Le Pouzin, 16 juin 1944, opération d’un groupe FTPF contre le dépôt de carburant de la société La Mure
Le 16 juin 1944, au Pouzin, en Ardèche, un détachement FTPF de la 7101e compagnie, venu du secteur de Lamastre, tente de s’emparer de carburant au dépôt de la société La Mure.
L’objectif est logistique et militaire : ravitailler en essence les formations de la Résistance ardéchoise, engagées dans la mobilisation ouverte qui suit le débarquement de Normandie.
Les sources convergent pour indiquer que le détachement comprend 28 hommes. Elles établissent également que l’opération échoue à la suite d’un dispositif défensif renforcé autour du dépôt, tenu par des GMR et appuyé par des Allemands prévenus à l’avance ou informés par des indicateurs.
Le chef du détachement et son adjoint, venus parlementer, sont immédiatement pris sous le feu. Le combat tourne alors au désavantage des FTPF, pris également à revers depuis la voie ferrée. Le bilan immédiat établi par les sources mémorielles consultées fait état de 14 FTPF tués sur place, dont des prisonniers fusillés et des blessés achevés, puis de six blessés morts ultérieurement de leurs blessures. Huit hommes, dont plusieurs blessés, réussissent néanmoins à regagner Lamastre en camion, tandis que cinq autres se dispersent.
Circonstances
L’opération s’inscrit dans le contexte de l’insurrection résistante consécutive au 6 juin 1944. En Ardèche, l’afflux de volontaires est massif et les unités FFI, AS et FTPF, organisées dans l’urgence, manquent notamment de carburant pour assurer les transports, les liaisons et les mouvements tactiques.
Les sources du Musée de la Résistance en ligne indiquent qu’avant le 16 juin, des détournements de carburant avaient déjà été réalisés au même dépôt grâce à des complicités locales, ce qui a pu faire croire à la possibilité d’une nouvelle opération.
Cette fois, le secret de la préparation n’est pas conservé et le dépôt est renforcé par les Allemands. L’épisode est donc à la fois un fait de guerre, une opération de ravitaillement et un épisode de répression particulièrement brutal dans la vallée du Rhône ardéchoise.
Héros et figures marquantes
Les sources consultées identifient avec certitude plusieurs résistants morts lors de l’opération, dont Gabriel ALLEMAN, André PÉREL, Michel Philippe JOURDAN, Philippe RATEAU, Aimé REDON, Serge SALMON, Régis SARTRE, Honoré TAHAR, Fernand THÉVENON et Honoré VALLA.
Elles mentionnent aussi un résistant désigné sous le nom ou surnom de Coulée, sans que son identification civile complète soit stabilisée dans les résultats accessibles.
Pour plusieurs d’entre eux, le Maitron et les notices mémorielles confirment l’appartenance aux Francs-tireurs et partisans français. En revanche, les fonctions précises de chacun dans l’opération ne sont pas intégralement détaillées dans les extraits consultables.
André PÉREL est explicitement confirmé comme résistant FTPF, né à Privas et mort au Pouzin le 16 juin 1944.
Gabriel ALLEMAN est également signalé par le Maitron comme victime de cette journée.
Michel Philippe JOURDAN est de même rattaché par le Maitron à l’épisode du Pouzin.
Victimes
Le bilan humain est l’élément le mieux documenté. Les sources mémorielles et le Maitron établissent 14 morts sur place parmi les FTPF, puis six blessés décédés ultérieurement des suites de l’engagement.
Un monument du Pouzin honore quatorze noms gravés comme « jeunes martyrs du 16 juin 1944 », tandis qu’une plaque ajoutée en 1987 sur le site de l’ancien dépôt de La Mure porte aussi les noms des six jeunes combattants morts de leurs blessures après le combat.
Les résultats de FranceArchives signalent en outre l’existence de photographies de dix victimes de l’opération conservées dans les fonds des Archives départementales de l’Ardèche. Les extraits consultés ne permettent pas d’établir une liste complète, certaine et normalisée des vingt noms sans recours à des pages non ouvertes ou à des sources secondaires non institutionnelles ; je m’en tiens donc aux noms explicitement confirmés dans les résultats accessibles.
Survivants
Les sources consultées permettent seulement d’établir qu’au moins treize hommes survivent immédiatement à l’engagement, répartis entre les huit qui parviennent à regagner Lamastre en camion et les cinq qui réussissent à se disperser. Les identités de ces survivants ne sont pas données de manière nominative dans les résultats consultables.
L’un des acteurs de la mémoire locale, Pierre Millet, est présenté par le Musée de la Résistance en ligne comme ayant lui-même été un des acteurs des événements commémorés au Pouzin, ce qui atteste l’existence de survivants engagés ensuite dans la transmission mémorielle, mais sans permettre d’en faire la liste exhaustive à partir des seules sources ouvertes ici.
Conséquences
L’échec de l’opération prive les FTPF ardéchois d’un ravitaillement stratégique en carburant et marque durement la Résistance locale. Les modalités de la mort d’une partie des captifs et blessés, telles qu’elles sont décrites par le Musée de la Résistance en ligne et reprises par le Maitron, confèrent à l’événement une forte portée mémorielle et répressive. Le transport des corps à travers la commune, rapporté par des synthèses mémorielles secondaires, a durablement frappé la mémoire locale. L’événement est commémoré chaque année au Pouzin.
Mémoire et lieux commémoratifs
Le principal lieu de mémoire est le monument du Pouzin dédié « aux jeunes martyrs du 16 juin 1944 », élevé peu après la Libération sur la place du Pouzin près du monument aux morts.
Une plaque de marbre a en outre été apposée en 1987 sur l’enceinte de l’ancien dépôt de La Mure, sur les lieux mêmes de l’affrontement, avec les noms des six blessés morts par la suite. La cérémonie commémorative annuelle du 16 juin, organisée désormais à l’appel de la municipalité, suit un parcours entre ces deux lieux.
Références bibliographiques
L’Ardèche dans la guerre 1939-1945, Pierre Bonnaud, De Borée, 2017. Cet ouvrage est directement mobilisé comme source par le Musée de la Résistance en ligne pour le contexte du Pouzin. Il éclaire l’organisation de la Résistance ardéchoise, la montée en puissance des formations armées en juin 1944 et la brutalité de la répression dans le département. Il constitue l’un des cadres les plus utiles pour replacer l’opération du 16 juin dans la chronologie départementale.
Ardéchois, entends-tu… Enquête sur la Résistance et la Libération en Ardèche (1940-1944), Marielle Larriaga, Éditions lyonnaises d’art et d’histoire, 1999. Cet ouvrage propose une synthèse départementale sur les maquis, les réseaux, la répression et la Libération. Il est utile pour replacer le drame du Pouzin dans l’ensemble des affrontements de l’été 1944 en Ardèche.
En Ardèche sous l’Occupation. Livre 2, Sylvain Villard, 2013. Ce volume adopte une approche par épisodes et permet de suivre plus finement les actions armées et les opérations locales. Il est régulièrement cité dans les travaux mémoriels locaux relatifs à la période 1943-1944.
Histoire du Vivarais, sous la direction de Gérard Cholvy, Privat, 1988. L’ouvrage donne le cadre régional et historique de la guerre en Ardèche et dans le Vivarais. Il aide à contextualiser l’importance stratégique de la vallée du Rhône et de ses axes de circulation.
Le Pouzin de la Préhistoire à nos jours, Association pour la recherche du Patrimoine, Le Pouzin, 2000. Ouvrage local précieux pour l’histoire de la commune, incluant le temps de guerre, les destructions et la mémoire des morts du 16 juin 1944.
Lyon sous l’Occupation, Gérard Le Marec, Ouest-France, 1984. Bien que centré sur Lyon, cet ouvrage est cité dans les références secondaires du dossier communal et aide à replacer l’arc rhodanien dans les logiques de répression et de circulation de l’occupant.
Mémorial de la Résistance en Ardèche, Le Teil, 1994. Ce mémorial local rassemble des données sur les victimes et épisodes du département. Il est utile pour l’identification mémorielle des combattants tués.
Le BCRA 1940-1944, Jean-Louis Crémieux-Brilhac, Perrin, 1990. Cet ouvrage n’est pas centré sur le Pouzin, mais il aide à comprendre les cadres militaires et politiques dans lesquels s’insère l’action des FFI et des maquis en juin 1944.
Histoire de la Résistance en France, Olivier Wieviorka, Perrin, 2013. Il apporte le contexte général de la militarisation de la Résistance au moment du débarquement et des problèmes de ravitaillement, d’armement et de coordination rencontrés par les unités locales.
La Résistance française, Henri Michel, Presses universitaires de France, 1967. Ouvrage classique pour le contexte général des FTPF, des FFI et des opérations de juin 1944.
Références internet
« Le Pouzin (Ardèche), 16 juin 1944 », Maitron. La notice événementielle établit la date, le lieu, l’objectif de l’opération et la liste d’une partie des victimes. Elle constitue la principale base nominative accessible pour les morts identifiés du combat. https://maitron.fr/le-pouzin-ardeche-16-juin-1944/
« Le Pouzin (Ardèche), 16 juin 1944 », Maitron des fusillés 1940-1944. Cette page patrimoniale synthétise l’opération, le nombre de morts immédiats et plusieurs noms de victimes. https://fusilles-40-44.maitron.fr/le-pouzin-ardeche-16-juin-1944/
« André PÉREL », Mémoire Vive de la Résistance. La notice biographique confirme l’appartenance FTPF d’André PÉREL et son décès au Pouzin le 16 juin 1944. https://mvr.asso.fr/perel/
« Monument du Pouzin, Ardèche », Musée de la Résistance en ligne. Cette notice de lieu de mémoire décrit le monument, la plaque de 1987 et donne un récit circonstancié de l’opération ainsi que son bilan humain. https://museedelaresistanceenligne.org/media3042-Monument-du-Pouzin-Ardche
« Photographies de 10 victimes de l’opération du 16 juin 1944 au Pouzin », FranceArchives. Le portail signale l’existence de documents d’archives conservés par les Archives départementales de l’Ardèche sur les victimes. https://francearchives.gouv.fr/fr/location/294506023?sort=-sortdate
« Répression de l’occupant », FranceArchives. Cette entrée d’inventaire mentionne explicitement les photographies des cadavres de dix victimes de l’opération du Pouzin. https://francearchives.gouv.fr/fr/facomponent/fa90bb7b6e69685f847e21312683385023545689
« Monument commémoratif aux jeunes martyrs du 16 juin 1944 », MémorialGenWeb. Le relevé confirme l’existence d’un monument spécifique au Pouzin consacré aux victimes de l’événement. https://www.memorialgenweb.org/memorial3/html/fr/resultcommune.php?dpt=07&idsource=50387&insee=07181
« Gabriel ALLEMAN », Maitron. La notice nominative permet de confirmer la présence de Gabriel ALLEMAN parmi les victimes de l’épisode. https://maitron.fr/alleman-gabriel-louis-pseudonyme-dans-la-resistance-rene/
« Michel Philippe JOURDAN », Maitron des fusillés 1940-1944. La notice nominative confirme le rattachement de Michel Philippe JOURDAN à l’épisode du Pouzin. URL : https://fusilles-40-44.maitron.fr/jourdan-michel-philippe/
« Pouzin pendant la Seconde Guerre mondiale », Wikipédia. Cette page n’a été utilisée qu’en appoint de contexte local et non comme source de preuve principale. https://fr.wikipedia.org/wiki/Pouzin_pendant_la_Seconde_Guerre_mondiale
Sources consultées : Maitron, Maitron des fusillés, Fondation de la Résistance via le Musée de la Résistance en ligne, FranceArchives, MémorialGenWeb, Mémoire Vive de la Résistance, Wikipédia en recoupement, résultats de recherche sur les Archives départementales de l’Ardèche. Date de vérification : 8 mars 2026.