La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

La dénomination principalement attestée est « groupe Ferrand » ou « Groupe Ferrand ». La Fondation de la Résistance emploie également l’expression « Corps franc Ferrand ». Le groupe porte le nom du capitaine Maurice Ferrand, ancien officier d’active.

Les sources consultées ne permettent pas de considérer « groupe Ferrand » comme le nom d’un réseau national autonome : il s’agit d’une organisation clandestine locale active à Belfort, Territoire de Belfort, France.

La documentation du Maitron rattache le groupe au mouvement Lorraine et indique qu’il fut considéré comme affilié au réseau Buckmaster après l’établissement de contacts avec celui-ci. La Fondation de la Résistance mentionne directement la prise de contact de Maurice Ferrand avec le réseau Buckmaster.

Création du groupe

Les premières activités clandestines dont le groupe Ferrand est issu remontent à novembre 1940.

Un témoignage de R. Hennin conservé et reproduit par le Musée de la Résistance en ligne mentionne alors la formation à Belfort d’une équipe de sabotage comprenant notamment Pierrepaque, Martin, Schwimmer, Boilletot, Guiguon, Spahn et Vebrel. Hennin, se sachant surveillé, mit ensuite ses camarades en relation avec le capitaine Maurice Ferrand.

À partir de cette réorganisation, l’ensemble est connu sous le nom de « groupe Ferrand ». La Fondation de la Résistance indique parallèlement que le Corps franc Ferrand, constitué principalement de pompiers, policiers et personnels de la Défense passive, naît à l’initiative de Maurice Ferrand. Georges Blind est contacté au début de 1941 pour le rejoindre.

La date exacte de constitution formelle sous l’autorité de Maurice Ferrand n’est pas établie avec une précision suffisante par les sources consultées. Il convient donc de distinguer la création d’une première équipe clandestine en novembre 1940 de sa mise en relation ultérieure avec Maurice Ferrand et de son identification comme groupe Ferrand.

Organisation interne

La documentation disponible décrit davantage un groupe clandestin local qu’une organisation dotée d’une hiérarchie administrative formalisée. Maurice Ferrand apparaît comme son responsable. Le groupe rassemble notamment des sapeurs-pompiers, des policiers et des personnels de la Défense passive. Les facilités professionnelles de certains membres, en particulier les autorisations de circulation et laissez-passer nocturnes des pompiers, constituent un élément essentiel de son fonctionnement clandestin.

Les sources montrent en outre que tous les résistants appartenant à la compagnie des sapeurs-pompiers de Belfort ne relevaient pas nécessairement d’une seule structure. Jacques Erb, entré au corps en 1942, est ainsi présenté comme responsable du mouvement Lorraine et en liaison avec René Fallas-Magnin, Dugois et Chaignot. Il est donc nécessaire de ne pas confondre l’ensemble de la Résistance au sein des sapeurs-pompiers de Belfort avec le seul groupe Ferrand.

Actions menées pendant la Résistance

Les activités attestées comprennent le sabotage, les liaisons clandestines, le transport de résistants et de personnes recherchées, le passage ou l’évacuation de réfractaires, la circulation d’armes et de renseignements ainsi que la diffusion de journaux clandestins. La Fondation de la Résistance indique que Georges Blind bénéficiait, grâce à ses fonctions, de laissez-passer permanents et d’un Nachtausweis lui permettant de circuler dans un Territoire de Belfort très contrôlé en raison de sa proximité avec l’Alsace annexée.

Le Musée de la Résistance en ligne documente également l’utilisation des moyens des sapeurs-pompiers pour transporter des responsables de la Résistance, des personnes recherchées, des armes, des renseignements et de la presse clandestine. Des membres de la compagnie assurèrent la diffusion de Défense de la France et de Lorraine et servirent d’agents de liaison entre responsables clandestins puis entre membres de l’état-major FFI.

Le lieutenant Henri Deshaie et le caporal Aloïs Martin sont mentionnés comme ayant participé à des sabotages. Lors d’incendies touchant notamment la menuiserie Dupont et les usines Renault, entreprises travaillant pour l’occupant, la conduite des interventions permit, selon le témoignage reproduit par le Musée de la Résistance en ligne, leur destruction complète.

Des évacuations de résistants, pilotes et réfractaires au Service du travail obligatoire sont également attestées. René Fallas-Magnin, responsable régional du mouvement Lorraine, fut notamment transporté vers la gare de Lure, Haute-Saône, France, pour échapper à la surveillance exercée à Belfort. Des transports vers la frontière suisse furent aussi réalisés.

Liens avec d’autres réseaux ou mouvements

Le Maitron indique que le groupe Ferrand appartint au groupe ou mouvement Lorraine. La même source signale qu’un contact avec le réseau Buckmaster intervint vraisemblablement vers la fin du mois de mai ou le début du mois de juin 1943 et que le groupe Ferrand fut ensuite considéré comme affilié à celui-ci. La Fondation de la Résistance confirme l’existence d’un contact de Maurice Ferrand avec le réseau Buckmaster.

Aloïs Martin avait auparavant appartenu à l’Organisation civile et militaire avant de rejoindre le groupe Ferrand en mars 1943. Ces appartenances montrent que la Résistance belfortaine était imbriquée dans plusieurs structures clandestines et qu’il serait historiquement abusif de présenter le groupe Ferrand comme une organisation isolée.

Chefs et figures marquantes

Maurice FERRAND, capitaine et ancien officier d’active, est présenté par les sources comme l’initiateur et le responsable du groupe qui porte son nom. Il établit des contacts avec le réseau Buckmaster. Les sources directement consultées ne donnent pas d’éléments suffisamment précis sur son sort personnel à la fin de la guerre pour permettre de le préciser ici sans recherche nominative archivistique complémentaire.

Georges BLIND, sapeur-pompier de Belfort, rejoint le groupe au début de 1941. Ses fonctions lui permettent de participer aux transports clandestins et aux liaisons. Arrêté par la Feldgendarmerie à son domicile de Belfort le 14 octobre 1944, il est soumis dans les jours suivants à un simulacre d’exécution dans les fossés du château de Belfort. Il est ensuite déporté via Schirmeck-La Broque et Dachau vers Auschwitz puis Blechhammer, où il meurt à la fin du mois de novembre ou au début du mois de décembre 1944. La date exacte de sa mort fait l’objet de divergences documentaires.

Aloïs MARTIN, caporal des sapeurs-pompiers, membre de l’OCM puis du groupe Ferrand à partir de mars 1943, participe à des actions clandestines et de sabotage. Arrêté le 27 janvier 1944 à Montbéliard, Doubs, France, lors d’une mission de liaison avec Marcel Schwimmer, il est fusillé à la citadelle de Besançon, Doubs, France, le 26 février 1944.

Henri DESHAIE, lieutenant des sapeurs-pompiers, appartient au groupe Ferrand et participe à des actions de sabotage. Il est arrêté le 1er septembre 1944. Les documents reproduits par le Musée de la Résistance en ligne attestent encore sa détention à Belfort le 13 septembre 1944 après son retrait d’un convoi prévu pour Buchenwald. La documentation consultée ici ne permet pas d’établir avec une certitude suffisante la totalité de son parcours ultérieur.

Pierre ENGELS est présenté par le Maitron comme un membre très actif du groupe Ferrand.

Charles PIERREPAQUE appartient au premier noyau clandestin formé à Belfort et participe à sa mise en relation avec Maurice Ferrand ; le Maitron rattache ensuite ce groupe au groupe Ferrand.

Charles MASSON est attesté comme membre de l’OCM puis du groupe Ferrand par le Maitron.

Victimes et morts

Trois sapeurs-pompiers membres du groupe Ferrand sont explicitement cités par le Musée de la Résistance en ligne parmi ceux qui ne virent pas la Libération : Aloïs Martin, Georges Blind et Henri Deshaie. Aloïs Martin fut fusillé le 26 février 1944. Georges Blind mourut après sa déportation. La documentation consultée doit être complétée par les dossiers individuels pour établir une liste exhaustive des membres morts du groupe Ferrand ; aucune liste exhaustive suffisamment documentée n’a été retrouvée dans les sources consultées.

Survivants identifiés

Les sources consultées permettent d’identifier des résistants ayant survécu et témoigné des activités clandestines des sapeurs-pompiers, notamment Jacques ERB. Elles ne fournissent toutefois pas une liste nominative exhaustive des survivants du groupe Ferrand proprement dit. Afin de ne pas assimiler abusivement l’ensemble des résistants des sapeurs-pompiers au groupe Ferrand, aucune liste exhaustive n’est proposée.

Fin du groupe

Les arrestations allemandes frappent durement la Résistance locale en 1943 et surtout en 1944. Plusieurs membres du groupe Ferrand sont arrêtés, fusillés ou déportés. L’organisation clandestine se trouve parallèlement intégrée dans un paysage plus large comprenant Lorraine, les FFI et les réseaux liés au SOE britannique. Les sources consultées n’indiquent pas de date officielle de dissolution du groupe Ferrand. Son activité autonome cesse de fait avec la répression de ses membres et la Libération du Territoire de Belfort à l’automne 1944.

Conséquences et mémoire

L’activité du groupe Ferrand s’inscrit dans une mobilisation résistante particulièrement importante au sein du corps des sapeurs-pompiers de Belfort. Le drapeau de ce corps fut décoré de la Médaille de la Résistance après la guerre ; le Musée de la Résistance en ligne présente cette unité comme la seule unité de sapeurs-pompiers dont le drapeau porte cette décoration. Edmond Michelet remit la Médaille de la Résistance au drapeau du corps à Belfort le 21 juillet 1946.

La mémoire du groupe est aujourd’hui particulièrement associée à Georges Blind et à la photographie dite du « Fusillé souriant », devenue après 1945 une image emblématique de la Résistance.

Fiabilité A — Fiabilité excellente. L’existence, l’implantation, le responsable, plusieurs membres et une part significative des activités du groupe sont attestés de manière croisée par le Musée de la Résistance en ligne, la Fondation de la Résistance et le Maitron. Certaines questions, notamment la composition complète et la date exacte de dissolution, demeurent insuffisamment documentées pour être précisées.

Références bibliographiques

Le Fusillé souriant. Histoire d’une photo, Christophe Grudler, Éditions Sutton, ouvrage consacré à l’identification de Georges Blind, au cliché du simulacre d’exécution et au contexte résistant belfortain.

Dictionnaire historique de la Résistance. Résistance intérieure et France libre, sous la direction de François Marcot, avec Bruno Leroux et Christine Levisse-Touzé, Robert Laffont, collection Bouquins, Paris, 2006, ouvrage général de référence pour le contexte organisationnel de la Résistance intérieure et des réseaux.

Références internet

Musée de la Résistance en ligne — Dossier consacré aux sapeurs-pompiers de Belfort, à la formation du groupe Ferrand, aux sabotages, liaisons, transports clandestins et membres victimes de la répression. https://museedelaresistanceenligne.org/media2849-Dtail-du-drapeau-du-corps-des-sapeurs-pompiers-de-Belfort

Fondation de la Résistance — Étude historique de la photographie du « Fusillé souriant », avec présentation du Corps franc Ferrand, de Maurice Ferrand et des activités clandestines de Georges Blind. https://www.fondationresistance.org/recherche-et-documentation/ressources/photographie/photographie-fusilly-souriant-photo6/

Maitron des fusillés et exécutés — Notice d’Aloïs Martin documentant son passage de l’OCM au groupe Ferrand et les relations du groupe avec Lorraine et le réseau Buckmaster. https://fusilles-40-44.maitron.fr/martin-alois-jacques/

Maitron des fusillés et exécutés — Notice de Charles Pierrepaque documentant le premier noyau clandestin belfortain et sa mise en relation avec Maurice Ferrand. https://fusilles-40-44.maitron.fr/pierrepaque-charles-jules/

Musée de la Résistance en ligne — Notice consacrée à Georges Blind, à son appartenance au groupe Ferrand, à son arrestation et à sa déportation. https://museedelaresistanceenligne.org/media2959-Georges-Blind-le-fusill-souriant

Sources consultées

Mémoire Vive de la Résistance : recherche « groupe Ferrand », « Maurice Ferrand », « Georges Blind » ; aucune notice spécifiquement consacrée au groupe Ferrand ni notice individuelle Georges Blind retrouvée dans les résultats consultés. https://mvr.asso.fr/

Maitron Résistance / Maitron des fusillés : résultats positifs pour Aloïs Martin, Charles Pierrepaque, Pierre Engels et Charles Masson ; documentation du groupe Ferrand et de ses rattachements. https://maitron.fr/ et https://fusilles-40-44.maitron.fr/

Fondation de la Résistance : résultat positif, dossier « Photographie du Fusillé souriant ». https://www.fondationresistance.org/

Musée de la Résistance en ligne : plusieurs résultats positifs consacrés aux sapeurs-pompiers de Belfort, au groupe Ferrand et à Georges Blind. https://museedelaresistanceenligne.org/

Mémoire des Hommes : recherche ciblée effectuée sur Georges Blind, Aloïs Martin et Henri Deshaie ; aucun résultat exploitable n’a été retrouvé par le moteur de recherche web consulté. https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/

Ordre de la Libération : recherche ciblée effectuée ; aucune notice spécifique consacrée au groupe Ferrand ou à Georges Blind retrouvée. Le site documente par ailleurs les collectivités décorées de la Médaille de la Résistance. https://www.ordredelaliberation.fr/

Gallica, Bibliothèque nationale de France : recherches « groupe Ferrand », « Georges Blind », « fusillé souriant » ; aucun document directement exploitable et suffisamment précis retrouvé pour établir les faits principaux de cette fiche. https://gallica.bnf.fr/

Service historique de la Défense : recherches ciblées sur Belfort, Ferrand et la Résistance ; des instruments de recherche généraux ont été identifiés, sans dossier numérisé directement exploitable sur le groupe Ferrand dans les résultats consultés. https://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr/

Archives départementales du Territoire de Belfort : recherche ciblée ; fonds relatifs aux combattants identifiés, mais aucun dossier numérisé directement exploitable sur le groupe Ferrand n’a été retenu pour la présente fiche. https://archives.territoiredebelfort.fr/

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