les documents policiers reproduits par Chroniques de Bresse permettent de préciser la répartition des rôles.

Louis BOLLON, employé à l’Office, laisse ouverte l’espagnolette de la fenêtre en quittant son travail à midi.

Léon ROY, lui aussi employé et membre du groupe clandestin, participe avec lui à l’enlèvement des fiches.

Georges CHAMBARD assure le guet.

Gabriel POBEL et Georges POBEL reçoivent ensuite le sac contenant les documents, lesquels sont brûlés dans le four de leur ferme.

Marcel THENON apparaît dans l’organisation de l’opération et dans la transmission des documents aux frères Pobel. Les archives policières établissent donc que la « destruction » du fichier recouvre en réalité deux opérations successives : le vol des documents administratifs, puis leur destruction matérielle par le feu.

Le témoignage de Paul MORIN, autre responsable des FUJ de Bourg, confirme la préparation clandestine de l’opération avec Marcel THENON, l’appui de membres des FUJ travaillant dans le service et la destruction des fichiers après leur enlèvement. Son témoignage évoque également une tentative antérieure qui aurait été abandonnée parce que la police aurait été informée. Ce dernier élément relève cependant du témoignage rétrospectif et doit être distingué des rapports administratifs contemporains.

Une divergence documentaire doit également être signalée. Les archives contemporaines attestent formellement un premier cambriolage dans la nuit du 18 au 19 mai puis un second le 21 mai, tandis que certains témoignages et récits mémoriels condensent les faits autour de la seule opération du 21 mai. L’existence du double cambriolage est la version la mieux étayée par les documents policiers et préfectoraux contemporains.

Figures marquantes

Marcel THENON est l’un des organisateurs de l’opération et appartient au milieu résistant du lycée Lalande et des FUJ. Les documents judiciaires reproduits dans les archives indiquent qu’il est condamné le 23 juin 1943 à huit mois d’emprisonnement avec sursis et 300 francs d’amende. Il fait ensuite partie des cinq hommes visés par une mesure d’internement administratif.

Léon ROY, employé à l’Office départemental, fournit au groupe un accès privilégié au fonctionnement du service et reconnaît avoir pénétré dans les bureaux avec Louis BOLLON pour enlever les fiches. Il est condamné à huit mois d’emprisonnement avec sursis et fait lui aussi l’objet d’un internement administratif.

Louis BOLLON, également employé du service, joue un rôle opérationnel déterminant en laissant ouverte l’espagnolette permettant l’intrusion puis en participant avec Léon ROY à l’enlèvement des documents. Il est condamné à huit mois d’emprisonnement avec sursis et figure parmi les cinq résistants internés administrativement.

Georges CHAMBARD assure le guet pendant l’opération. Les documents policiers le présentent comme caissier-comptable au Service des carburants près de la préfecture de l’Ain et membre de la même organisation clandestine. Condamné à quatre mois d’emprisonnement avec sursis, il est également frappé d’internement administratif.

Gabriel POBEL, membre des FUJ de l’Ain et lié au lycée Lalande, reçoit avec son frère les fiches volées et participe à leur destruction dans le four familial. Le Musée de la Résistance en ligne confirme indépendamment sa participation à la destruction du fichier du STO de Bourg le 21 mai 1943. Il poursuit ensuite son engagement dans les maquis de l’Ain et devient chef de section au camp Jo.

Georges POBEL, frère de Gabriel, est également désigné dans les documents policiers comme ayant reçu puis brûlé les fiches. Les bases mémorielles comportent toutefois plusieurs notices portant le nom Georges Pobel, ce qui crée un risque d’homonymie ou de confusion documentaire. Toute reconstitution biographique détaillée le concernant doit donc être effectuée avec prudence.

Paul MORIN participe à la conception et à l’organisation de l’action avec Marcel THENON, selon son propre témoignage et les travaux mémoriels consacrés au lycée Lalande. Son récit indique qu’il échappe alors aux premières arrestations.

Marcel COCHET, professeur d’éducation physique au lycée Lalande et responsable résistant, est associé par plusieurs sources reconnues aux enlèvements des fichiers du STO de Bourg-en-Bresse en avril et mai 1943. L’Ordre de la Libération mentionne expressément sa participation à l’enlèvement du fichier départemental en mai 1943. Il est arrêté le 18 juin 1943, emprisonné puis déporté à Dachau et Allach ; il survit à la déportation et reçoit en 1946 la médaille de la Résistance française avec rosette.

Victimes

Les sources consultées ne font état d’aucun mort ni blessé au cours du cambriolage du 21 mai 1943 ou lors de la destruction matérielle des fichiers. Il n’est donc pas possible d’établir une liste de victimes directement imputables à l’action elle-même. La répression consécutive entraîne en revanche des arrestations, des condamnations judiciaires et des internements administratifs.

Survivants

Plusieurs participants identifiés survivent à la guerre.

Gabriel POBEL, après son arrestation et son passage par le travail forcé lié au mur de l’Atlantique, s’évade puis rejoint les maquis de l’Ain ; il combat notamment à Fort-l’Écluse en juin 1944.

Marcel COCHET survit à son incarcération à Eysses et à sa déportation à Dachau et Allach avant d’être rapatrié en France le 25 mai 1945.

Paul MORIN poursuit également son engagement dans la Résistance et laisse ultérieurement un témoignage détaillé sur les FUJ et l’action contre le STO.

Conséquences

L’effet immédiat de l’opération est la disparition d’une part importante de l’appareil documentaire utilisé par le service départemental du STO pour gérer les convocations et les défaillants. Dès le 22 mai, le préfet de l’Ain ordonne une surveillance armée des locaux pendant les heures de fermeture et les périodes de moindre activité, preuve de l’importance accordée par l’administration à cette atteinte.

La répression est rapide. L’enquête de la Brigade régionale de Police de Sûreté de Lyon entraîne une série d’arrestations. Treize personnes sont finalement identifiées comme membres ou proches des organisations résistantes dans le dossier reproduit par les archives. Le 23 juin 1943, plusieurs protagonistes sont condamnés par le tribunal correctionnel de Bourg. Marcel THENON, Léon ROY et Louis BOLLON reçoivent huit mois de prison avec sursis ; Gabriel POBEL et Georges CHAMBARD, quatre mois avec sursis. Le préfet ordonne ensuite leur internement administratif pour six mois au centre de séjour surveillé de Saint-Paul-d’Eyjeaux, en Haute-Vienne.

Au-delà de son efficacité administrative immédiate, l’action s’inscrit dans la résistance croissante au STO, phénomène qui contribue à alimenter les maquis. Dans l’Ain, les structures clandestines doivent accueillir un nombre croissant de réfractaires et les organiser progressivement en unités résistantes. L’opération de Bourg constitue ainsi l’une des formes de lutte directe contre le recrutement de main-d’œuvre imposé par Vichy au bénéfice de l’Allemagne.

Mémoire et lieux commémoratifs

Le principal lieu de mémoire directement associé à cette action est le lycée Lalande de Bourg-en-Bresse. La Résistance qui s’y développe à partir de 1941 et les actions conduites par ses élèves, dont la destruction des fichiers du STO le 21 mai 1943, valent à l’établissement l’attribution de la médaille de la Résistance française par décret du 3 octobre 1946. L’Ordre de la Libération précise qu’il demeure le seul lycée civil titulaire de cette décoration.

La mémoire de cette Résistance est aujourd’hui entretenue à Bourg-en-Bresse par l’Association La Résistance au lycée Lalande, qui conserve et diffuse témoignages, parcours individuels et documents relatifs aux anciens élèves résistants.

Références bibliographiques

La Résistance dans l’Ain et le Haut-Jura, Association pour des études sur la Résistance intérieure, Fondation de la Résistance et Association Résistance Ain/Haut-Jura, AERI, 2013. Cette publication documentaire sous forme de DVD-ROM constitue l’une des ressources essentielles pour l’histoire de la Résistance dans le département. Elle rassemble plus de 2 000 fiches, près de 4 000 documents, une chronologie, des cartes et le recensement de plus de 2 400 résistants. Plusieurs notices aujourd’hui accessibles sur le Musée de la Résistance en ligne en sont directement issues.

Histoires peu ordinaires de lycéens ordinaires, ouvrage collectif, Association Résistance lycée Lalande. Cet ouvrage est consacré à l’engagement des élèves du lycée Lalande pendant l’Occupation. Il constitue une référence directement pertinente pour replacer l’action contre le STO dans l’histoire du groupe résistant formé au sein de l’établissement ; il est notamment signalé dans les ressources pédagogiques de l’Ordre de la Libération.

Les Obstinés, Henri Romans-Petit, Éditions Janicot, 1946. Témoignage ancien du chef des maquis de l’Ain, cet ouvrage ne constitue pas une monographie de l’opération du 21 mai mais permet d’inscrire la lutte contre le STO et la formation des maquis dans l’histoire générale de la Résistance départementale. Son intérêt réside particulièrement dans la proximité chronologique de son auteur avec les événements.

Pour deux références bibliographiques supplémentaires consacrées précisément à cette opération, les résultats accessibles en ligne ne permettent pas d’établir avec une sécurité suffisante les données éditoriales complètes. Conformément à la consigne de ne pas introduire d’information non vérifiée, elles ne sont pas ajoutées artificiellement. Le corpus documentaire AERI de 2013 demeure la référence publiée la plus directement exploitable retrouvée.

Références internet

Ordre de la Libération – Lycée Lalande de Bourg-en-Bresse. Cette source institutionnelle confirme explicitement que les lycéens résistants participent à la destruction des fichiers du STO le 21 mai 1943. Elle documente également l’attribution de la médaille de la Résistance française au lycée par décret du 3 octobre 1946 et constitue donc l’une des confirmations officielles les plus solides de l’événement. Ordre de la Libération – collectivités médaillées

Musée de la Résistance en ligne – Gabriel Pobel. La notice individuelle de Gabriel POBEL, issue du corpus documentaire « La Résistance dans l’Ain et le Haut-Jura », indique explicitement sa participation à la destruction du fichier du STO de Bourg le 21 mai 1943 et renseigne son parcours ultérieur dans les maquis de l’Ain. Musée de la Résistance en ligne – Gabriel Pobel

Ordre de la Libération – Marcel Cochet. La notice officielle de Marcel COCHET confirme son activité au sein de la Résistance de Bourg-en-Bresse et mentionne l’enlèvement du fichier départemental du STO en mai 1943. Elle fournit également des renseignements vérifiés sur son arrestation, sa détention, sa déportation et sa décoration. Ordre de la Libération – Marcel Cochet

Chroniques de Bresse – Vol des fiches S.T.O. à Bourg-en-Bresse en mai 1943. Cette étude locale présente un ensemble exceptionnel de transcriptions de documents provenant des Archives départementales de l’Ain : rapports policiers, correspondance préfectorale, enquête et renseignements sur les arrestations et condamnations. Elle permet notamment de distinguer les cambriolages des 18-19 et 21 mai et de reconstituer précisément la répartition des rôles. Chroniques de Bresse – Vol des fiches STO

Association La Résistance au lycée Lalande – La naissance des FUJ. Cette ressource conserve le témoignage de Paul MORIN sur la constitution des FUJ, la préparation de l’opération avec Marcel THENON, le rôle des résistants employés dans le service du STO et les arrestations qui suivent. Sa nature testimoniale impose de la confronter aux archives contemporaines, mais elle apporte le point de vue d’un organisateur de l’action. La naissance des FUJ

Fiabilité A. L’existence de la destruction des fichiers du STO à Bourg-en-Bresse le 21 mai 1943 est établie sans ambiguïté. Elle est confirmée par une source institutionnelle nationale, l’Ordre de la Libération, par le Musée de la Résistance en ligne et son corpus AERI, par des documents policiers et préfectoraux contemporains conservés aux Archives départementales de l’Ain et reproduits par une ressource mémorielle locale, ainsi que par des témoignages de résistants impliqués.

La principale précision historiographique concerne l’expression même de « destruction des fichiers le 21 mai ». Les documents contemporains établissent plus exactement un double cambriolage, les 18-19 et 21 mai 1943, suivi de la destruction par le feu d’une partie des documents volés. L’événement du 21 mai est donc parfaitement attesté, mais il appartient à une séquence opérationnelle plus large.

Sources consultées –

Mémoire Vive de la Résistance, notice thématique « La Résistance dans l’Ain et le Haut-Jura », vérifiée le 13 août 2026. Source MVR

Ordre de la Libération, « Les collectivités médaillées », section consacrée au lycée Lalande de Bourg-en-Bresse, vérifiée le 13 août 2026. Source Ordre de la Libération

Ordre de la Libération, notice de Marcel COCHET, vérifiée le 13 août 2026. Notice Marcel Cochet

Musée de la Résistance en ligne, notice de Gabriel POBEL, corpus AERI « La Résistance dans l’Ain et le Haut-Jura », vérifiée le 13 août 2026. Notice Gabriel Pobel

Musée de la Résistance en ligne, documents consacrés à Marcel COCHET et à la Résistance dans l’Ain, vérifiés le 13 août 2026. Musée de la Résistance en ligne – Marcel Cochet

Chroniques de Bresse, « Vol des fiches S.T.O. à Bourg-en-Bresse en mai 1943 », reproduisant notamment des documents des Archives départementales de l’Ain, vérifié le 13 août 2026. Dossier documentaire

Chroniques de Bresse, « Le S.T.O. ou Service du Travail Obligatoire dans l’Ain », vérifié le 13 août 2026. Le STO dans l’Ain

Association La Résistance au lycée Lalande, témoignage relatif à la naissance des FUJ et à l’opération contre les fichiers du STO, vérifié le 13 août 2026. Témoignage sur les FUJ

Le Souvenir Français, notice consacrée à la mémoire de la Résistance au lycée Lalande et à l’action du 21 mai 1943, vérifiée le 13 août 2026. Le Souvenir Français

Lettre d'information

Les derniers PDF

AG MVR 2025

Messe de la France Libre en Hommage au Général De Gaulle à l’occasion du 55eme anniversaire de sa mort

Cérémonie Commémorative LA CROIX VALMER – Square du Souvenir – 15 AOUT 2025

MARSEILLE-FETE-DU-14-JUILLET-2025

Commémoration de la Bataille de Bir Hakeim

CEREMONIE-COMMEMORATIVE-DU-8-MAI-1945-A-MARSEILLE

Appel à cotisation 2025

RAPPORT AG MVR 13 DECEMBRE 2024