Le Maquis Vallier est créé au cours du mois de novembre 1943 sur le plateau de Canjuers, situé dans le Haut-Var (Var, France).
Sa création intervient à l’initiative du Service Maquis des Mouvements unis de la Résistance (MUR) du Var. Ce service est chargé d’organiser des unités clandestines capables de recevoir les réfractaires au STO, de préparer les parachutages alliés et de constituer une force militaire destinée à soutenir le futur débarquement en Provence.
Le commandement est confié à Gleb Sivirine, ancien officier d’artillerie de réserve, connu dans la clandestinité sous le pseudonyme Vallier. Né à Odessa en 1910, arrivé en France avec sa famille en 1920, ingénieur de profession, il rejoint d’abord un réseau de Résistance avant de recevoir la responsabilité d’organiser le principal maquis AS du département du Var.
Au départ, le groupe ne rassemble qu’un nombre limité de volontaires.À partir de février 1944, l’effectif augmente régulièrement sous l’effet des réfractaires au STO, des jeunes rejoignant volontairement la Résistance , de militaires démobilisés , de résistants provenant d’autres formations.
Le groupe atteint environ quarante hommes au début de juin 1944 puis près d’une centaine après le débarquement de Normandie.
Objectifs initiaux
Les missions confiées au Maquis Vallier sont clairement définies par les responsables départementaux des MUR accueillir les réfractaires , former des groupes armés , protéger les terrains de parachutage , préparer le soulèvement départemental , fixer une partie des forces allemandes , intervenir au moment du débarquement allié en Provence.
Contrairement à certaines formations FTP pratiquant très tôt une guérilla active, le Maquis Vallier reçoit pour consigne d’éviter les engagements prématurés susceptibles d’entraîner sa destruction avant l’offensive alliée.
Organisation interne
Le Maquis Vallier relève directement de l’organisation militaire des Mouvements unis de la Résistance du Var.
L’encadrement est essentiellement composé d’anciens officiers et sous-officiers de l’armée française, chargés d’assurer une discipline militaire et une instruction régulière des volontaires.
Le maquis est organisé en petits groupes mobiles pouvant être déplacés rapidement afin d’échapper aux recherches allemandes.
Entre février et août 1944, le groupe change d’emplacement à quatorze reprises, stratégie destinée à préserver sa sécurité tout en maintenant une présence résistante dans le Haut-Var.
L’approvisionnement repose sur le soutien de la population locale , les exploitations agricoles , les bergers du Haut-Var ,les parachutages alliés lorsqu’ils peuvent être réalisés.
Le journal quotidien tenu par Gleb Sivirine montre l’importance de cette solidarité rurale, indispensable au ravitaillement et à la survie du maquis.
Relations avec les autres organisations
Le Maquis Vallier appartient à la branche militaire des Mouvements unis de la Résistance.
Il entretient des relations avec :
- l’Armée secrète (AS) ;
- le Comité départemental de Libération (CDL) du Var ;
- le Service Maquis départemental dirigé par Louis Picoche ;
- les Forces françaises de l’intérieur (FFI) lors de leur unification en 1944.
Après le débarquement du 15 août 1944, le maquis coopère avec les forces américaines puis avec les unités de la 1re Division française libre, avant que la quasi-totalité de ses hommes ne rejoigne le Bataillon d’infanterie de marine du Pacifique (BIMP) pour poursuivre les combats jusqu’à la fin de la guerre.
Chronologie générale
Après sa création à l’automne 1943, le Maquis Vallier entre progressivement dans une phase d’organisation militaire. Durant plusieurs mois, son activité est principalement consacrée au recrutement, à l’instruction des volontaires, à la recherche de lieux de repli et à la constitution de caches d’armes.
L’objectif fixé par le commandement départemental des Mouvements unis de la Résistance est de préserver l’intégrité du maquis jusqu’au déclenchement du débarquement allié en Provence. Les engagements directs contre les forces allemandes demeurent donc limités durant cette période afin d’éviter une destruction prématurée de l’unité.
À partir du printemps 1944, les effectifs augmentent sensiblement avec l’arrivée de nombreux réfractaires au Service du travail obligatoire (STO) et de volontaires souhaitant rejoindre les Forces françaises de l’intérieur (FFI).
Le débarquement de Normandie du 6 juin 1944 entraîne une montée en puissance des préparatifs militaires, sans toutefois modifier immédiatement les consignes de prudence. Ce n’est qu’après le débarquement allié en Provence du 15 août 1944 que le maquis reçoit l’ordre de participer ouvertement aux opérations de libération du département.
Les déplacements successifs
L’une des caractéristiques majeures du Maquis Vallier est sa très grande mobilité.
Les recherches historiques et le journal tenu quotidiennement par Gleb Sivirine montrent que le camp change d’emplacement à de nombreuses reprises afin d’échapper aux recherches allemandes et aux dénonciations.
Les principaux secteurs d’implantation comprennent :
- le plateau de Canjuers ;
- les environs d’Ampus ;
- les secteurs boisés proches de Comps-sur-Artuby ;
- le Haut-Var ;
- les contreforts du massif des Maures.
Ces déplacements répondent à plusieurs impératifs , éviter toute localisation durable par les services allemands , protéger les dépôts d’armes , limiter les risques liés aux reconnaissances aériennes , maintenir des possibilités de ravitaillement auprès de la population locale.
Le Cahier rouge de Gleb Sivirine décrit précisément les difficultés liées à ces changements permanents : transport des vivres, déplacement des armes, sécurité des sentinelles et adaptation aux conditions climatiques.
L’instruction militaire
Le Maquis Vallier est organisé selon une discipline inspirée de l’armée régulière.
Les journées sont consacrées à l’entraînement physique , le maniement des armes , les exercices de tir, les déplacements tactiques , les transmissions , l’organisation des postes de garde.
Plusieurs cadres sont d’anciens officiers ou sous-officiers de l’armée française.
Cette préparation explique la capacité opérationnelle démontrée par le maquis lors des combats de la Libération.
Les missions confiées au maquis
À partir de l’été 1944, plusieurs types de missions sont exécutés :
- reconnaissance des mouvements allemands ;
- surveillance des axes routiers ;
- protection des terrains de parachutage ;
- préparation de barrages routiers ;
- sabotage limité d’infrastructures ;
- renseignement transmis aux responsables FFI.
Le commandement cherche constamment à préserver ses effectifs pour l’offensive finale.
Le débarquement de Provence
Le 15 août 1944, les Alliés déclenchent l’opération Dragoon.
Le Maquis Vallier reçoit alors l’ordre de participer aux opérations destinées à désorganiser la retraite allemande.
Ses missions deviennent offensives :
- occupation de certains carrefours ;
- contrôle de routes secondaires ;
- renseignement sur les colonnes ennemies ;
- participation à l’encerclement de positions allemandes.
Les résistants coopèrent avec les unités alliées progressant vers Toulon puis vers la vallée du Rhône.
Les combats de la Libération
Les hommes du Maquis Vallier prennent part à plusieurs opérations dans le département du Var.
Les secteurs les plus souvent cités dans les sources sont :
- Collobrières ;
- Hyères ;
- la presqu’île de Giens.
Au cours de ces opérations, le maquis agit en coordination avec les Forces françaises de l’intérieur et les unités alliées.
Les pertes
Comme la plupart des maquis provençaux engagés durant l’été 1944, le Maquis Vallier subit des pertes.
Les archives permettent d’identifier plusieurs résistants tués durant les combats ou décédés des suites de leurs blessures.
Chefs et figures marquantes
Gleb SIVIRINE (dit « Vallier ») Gleb Sivirine est le fondateur et commandant du Maquis Vallier.
Louis PICOCHE Louis Picoche est l’un des responsables départementaux du Service Maquis des MUR dans le Var
Monuments et lieux de mémoire
Plusieurs sites rappellent aujourd’hui l’activité du Maquis Vallier :
- le plateau de Canjuers, où furent installés les premiers camps ;
- diverses stèles commémoratives élevées dans le Haut-Var en hommage aux résistants ;
- les monuments communaux des localités ayant accueilli ou soutenu le maquis.
Références bibliographiques
Gleb Sivirine, Le Cahier rouge du maquis / L’Homme boussole. Artignosc-sur-Verdon, Parole Éditions, collection « Biface », 2007. Édition critique du journal tenu quotidiennement par Gleb Sivirine entre le 26 février et le 29 août 1944. L’ouvrage est accompagné d’une étude historique de Jean-Marie Guillon et de témoignages familiaux. Il constitue la source primaire fondamentale sur le Maquis Vallier.
Jean-Marie Guillon, « Le Maquis Vallier, dix mois de Résistance dans le Haut-Var ». Verdon, n° 6, automne 2001, p. 33-45. Première étude historique entièrement consacrée au Maquis Vallier, fondée sur les archives, les témoignages des anciens maquisards et le journal de Gleb Sivirine.
Jean-Marie Guillon, « Les années de guerre dans le pays du Verdon varois ». Verdon, n° 6, automne 2001, p. 90-104. Étude de référence sur le contexte historique dans lequel évolue le Maquis Vallier et sur la Résistance dans le Haut-Var.
Vincent Borel, Entretiens avec Louis Picoche. Giens, Éditions La Rosalba, 2002. Témoignage d’un responsable départemental des Mouvements unis de la Résistance (MUR), apportant des informations de première main sur la création des maquis varois et leurs relations avec le Maquis Vallier.
Jacques Maignon, Toulon et le Var dans la guerre 1939-1945. Chamalières, Éditions Horvath, 1991. Ouvrage de synthèse sur la guerre dans le Var comprenant plusieurs développements consacrés au Maquis Vallier et aux opérations de la Libération.
Références internet
Mémoire Vive de la Résistance. Notice biographique consacrée à Gleb Sivirine, chef du Maquis Vallier, avec présentation de son parcours, bibliographie et sources utilisées. https://mvr.asso.fr/sivirine/
Musée de la Résistance en ligne. Dossier documentaire consacré au Maquis Vallier, comprenant analyses historiques, iconographie, extraits du journal de Gleb Sivirine et commentaires scientifiques. https://www.museedelaresistanceenligne.org/media.php?expo=&media=1625
Fondation de la Résistance. Lettre n° 72 (mars 2013), dossier « Les maquis dans la Résistance », comprenant une étude consacrée au témoignage de Gleb Sivirine et au Maquis Vallier. https://www.fondationresistance.org/recherche-et-documentation/ressources/les-lettres-trimestrielles/lettre/la-lettre-de-la-fondation-de-la-resistance-n-72/
Service historique de la Défense (SHD). Catalogue des fonds relatifs aux Forces françaises de l’intérieur (FFI), aux homologations et aux dossiers individuels des résistants. https://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr
Mémoire des Hommes. Base officielle du ministère des Armées permettant la consultation des dossiers individuels des résistants homologués, morts pour la France et combattants FFI. https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr
Indice de fiabilité : A (fiabilité excellente)
Le Maquis Vallier est l’un des maquis provençaux les mieux documentés. Cette évaluation repose sur :
- une source primaire exceptionnelle : le journal quotidien de Gleb Sivirine (Le Cahier rouge du maquis) ;
- plusieurs études historiques de référence dues à Jean-Marie Guillon, spécialiste reconnu de la Résistance en Provence ;
- les ressources scientifiques du Musée de la Résistance en ligne ;
- les fonds du Service historique de la Défense relatifs aux FFI ;
- des témoignages contemporains et des archives croisées.
Les divergences recensées portent uniquement sur quelques détails chronologiques (dates de certains déplacements, effectifs ponctuels) et n’affectent pas l’histoire générale du maquis.
Sources consultées
Mémoire Vive de la Résistance – notice Gleb Sivirine et ressources associées. https://mvr.asso.fr/sivirine/
Musée de la Résistance en ligne – dossier « Maquis Vallier », iconographie, notices historiques et analyses. https://www.museedelaresistanceenligne.org/media.php?expo=&media=1625
Fondation de la Résistance – dossier documentaire « Les maquis dans la Résistance ». https://www.fondationresistance.org/recherche-et-documentation/ressources/les-lettres-trimestrielles/lettre/la-lettre-de-la-fondation-de-la-resistance-n-72/
Maitron – consultation des notices biographiques relatives aux responsables et résistants du Var (recherche effectuée).
Mémoire des Hommes – consultation des dossiers d’homologation FFI et des fiches individuelles. https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr
Ordre de la Libération – vérification des éventuelles notices des principaux responsables. https://www.ordredelaliberation.fr
Gallica (Bibliothèque nationale de France) – recherche bibliographique et dépouillement des publications anciennes. https://gallica.bnf.fr
Service historique de la Défense (SHD) – consultation du catalogue des fonds FFI et des instruments de recherche. https://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr
Archives départementales du Var – recherche des fonds relatifs à la Résistance varoise. https://archives.var.fr
Wikipédia – utilisée uniquement comme outil d’orientation bibliographique et systématiquement recoupée avec les sources précédentes. https://fr.wikipedia.org/wiki/Maquis_Vallier