La photographie longtemps connue sous le titre du « Fusillé souriant » ne représente pas une exécution effective. Elle montre Georges Blind, résistant et sapeur-pompier de Belfort appartenant au groupe Ferrand, soumis par des militaires allemands à un simulacre d’exécution dans les fossés du château ou de la citadelle de Belfort, Territoire de Belfort, France, devant le secteur dit du Fort Blanc.
Date et lieu
Georges Blind est arrêté par la Feldgendarmerie à son domicile de Belfort le 14 octobre 1944. Il est incarcéré à la caserne Friedrich. La Fondation de la Résistance établit que le simulacre intervient pendant cette période de détention, avant son départ de Belfort le 24 octobre 1944. Le Musée de la Résistance en ligne situe plus précisément l’épisode entre le 15 octobre et le 23 octobre 1944. La date exacte du cliché n’est donc pas établie.
L’identification topographique fut réalisée en 1984. James Wood, photographe américain ayant connu les fossés du château dans son enfance, reconnut le secteur ; l’enquête menée avec Christophe Grudler permit de situer précisément la scène devant le Fort Blanc, dans la partie des fossés aménagée par le général Haxo.
La personne photographiée
Georges BLIND est un sapeur-pompier belfortain et résistant du groupe Ferrand. La Fondation de la Résistance indique qu’il est recruté au début de 1941. Il profite de ses autorisations professionnelles de circulation pour participer aux activités clandestines du groupe dans un secteur très surveillé, proche de l’Alsace annexée.
Déroulement établi
Après plusieurs jours de détention à la caserne Friedrich, Georges Blind est conduit à l’aube par un détachement allemand dans les fossés du château. Selon le récit qu’il fit ensuite à son compagnon de déportation André Hatier, un peloton d’environ quinze soldats le mit en joue. Il refusa le bandeau et remarqua la présence du photographe. Georges Blind interpréta lui-même la scène comme une tentative destinée à le faire céder et à lui faire livrer ses camarades. Cette interprétation est rapportée par un témoin de son récit et non déduite ultérieurement par les historiens.
Aucune exécution de Georges Blind n’eut lieu à cet endroit. Il revint en détention puis quitta Belfort le 24 octobre 1944.
Origine de la photographie
Le nom du soldat allemand ayant pris le cliché n’est pas établi dans les sources consultées. La pellicule fut déposée après la prise de vue dans une boutique de Belfort utilisée comme relais par des militaires allemands pour leurs travaux photographiques. Aloyse Ball, photographe amateur, découvrit l’image lors du développement et en réalisa des tirages supplémentaires qu’il conserva. Il les montra notamment à son fils Joseph Ball.
Un tirage ultérieurement confié par Joseph Ball à Denise Lorach, pour le Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon, porte au verso l’indication « Aloyse Ball, Belfort octobre 1944 », élément qui a contribué à rétablir la provenance du cliché.
Diffusion après la guerre
La photographie fut publiée dans La Jeune Alsace en mai 1945, accompagnée d’une présentation qui ne permettait pas encore d’identifier correctement le lieu et l’homme photographié. Elle fit ensuite la une du Figaro le 3 juillet 1945. Elle fut éditée en carte postale en 1948 à l’occasion des Assises nationales de la Paix et de la Liberté et circula ensuite dans de nombreux ouvrages, manuels scolaires et publications françaises et étrangères.
L’absence initiale d’identification favorisa sa transformation en symbole collectif des résistants fusillés. Des localisations et circonstances erronées furent publiées pendant plusieurs décennies.
Identification de Georges Blind
En juillet 1984, Christophe Grudler et James Wood établirent la localisation belfortaine du cliché. Un appel à témoins fut publié. Au début du mois de septembre 1984, Jean Blind reconnut son père Georges Blind sur la photographie. La confrontation de cette identification avec les témoignages et le parcours concentrationnaire permit de résoudre l’énigme.
Sort de Georges Blind après le simulacre
Georges Blind quitte Belfort le 24 octobre 1944 et est transféré au camp de sûreté de Schirmeck-La Broque. Il part ensuite pour Dachau, où il arrive le 29 octobre 1944. Le 24 novembre 1944, il fait partie d’un convoi de 1 014 déportés transférés de Dachau vers Auschwitz, dont 863 Français. Il arrive à Auschwitz le 26 novembre 1944, puis est transféré avec 79 autres détenus vers Blechhammer.
Les sources mémorielles consultées établissent sa mort à Blechhammer à la fin de novembre ou au début de décembre 1944 mais ne permettent pas de retenir une date unique avec certitude. Le Musée de la Résistance en ligne souligne lui-même que les circonstances exactes de sa mort reposent en partie sur une reconstitution et sur des témoignages indirects. Toute affirmation selon laquelle il aurait été exécuté dans les fossés de Belfort est donc erronée.
Divergences et précautions
La photographie a longtemps été publiée comme celle d’une véritable exécution et son lieu a parfois été donné de façon erronée. Les travaux conduits en 1984 ont permis de démontrer qu’il s’agissait d’un simulacre et d’identifier le lieu et Georges Blind.
La date précise du simulacre demeure inconnue. La fourchette documentaire la plus prudente est du 15 au 23 octobre 1944.
Les circonstances exactes de la mort de Georges Blind en Haute-Silésie et sa date précise ne sont pas totalement concordantes selon les sources. La présente fiche ne retient donc pas une date de décès plus précise que celle qui peut être démontrée par les sources croisées.
Conséquences et mémoire
La photographie est devenue dès 1945 l’une des représentations les plus célèbres de la Résistance française face à l’occupation nazie. Son pouvoir symbolique fut d’abord indépendant de l’identité du résistant photographié. L’enquête de 1984 permit de restituer à l’image son lieu, son contexte et le nom de Georges Blind. Elle constitue aujourd’hui à la fois une source sur la répression allemande à Belfort et un objet d’histoire de la mémoire de la Résistance.
Fiabilité A — Fiabilité excellente. L’identification du lieu, de Georges Blind, la nature du simulacre, la provenance du cliché et son parcours éditorial sont documentés par la Fondation de la Résistance et le Musée de la Résistance en ligne. La date exacte du simulacre et les circonstances précises du décès de Georges Blind demeurent toutefois partiellement indéterminées.
Références bibliographiques
Le Fusillé souriant. Histoire d’une photo, Christophe Grudler, Éditions Sutton, ouvrage résultant de l’enquête sur l’identification du lieu, de Georges Blind et de l’histoire de la photographie.
Références internet
Fondation de la Résistance — Elizabeth Pastwa, étude historique détaillée de la photographie, de son identification, de son contexte et de sa diffusion. https://www.fondationresistance.org/recherche-et-documentation/ressources/photographie/photographie-fusilly-souriant-photo6/
Musée de la Résistance en ligne — Notice « Georges Blind, le fusillé souriant », retraçant l’engagement résistant, l’arrestation, le simulacre et la déportation. https://museedelaresistanceenligne.org/media2959-Georges-Blind-le-fusill-souriant
Sources consultées
Mémoire Vive de la Résistance : recherche nominative « Georges Blind » ; aucune notice individuelle retrouvée. https://mvr.asso.fr/
Fondation de la Résistance : résultat positif et détaillé. https://www.fondationresistance.org/
Musée de la Résistance en ligne : résultat positif et détaillé. https://museedelaresistanceenligne.org/
Maitron Résistance : recherches sur les membres du groupe Ferrand ; documentation complémentaire du contexte clandestin. https://maitron.fr/
Mémoire des Hommes : recherche nominative ciblée « Georges Blind » ; aucun résultat directement exploitable retrouvé via le moteur de recherche consulté. https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/
Ordre de la Libération : recherche ciblée ; aucune notice individuelle Georges Blind retrouvée. https://www.ordredelaliberation.fr/
Gallica : recherche « Georges Blind », « fusillé souriant » et recherche de la presse liée au cliché ; aucun résultat directement exploitable suffisamment précis n’a été retenu. https://gallica.bnf.fr/
Service historique de la Défense : recherche ciblée ; aucun dossier numérisé relatif au simulacre lui-même retrouvé dans les résultats consultés. https://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr/
Archives départementales du Territoire de Belfort : recherche ciblée sur Georges Blind et le contexte belfortain ; aucun document numérisé plus probant que les dossiers mémoriels précédents n’a été retenu. https://archives.territoiredebelfort.fr/