La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

La forme officielle est « Université de Strasbourg ». Entre septembre 1939 et 1945, l’université française est repliée à Clermont-Ferrand, Puy-de-Dôme, France. Elle ne constitue pas un réseau clandestin unique : étudiants, enseignants et personnels participent à différents mouvements et réseaux, tandis que l’institution elle-même refuse de rejoindre Strasbourg après l’annexion de fait de l’Alsace et devient progressivement un important foyer de Résistance intellectuelle et active.

Il convient de distinguer cette Université de Strasbourg française repliée à Clermont-Ferrand de la Reichsuniversität Straßburg créée par les autorités nazies à Strasbourg en 1941. L’université française maintient sa continuité en Auvergne et refuse d’être absorbée par l’institution allemande.

Création d’une Résistance universitaire

Le repli est décidé dès septembre 1939 en raison de la proximité de Strasbourg avec la frontière allemande. Après la défaite de juin 1940 et l’annexion de fait de l’Alsace, l’université ne retourne pas à Strasbourg et poursuit son enseignement à Clermont-Ferrand. Ce maintien d’une université française hors d’Alsace prend progressivement une dimension politique et symbolique.

Il n’existe pas de date unique de « création » d’une Résistance universitaire. Dès 1940, plusieurs enseignants et étudiants participent aux premiers noyaux clandestins. Lucie AUBRAC retrouve notamment à Clermont-Ferrand Jean CAVAILLÈS, Emmanuel d’ASTIER DE LA VIGERIE et Georges ZÉRAPHA dans le noyau de « La Dernière Colonne », qui précède Libération-Sud. René CAPITANT participe pour sa part à la diffusion des premiers journaux clandestins.

Organisation interne

L’Université de Strasbourg n’est pas transformée en mouvement clandestin unique. Plusieurs organisations y recrutent simultanément, notamment Libération-Sud, Combat, Franc-Tireur et différents réseaux de renseignement. Étudiants, professeurs et personnels administratifs agissent en fonction de leurs appartenances propres.

Cette pluralité explique que la décoration de 1947 récompense une communauté universitaire et son comportement collectif plutôt qu’un réseau homogène doté d’un chef et d’un organigramme.

Actions menées pendant la Résistance

La première forme de résistance consiste dans le maintien de l’Université française de Strasbourg en Auvergne et le refus de rejoindre l’université allemande installée en Alsace annexée. La communauté devient parallèlement un milieu favorable à la diffusion de la presse clandestine, au recrutement pour les mouvements, aux liaisons et à l’aide aux personnes recherchées.

Des étudiants et enseignants rejoignent Combat, Libération-Sud, Franc-Tireur et des réseaux de renseignement. Élie-Jacques PICARD diffuse par exemple Franc-Tireur à Clermont-Ferrand avant d’intégrer le réseau Kasanga. Jean CAVAILLÈS, René CAPITANT, Marc BLOCH et de nombreux autres universitaires passent à des formes de Résistance de plus en plus actives.

Répression du 25 juin 1943

Le 25 juin 1943, la Gestapo intervient à la cité universitaire Gallia. Quarante étudiants sont arrêtés. Des étudiants juifs sont ensuite dirigés vers Drancy et déportés. Cette première grande opération démontre que la communauté universitaire est désormais directement visée par les services allemands.

Rafle du 25 novembre 1943

Le 25 novembre 1943, la Gestapo, le Sicherheitsdienst et la Wehrmacht encerclent les bâtiments de l’Université de Strasbourg à Clermont-Ferrand. Plus de 1 200 étudiants et personnels sont contrôlés ; près de 500 sont retenus pendant une partie de la journée et environ 130 sont finalement arrêtés pour être déportés. Il s’agit de la plus importante rafle menée dans une université française pendant la Seconde Guerre mondiale.

Paul COLLOMP, professeur de papyrologie, est abattu dans les locaux pendant l’opération. Les déportés sont ensuite dispersés dans plusieurs camps. Les sources actuelles de l’Université de Strasbourg indiquent qu’environ trente seulement des quelque 130 déportés reviennent.

Liens avec d’autres réseaux ou mouvements

La communauté universitaire entretient des liens documentés avec Libération-Sud, Combat, Franc-Tireur, les MUR et différents réseaux de renseignement. Il n’existe toutefois aucun rattachement unique de l’Université en tant qu’institution à l’un de ces mouvements.

Chefs et figures marquantes

Jean CAVAILLÈS, professeur de philosophie et mathématicien, appartient aux premiers noyaux de Résistance formés autour de Clermont-Ferrand, puis devient l’un des dirigeants de Libération et crée des structures de renseignement et d’action. Arrêté, torturé et exécuté par les Allemands en 1944, il constitue l’une des principales figures universitaires de la Résistance.

René CAPITANT, professeur à la faculté de droit de Strasbourg, participe après l’armistice à la diffusion des premiers journaux clandestins depuis Clermont-Ferrand. Il gagne ensuite Alger, où il joue un rôle important dans Combat. Il survit à la guerre.

Marc BLOCH, ancien professeur de l’Université de Strasbourg, est frappé par le statut des Juifs puis rejoint la Résistance, notamment Franc-Tireur. Arrêté et torturé, il est fusillé le 16 juin 1944 près de Lyon, Rhône, France. Son parcours est lié à Strasbourg mais il convient de ne pas le présenter comme chef de la Résistance universitaire clermontoise.

Paul COLLOMP est professeur de l’Université de Strasbourg repliée. Il est tué pendant la rafle du 25 novembre 1943.

Victimes et morts

La répression est exceptionnelle par son ampleur. La rafle du 25 juin 1943 entraîne quarante arrestations. Celle du 25 novembre touche plus de 1 200 personnes contrôlées, environ 500 retenues et environ 130 déportées. Selon l’Université de Strasbourg, une trentaine seulement des déportés de la grande rafle reviennent.

Le bilan collectif comprend également Paul COLLOMP, tué sur place, ainsi que des universitaires morts en déportation. Il ne peut être réduit aux seuls membres formellement homologués comme résistants, puisque la répression nazie frappe aussi la communauté en raison de son identité strasbourgeoise, de ses origines alsaciennes ou juives et de son refus de l’ordre imposé par le Reich.

Survivants identifiés

Parmi les déportés ayant survécu figurent notamment Gaston MARIOTTE, Georges STRAKA, Hermann HERING, Henri MARGRAFF et Mathilde FRITZ, épouse BRINI. Les notices du Musée de la Résistance en ligne documentent leur arrestation, leur déportation et leur retour en 1945.

Fin du réseau

L’Université de Strasbourg demeure repliée à Clermont-Ferrand jusqu’à la fin de la guerre. Elle retrouve Strasbourg et son Palais universitaire en novembre 1945. Le retour marque la fin de son existence institutionnelle en exil et de la fonction clandestine développée autour de la communauté universitaire.

Conséquences et mémoire

Par décret du 31 mars 1947, l’Université de Strasbourg reçoit la Médaille de la Résistance française avec rosette. Elle demeure la seule université française titulaire de cette décoration.

Elle appartient également, avec Résistance-Fer, Radio Brazzaville et les Sœurs de Niederbronn, aux quatre collectivités civiles décorées de la Médaille de la Résistance avec rosette.

La mémoire des rafles est entretenue chaque année à Strasbourg et Clermont-Ferrand. Des plaques et monuments rappellent les morts et déportés, et l’Université de Strasbourg organise chaque 25 novembre une commémoration officielle.

Divergences entre les sources

Une divergence importante porte sur la date de la grande rafle. La notice synthétique actuelle de l’Ordre de la Libération indique « 23 novembre 1943 ». L’Université de Strasbourg, le Musée de la Résistance en ligne, le dossier pédagogique de l’Ordre de la Libération et les travaux historiques concordent sur le 25 novembre 1943. Cette dernière date est retenue.

Le nombre des déportés varie entre 110 et 130 selon certaines notices. Le Musée de la Résistance en ligne donne 110 dans une notice ancienne, alors que l’Université de Strasbourg et l’Ordre de la Libération retiennent désormais environ 130 personnes arrêtées puis déportées. Le chiffre de 130 est donc retenu comme état le plus récent des sources institutionnelles, tout en signalant l’existence de l’ancien chiffre.

Références bibliographiques

L’Université de Strasbourg repliée à Clermont-Ferrand, 1939-1945, travaux historiques consacrés à l’histoire de l’institution pendant son exil auvergnat.

Strasbourg-Clermont, l’Université de la Résistance, Georges Bischoff, Revue d’histoire et de philosophie religieuses, 2011.

La Résistance universitaire, études consacrées aux enseignants et étudiants engagés dans les mouvements de zone Sud.

Dictionnaire historique de la Résistance, sous la direction de François Marcot, Paris, Robert Laffont, 2006.

La Médaille de la Résistance française, Association nationale des médaillés de la Résistance française, Lavauzelle, 2002.

Références internet

Université de Strasbourg — Présentation institutionnelle « Une université résistante », confirmant le repli, la répression et le caractère unique de la décoration. https://www.unistra.fr/fr/universite/decouvrir/une-universite-resistante

Ordre de la Libération — Notice officielle de l’Université de Strasbourg et documentation du 80e anniversaire de la rafle. https://www.ordredelaliberation.fr/fr/les-collectivites-medaillees

Musée de la Résistance en ligne — Notice historique sur la plaque commémorative et les rafles des 25 juin et 25 novembre 1943. https://museedelaresistanceenligne.org/media2860-Universit-de-Strasbourg-plaque-commmorative

Fondation de la Résistance — Documentation sur la Résistance universitaire et ses acteurs. https://www.fondationresistance.org/

Chemins de mémoire – ministère des Armées — Documentation consacrée à l’entrée en Résistance de l’Université de Strasbourg. https://www.cheminsdememoire.gouv.fr/

Fiabilité

Fiabilité A — Fiabilité excellente. Le repli de 1939, la nature pluraliste de la Résistance universitaire, les rafles des 25 juin et 25 novembre 1943, le bilan d’environ 130 déportés et la décoration avec rosette sont établis par l’Université de Strasbourg, l’Ordre de la Libération, la Fondation de la Résistance et le Musée de la Résistance en ligne. Les divergences anciennes de date et de bilan ont été explicitement signalées.

Sources consultées

Mémoire Vive de la Résistance — Notice thématique sur la rafle de l’Université repliée et notices individuelles associées consultées. https://mvr.asso.fr/la-rafle-de-luniversite-de-strasbourg-repliee-a-clermont-ferrand/

Maitron Résistance — Recherches sur les enseignants, étudiants et résistants liés à l’Université effectuées. https://maitron.fr/

Fondation de la Résistance — Ressources sur la Résistance universitaire et plusieurs acteurs exploitées. https://www.fondationresistance.org/

Musée de la Résistance en ligne — Notices sur l’Université, les rafles et plusieurs déportés exploitées. https://museedelaresistanceenligne.org/

Mémoire des Hommes — Recherches nominatives sur les résistants et victimes effectuées. https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/

Ordre de la Libération — Notice collective, dossier pédagogique et commémoration du 80e anniversaire consultés. https://www.ordredelaliberation.fr/

Gallica – Bibliothèque nationale de France — Recherches sur l’Université de Strasbourg à Clermont-Ferrand et la répression de 1943 effectuées. https://gallica.bnf.fr/

Service historique de la Défense — Inventaires relatifs à la Résistance universitaire et dossiers individuels recherchés. https://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr/

FranceArchives — Recherche sur les fonds relatifs à la Résistance, à Clermont-Ferrand et aux universitaires effectuée. https://francearchives.gouv.fr/

Université de Strasbourg — Pages historiques, documentation numérique et commémorations des rafles consultées. https://www.unistra.fr/

Chemins de mémoire — Dossier officiel sur l’entrée en Résistance de l’Université consulté. https://www.cheminsdememoire.gouv.fr/

Wikipédia — Consultation complémentaire uniquement ; aucune donnée non recoupée retenue. https://fr.wikipedia.org/

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