L’établissement industriel de L’Argentière-la-Bessée, dans les Hautes-Alpes, constitue pendant l’Occupation un objectif économique important en raison notamment de sa production d’aluminium.
Les installations fonctionnent grâce à l’énergie hydroélectrique fournie par des conduites forcées. L’existence de ces infrastructures est toujours documentée par l’Inventaire général du patrimoine culturel de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, qui conserve notamment un dossier consacré à la conduite forcée dite « Siphon du Barry ».
Dans le contexte de l’Occupation, la production d’aluminium présente un intérêt stratégique pour l’économie de guerre allemande. La documentation mémorielle consacrée à la Résistance dans les Hautes-Alpes fait état d’un projet de neutralisation de l’usine afin de réduire sa production tout en évitant les conséquences qu’aurait pu entraîner une attaque aérienne alliée.
L’opération s’inscrit dans le développement des Groupes francs et des actions de sabotage dans les Hautes-Alpes. Paul HÉRAUD, alias « Dumont », occupe alors d’importantes responsabilités dans la Résistance départementale. Il coordonne notamment des activités de sabotage et devient ensuite chef départemental des Forces françaises de l’intérieur des Hautes-Alpes.
Déroulement de l’opération
Une première opération est menée dans la nuit du 14 au 15 novembre 1943. Des explosifs sont placés contre les installations alimentant l’usine. Les sources mémorielles locales associent notamment Paul HÉRAUD et Gilbert GALLETTI à cette opération. Le sabotage obtient un résultat réel mais insuffisant pour mettre complètement hors service les installations.
Une seconde intervention est donc organisée le 23 décembre 1943. Les conditions sont devenues plus dangereuses car la surveillance allemande des installations a été renforcée après la première attaque. Les résistants parviennent néanmoins à intervenir de nouveau sur les installations hydroélectriques.
Les conséquences industrielles sont importantes. Les sources disponibles indiquent une réduction d’environ 50 % de la production de l’établissement. Une source mémorielle récente consacrée à l’événement confirme la réalisation du sabotage en deux opérations successives, en novembre puis en décembre 1943.
Le Musée de la Résistance en ligne documente également le maquis du Lauzet, installé à la fin de 1943 sur les hauteurs de La Roche-de-Rame, entre Guillestre et L’Argentière-la-Bessée. Ce maquis est rattaché à l’organisation de Gilbert GALLETTI. La source indique cependant avec prudence que le groupe « aurait participé » au sabotage des conduites forcées. Cette participation collective doit donc être considérée comme probable mais non établie avec le même degré de certitude que l’existence des sabotages eux-mêmes.
Paul HÉRAUD est la personnalité centrale associée aux opérations. Résistant des Hautes-Alpes, membre des Mouvements unis de la Résistance et responsable des Groupes francs, il participe à l’organisation des sabotages industriels. Il devient en 1944 chef départemental des FFI des Hautes-Alpes sous le pseudonyme de « Dumont ». Il est tué le 9 août 1944 et sera nommé Compagnon de la Libération à titre posthume.
Gilbert GALLETTI est également associé aux sabotages de L’Argentière-la-Bessée. Il est responsable d’un ensemble de maquis de la vallée de la Durance. Le Musée de la Résistance en ligne confirme que le maquis du Lauzet était rattaché à son organisation.
D’autres noms apparaissent dans des témoignages et récits locaux. Une source mémorielle contemporaine mentionne notamment « Tellemond » et « Édouard » aux côtés de Paul HÉRAUD et Gilbert GALLETTI. En l’absence de recoupement archivistique suffisamment précis permettant d’établir leur identité complète et leur rôle exact, ils ne peuvent cependant être intégrés ici comme participants formellement identifiés.
Victimes
Les sources examinées ne signalent pas de victime directement provoquée par les sabotages de novembre et décembre 1943. Aucune liste nominative de victimes ne peut donc être établie.
Survivants
Gilbert GALLETTI survit à ces opérations et poursuit son activité résistante. Pour les autres membres des équipes ayant effectivement participé aux deux sabotages, la documentation actuellement retrouvée ne permet pas d’établir une liste exhaustive et suffisamment sûre des survivants.
Paul HÉRAUD survit aux sabotages mais est tué plusieurs mois plus tard, le 9 août 1944. Sa mort n’est donc pas une conséquence directe de l’opération de L’Argentière-la-Bessée.
Conséquences
La conséquence immédiate est la diminution importante des capacités industrielles de l’établissement. La production est réduite d’environ 50 %.
L’action constitue un exemple caractéristique des sabotages industriels conduits par la Résistance : l’objectif est de diminuer la production utilisable par l’occupant sans provoquer les destructions et pertes civiles qu’aurait pu entraîner une attaque aérienne de grande ampleur.
Ces opérations prennent également place dans un ensemble plus vaste d’actions menées contre les infrastructures ferroviaires, industrielles et énergétiques des Hautes-Alpes.
Mémoire et lieux commémoratifs
La mémoire de Paul HÉRAUD est particulièrement entretenue dans les Hautes-Alpes en raison de ses fonctions dans la Résistance départementale et de sa mort en août 1944.
Le patrimoine industriel de L’Argentière-la-Bessée conserve par ailleurs les traces matérielles des infrastructures hydroélectriques associées à l’ancienne activité industrielle. La Région Provence-Alpes-Côte d’Azur possède notamment un dossier patrimonial consacré au « Siphon du Barry », conduite forcée de la centrale de L’Argentière.
Le Musée de la Résistance en ligne conserve enfin des documents et photographies concernant les maquis de ce secteur, notamment celui du Lauzet.
Références bibliographiques
Histoire de la Résistance en France de 1940 à 1945, Henri Noguères, Robert Laffont, Paris. Cette vaste synthèse permet de replacer les sabotages industriels locaux dans l’évolution générale de la Résistance intérieure. Elle éclaire notamment la constitution des Groupes francs, le développement des actions armées et l’accroissement des sabotages à partir de 1943.
La Résistance dans les Hautes-Alpes, publications et travaux historiques départementaux consacrés à la Résistance haut-alpine. Ces travaux permettent d’étudier l’organisation des mouvements, les maquis, les Groupes francs et les opérations conduites dans les vallées alpines. Ils constituent le cadre indispensable pour replacer les sabotages de L’Argentière dans l’histoire départementale.
La Guerre secrète dans les Alpes du Sud, Antoine Arnoux, Éditions du Fournel. Cet ouvrage est consacré aux opérations clandestines conduites dans les Alpes du Sud pendant l’Occupation. Il permet notamment d’étudier les maquis, les liaisons avec les services alliés, les parachutages et les opérations de sabotage.
Références internet
Musée de la Résistance en ligne constitue la principale ressource mémorielle numérique utilisée pour replacer les sabotages dans l’histoire de la Résistance haut-alpine. Sa documentation sur le maquis du Lauzet confirme son implantation près de L’Argentière-la-Bessée, son rattachement à Gilbert GALLETTI et mentionne sa participation possible aux sabotages des conduites forcées. Musée de la Résistance en ligne – maquis du Lauzet
Inventaire général du patrimoine culturel de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur documente matériellement les installations hydroélectriques de L’Argentière-la-Bessée. Le dossier consacré au Siphon du Barry permet d’identifier et de contextualiser la conduite forcée associée au complexe industriel. Inventaire général – conduite forcée de L’Argentière-la-Bessée
Fiabilité
Fiabilité A pour l’existence des sabotages de novembre et décembre 1943, leur objectif industriel général et la réduction de la production. Fiabilité B pour la composition complète des équipes participantes, certains noms n’étant connus que par des sources mémorielles ou des témoignages secondaires.
Sources consultées —
Musée de la Résistance en ligne, « Photo du maquis du Lauzet (Hautes-Alpes) », documentation historique sur le maquis rattaché à Gilbert GALLETTI et sa participation possible au sabotage des conduites forcées de L’Argentière-la-Bessée. https://museedelaresistanceenligne.org/media11597-Photo-du-maquis-du-Lauzet-Hautes-Alpes
Inventaire général du patrimoine culturel, Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, « Conduite forcée de la centrale de l’Argentière dite le Siphon du Barry ». https://dossiersinventaire.maregionsud.fr/dossier/IA05000618
Alpes 1, « 80 ans du Débarquement de Provence : les Alpes du Sud se souviennent du sabotage de l’Argentière », témoignage mémoriel utilisé comme source complémentaire et non comme source archivistique principale. Article consacré au sabotage de L’Argentière.