La forme officielle est « Police d’État de la ville d’Alger ». Elle constitue un corps administratif et policier dont une partie décisive entre en dissidence lors de l’opération Torch dans la nuit du 7 au 8 novembre 1942. L’expression postérieure « policiers résistants républicains d’Alger » désigne notamment l’association mémorielle constituée par d’anciens participants et ne doit pas être assimilée au nom de la collectivité décorée.
Création de la Colléctivité Résistante
La Police d’État existe comme institution administrative antérieurement à la Résistance. Sa qualification de collectivité résistante résulte principalement de son entrée en dissidence au moment du débarquement allié en Afrique du Nord.
Des policiers, dont le commissaire André ACHIARY, sont cependant en contact avant novembre 1942 avec les responsables de la Résistance algéroise qui préparent une action destinée à faciliter le débarquement allié. Henri d’ASTIER DE LA VIGERIE entretient notamment des relations avec ACHIARY dans le cadre de cette préparation.
Organisation interne
Les sources institutionnelles ne permettent pas d’affirmer que l’ensemble des personnels policiers d’Alger appartiennent avant le 8 novembre à une organisation clandestine homogène. Des responsables policiers participent au dispositif insurrectionnel conçu par les groupes d’Henri d’ASTIER DE LA VIGERIE, José ABOULKER, Germain JOUSSE et leurs compagnons. La Police d’État fournit le concours institutionnel nécessaire à la neutralisation de plusieurs points de contrôle de la ville.
Actions menées pendant la Résistance
Dans la nuit du 7 au 8 novembre 1942, avertie du débarquement anglo-américain, la police d’Alger entre en dissidence. Elle rejoint les groupes de jeunes résistants chargés de neutraliser les points stratégiques de la capitale algérienne afin d’empêcher les forces demeurées fidèles à Vichy de s’opposer efficacement au débarquement.
L’action s’inscrit dans l’opération plus vaste conduite par plusieurs centaines de résistants d’Alger. Les insurgés prennent le contrôle de lieux stratégiques et immobilisent plusieurs hauts responsables militaires et civils vichystes. Le général Alphonse JUIN est notamment arrêté par la Résistance locale. L’objectif militaire est atteint pendant plusieurs heures, retardant la réaction des forces vichystes et facilitant l’entrée des Alliés dans Alger.
Liens avec d’autres réseaux ou mouvements
La Police d’État agit en liaison avec la Résistance algéroise organisée autour de José ABOULKER et Henri d’ASTIER DE LA VIGERIE. Cette organisation est elle-même reliée au « Comité des Cinq », constitué en janvier 1942 autour d’Henri d’ASTIER, Jean RIGAULT, Jacques LEMAIGRE-DUBREUIL, Jacques TARBÉ DE SAINT-HARDOUIN et du colonel VAN HECKE, qui prépare l’assistance au futur débarquement allié.
André ACHIARY, commissaire de police à Alger, est l’un des responsables policiers en contact avec Henri d’ASTIER DE LA VIGERIE dans la préparation du 8 novembre. Il reçoit ultérieurement la Médaille de la Résistance française à titre individuel. Il survit à la guerre.
José ABOULKER est l’un des principaux organisateurs civils de l’insurrection. Il dirige plusieurs centaines de jeunes résistants chargés de s’emparer des points stratégiques. Il est fait Compagnon de la Libération et survit à la guerre. Il ne doit toutefois pas être présenté comme chef de la Police d’État.
Henri d’ASTIER DE LA VIGERIE participe à la préparation et à l’exécution du coup de force, notamment à l’arrestation des autorités militaires supérieures. Il survit à la guerre après avoir combattu ultérieurement avec les commandos de France.
Germain JOUSSE est également l’un des principaux organisateurs de l’opération et sera fait Compagnon de la Libération. Il n’appartient pas pour autant à la hiérarchie de la Police d’État.
Victimes et morts
Les sources consultées ne fournissent pas de bilan humain propre aux seuls agents de la Police d’État d’Alger lors de l’opération. Deux résistants de l’insurrection, Jean DREYFUS et Alfred PILLAFORT, sont tués le 8 novembre 1942 par les forces vichystes. Ils sont faits Compagnons de la Libération à titre posthume, mais ne doivent pas être comptabilisés sans preuve comme policiers de la collectivité décorée.
Survivants identifiés
André ACHIARY survit à la guerre. José ABOULKER, Henri d’ASTIER DE LA VIGERIE et Germain JOUSSE, associés à l’opération menée avec la police mais non membres de la collectivité policière en tant que telle, survivent également.
Fin de l’action clandestine
La Police d’État ne disparaît pas après l’opération Torch. L’action clandestine qui justifie sa décoration prend essentiellement fin avec le succès du débarquement et la modification du rapport de forces politiques en Afrique du Nord. Le 17 novembre 1942, Henri d’ASTIER DE LA VIGERIE devient notamment responsable des questions de police dans le nouvel appareil gouvernemental d’Alger.
Conséquences et mémoire
Le concours de la Résistance algéroise à l’opération Torch contribue directement à limiter la réaction militaire vichyste à Alger et facilite le débarquement allié du 8 novembre 1942. La Police d’État de la ville d’Alger reçoit à titre collectif la Médaille de la Résistance française par décret du 26 mars 1945.
Une Association des policiers résistants républicains d’Alger entretient après-guerre la mémoire de cet engagement. Son insigne rappelle la date du 8 novembre 1942 et porte la représentation de la Médaille de la Résistance attribuée à la collectivité.
Divergences et précautions
L’affirmation ancienne reproduite par certaines sources selon laquelle « la police d’Alger » aurait unanimement manifesté son attachement au général de Gaulle doit être utilisée avec prudence. L’opération du 8 novembre est préparée en coordination étroite avec les Américains et réunit des résistants de sensibilités politiques diverses. La reconnaissance ultérieure par de Gaulle et l’attribution de décorations ne permettent pas d’assimiler rétrospectivement tous les participants à une organisation gaulliste préalable.
Il convient également de distinguer la Police d’État décorée, les groupes civils de José ABOULKER, le Comité des Cinq et l’Association des policiers résistants républicains d’Alger créée après les événements.
Références bibliographiques
La Victoire du 8 novembre 1942. La Résistance et le débarquement des Alliés à Alger, José Aboulker, Paris, Éditions du Félin, réédition avec préface et postface de Jean-Louis Crémieux-Brilhac.
La Médaille de la Résistance française, Association nationale des médaillés de la Résistance française, Lavauzelle, 2002.
Références internet
Ordre de la Libération — Notice officielle de la Police d’État d’Alger et documentation sur les résistants du 8 novembre. https://www.ordredelaliberation.fr/fr/les-collectivites-medaillees
Ordre de la Libération — Dossier mémoriel du 80e anniversaire du 8 novembre 1942. https://www.ordredelaliberation.fr/fr/lettre-dinformation-novembre-2022
Musée de la Résistance en ligne — Notice de l’Association des policiers résistants républicains d’Alger. https://museedelaresistanceenligne.org/media2808-Insigne-de-lAssociation-des-policiers-rsistants-rpublicains-dAlger
Archives nationales / FranceArchives — Notice Henri d’Astier de la Vigerie et fonds relatifs aux événements du 8 novembre 1942. https://francearchives.gouv.fr/
Chemins de mémoire – ministère des Armées — Dossier consacré à l’opération Torch. https://www.cheminsdememoire.gouv.fr/fr/8-novembre-1942-operation-torch-les-debarquements-allies-en-afrique-du-nord
Fiabilité A — Fiabilité excellente pour l’entrée en dissidence de la Police d’État, sa participation au 8 novembre 1942 et sa décoration. Fiabilité plus limitée pour l’organigramme précis des policiers résistants, que les sources institutionnelles accessibles ne reconstituent pas complètement.
Sources consultées
Maitron Résistance — Recherches sur les acteurs du 8 novembre, notamment Alfred PILLAFORT et Jean DREYFUS. https://maitron.fr/
Fondation de la Résistance — Documentation bibliographique et historique sur l’opération du 8 novembre. https://www.fondationresistance.org/
Musée de la Résistance en ligne — Notice de l’association mémorielle des policiers résistants d’Alger exploitée. https://museedelaresistanceenligne.org/
Mémoire des Hommes — Recherche sur la collectivité et les acteurs cités ; aucune notice collective exploitable retrouvée. https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/
Ordre de la Libération — Notice officielle et dossier du 80e anniversaire consultés. https://www.ordredelaliberation.fr/
Gallica – BnF — Recherches sur Alger et le 8 novembre 1942 effectuées ; aucune source supérieure aux documents institutionnels retenus. https://gallica.bnf.fr/
Service historique de la Défense — Recherches sur la Résistance en Afrique du Nord et Torch ; fonds pertinents repérés mais non intégralement numérisés. https://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr/
FranceArchives / Archives nationales — Fonds et notices relatifs aux acteurs et événements du 8 novembre consultés. https://francearchives.gouv.fr/
Chemins de mémoire — Dossier officiel sur Torch consulté. https://www.cheminsdememoire.gouv.fr/
Wikipédia — Consultation complémentaire uniquement ; aucune donnée non recoupée retenue. https://fr.wikipedia.org/