La forme officielle retenue est « Sapeurs-Pompiers de la ville de Belfort », désignation sous laquelle la collectivité figure parmi les titulaires de la Médaille de la Résistance française.
Les sources mémorielles utilisent également « corps des sapeurs-pompiers de Belfort », « Corps de Belfort » et « compagnie des sapeurs-pompiers de Belfort ». Il s’agit d’un corps professionnel municipal dont une partie importante des membres s’engage progressivement dans des activités de Résistance et utilise les moyens matériels et les facilités professionnelles du service au profit de plusieurs organisations clandestines.
La classification historique la plus exacte est donc celle d’une collectivité civile et professionnelle engagée dans la Résistance, comprenant en son sein plusieurs groupes et résistants affiliés à des organisations différentes. Le corps ne doit pas être assimilé à un réseau unique, même si son engagement collectif a été reconnu après-guerre par l’attribution de la Médaille de la Résistance française.
Le corps des sapeurs-pompiers de Belfort existe naturellement avant la guerre. Son engagement résistant débute dès 1940. En août 1940, le caporal Georges BLIND participe avec d’autres Belfortains à la mise à l’abri de la statue d’Edith Cavell située devant l’hôpital, geste de défi symbolique envers l’occupant. En novembre 1940, un premier groupe clandestin est constitué autour notamment d’Aloïs MARTIN et de plusieurs résistants belfortains ; il est ensuite mis en relation avec le capitaine Maurice FERRAND et devient partie prenante du « groupe Ferrand ».
L’Ordre de la Libération retient novembre 1940 comme le début de l’engagement organisé des sapeurs-pompiers contre l’occupant. Cette chronologie est cohérente avec les témoignages recueillis après-guerre et conservés ou reproduits par le Musée de la Résistance en ligne.
Les objectifs se développent progressivement : propagande clandestine, surveillance, sabotages, transport d’armes, liaisons entre responsables de la Résistance, aide aux prisonniers, évacuation de réfractaires au Service du travail obligatoire et de personnes recherchées, soutien aux maquis et aux états-majors FFI.
Organisation interne
Il n’existe pas de hiérarchie clandestine unique se superposant exactement à la hiérarchie professionnelle. Les activités sont conduites par différents groupes et individus au sein du corps, certains membres relevant du groupe Ferrand, d’autres du mouvement Lorraine ou travaillant pour les FFI et les maquis locaux. La structure professionnelle des pompiers procure toutefois des moyens décisifs : postes de secours, ambulances, véhicules, locaux et surtout autorisations permettant de circuler pendant le couvre-feu.
Jacques ERB, entré au corps en 1942, devient parallèlement un responsable du mouvement Lorraine. Il est en contact avec René FALLAS, dit « Magnin », responsable régional, ainsi qu’avec les responsables départementaux du mouvement. Les sapeurs-pompiers servent alors d’agents de liaison entre les dirigeants de Lorraine puis, à partir de la fin de 1943 et du début de 1944, entre les membres de l’état-major FFI.
Le poste central joue un rôle croissant en 1944 dans la réception et la distribution de journaux clandestins. Le poste des Forges sert occasionnellement de lieu de réunion sécurisé à des membres de l’état-major FFI, dont l’abbé Pierre DUFAY, commandant militaire du maquis du Territoire de Belfort.
Actions menées pendant la Résistance
Les sapeurs-pompiers diffusent clandestinement des tracts et des journaux, notamment Défense de la France et Lorraine. Les exemplaires, reçus de Paris, Montbéliard ou Nancy, sont distribués dans les postes puis déposés de nuit dans les boîtes aux lettres, les cartes de circulation nocturne des pompiers facilitant ces opérations. Jean BEURIER et HOENNER participent notamment à la réception et aux liaisons vers Montbéliard.
Les activités comprennent des transports d’armes et des sabotages. L’Ordre de la Libération mentionne officiellement ces deux catégories d’actions parmi les motifs de reconnaissance du corps. Le lieutenant Henri DESHAIE et le caporal Aloïs MARTIN sont cités dans les témoignages pour leur participation à plusieurs sabotages. Lors d’incendies provoqués par la Résistance dans des établissements travaillant pour l’occupant, notamment la menuiserie Dupont et les usines Renault, la conduite des opérations de lutte contre le feu contribue à laisser détruire les installations visées.
Le corps participe également à l’évacuation de résistants, de réfractaires au STO et de personnes recherchées. René FALLAS, dont la tête est mise à prix et dont les déplacements par la gare de Belfort sont devenus dangereux, est transporté par des sapeurs-pompiers jusqu’à Lure, Haute-Saône, France. Le sergent-chef WALTER héberge de jeunes Alsaciens ayant déserté l’Organisation Todt et effectue plusieurs transports vers la frontière suisse.
Après les arrestations massives de l’automne 1943, des pompiers chargés avec la Croix-Rouge de porter des repas aux prisonniers détenus à la caserne Friedrich servent clandestinement de messagers entre ceux-ci et leurs familles. Les ambulances sont également utilisées pour transporter des responsables résistants ; l’abbé Pierre DUFAY bénéficie à plusieurs reprises de ces déplacements pour rejoindre les secteurs occupés par les maquisards.
Une vingtaine de membres du corps rejoignent en 1944 les maquis de la région, notamment ceux du Lomont et du Territoire de Belfort. Cette donnée est également reprise par l’Ordre de la Libération dans sa notice officielle des collectivités médaillées.
Liens avec d’autres réseaux ou mouvements
Le groupe Ferrand constitue l’un des premiers rattachements documentés de pompiers belfortains. Aloïs MARTIN, Georges BLIND et Henri DESHAIE sont notamment associés à cette organisation.
Le mouvement Lorraine utilise ensuite largement les facilités offertes par le corps. Jacques ERB appartient simultanément aux pompiers et à Lorraine ; René FALLAS bénéficie directement de leur aide. Le corps assure des liaisons entre les responsables du mouvement et contribue à la diffusion de son journal clandestin.
Les sapeurs-pompiers collaborent également avec les FFI et avec le maquis du Territoire de Belfort. Le poste des Forges accueille des réunions de l’état-major FFI et les ambulances servent au déplacement de l’abbé Pierre DUFAY. Des hommes rejoignent enfin les maquis du Lomont et du Territoire de Belfort en 1944.
Chefs et figures marquantes
Jacques ERB entre au corps en 1942 et exerce parallèlement des responsabilités au sein du mouvement Lorraine. Ses fonctions professionnelles lui permettent de participer aux distributions de presse clandestine, aux liaisons et à l’utilisation des moyens du corps au profit de la Résistance. Il survit à la guerre et laisse un témoignage détaillé sur l’activité clandestine des pompiers.
Aloïs MARTIN, caporal des sapeurs-pompiers, appartient au premier groupe clandestin constitué dès novembre 1940 puis au groupe Ferrand. Il participe à des actions de sabotage et à des missions de liaison. Arrêté le 27 janvier 1944 à Montbéliard, Doubs, France, au cours d’une mission avec Marcel SCHWIMMER, il est condamné à mort puis fusillé le 26 février 1944 à la citadelle de Besançon, Doubs, France.
Georges BLIND, caporal infirmier au corps des sapeurs-pompiers, appartient au groupe Ferrand. Ses fonctions lui permettent d’utiliser l’ambulance et ses autorisations de circulation pour des activités clandestines. Arrêté en octobre 1944, il subit le célèbre simulacre d’exécution photographié dans les fossés de la citadelle de Belfort. Il est ensuite déporté et meurt en déportation. Les sources divergent sur la date exacte de son décès ; cette divergence est signalée plus loin.
Henri DESHAIE, lieutenant des sapeurs-pompiers, participe aux sabotages et mène également des gestes symboliques, notamment en hissant à plusieurs reprises le drapeau français sur les glacis du château de Belfort. Arrêté le 1er septembre 1944, il est déporté à Buchenwald puis affecté au kommando de Langensalza. Il disparaît au cours de l’évacuation vers Dachau en avril 1945 et repose dans une fosse commune à Dachau selon la source mémorielle consultée.
Jean BEURIER participe à la réception et à la diffusion des journaux clandestins, notamment avec HOENNER. Le sergent LEMERCIER contribue à l’évacuation de René Fallas vers Lure. Le sergent-chef WALTER héberge des jeunes Alsaciens déserteurs de l’Organisation Todt et les aide à gagner la frontière suisse.
Victimes et morts
Trois figures directement associées au corps et au groupe Ferrand ne voient pas la Libération : Aloïs MARTIN, Georges BLIND et Henri DESHAIE.
Aloïs MARTIN est fusillé le 26 février 1944 à la citadelle de Besançon. Son exécution est également confirmée par le Maitron.
Henri DESHAIE est arrêté le 1er septembre 1944, déporté le 3 octobre 1944, enregistré à Buchenwald le 6 octobre puis transféré au kommando de Langensalza. La documentation reproduite par le Musée de la Résistance en ligne le donne mort au cours de la phase finale de la déportation et inhumé dans une fosse commune à Dachau.
Georges BLIND est arrêté à Belfort en octobre 1944, transféré vers Schirmeck puis Dachau et envoyé ensuite vers le complexe d’Auschwitz-Blechhammer. Les sources divergent sur la date exacte de sa mort : la base Mémoire des Hommes est signalée comme retenant le 4 décembre 1944, tandis que d’autres actes et études donnent des dates différentes en décembre 1944. Il convient donc de retenir uniquement qu’il meurt en déportation à la fin de 1944, sans imposer une date non consensuelle.
Survivants identifiés
Jacques ERB survit au conflit et contribue après la guerre à documenter l’activité résistante du corps. Jean BEURIER, HOENNER, le sergent LEMERCIER et le sergent-chef WALTER sont cités parmi les acteurs des opérations clandestines ; les sources ouvertes consultées ne permettent toutefois pas d’établir une liste complète et vérifiée de l’ensemble des sapeurs-pompiers résistants ayant survécu.
Fin du réseau
L’activité clandestine cesse avec la libération de Belfort, Territoire de Belfort, France, le 20 novembre 1944. Les sapeurs-pompiers participent cependant encore directement à la période des combats.
Une décision du général Jean de LATTRE DE TASSIGNY du 20 novembre 1948 reconnaît que les pompiers ayant figuré au corps entre le 20 août et le 20 novembre 1944 doivent être considérés comme ayant figuré sur les contrôles de la 1re Armée française et autorise leur drapeau à porter l’insigne « Rhin et Danube ».
Le corps municipal poursuit ensuite son existence professionnelle. Il est finalement dissous le 31 décembre 1998 dans le cadre de la réorganisation des services d’incendie et de secours ; cette dissolution administrative est sans rapport avec la fin de son activité résistante.
Conséquences et mémoire
La reconnaissance officielle intervient par décret du 3 janvier 1946 attribuant collectivement la Médaille de la Résistance française aux sapeurs-pompiers de la ville de Belfort.
L’Ordre de la Libération les classe aujourd’hui parmi les collectivités civiles médaillées et rappelle leur action dans la propagande clandestine, les transports d’armes, les sabotages, les évasions de réfractaires au STO et les maquis.
La médaille est matériellement remise le 21 juillet 1946 à Belfort par Edmond MICHELET, ministre des Armées, qui l’épingle sur le drapeau du corps boulevard Carnot. Le clan scout Guy de Larigaudie de Belfort, lui aussi titulaire de la Médaille de la Résistance, est honoré lors de la même cérémonie.
Le drapeau porte la Médaille de la Résistance ainsi que l’insigne « Rhin et Danube ». Le Musée de la Résistance en ligne présente le corps de Belfort comme le seul corps de sapeurs-pompiers français dont le drapeau soit décoré de la Médaille de la Résistance. Le drapeau est aujourd’hui conservé au musée du Château de Belfort.
Un insigne spécifique, créé en 1948, reprend le ruban rouge et noir de la Médaille de la Résistance, les armes de Belfort, le Lion et la devise « Quand Même ».
La photographie de Georges Blind lors de son simulacre d’exécution, devenue celle du « fusillé souriant », constitue l’un des éléments majeurs de cette mémoire. La Fondation de la Résistance lui consacre une étude documentaire spécifique.
Divergences et risques de confusion
Le corps des sapeurs-pompiers de Belfort ne constitue pas un réseau homogène comparable à un réseau FFC. Plusieurs appartenances se superposent : groupe Ferrand, mouvement Lorraine, FFI et maquis locaux. L’attribution collective de la Médaille de la Résistance sanctionne l’engagement du corps comme collectivité, mais n’implique pas que tous ses membres aient appartenu à une seule organisation clandestine.
La date de décès de Georges BLIND présente une divergence documentaire. Plusieurs dates de décembre 1944 figurent selon les bases administratives, arrêtés et travaux historiques. La mort en déportation à la fin de 1944 est certaine ; une date journalière unique ne peut être retenue sans réserve.
Fiabilité A —La décoration collective et sa date sont établies par l’Ordre de la Libération ; les actions sont détaillées par le Musée de la Résistance en ligne à partir des archives du corps et de témoignages d’acteurs ; les parcours individuels sont recoupés avec le Maitron et les bases mémorielles. Seule la date exacte du décès de Georges Blind demeure divergente.
Références bibliographiques
Le Fusillé souriant : histoire d’une photographie, Christophe GRUDLER, Saint-Cyr-sur-Loire, Nouvelles Éditions Sutton ; étude consacrée à Georges Blind et à l’identification de la célèbre photographie du simulacre d’exécution.
La Résistance dans le Territoire de Belfort, travaux historiques et témoignages consacrés aux mouvements locaux, au groupe Ferrand, aux FFI et aux maquis du Territoire de Belfort ; référence de contexte pour replacer l’action des sapeurs-pompiers dans la Résistance départementale.
Dictionnaire historique de la Résistance. Résistance intérieure et France libre, François MARCOT, Bruno LEROUX et Christine LÉVISSE-TOUZÉ (dir.), Paris, Robert Laffont, 2006 ; référence générale pour les organisations clandestines, les FFI et les formes professionnelles de résistance.
Références internet
Ordre de la Libération Notice officielle des collectivités médaillées : « Sapeurs-Pompiers de la ville de Belfort », Médaille de la Résistance par décret du 3 janvier 1946, avec synthèse des actions clandestines. https://www.ordredelaliberation.fr/fr/les-collectivites-medaillees
Musée de la Résistance en ligne « Citation du corps des pompiers de Belfort », documentation détaillée sur le groupe Ferrand, le mouvement Lorraine, les sabotages, transports, liaisons et victimes. https://museedelaresistanceenligne.org/media2846-Citation-du-corps-des-pompiers-de-Belfort
Musée de la Résistance en ligne « E. Michelet remet la Médaille de la Résistance aux pompiers de Belfort », photographie et notice de la cérémonie du 21 juillet 1946. https://museedelaresistanceenligne.org/media2848-E-Michelet-remet-la-Mdaille-de-la-Rsistance-aux-pompiers-de-Belfort
Musée de la Résistance en ligne « Détail du drapeau du corps des sapeurs-pompiers de Belfort », documentation sur la Médaille de la Résistance, l’insigne Rhin et Danube et la conservation du drapeau. https://museedelaresistanceenligne.org/media2849-Dtail-du-drapeau-du-corps-des-sapeurs-pompiers-de-Belfort
Fondation de la Résistance « Photographie du fusillé souriant », étude consacrée à Georges Blind et à l’histoire de la photographie. https://www.fondationresistance.org/recherche-et-documentation/ressources/photographie/photographie-fusilly-souriant-photo6/
Sources consultées
Mémoire Vive de la Résistance : recherches « sapeurs-pompiers Belfort », « pompiers Belfort », « Georges Blind », « Jacques Erb », « René Fallas » ; aucune notice autonome du corps retrouvée, mais mentions détaillées dans les notices du mouvement Lorraine et de René Fallas. https://mvr.asso.fr/
Maitron Résistance : recherches « Aloïs Martin », « Georges Blind », « Henri Deshaie », « groupe Ferrand », « Belfort pompiers » ; notice directement exploitable d’Aloïs Martin et notices de résistants associés. https://maitron.fr/
Fondation de la Résistance : recherches consacrées à Georges Blind, aux collectivités médaillées et aux sapeurs-pompiers dans la Résistance. https://www.fondationresistance.org/
Musée de la Résistance en ligne : ensemble documentaire sur le corps des sapeurs-pompiers de Belfort, son drapeau, son insigne, sa citation, la remise de la Médaille et Georges Blind. https://museedelaresistanceenligne.org/
Mémoire des Hommes : vérifications nominatives des morts et déportés signalés ; utilisé notamment pour contrôler les divergences relatives à Georges Blind. https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/
Ordre de la Libération : notice officielle des collectivités titulaires de la Médaille de la Résistance et confirmation du décret du 3 janvier 1946. https://www.ordredelaliberation.fr/
Service historique de la Défense : recherches sur les FFI du Territoire de Belfort, les collectivités résistantes et les dossiers individuels ; aucune notice autonome plus complète que le dossier AERI du corps n’a été retrouvée dans les inventaires ouverts. https://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr/
FranceArchives et Archives départementales du Territoire de Belfort : recherches sur les sapeurs-pompiers, les archives préfectorales et la Résistance départementale ; fonds relatifs à la Résistance et à la période d’après-guerre identifiés. https://francearchives.gouv.fr/
Gallica-BnF : recherches « pompiers de Belfort », « Médaille de la Résistance Belfort », « Georges Blind » ; aucun fonds thématique apportant une synthèse supérieure aux documents de l’Ordre de la Libération et du Musée de la Résistance en ligne n’a été identifié. https://gallica.bnf.fr/
Sites mémoriels locaux : ressources relatives au patrimoine et à l’histoire des sapeurs-pompiers de Belfort consultées en complément ; aucune donnée non recoupée n’a été retenue.
Wikipédia : consultation de la notice Georges Blind uniquement pour repérage des divergences de datation ; aucune donnée décisive n’a été retenue sans recoupement.