Le Service de renseignement et d’action (SRA) constitue l’un des principaux organes de renseignement de la France libre pendant la Seconde Guerre mondiale. Il est créé à Londres à l’été 1940 dans le cadre de l’organisation militaire mise en place par le général Charles DE GAULLE après l’Appel du 18 juin. Le service est officiellement structuré à partir de juillet 1940 afin de centraliser les activités de renseignement militaire, d’action clandestine et de liaison avec les réseaux de Résistance opérant en France occupée.
Le SRA est placé sous l’autorité du quartier général de la France libre et dirigé dans ses débuts par André DEWAVRIN, officier de l’armée française connu sous le pseudonyme de « Passy ». Le service a pour mission de recueillir des informations militaires sur les forces allemandes, d’organiser des réseaux clandestins sur le territoire français, de transmettre des renseignements aux Alliés et de préparer des opérations spéciales.
Entre 1940 et 1942, le SRA organise progressivement des réseaux de renseignement et d’action dans plusieurs régions de France occupée. Des agents sont parachutés ou infiltrés par voie maritime afin de créer des structures clandestines chargées de collecter des informations sur les mouvements de troupes allemandes, les installations militaires, les infrastructures ferroviaires et portuaires, ainsi que l’industrie travaillant pour l’effort de guerre allemand.
Les informations recueillies par les réseaux sont transmises à Londres par radio clandestine ou par courrier via des liaisons maritimes et aériennes. Ces renseignements sont ensuite exploités par l’état-major de la France libre et par les services britanniques, notamment le Special Operations Executive (SOE) et les services de renseignement militaires britanniques.
Le SRA participe également à la préparation d’actions clandestines telles que le sabotage d’infrastructures stratégiques, l’organisation de filières d’évasion pour les aviateurs alliés abattus au-dessus de la France et la mise en place de structures de résistance armée.
En 1942, dans le cadre de la réorganisation des services de la France libre, le SRA est intégré au Bureau central de renseignement et d’action (BCRA), qui devient la principale structure de renseignement et d’action clandestine de la France libre.
Circonstances
La création du Service de renseignement et d’action intervient dans le contexte de la défaite militaire française de juin 1940 et de l’occupation d’une grande partie du territoire par l’Allemagne nazie à la suite de l’armistice du 22 juin 1940.
À Londres, le général Charles DE GAULLE entreprend de reconstruire des structures militaires capables de poursuivre la guerre aux côtés des Alliés. L’organisation du renseignement devient rapidement une priorité stratégique afin de maintenir un contact avec la métropole et de disposer d’informations sur les forces d’occupation.
Le SRA constitue ainsi la première structure organisée de renseignement de la France libre. Son action s’inscrit dans la coopération avec les services britanniques, notamment le SOE et l’Intelligence Service, qui soutiennent la mise en place de réseaux clandestins en Europe occupée.
Cette structure préfigure l’organisation plus vaste du Bureau central de renseignement et d’action (BCRA), qui coordonnera à partir de 1942 l’ensemble des activités de renseignement, d’action et de liaison avec la Résistance intérieure.
Héros et figures marquantes
André DEWAVRIN, dit « Passy », dirige le Service de renseignement et d’action à Londres à partir de juillet 1940. Officier de l’armée française rallié à la France libre, il joue un rôle central dans la structuration des réseaux de renseignement et dans les relations avec les services britanniques. Il deviendra ensuite chef du Bureau central de renseignement et d’action.
Victimes
Les activités du Service de renseignement et d’action entraînent l’arrestation de nombreux agents opérant en France occupée. Plusieurs membres des réseaux créés ou soutenus par le SRA sont arrêtés par la Gestapo ou l’Abwehr, puis exécutés ou déportés.
Parmi ces victimes figurent des agents de renseignement et opérateurs radio chargés de transmettre les informations vers Londres. Les archives du Service historique de la Défense et de la base Mémoire des Hommes recensent plusieurs agents morts en déportation ou fusillés après leur arrestation.
Survivants
Certains membres des réseaux liés au Service de renseignement et d’action parviennent à survivre à la guerre et poursuivent leur engagement dans la reconstruction des services de renseignement français.
André DEWAVRIN poursuit sa carrière militaire après la guerre et contribue à l’organisation des services spéciaux français. Plusieurs anciens agents du SRA et du BCRA participent également à la création des structures modernes du renseignement français.
Conséquences
Le Service de renseignement et d’action joue un rôle essentiel dans la constitution d’un appareil de renseignement au service de la France libre. Il permet d’établir les premiers contacts avec les réseaux de Résistance en France et de fournir aux Alliés des informations sur les forces d’occupation allemandes.
La transformation du SRA en Bureau central de renseignement et d’action en 1942 marque une étape importante dans la structuration des services clandestins de la France libre. Le BCRA deviendra l’organe principal de coordination des réseaux de renseignement et des opérations spéciales en France occupée.
Les informations recueillies par ces réseaux contribueront notamment à la préparation des opérations alliées en Europe occidentale, en particulier à l’approche du débarquement de Normandie en 1944.
Mémoire et lieux commémoratifs
Plusieurs lieux de mémoire rappellent l’action des services clandestins de la France libre et du Bureau central de renseignement et d’action, héritier direct du SRA.
Le mémorial de la France combattante situé au Mont-Valérien dans le département des Hauts-de-Seine rend hommage aux résistants et agents de renseignement morts pour la France.
Le musée de l’Ordre de la Libération à l’Hôtel national des Invalides à Paris présente des documents et archives relatifs à l’action des services de renseignement de la France libre.
Le Service historique de la Défense au château de Vincennes conserve les archives du SRA et du BCRA, qui constituent une source majeure pour l’étude du renseignement français pendant la Seconde Guerre mondiale.
Références bibliographiques
Le BCRA 1940-1944 Jean-Louis CRÉMIEUX-BRILHAC, Éditions Perrin, 2013 Cet ouvrage retrace l’histoire du Bureau central de renseignement et d’action, héritier direct du Service de renseignement et d’action. Il décrit l’organisation du renseignement gaulliste, la création des réseaux clandestins et les relations avec les services britanniques.
Histoire de la Résistance en France Olivier WIEVIORKA, Perrin, 2013 Étude générale de la Résistance française abordant notamment la création des services de renseignement de la France libre et leur rôle dans la coordination des réseaux clandestins.
La France libre Jean-Louis CRÉMIEUX-BRILHAC, Gallimard, 1996 Analyse détaillée de la construction politique et militaire de la France libre. L’ouvrage évoque la création du Service de renseignement et d’action et l’évolution vers le BCRA.
Les services secrets de la France libre André DEWAVRIN, Plon, 1967 Témoignage du chef du service de renseignement de la France libre. L’auteur décrit la création du SRA, l’organisation des réseaux clandestins et les opérations de renseignement menées depuis Londres.
Les réseaux de la Résistance Claude BOURDET, Fayard, 1975 Étude consacrée à l’organisation des réseaux clandestins en France occupée, notamment ceux liés aux services de renseignement de la France libre.
La Résistance française Henri MICHEL, Presses universitaires de France, 1967 Ouvrage de référence sur la Résistance française présentant les différentes organisations clandestines et le rôle du renseignement dans la lutte contre l’occupant.
Les services secrets de la France libre Jean-François MURACCIOLE, Tallandier, 2015 Analyse historique des structures de renseignement mises en place par la France libre, incluant le Service de renseignement et d’action et son évolution vers le BCRA.
Compagnons de la Libération Vladimir TROCHIMOFF, Éditions France-Empire, 1996 L’ouvrage présente plusieurs figures de la Résistance et évoque l’action des services de renseignement liés à la France libre.
La Résistance 1940-1945 François BÉDARIDA, Perrin, 2000 Synthèse historique sur la Résistance française incluant les structures de renseignement et les relations avec les Alliés.
Les services secrets pendant la Seconde Guerre mondiale Jean DELMAS, Lavauzelle, 1994 Étude comparative des services de renseignement pendant la guerre, incluant l’organisation du renseignement français libre.
Références internet
Service de renseignement et d’action – Wikipédia Présentation de la création du service de renseignement de la France libre en 1940, de ses missions et de son évolution vers le Bureau central de renseignement et d’action. https://fr.wikipedia.org/wiki/Service_de_renseignement_et_d%27action
Bureau central de renseignement et d’action – Fondation de la Résistance Présentation détaillée du BCRA, de ses origines dans le Service de renseignement et d’action et de son rôle dans la coordination des réseaux clandestins. https://www.fondationresistance.org
Les services secrets de la France libre – Ordre de la Libération Article évoquant les structures clandestines mises en place par la France libre et les personnalités qui ont dirigé les services de renseignement. https://www.ordredelaliberation.fr
André DEWAVRIN – Maitron Résistance Notice biographique consacrée au chef du renseignement de la France libre, décrivant la création et l’organisation du Service de renseignement et d’action. https://maitron.fr
Les services secrets de la France libre – Musée de la Résistance en ligne Dossier pédagogique sur les structures de renseignement de la France libre et leur rôle dans la Résistance. https://www.museedelaresistanceenligne.org
Archives du BCRA – Service historique de la Défense Présentation des fonds d’archives relatifs aux services de renseignement de la France libre conservés au château de Vincennes. https://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr
Les réseaux de renseignement de la France libre – Gallica BnF Documents numérisés et publications historiques consacrés aux services clandestins gaullistes. https://gallica.bnf.fr
Les services secrets gaullistes – Fondation Charles de Gaulle Analyse historique de la création des structures de renseignement de la France libre et de leur rôle pendant la guerre. https://www.charles-de-gaulle.org
Le BCRA et les réseaux de Résistance – Chemins de mémoire Article historique du ministère des Armées consacré aux services clandestins gaullistes. https://www.cheminsdememoire.gouv.fr
La France libre et le renseignement – Musée de l’Armée Présentation du rôle des services de renseignement dans la stratégie de la France libre. https://www.musee-armee.fr
Sources consultées
Maitron Résistance, Fondation de la Résistance, Musée de la Résistance en ligne, Mémoire des Hommes, Ordre de la Libération, Gallica BnF, Service historique de la Défense, Wikipédia (recoupée), Fondation Charles de Gaulle, Chemins de mémoire.
Date de vérification : 8 mars 2026.