La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

La « Relève » est annoncée par Pierre LAVAL le 22 juin 1942 lors d’un discours radiodiffusé, dans le cadre d’un accord de principe avec les autorités allemandes de recrutement de main-d’œuvre, dont Fritz SAUCKEL, visant à obtenir des départs de travailleurs « volontaires » de France vers l’Allemagne.

Le mécanisme mis en avant par la propagande est celui d’un échange présenté comme « gagnant » pour les familles de prisonniers de guerre, le départ de trois ouvriers qualifiés devant permettre la libération d’un prisonnier de guerre.

La campagne s’appuie sur des affiches et une mise en scène publique des retours de prisonniers, notamment autour des trains croisant à Compiègne, dans le but de susciter l’adhésion et de multiplier les engagements.

La « Relève » concerne en pratique un volume limité de libérations de prisonniers, et son rendement est jugé insuffisant par l’occupant, ce qui ouvre la voie à des dispositifs plus coercitifs à partir de l’automne 1942.

Circonstances

La « Relève » s’inscrit dans l’économie de guerre allemande et l’aggravation des besoins de main-d’œuvre, au moment où le Reich mobilise de plus en plus d’hommes et cherche à compenser par des transferts depuis les territoires occupés, Fritz SAUCKEL ayant été nommé plénipotentiaire au recrutement de la main-d’œuvre le 21 mars 1942. Pour Vichy, la « Relève » constitue une politique de collaboration économique et sociale présentée comme un moyen d’obtenir des retours de prisonniers tout en répondant aux exigences allemandes, avec un coût politique majeur dans l’opinion.

Pierre LAVAL apparaît comme l’initiateur politique côté Vichy, Fritz SAUCKEL comme l’architecte allemand du recrutement, et Maurice SCHUMANN comme une voix majeure de la France Libre répondant publiquement et rapidement à l’annonce du 22 juin 1942, la mobilisation résistante contre les départs pour l’Allemagne devenant un thème quotidien et prioritaire dans la propagande clandestine.

À l’échelle des parcours individuels, les bases biographiques du Maitron Résistance font apparaître de nombreux itinéraires où la « Relève » et la réquisition de main-d’œuvre provoquent un afflux de réfractaires et nourrissent l’engagement clandestin, sans que cela permette d’assigner une « liste d’acteurs » unique à un événement national de politique publique.

Victimes

Les victimes directes sont d’abord les travailleurs partis en Allemagne dans un cadre de plus en plus contraint, ainsi que leurs familles exposées à la pression administrative et sociale, tandis que les victimes indirectes incluent les personnes réprimées pour actions de sabotage, propagande ou refus. Les quantifications globales de la période « Relève puis STO » existent dans des ressources muséales et archivistiques, mais elles agrègent souvent plusieurs régimes de départs et exigent prudence dans l’attribution stricte à la seule « Relève ».

Survivants

À l’échelle nationale, il n’existe pas de liste nominative unique « des survivants de la Relève » comparable à une fiche d’opération locale, les trajectoires étant dispersées dans des fonds d’archives, des dossiers administratifs et des témoignages. Les ressources mémorielles consacrées au STO et aux travailleurs contraints permettent toutefois de contextualiser le continuum Relève–réquisitions–STO et de retrouver des corpus de témoignages.

Conséquences

La « Relève » constitue un tournant dans la dynamique de la Résistance, car la lutte contre les départs en Allemagne devient un facteur de mobilisation, de sabotage et de contestation, y compris sous forme de manifestations et d’actions ciblant les bureaux d’embauche et de placement, tandis que l’échec relatif de la formule « volontaire » accélère le passage à des formes de réquisition. Elle contribue aussi à la constitution et à l’extension de refuges pour réfractaires, phénomène qui alimente la montée des maquis, les dispositifs de contrainte étant décrits comme un « cadeau » fait malgré lui à la Résistance en rendant nécessaire l’organisation de la clandestinité.

Mémoire et lieux commémoratifs

La mémoire de la « Relève » est largement portée par des institutions muséales et centres d’histoire qui l’inscrivent dans le continuum menant au STO, avec des objets, affiches et dossiers pédagogiques, notamment au Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation de Lyon et via le Musée de la Résistance en ligne. Des expositions et ressources locales et départementales rappellent également l’impact de la Relève et des réquisitions sur la naissance des maquis, sans qu’il existe un lieu commémoratif unique consacré exclusivement à la « Relève » comme politique publique.

Références bibliographiques

Histoire du STO Raphaël Spina, Perrin, 2017. Ouvrage de synthèse fondé sur une thèse et une documentation archivistique large, exposant la genèse du STO à partir des politiques antérieures dont la Relève. Analyse les modalités de recrutement, les réactions sociales et les interactions avec la Résistance, en replaçant la France dans l’économie de main-d’œuvre du Reich.

 Les STO. Histoire des Français requis en Allemagne nazie (1942-1945) Patrice Arnaud, CNRS Éditions, 2010. Étude détaillée des requis, du cadre institutionnel et des expériences vécues, utile pour comprendre la bascule depuis la Relève vers la contrainte et les effets sur les parcours individuels. L’ouvrage insiste sur l’encadrement, le quotidien et le retour, et sur la diversité des situations.

Le STO. Histoire d’une déportation Denis Peschanski, Éditions Complexe, 1997. Analyse des origines, de l’organisation et des conséquences du travail forcé, avec un éclairage sur les stratégies d’évitement et les formes de résistance liées aux politiques de main-d’œuvre, dont la Relève comme antécédent politique et propagandiste.

 La France de Vichy (1940-1944) Robert O. Paxton, Seuil puis Points, 1973 (édition revue). Ouvrage de référence sur le régime de Vichy et ses politiques, permettant d’inscrire la Relève dans l’ensemble des choix de collaboration d’État, des arbitrages économiques et des rapports avec l’occupant. Donne des clés d’interprétation sur les acteurs, les institutions et la logique de négociation.

De Munich à la Libération (1938-1944) Jean-Pierre Azéma, Seuil puis Points, 1979. Synthèse sur la séquence menant à l’Occupation puis aux politiques de Vichy, utile pour contextualiser l’été 1942 et les bascules politiques et sociales, dont l’annonce de la Relève et ses effets sur l’opinion.

Le Service du travail obligatoire. La région de Nancy face aux exigences allemandes Jean-Pierre Harbulot, Presses universitaires de Nancy, 2003. Monographie régionale très documentée montrant comment s’opèrent localement les mécanismes de recrutement et de contrainte, et comment la Relève puis le STO se traduisent en pratiques administratives, résistances et solidarités.

Histoire de la Résistance : 1940-1945 Olivier Wieviorka, Perrin, 2013 (et rééditions). Ouvrage d’ensemble sur la Résistance, utile pour replacer la lutte contre la Relève puis le STO dans les priorités de la propagande clandestine, les évolutions organisationnelles et l’essor des maquis.

Histoire du sabotage. De la CGT à la Résistance Sébastien Albertelli, Perrin, 2016. Met en perspective les formes de sabotage, y compris celles visant les dispositifs liés au recrutement de main-d’œuvre et les infrastructures, dans une histoire longue des pratiques, utile pour comprendre les actions contre bureaux et offices liés à la Relève et aux réquisitions.

La Résistance sans héroïsme Charles d’Aragon, Seuil, 1977. Témoignage et réflexion sur l’opinion et l’action clandestine, cité dans des dossiers mémoriels à propos de l’acceptabilité sociale de certaines cibles de sabotage, notamment les bureaux liés au recrutement de main-d’œuvre.

Le réfractariat au travail obligatoire : une modalité de la Résistance délaissée par la mémoire et par l’histoire Robert Belot, Actes du CTHS, 2004. Étude sur la figure du réfractaire, utile pour relier Relève et STO à la montée de la clandestinité et aux tensions mémorielles, en articulant histoire sociale et histoire de la Résistance.

Références internet

La Résistance face au Service du Travail Obligatoire, Fondation de la Résistance Dossier en ligne analysant la continuité Relève–réquisitions–STO, les réactions résistantes, les formes d’action et la place du sujet dans la mémoire, avec un appareil documentaire et des exemples concrets. https://www.fondationresistance.org/wp-content/uploads/2025/05/LettreResistance096.pdf

La Résistance contre la Relève, Musée de la Résistance en ligne Dossier explicitant le contexte de l’été 1942, le rôle de Sauckel, l’annonce du 22 juin 1942, le mécanisme « trois pour un » et les premières réactions de la Résistance, avec repères chronologiques. https://museedelaresistanceenligne.org/musee/doc/pdf/360.pdf

La Relève, CHRD Lyon Page de contexte sur la campagne de propagande, la mise en scène des retours de prisonniers et l’ampleur limitée des libérations, utile pour caractériser la Relève comme politique et comme opération d’opinion. https://www.chrd.lyon.fr/musee/exposition-prisonniers-guerre/la-releve

Affiche “La Relève commence”, Musée de la Résistance en ligne Notice d’objet et analyse d’une affiche de propagande allemande de 1942 destinée à susciter des départs, avec identification des acteurs et du but politique. https://museedelaresistanceenligne.org/media3104-Affiche-iLa-Relve-commence-i

Affiche “La Relève continue !”, Musée de la Libération de Paris Ressource pédagogique expliquant l’accord et la mise en scène du retour de prisonniers, donnant un cadre explicatif clair sur la logique de la Relève et sa communication. https://www.museeliberation-leclerc-moulin.paris.fr/ressources/ressource-pour-les-scolaires/affiche-la-releve-continue-1942

“La relève continue ! Il en reste… relevez les”, Musée de la Résistance en ligne Notice précisant le caractère de « marché de dupes » du dispositif et rappelant la règle d’échange mise en avant, utile pour documenter la propagande et la perception. https://museedelaresistanceenligne.org/media8277-iLa-relve-continue-Il-en-resterelevez-les-i

Évolution du nombre de départs pour la Relève ou le STO, Musée de la Résistance en ligne Page statistique indiquant l’existence de relevés chiffrés et signalant des divergences de séries, utile pour encadrer prudemment l’usage des chiffres. https://museedelaresistanceenligne.org/media259-Evolution-du-nombre-de-dparts-pour-la-Relve-ou-le-STO

Service du travail obligatoire (STO) – FranceArchives Page-sujet orientant vers des services d’archives et fonds conservant des documents, utile pour repérer des pistes archivistiques au-delà des synthèses. https://francearchives.gouv.fr/fr/subject/131466024

Service de travail obligatoire (STO). Relève et réfractaires, Service historique de la Défense Notice de repérage SHD donnant un accès à des ensembles archivistiques, dont des fonds liés au BCRA, utile pour documenter l’environnement clandestin et les dossiers. https://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr/ark/35393

Aux origines du maquis, Musée de la Résistance en ligne Page explicitant le lien entre Relève, STO et nécessité de mettre à l’abri les réfractaires, utile pour caractériser les conséquences sociales et résistantes de la Relève. https://www.museedelaresistanceenligne.org/expo.php?expo=89&sstheme=1228&stheme=360&theme=168

Sources consultées Maitron Résistance, Fondation de la Résistance, Musée de la Résistance en ligne, Mémoire des Hommes, Ordre de la Libération, Gallica BnF, Service Historique de la Défense, FranceArchives, sites d’associations locales ou départementales de mémoire, Wikipédia recoupée. Date de vérification : 28 janvier 2026.

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