La forme historiquement la mieux attestée est « maquis des Orres ». Le groupe est parfois désigné par son implantation ou ses étapes successives, mais il doit surtout être compris comme la transformation militaire, à la fin du mois de mai 1944, du maquis de réfractaires de Combe-Brézès.
Les deux noms correspondent donc à deux phases successives d’un même noyau humain plutôt qu’à deux organisations sans rapport.
Création du Maquis
En mai 1944, les réfractaires de Combe-Brézès sont rejoints par des hommes désireux de combattre. Le lieutenant René EYMIN, officier de l’ORA, est chargé de les encadrer et de transformer le groupe en formation militaire. Les sources locales situent cette transformation à la fin du mois de mai 1944. Le nouveau groupe prend l’appellation de « maquis des Orres ».
René EYMIN est engagé dans l’organisation clandestine depuis 1943. Après la dissolution de l’armée d’armistice, il travaille sous couverture aux Ponts-et-Chaussées à Embrun et reçoit de l’ORA la mission de recruter d’anciens militaires. Il prend ensuite le commandement du maquis.
Organisation interne
Le maquis repose initialement sur le noyau des réfractaires de Combe-Brézès, renforcé par des volontaires combattants et encadré par des militaires démobilisés. En août 1944, une source locale évalue l’effectif à environ cent cinquante hommes.
Son armement provient en partie du matériel abandonné par les forces italiennes après le 8 septembre 1943. Il est renforcé au printemps 1944 par deux parachutages effectués dans le secteur du Morgon.
Le groupe demeure très mobile afin d’échapper aux opérations allemandes. Les sources mentionnent successivement les Salettes, la cascade de la Pisse au-dessus de Châteauroux-les-Alpes, une ferme du secteur de Caléyère, les sources de Jérusalem au sud des Orres et le hameau Saint-Roch.
Actions menées pendant la Résistance
Après le 6 juin 1944, le maquis participe au plan de sabotage et de guérilla destiné à désorganiser les forces allemandes et leurs communications. Il multiplie déplacements, embuscades et actions de harcèlement tout en cherchant à éviter son encerclement.
Le 11 juin 1944, lorsque des forces allemandes progressent vers l’Ubaye par le col de Vars, René EYMIN tente une opération de harcèlement.
L’étude de Boris de GUEYER sur l’ORA dans les Basses-Alpes (voir sur le site de la MVR) précise qu’il arrive trop tard pour empêcher le franchissement du col. Cette donnée établit directement la participation du maquis des Orres au dispositif régional dépassant le seul Embrunais.
Durant juin et juillet, la pression allemande impose des déplacements constants. Dans le secteur de Caléyère, le groupe échappe notamment à une opération allemande en se dissimulant dans le terrain tandis que les soldats ratissent les environs.
Le 21 août 1944, lors des opérations de libération de l’Embrunais, René EYMIN place des hommes sur l’axe entre Châteauroux-les-Alpes et Embrun afin d’intercepter des forces allemandes en retraite. L’arrivée inattendue d’une Jeep américaine conduit à éviter de justesse un tir fratricide.
Liens avec d’autres réseaux ou mouvements
Le rattachement à l’ORA est directement attesté par le parcours de René EYMIN. Le maquis s’intègre ensuite aux FFI des Hautes-Alpes et coopère avec les autres formations résistantes du département.
Les liens opérationnels avec l’Ubaye apparaissent lors de la tentative d’intervention au col de Vars. Le groupe est également relié aux structures du secteur G de la Résistance haut-alpine étudiées par Sylvain Reynaud.
René EYMIN, né en 1917, lieutenant de l’armée française et membre de l’ORA, commande le maquis des Orres à partir de la fin de mai 1944. Il survit à la guerre, poursuit une carrière militaire, notamment en Indochine, et atteint le grade de général. Il participe ensuite à la mémoire de la Résistance embrunaise.
Roger GUION et René PHILIP appartiennent au noyau initial des réfractaires de Combe-Brézès dont est issu le maquis des Orres. Tous deux survivent à la guerre et conservent le journal collectif du groupe, source exploitée plusieurs décennies plus tard par Sylvain Reynaud et Jean-Marie Guillon.
Abel FOURET appartient également au groupe initial parti pour échapper au STO. Son parcours apparaît dans la documentation consacrée à Combe-Brézès.
Victimes et morts
Les sources consultées décrivent plusieurs arrestations et engagements du maquis, mais ne fournissent pas une liste exhaustive et sûre des morts appartenant spécifiquement au maquis des Orres. Deux jeunes maquisards du secteur sont arrêtés lors d’une opération allemande après être retournés passer la nuit dans leur village ; ils sont conduits à Mont-Dauphin et parviennent à s’évader. Ils ne doivent donc pas être comptés parmi les victimes mortelles.
Survivants identifiés
René EYMIN, Roger GUION et René PHILIP sont des survivants établis. Les deux derniers sont interrogés dans le cadre de recherches universitaires et mettent à disposition leur journal de bord, couvrant près de seize mois de vie clandestine.
Fin du réseau
Le 21 août 1944 correspond à la libération du secteur d’Embrun. Le 24 août, les hommes du maquis des Orres s’installent à la caserne des gardes mobiles d’Embrun. Avec des volontaires de Savines et de Gap, certains constituent la 2e compagnie du bataillon FFI des Hautes-Alpes placé sous le commandement de TERRASSON-DUVERNON. La transformation marque la fin du maquis comme formation clandestine autonome.
Conséquences et mémoire
Le maquis des Orres représente l’une des évolutions les mieux documentées de la Résistance embrunaise : un groupe de réfractaires formé en 1943 devient, sous encadrement militaire ORA, une unité de combat d’environ cent cinquante hommes participant à la Libération.
Une plaque est notamment apposée sur l’ancienne école du hameau Saint-Roch, au-dessus de Châteauroux-les-Alpes, lieu utilisé par les maquisards. La mémoire du groupe est également entretenue par les témoignages de René EYMIN et les travaux consacrés aux maquis de l’Embrunais.
Fiabilité A. La continuité Combe-Brézès–maquis des Orres, le commandement de René EYMIN, l’origine ORA, les principaux déplacements, l’intervention vers Vars et l’intégration aux FFI après la Libération sont documentés par des sources universitaires, mémorielles et des travaux régionaux concordants.
Références bibliographiques
Les maquis de l’Embrunais, secteur « G » de la Résistance des Hautes-Alpes, Sylvain Reynaud, mémoire de maîtrise, Aix-en-Provence, 1993, 150 pages, sous la direction de Jean-Marie Guillon. Étude universitaire directement consacrée aux groupes de l’Embrunais et utilisée par les recherches ultérieures sur Combe-Brézès et les Orres.
La vie quotidienne de réfractaires dans l’Embrunais, Sylvain Reynaud et Jean-Marie Guillon, Provence historique, tome 44, fascicule 178, 1994, pages 513-522. L’article exploite le journal de bord de Roger GUION et René PHILIP, tenu du 12 mars 1943 au 3 juillet 1944. Il constitue la principale publication universitaire accessible sur le noyau dont est issu le maquis des Orres.
Souviens-toi, 1944-1994, cinquantenaire de la Libération, René Eymin, 1994. Témoignage du chef du maquis des Orres, consacré aux événements de la Résistance et de la Libération dans lesquels il fut directement engagé.
Le Maquis de Boscodon 1943-1945, Marcel Imbert. L’ouvrage consacré au maquis voisin contient également des éléments sur René EYMIN et permet de replacer les différentes formations de l’Embrunais les unes par rapport aux autres.
Références internet
Persée – La vie quotidienne de réfractaires dans l’Embrunais publie l’étude universitaire consacrée au groupe de réfractaires qui donne naissance au maquis des Orres. https://www.persee.fr/doc/prohi_0033-1856_1994_num_44_178_2470
Mémoire Vive de la Résistance – L’ORA dans les Basses-Alpes identifie explicitement René EYMIN comme chef du « maquis d’Orres près d’Embrun » et documente sa tentative d’intervention au col de Vars. https://mvr.asso.fr/lora-dans-les-basses-alpes-par-boris-de-gueyer/
Embrun en 1939-1945 – Le maquis des Orres documente la transformation de Combe-Brézès, le commandement d’EYMIN et l’organisation du groupe. https://embrun3945.wordpress.com/2020/05/02/le-maquis-des-orres/
Embrun en 1939-1945 – Les combats du maquis des Orres présente les déplacements, les caches, les parachutages, les opérations et l’intégration du groupe aux FFI. https://embrun3945.wordpress.com/2020/05/02/les-combats-du-maquis-des-orres/
Embrun en 1939-1945 – René Eymin fournit les éléments biographiques concernant le commandant du maquis et ses responsabilités dans l’ORA. https://embrun3945.wordpress.com/2020/05/01/rene-eymin/
Sources consultées —
Mémoire Vive de la Résistance : résultat positif dans la notice ORA Basses-Alpes. https://mvr.asso.fr/
Maitron Résistance : recherches René EYMIN et maquis des Orres effectuées ; aucune notice autonome du maquis identifiée. https://maitron.fr/
Fondation de la Résistance : recherche effectuée ; aucune notice autonome identifiée. https://www.fondationresistance.org/
Musée de la Résistance en ligne : recherches effectuées sur Embrun et les Orres ; aucune notice thématique autonome équivalente identifiée. https://www.museedelaresistanceenligne.org/
Mémoire des Hommes : recherche nominative effectuée ; aucune fiche événementielle ou organisationnelle du maquis. https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/
Ordre de la Libération : recherche effectuée ; aucune notice autonome des Orres identifiée. https://www.ordredelaliberation.fr/
Gallica : recherches effectuées sans documentation directement supérieure à l’étude universitaire retenue. https://gallica.bnf.fr/
Service historique de la Défense : instruments ORA consultés ; aucune notice numérique autonome « maquis des Orres » retrouvée. https://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr/
Persée : résultat universitaire positif majeur. https://www.persee.fr/doc/prohi_0033-1856_1994_num_44_178_2470
Embrun en 1939-1945 : documentation locale détaillée positive. https://embrun3945.wordpress.com/