Dans le département du Morbihan, la répression contre la Résistance ne fut pas le seul fait des troupes allemandes. La Sipo-SD (Gestapo) s’est appuyée sur plusieurs formations paramilitaires françaises pour infiltrer les maquis et procéder aux interpellations.
Les deux structures les plus actives dans ce secteur furent la Milice française et le Bezen Perrot (formation de nationalistes bretons sous uniforme SS). Ces auxiliaires étaient particulièrement redoutés pour leur connaissance du terrain, de la langue locale et des réseaux sociaux morbihannais, ce qui facilitait l’identification des patriotes.
Le Bezen Perrot (Unité Perrot), officiellement nommé Der bretonische Waffen-Verband der SS, était dirigé par Célestin LAINÉ et rattaché au SD de Rennes et de Vannes. Composé d’environ 80 hommes portant l’uniforme de la Waffen-SS, ce groupe a participé activement aux ratissages dans l’arrière-pays de Lorient et de Vannes durant l’été 1944.
Ses membres servaient d’interprètes lors des interrogatoires à la citadelle de Port-Louis et participaient aux arrestations violentes de maquisards. Leur connaissance des familles locales permettait de briser l’omerta qui protégeait habituellement les résistants.
La Milice française et le Groupe d’Action
La Milice, sous l’autorité locale de chefs départementaux comme Jean-Marie PASQUET, disposait de Groupes d’Action (Franc-Garde) mobiles. Ces miliciens travaillaient en étroite coordination avec la Geheime Feldpolizei (GFP).
Dans le secteur de Lorient, ils ont mené des perquisitions sanglantes et ont livré de nombreux résistants aux services allemands de la citadelle. Leur rôle consistait également à identifier les “terroristes” parmi les prisonniers civils capturés lors des rafles.
Actions emblématiques et responsabilités
Ces auxiliaires français furent impliqués dans la traque des membres des Forces Françaises de l’Intérieur (FFI) et des parachutistes du SAS après les combats de Saint-Marcel. À Lorient et Port-Louis, ils ont participé à la garde des prisonniers et, dans certains cas documentés par les procès d’après-guerre, ont assisté aux séances de torture. Leur présence visait à terroriser la population civile pour couper tout soutien logistique aux maquis.
Chefs et figures marquantes
Célestin LAINÉ, chef du Bezen Perrot, a fui en Irlande après la guerre pour échapper à la peine de mort.
Ange PÉRES, adjoint au sein de la même unité, fut l’un des cadres actifs durant la période des massacres de 1944.
Jean-Marie PASQUET, responsable de la Milice dans le Morbihan, a été jugé et condamné pour ses actes de collaboration armée.
Sort des collaborateurs après la guerre
À la Libération du Morbihan et après la reddition de la poche de Lorient en mai 1945, de nombreux auxiliaires français furent arrêtés. Les procès tenus devant la Cour de Justice de Vannes ou de Rennes ont prononcé plusieurs condamnations à mort pour “trahison” et “intelligence avec l’ennemi”.
Certains membres du Bezen Perrot ont réussi à s’enfuir en Allemagne ou à l’étranger, tandis que d’autres furent passés par les armes ou condamnés aux travaux forcés.
Conséquences et mémoire
L’implication de Français dans les massacres de Port-Louis reste une plaie mémorielle profonde en Bretagne. Elle souligne la dimension de guerre civile que prit le conflit dans certains départements de l’Ouest. Les associations mémorielles s’attachent aujourd’hui à distinguer clairement le sacrifice des 69 fusillés de la trahison de ceux qui les ont livrés à l’occupant.
Références bibliographiques
Le Bezen Perrot, Kristian Hamon, Éditions Yoran Embanner, 2004. Ouvrage de référence détaillant l’histoire et les exactions de cette unité de la SS composée de Bretons.
Les miliciens et les collaborateurs armés dans le Morbihan, Roger Leroux, Éditions Mayenne, 1978. Analyse des structures de collaboration départementale et de leur rôle dans la répression.
La Bretagne dans la tourmente, Jean-Jacques Monnier, Éditions Skol Vreizh, 2007. Une synthèse sur les fractures politiques de la Bretagne durant l’Occupation.
Célestin Lainé et le Bezen Perrot, Youenn Caouissin, Éditions Picollec, 1992. Biographie d’un des chefs les plus radicaux de la collaboration armée bretonne.
La répression de la collaboration en Bretagne, Christian Bougeard, Éditions Ouest-France, 2015. Étudie les procès de l’après-guerre et le sort des auxiliaires de la Gestapo.
Les nationalistes bretons sous l’occupation, Philippe Carrer, Éditions Coop Breizh, 2001. Étude contextuelle sur les dérives idéologiques menant à la collaboration militaire.
Lorient 1940-1945, Luc Braeuer, Éditions Geste, 2012. Mentionne l’appui des miliciens locaux aux troupes de marine allemandes.
La police de Vichy dans le Morbihan, Archives Départementales, 1994. Documents administratifs sur les rapports entre police française et milice.
L’épuration en Bretagne, Collectif, Éditions Skol Vreizh, 2004. Panorama des sentences prononcées contre les collaborateurs du Morbihan.
Guerre et Résistance en Bretagne, Pierre-Jakez Hélias (préface), Éditions Ouest-France, 1983. Un recueil de témoignages sur la traque des résistants par les collaborateurs.
Références internet
Le Bezen Perrot sur Musée de la Résistance en ligne. Notice explicative sur l’histoire de cette unité auxiliaire de la SD. https://www.museedelaresistanceenligne.org
L’épuration dans le Morbihan sur Archives Départementales du Morbihan. Présentation des dossiers de la Cour de Justice de Vannes. https://archives.morbihan.fr
Les Français sous uniforme allemand sur En Envor. Revue d’histoire contemporaine de Bretagne détaillant les engagements collaborationnistes. https://enenvor.fr
Procès des miliciens bretons sur Gallica. Retranscription de certains comptes-rendus d’audience de la presse locale de la Libération. https://gallica.bnf.fr
La milice dans le Morbihan sur Fondation de la Résistance. Fiches thématiques sur l’organisation territoriale de la collaboration. https://www.fondationresistance.org
L’histoire du Bezen Perrot sur Bretagne Culture Diversité. Article d’analyse sur les liens entre nationalisme et collaboration. https://www.bcd.bzh
Mémorial de Port-Louis sur Le Maitron. Mentionne dans certaines notices les circonstances d’arrestation impliquant des miliciens. https://maitron.fr
Archives du XXVème Corps d’Armée sur SHD. Rapports de renseignement sur les unités auxiliaires françaises dans la poche de Lorient. https://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr
Lieux de détention du SD sur Port-Louis Patrimoine. Historique des interrogatoires impliquant des interprètes français. https://www.ville-portlouis.fr
La résistance bretonne face à la trahison sur Chemins de Mémoire. Présentation des enjeux de la mémoire de la collaboration en Bretagne. https://www.cheminsdememoire.gouv.fr
Sources consultées : Date de vérification : 18 février 2026
Maitron Résistance, SHD (Vincennes et Lorient), Archives Départementales du Morbihan, Musée de la Résistance en ligne, Fondation de la Résistance.