La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

Bataille de La Madeleine (Tornac, Gard), 25 août 1944

Le 25 août 1944, au carrefour de La Madeleine sur le territoire de Tornac (Gard), des groupes de résistants — principalement des guérilleros espagnols de la IIIe division Gard-Lozère-Ardèche et des éléments FFI du maquis Aigoual-Cévennes — interceptent et malmènent une forte colonne motorisée allemande en retraite vers la vallée du Rhône.

La colonne, évaluée à près de 2 000 hommes, a été harcelée la veille et le matin même à Ganges puis à Saint-Hippolyte-du-Fort avant d’être acculée vers La Madeleine, nœud routier où convergent les axes d’Alès, Nîmes et Quissac.

Des appels radio (« mission Isotrope ») obtiennent le concours de l’aviation alliée qui achève de disloquer le convoi.

À l’issue des combats, plusieurs centaines d’Allemands se rendent, de nombreux véhicules et pièces d’artillerie sont saisis et la route d’Alès est momentanément barrée.

Les pertes côté résistants sont faibles. Les sources indiquent également le suicide nocturne du lieutenant-général commandant une partie de la colonne.

L’affrontement s’inscrit dans la séquence ouverte par le débarquement de Provence (15 août 1944) : les colonnes allemandes se replient précipitamment du Sud-Ouest vers le Rhône et l’Isère, tandis que les maquis régionaux tentent de les freiner aux passages obligés des Cévennes.

Dans le Gard, le maquis Aigoual-Cévennes multiplie les embuscades et, conjugué à l’action des guérilleros espagnols, parvient à forcer des redditions locales, dont celle de La Madeleine, avant la libération définitive du département le 28 août 1944.

Forces en présence et objectifs

Côté résistants, interviennent des groupes FTP/FFI sous l’autorité locale du capitaine « Carlo » (Émile Capion), appuyés par deux détachements de guérilleros espagnols commandés par Gabriel Pérez et Miguel Arcas (« Victor »). Leur objectif est de stopper et désorganiser la colonne, de l’obliger à se rendre et de récupérer armes et matériels.

 Côté allemand, la formation motorisée venue de Toulouse cherche à gagner le couloir rhodanien ; sous la pression conjuguée des attaques terrestres et aériennes, une partie capitule à La Madeleine tandis qu’un autre tronçon tente de décrocher vers l’Ardèche.

Chronologie synthétique

  • 24 août : durs engagements à Ganges.
  • 25 août (matin) : harcèlement à Saint-Hippolyte-du-Fort par l’Aigoual-Cévennes ; repli en désordre de la colonne vers La Madeleine.
  • 25 août (fin de matinée-après-midi) : fixation au carrefour de La Madeleine par les guérilleros et les FFI, frappes de l’aviation alliée, redditions et prises de guerre.
  • 26-28 août : poursuite des combats et libérations locales dans le Gard.

Bilan immédiat

Les chiffres varient selon les témoins : le Musée de la Résistance en ligne et une étude historique régionale convergent vers environ 400 à 500 prisonniers allemands (dont un nombre important de blessés), la capture d’au moins 28 camions et de pièces d’artillerie ; une source journalistique locale évoque jusqu’à 700 prisonniers, tandis qu’une page associative garde une estimation basse de 250.

Les pertes chez les résistants sont signalées comme très limitées.

Nous retenons une fourchette prudente de « plusieurs centaines » de prisonniers, probablement autour de 400-500.

Acteurs et figures marquantes

Émile Capion (« Carlo »), chef FTP local, coordonne l’action terrestre avec les chefs guérilleros Gabriel Pérez et Miguel Arcas (« Victor »).

La conception d’ensemble du harcèlement des colonnes en Cévennes — et, selon les sources locales, la stratégie même de La Madeleine — est attribuée à Cristino García Granda, lieutenant-colonel de l’AGE (Guérilleros espagnols) dont le nom figure aujourd’hui sur la stèle de Tornac.

Côté adverse, plusieurs sources évoquent le suicide du lieutenant-général qui commandait une partie de la colonne après la défaite.

Victimes

Les résistants déplorent très peu de tués à La Madeleine elle-même. On relève en revanche la mort de Louis Perrier, abattu au quartier de La Madeleine à Tornac le 25 août 1944 lors d’une tentative de fuite ; des avions alliés auraient alors dissuadé des exécutions d’otages en survolant la zone.

Côté allemand, les pertes exactes ne sont pas stabilisées, une part importante étant blessés.

Survivants et suites immédiates

Une partie des groupes FFI et des guérilleros espagnols ayant pris part au combat rallie ensuite les opérations de la Libération du Gard, qui s’achève le 28 août 1944, et poursuit des actions de sécurisation des axes et de collecte de matériels abandonnés par l’ennemi.

La victoire de La Madeleine alimente la dynamique des redditions locales, en privant la colonne vaincue d’un volume significatif d’hommes et d’équipement.

Conséquences

Militairement, l’accrochage de La Madeleine bloque pour plusieurs heures un axe de retraite majeur et entraîne la capture d’armes lourdes et de transports, ce qui renforce l’armement des maquis dans les jours qui suivent.

Sur le plan mémoriel, l’épisode devient un symbole de l’engagement espagnol dans la Libération du Gard ; des sources locales affirment que les guérilleros ayant combattu furent décorés collectivement de la croix de guerre, assertion issue de la tradition mémorielle et non repérée dans un décret nominatif.

Mémoire et lieux commémoratifs

Deux marqueurs commémoratifs structurent la mémoire des lieux :

  • une stèle au carrefour de La Madeleine portant la mention « Bataille de la Madeleine, 25 août 1944. Ici, les FFI, à un contre cent, firent capituler une forte colonne allemande » ;
  • à la jonction des D 982 et D 907, une stèle sculptée par J.-C. Lallement « Aux combattants de la Liberté – 1944 ».

La commune et l’Amicale des Anciens Guérilleros Gard-Lozère organisent encore une cérémonie annuelle autour du 25 août.

Appellations

Les sources emploient indifféremment « bataille de La Madeleine » et « combat de La Madeleine ». La toponymie renvoie au carrefour/de la jonction routière « La Madeleine » sur la commune de Tornac.

Références bibliographiques

  • À la recherche du Maquis. La Résistance dans la France du Sud, 1942-1944, Harry R. Kedward, Cerf, 1999. Étude classique sur la sociologie, les tactiques et les implantations des maquis méridionaux. L’ouvrage éclaire les logiques d’embuscade et de contrôle des axes en été 1944 et permet de situer La Madeleine dans la stratégie de harcèlement des colonnes en retraite. Il apporte aussi des repères méthodologiques sur l’usage des témoignages oraux.
  • Fighters in the Shadows: A New History of the French Resistance, Robert Gildea, Harvard University Press, 2015. Synthèse récente soulignant la diversité des acteurs de la Résistance, notamment l’apport des étrangers. Utile pour replacer l’engagement des guérilleros espagnols dans une histoire plus globale des libérations locales à l’été 1944 et pour mesurer la construction mémorielle des « batailles » locales.
  • Bloc-notes 44. Dans le Gard, en attendant la liberté, Aimé Vielzeuf, Alcide, 2014. Témoignage-analyse d’un acteur-historien des Cévennes. Focus sur les opérations de l’été 1944 dans le Gard, les chaînes de commandement FFI et les pratiques d’embuscade ; donne des éléments de contexte précieux sur les itinéraires des colonnes allemandes et les réactions des maquis.
  • Guérilleros en terre de France. Les républicains espagnols et la Résistance française, (dir.) Léo Figuères, Syllepse, 2000. Panorama de l’engagement espagnol en France, avec études de cas départementales. Pour la zone Gard-Lozère-Ardèche, l’ouvrage rappelle l’organisation des divisions de l’AGE et la tactique adoptée en août 1944, clef pour comprendre La Madeleine.

Références internet

Remarques critiques sur les divergences

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