La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

DARQUIER Louis

Louis DARQUIER, dit Louis Darquier « de Pellepoix », né le 19 décembre 1897 à Cahors (Lot), mort le 29 août 1980 à Carratraca, près de Malaga (Espagne), français.

Jeunesse et formation

Louis Darquier naquit dans une famille de notables républicains du Lot. Son père, Pierre Darquier, médecin et homme politique radical, fut maire de Cahors et conseiller général. Louis Darquier ne suivit pas d’études supérieures achevées.

Engagé volontaire pendant la Première Guerre mondiale, il servit dans l’armée française avant d’être démobilisé en 1919. Après-guerre, il occupa divers emplois dans le commerce des grains et les affaires, mais sa trajectoire professionnelle resta instable. Il adopta ensuite le nom de convenance « de Pellepoix », qui ne correspondait pas à un titre nobiliaire régulièrement établi.

Au début des années 1930, il se rapprocha des milieux nationalistes et d’extrême droite, notamment de l’Action française et d’organisations ligueuses. Blessé lors de l’émeute parisienne du 6 février 1934, il transforma cet épisode en ressource politique et médiatique. Il entra au conseil municipal de Paris en 1935 et se spécialisa progressivement dans une agitation antisémite virulente.

Engagement dans la Résistance

Louis Darquier de Pellepoix fut un militant antisémite, un collaborateur politique du régime de Vichy et un auxiliaire français de la persécution des Juifs. Sa présence dans le présent corpus relève de la catégorie des personnes liées à la Résistance par leur opposition à celle-ci et par leur participation à l’appareil de persécution.

Appartenance à un réseau ou mouvement

Darquier fréquenta successivement ou simultanément plusieurs milieux nationalistes : Action française, Croix-de-Feu, Jeunesses patriotes et organisations issues de la mobilisation du 6 février 1934. À partir de 1936, il structura sa propre mouvance antisémite, d’abord autour du Comité antijuif de France puis du Rassemblement antijuif de France. Il anima également le journal L’Antijuif.

Ces organisations ne furent pas des réseaux de Résistance, mais des groupes de propagande politique qui préparèrent idéologiquement l’acceptation de mesures discriminatoires et persécutrices. Darquier se distingua par un antisémitisme obsessionnel, par son admiration pour l’Allemagne nazie et par ses appels à exclure les Juifs de la communauté nationale.

Missions et actions

Nommé commissaire général aux questions juives au printemps 1942, en remplacement de Xavier Vallat, Darquier dirigea le Commissariat général aux questions juives (CGQJ) pendant la phase la plus meurtrière de la persécution en France. Le CGQJ était chargé de préparer et d’appliquer la législation antisémite de Vichy, de superviser l’aryanisation économique, de contrôler l’Union générale des israélites de France et de coordonner une partie des services administratifs consacrés à l’identification, à l’exclusion et à la spoliation des Juifs.

Sous son autorité, l’institution continua et radicalisa sa collaboration avec les autorités allemandes. Darquier participa le 8 juillet 1942 à une réunion avec des représentants allemands et français consacrée aux mesures préparatoires à la déportation massive des Juifs de la région parisienne. Son administration ne décida pas seule les rafles ni les convois, qui relevaient principalement des autorités allemandes et des services de police, mais elle contribua à l’environnement administratif, idéologique et matériel qui rendit la persécution possible.

Darquier intervint aussi dans la propagande. Il réclama une politique plus dure, dénonça les supposées résistances de l’administration française et chercha à accroître les pouvoirs du CGQJ. Son action fut cependant marquée par l’incompétence, le clientélisme et les rivalités internes. À la fin de 1943, les autorités allemandes elles-mêmes jugèrent son administration insuffisamment efficace. Il fut écarté en février 1944 et remplacé par Charles Mercier du Paty de Clam.

Arrestation / évasion / déportation

À l’approche de la Libération, Louis Darquier quitta la France et se réfugia dans l’Espagne franquiste. Il échappa ainsi à une arrestation et ne fut jamais extradé. Le 10 décembre 1947, la Haute Cour de justice le condamna par contumace à la peine de mort, à la dégradation nationale à vie et à la confiscation de ses biens.

Installé durablement en Espagne, il vécut sous la protection de fait du régime franquiste, exerçant notamment des activités de traduction et d’enseignement. Les démarches françaises n’aboutirent pas à son retour. Il mourut en Espagne en 1980 sans avoir exécuté sa peine.

Camarades de combat

Ses principaux partenaires politiques et administratifs furent des militants antisémites, des collaborationnistes et des responsables de l’appareil de Vichy. Parmi les figures liées à son action figurent Pierre Laval, qui le nomma, Joseph Antignac, membre important de son cabinet puis dirigeant du CGQJ en 1944, ainsi que divers responsables de la propagande et de l’aryanisation.

Ses interlocuteurs comprirent aussi les représentants allemands chargés de la politique antijuive en France. Ces relations ne doivent toutefois pas conduire à lui attribuer personnellement toutes les opérations menées par la police allemande ou française : sa responsabilité propre réside dans la direction politique et administrative du CGQJ, dans sa propagande et dans son soutien actif à la persécution.

Retour à la vie civile

Darquier ne connut pas de retour normal à la vie civile en France. Exilé en Espagne, il fréquenta les milieux d’anciens collaborationnistes réfugiés autour du régime franquiste. Son nom réapparut régulièrement dans la presse française, notamment lorsque des journalistes le localisèrent à Madrid.

En octobre 1978, L’Express publia un entretien dans lequel il nia la réalité de l’extermination des Juifs à Auschwitz et prononça des propos devenus emblématiques du négationnisme. Cette interview provoqua une indignation considérable et contribua à replacer publiquement la responsabilité de Vichy et de ses agents dans la persécution. Darquier termina ainsi son parcours politique par un négationnisme qui prolongeait son antisémitisme de l’entre-deux-guerres et de l’Occupation.

Décorations

Aucune décoration attribuée à Louis Darquier de Pellepoix n’a été confirmée lors des présentes recherches dans les bases institutionnelles consultées. Son engagement volontaire pendant la Première Guerre mondiale est attesté par les sources biographiques, mais aucune liste fiable de décorations n’a pu être établie.

Lieux de mémoire

Les principaux lieux de mémoire liés à Darquier sont négatifs et documentaires : les fonds AJ/38 des Archives nationales, qui conservent les archives du CGQJ ; le Mémorial de la Shoah à Paris, qui conserve et présente des documents sur la politique antisémite de Vichy ; les anciens sites administratifs du CGQJ à Vichy et à Paris ; enfin les lieux d’internement et de déportation des victimes de la politique à laquelle son administration contribua.

Aucun lieu commémoratif honorifique consacré à Darquier n’a été identifié. Sa mémoire publique est celle d’un responsable de la collaboration antisémite et, après-guerre, d’un négationniste.

Références bibliographiques

Laurent Joly, Le cas Darquier de Pellepoix. Antisémitisme et fascisme français, 1934-1944, Tallandier, 2023. Étude biographique de référence, fondée sur les archives et consacrée à la formation politique, à l’activisme antisémite et au rôle de Darquier sous Vichy.

Laurent Joly, Vichy dans la « Solution finale ». Histoire du Commissariat général aux questions juives, 1941-1944, Grasset, 2006. Analyse institutionnelle du CGQJ et de sa contribution à la persécution.

Michael R. Marrus et Robert O. Paxton, Vichy et les Juifs, Calmann-Lévy, 1981, rééd. Ouvrage majeur sur la politique antisémite de Vichy et les responsabilités administratives françaises.

Henry Rousso, « Une justice impossible. L’épuration et la politique antijuive de Vichy », Annales ESC, 1993. Étude sur les poursuites engagées après-guerre contre les responsables de la politique antijuive.

Carmen Callil, Bad Faith. A Forgotten History of Family, Fatherland and Vichy France, Jonathan Cape, 2006. Enquête biographique et familiale qui replace Darquier dans son environnement social et politique.

Références internet

FranceArchives. La présentation et l’instrument de recherche du fonds AJ/38 décrivent l’organisation du CGQJ, ses missions et ses dirigeants successifs. https://francearchives.gouv.fr/fr/article/87249742

FranceArchives. L’instrument de recherche du fonds du CGQJ documente la structure administrative, les services et les dossiers conservés. https://francearchives.gouv.fr/fr/findingaid/82262507abdb72c0ad9aceedc1cce9dde33eba03

Mémorial de la Shoah. Les ressources consacrées aux personnages et aux documents de la Shoah replacent Darquier dans la politique antisémite et les préparatifs des déportations. https://www.memorialdelashoah.org/archives-et-documentation/quest-ce-que-la-shoah/personnages-cles-de-la-shoah.html

Mémoire Vive de la Résistance. La notice thématique sur le CGQJ présente Darquier comme son deuxième dirigeant et résume les fonctions persécutrices de l’institution. https://mvr.asso.fr/commissariat-general-aux-questions-juives-cgqj/

EHESS – Centre de recherches historiques. La présentation de l’ouvrage de Laurent Joly fournit la référence bibliographique récente consacrée à Darquier. https://crh.ehess.fr/index.php?8501=

Dossier d’homologation

Aucun dossier d’homologation FFC, FFI, DIR, CVR ou de déporté-résistant ne s’applique à Louis Darquier de Pellepoix. Les dossiers pertinents relèvent des fonds du CGQJ, de la Haute Cour de justice et des archives de l’épuration.

Observations

Le nom « de Pellepoix » est un nom d’usage adopté par Louis Darquier. Les sources divergent parfois sur la localisation exacte de son décès, indiquée soit à Malaga, soit à Carratraca, commune de la province de Malaga. La forme retenue ici est Carratraca, près de Malaga, conformément aux notices biographiques les plus précises.

La responsabilité de Darquier doit être formulée avec exactitude : il ne fut pas l’organisateur unique des rafles et déportations, mais il dirigea un organisme central de la persécution antisémite, soutint la radicalisation de cette politique et coopéra avec les autorités d’occupation.

Indice de fiabilité de la notice Niveau A — L’identité, l’antisémitisme militant, la direction du Commissariat général aux questions juives, la participation à la persécution, la fuite, la condamnation et l’activité négationniste de Louis Darquier sont établis par les fonds des Archives nationales, les ressources du Mémorial de la Shoah et une historiographie abondante.

Sources consultées

FranceArchives. Présentation du fonds AJ/38 et instrument de recherche du CGQJ ; organisation, attributions et dirigeants successifs. https://francearchives.gouv.fr/fr/article/87249742

FranceArchives. Inventaire du Commissariat général aux questions juives et du Service de restitution des biens des victimes des lois et mesures de spoliation. https://francearchives.gouv.fr/fr/findingaid/82262507abdb72c0ad9aceedc1cce9dde33eba03

Mémorial de la Shoah. Ressources sur les principaux acteurs de la politique antijuive et document relatif à la réunion du 8 juillet 1942. https://www.memorialdelashoah.org/archives-et-documentation/quest-ce-que-la-shoah/personnages-cles-de-la-shoah.html

Mémoire Vive de la Résistance. Notice thématique consacrée au CGQJ ; contrôle préalable et éléments de contexte. https://mvr.asso.fr/commissariat-general-aux-questions-juives-cgqj/

Centre de recherches historiques – EHESS. Notice bibliographique du livre de Laurent Joly, Le cas Darquier de Pellepoix. https://crh.ehess.fr/index.php?8501=

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