Kommando de Bremen-Farge : chantier de l’abri « Valentin »
Le kommando de Bremen-Farge, actif entre octobre 1943 et avril 1945, est un camp extérieur rattaché au camp de concentration de Neuengamme. Situé dans la banlieue de Brême, en Allemagne, ce camp de travail forcé mobilise environ 10 000 déportés, dont une part importante de résistants français.
L’objectif est la construction de l’abri pour sous-marins « Valentin », une structure colossale en béton armé de 426 mètres de long. Les étapes clés de l’action consistent en des travaux de terrassement, de manipulation de sacs de ciment et de ferraillage sous une discipline de fer.
Les conditions climatiques extrêmes et la malnutrition entraînent une mortalité massive. Le bilan immédiat fait état de plus de 1 600 morts officiellement enregistrés, bien que les estimations réelles soient supérieures. Le chantier est stoppé en mars 1945 par des raids aériens britanniques massifs utilisant des bombes « Tallboy », avant l’évacuation forcée des survivants en avril 1945 vers Sandbostel.
Circonstances
La construction du bunker Valentin s’inscrit dans la stratégie navale du Troisième Reich visant à produire massivement les nouveaux sous-marins de type XXI. Face à la supériorité aérienne alliée, l’Organisation Todt impose la construction de sites protégés. L’intérêt stratégique est vital pour la Kriegsmarine qui espère reprendre l’avantage dans la bataille de l’Atlantique. Pour réaliser ce projet titanesque, les autorités nazies exploitent une main-d’œuvre concentrationnaire composée de prisonniers de guerre soviétiques et de déportés politiques issus de toute l’Europe occupée.
Héros et figures marquantes
Raymond DEBORDE, déporté politique français, témoin des conditions inhumaines du chantier.
Jean MOMMÉJAT, résistant du mouvement Combat, affecté au transport du ciment sur le site.
André LARDIÈRE, impliqué dans des actes de sabotage passif sur les structures de béton. Tous subirent la déportation, certains ne rentrèrent qu’en mai 1945 après les marches de la mort.
Victimes
Des centaines de résistants français ont péri d’épuisement ou sous les coups des kapos. On peut citer Pierre LE NY, jeune résistant breton décédé sur le chantier en 1944. La plupart des victimes ont été enterrées dans des fosses communes à proximité ou incinérées au crématorium de Brême.
Survivants
Les survivants du kommando ont fondé des amicales pour documenter l’horreur de Farge. Leurs témoignages ont été essentiels lors des procès d’après-guerre contre les responsables du camp de Neuengamme. Ils ont œuvré pour que le site de Valentin ne soit pas détruit mais transformé en lieu de mémoire.
Conséquences
Le bunker Valentin n’a jamais été achevé et aucun sous-marin n’en est sorti. La portée stratégique fut nulle au regard du coût humain. Après la guerre, le site servit de dépôt pour la Bundeswehr avant de devenir un centre mémorial. Les répercussions nationales en France ont été marquées par la reconnaissance tardive de la spécificité des kommandos de travail forcé par rapport aux camps souches.
Mémoire et lieux commémoratifs
Mémorial du Bunker Valentin, centre de documentation, Brême-Farge (Allemagne).
Monument « L’Annihilation par le travail », stèle commémorative, Farge.
Mémorial de Neuengamme, espace mémorial des kommandos, Hambourg.
Références bibliographiques
Bunker Valentin, Michèle Callut, Éditions de l’Atelier, 2005. Étude précise sur le système concentrationnaire appliqué à la construction de l’abri naval.
Neuengamme : les Français dans le camp de concentration et ses kommandos, Amicale de Neuengamme, Éditions Tirésias, 2005. Recueil de notices et de témoignages sur les conditions de vie à Farge.
L’organisation Todt et le travail forcé, Fabrice Virgili, Éditions du CNRS, 2011. Analyse le cadre administratif et répressif des chantiers géants du Reich.
Les marches de la mort, Daniel Blatman, Éditions Fayard, 2009. Retrace l’évacuation tragique de Farge vers Sandbostel en avril 1945.
L’enfer de Farge, Jean Momméjat, Éditions Privat, 1986. Témoignage direct d’un résistant français sur le chantier Valentin.
Déportés et résistants toulousains, Collectif, Éditions Loubatières, 1990. Mentionne plusieurs résistants locaux envoyés dans le nord de l’Allemagne.
La bataille de l’Atlantique et les bunkers, Yves Buffetaut, Éditions Marines, 2003. Contexte militaire de la construction de Valentin.
Le système concentrationnaire nazi, Eugen Kogon, Éditions Points, 1993. Ouvrage généraliste permettant de comprendre l’articulation entre camps souches et kommandos.
Neuengamme : le camp, ses kommandos, ses victimes, Hermann Kaienburg, Éditions Dietz, 1997. Une référence historique sur la gestion économique de la main-d’œuvre.
Mémoires de déportation, Robert Antelme, Éditions Gallimard, 1947. Bien que portant sur Gandersheim, cet ouvrage illustre le quotidien des kommandos de travail.
Références internet
Le camp de Bremen-Farge sur Musée de la Résistance en ligne. Présentation historique du kommando et du chantier Valentin. https://www.museedelaresistanceenligne.org
Denkort Bunker Valentin sur Bunker-Valentin.de. Site officiel du mémorial allemand proposant une documentation complète sur le site. https://www.denkort-bunker-valentin.de
Amicale de Neuengamme sur Neuengamme.fr. Site de l’association française regroupant les survivants et leurs familles. https://www.camp-neuengamme.org
Fiche du camp de Farge sur Fondation pour la Mémoire de la Déportation. Données administratives et statistiques sur le kommando. https://www.bddm.org
Neuengamme et ses kommandos sur Mémoire des Hommes. Accès aux listes de déportés décédés ou rescapés. https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr
L’abri Valentin sur Chemins de Mémoire. Histoire de la construction et de la destruction du bunker. https://www.cheminsdememoire.gouv.fr
Les Français à Neuengamme sur Fondation de la Résistance. Dossier pédagogique sur les réseaux de résistance déportés. https://www.fondationresistance.org
L’évacuation vers Sandbostel sur Gedenkstätte Sandbostel. Documentation sur la fin du kommando de Farge. https://www.stiftung-lager-sandbostel.de
Archives de Brême sur Bremen.de. Ressources historiques locales sur les camps de travail forcé de la ville. https://www.staatsarchiv.bremen.de
Le travail forcé sous le nazisme sur Arolsen Archives. Accès aux registres individuels des déportés de Farge. https://arolsen-archives.org
Sources consultées : Date de vérification : 18 février 2026
Maitron Résistance, Fondation pour la Mémoire de la Déportation, Mémoire des Hommes, Amicale de Neuengamme, Mémorial Valentin (Brême), SHD.