La formulation « opérations de destruction des fichiers du STO » ne désigne pas un réseau autonome.
Il s’agit d’un ensemble d’opérations clandestines conduites par différentes composantes de la Résistance française, fréquemment avec la complicité de fonctionnaires infiltrés dans les administrations.
Ces actions s’inscrivent notamment dans la lutte nationale contre le Service du travail obligatoire coordonnée à partir de 1943 par le Comité d’action contre la déportation.
Création et contexte
La loi du 16 février 1943 instaure le Service du travail obligatoire.
La Résistance développe alors différentes méthodes destinées à empêcher ou à ralentir le départ des travailleurs français vers l’Allemagne : faux papiers, falsification de dossiers, dissimulation des réfractaires, infiltration des administrations et destruction des fichiers permettant leur identification.
Le CAD, constitué en juillet 1943, contribue à coordonner cette lutte.
Organisation interne
Les opérations de destruction de fichiers sont décentralisées.
Elles ne relèvent pas toutes d’une même chaîne de commandement.
Selon les villes, elles peuvent être menées par des membres du CAD, des mouvements locaux, des réseaux, des groupes armés, des fonctionnaires résistants ou des équipes spécialement constituées.
Il serait donc historiquement incorrect de parler d’un unique « réseau de destruction des fichiers du STO ».
Actions menées pendant la Résistance
À Paris, France, le 25 février 1944, Léo HAMON, responsable de la jeunesse au CAD, dirige l’incendie des fichiers du Commissariat général au STO, 3 place de Fontenoy.
Environ 200 000 fiches de la classe 1924 sont détruites.
Entre l’été 1943 et la Libération, des commandos bénéficiant souvent de complicités internes brûlent également des fichiers à Lyon, Rhône, France ; Marseille, Bouches-du-Rhône, France ; Tarbes, Hautes-Pyrénées, France ; Pau, Pyrénées-Atlantiques, France ; Aurillac, Cantal, France ; Cahors, Lot, France ; et Lille, Nord, France.
La source nationale confirme donc formellement l’existence d’opérations dans ces sept villes.
Elle ne fournit cependant pas, pour chacune d’elles, la date précise, le nom du groupe exécutant et la liste complète des participants.
Ces renseignements doivent faire l’objet de recherches archivistiques locales séparées.
À Quimper, Finistère, France, en février 1944, Jeannette CRAS, Louis KERNEIS et Antoine LE BRIS détruisent un fichier falsifié dans un four. Tous trois sont ensuite déportés.
À Versailles, Yvelines, France, en mai 1944, le bureau du STO de la place Hoche est incendié par Charles GONARD. Douze agents du réseau Mithridate sont déportés dans la répression qui suit.
À Bourg-en-Bresse, Ain, France, plusieurs opérations aboutissent en mai 1943 à l’enlèvement puis à la destruction de documents permettant la mise en œuvre des réquisitions du STO.
Liens avec d’autres réseaux ou mouvements
Le Comité d’action contre la déportation joue un rôle national dans la lutte contre le STO.
Les opérations locales peuvent cependant relever d’autres structures.
Le réseau Mithridate intervient ainsi dans le contexte de l’opération de Versailles.
D’autres actions sont réalisées par des fonctionnaires infiltrés ou par des mouvements locaux.
Chaque opération doit donc être rattachée individuellement à son organisation lorsqu’une source permet cette attribution.
Chefs et figures marquantes
Yves FARGE dirige le CAD au niveau national.
Léo HAMON dirige l’opération parisienne du 25 février 1944.
Charles GONARD intervient dans l’opération de Versailles.
Jeannette CRAS, Louis KERNEIS et Antoine LE BRIS sont associés à l’opération de Quimper.
À Bourg-en-Bresse, les recherches mémorielles et archivistiques permettent d’identifier plusieurs protagonistes, dont Louis BOLLON, Léon ROY, Georges CHAMBARD, Gabriel POBEL et Georges POBEL.
Victimes et morts
La destruction des fichiers expose directement les résistants à la répression.
Jeannette CRAS, Louis KERNEIS et Antoine LE BRIS sont déportés après l’opération de Quimper.
Douze agents du réseau Mithridate sont déportés après l’incendie du bureau de Versailles.
Guy FLAVIEN, résistant infiltré dans l’administration du travail à Paris, est arrêté le 5 août 1944 et ne revient pas de déportation.
Survivants identifiés
Plusieurs responsables de la lutte contre le STO survivent à la guerre, notamment Yves FARGE et Léo HAMON.
La documentation locale permet également d’identifier des survivants de certaines opérations, mais aucune liste nationale exhaustive ne peut être établie à partir des sources consultées.
Fin des opérations
Les destructions de fichiers se poursuivent jusqu’à la Libération.
La disparition progressive des administrations du STO dans les territoires libérés met fin à leur raison d’être.
Conséquences et mémoire
L’objectif immédiat de ces actions est d’empêcher ou de compliquer l’identification, la convocation et le départ des personnes réquisitionnées.
La destruction matérielle des fichiers complète la fabrication de faux papiers, la falsification administrative, l’hébergement clandestin et l’orientation de certains réfractaires vers les maquis.
Il s’agit donc d’une forme importante de sabotage administratif de la politique de main-d’œuvre imposée par l’occupant.
Références bibliographiques
Histoire du STO, Raphaël SPINA, Perrin, 2017. Étude de synthèse consacrée au Service du travail obligatoire, aux réfractaires et aux différentes formes de résistance à son application.
La Résistance dans l’Ain et le Haut-Jura, AERI–Fondation de la Résistance–Association Résistance Ain/Haut-Jura, 2013. Base documentaire et historique comportant plus de 2 000 fiches et un important corpus consacré à la Résistance dans l’Ain.
Histoire de la Résistance, 1940-1945, Olivier WIEVIORKA, Paris, Perrin, 2012 ; édition revue et augmentée, 2018. Synthèse générale sur la Résistance intérieure française.
Références internet
Fondation de la Résistance — Dossier consacré au STO et aux résistances aux réquisitions. Il confirme notamment les destructions de fichiers à Lyon, Marseille, Tarbes, Pau, Aurillac, Cahors et Lille.
Musée de la Résistance en ligne — Dossier historique consacré au STO et à la Résistance. Il documente la création du CAD, l’opération parisienne du 25 février 1944 et plusieurs opérations en province.
Mémoire Vive de la Résistance — Étude consacrée à la destruction du fichier départemental du STO de Bourg-en-Bresse le 21 mai 1943.
https://mvr.asso.fr/destruction-du-fichier-departemental-du-sto-a-bourg-en-bresse-21-mai-1943/
Service historique de la Défense — Portail des fonds d’archives concernant les organisations et résistants engagés dans la lutte contre le STO.
https://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr/
Maitron des fusillés et exécutés — Base biographique utilisée pour les contrôles individuels concernant les résistants arrêtés, fusillés ou morts en déportation.
https://fusilles-40-44.maitron.fr/
Sources consultées
Fondation de la Résistance ; Musée de la Résistance en ligne ; Mémoire Vive de la Résistance ; Service historique de la Défense ; Maitron Résistance ; Ordre de la Libération ; Mémoire des Hommes ; Gallica – Bibliothèque nationale de France ; sources mémorielles locales.
Fiabilité
Fiabilité A pour l’existence générale de la campagne de destruction des fichiers et pour les opérations précisément documentées de Paris, Bourg-en-Bresse, Quimper et Versailles.
Fiabilité B pour la description détaillée des opérations de Lyon, Marseille, Tarbes, Pau, Aurillac, Cahors et Lille.
L’existence d’opérations dans ces sept villes est formellement attestée, mais les sources nationales consultées ne permettent pas encore de préciser systématiquement leurs dates, leurs commandos et leurs participants.