La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

Attaque et dispersion du maquis d’Aire-de-Côte (Aigoual), 1er juillet 1943

Le 1er juillet 1943, vers 21 heures, le camp du maquis d’Aire-de-Côte — installé à la « baraque du Bidil » près de la maison forestière d’Aire-de-Côte, sur le massif de l’Aigoual — est surpris par un détachement des troupes d’occupation guidé par un indicateur.

L’alerte, transmise dans l’après-midi à Saumane, n’a pas permis l’évacuation en raison d’un violent orage retardant le départ prévu vers le col de l’Asclier.

 À l’issue de l’accrochage, le camp est disloqué.

Les chiffres divergent : le Musée de la Résistance en ligne, s’appuyant sur la stèle d’Aire-de-Côte, indique sept tués, trois disparus et cinquante-neuf prisonniers déportés (dont dix-neuf non-revenus) ;

les Archives départementales du Gard retiennent sept morts, vingt blessés et trente-neuf prisonniers, tous déportés.

Ce camp est l’un des premiers foyers organisés de l’Armée secrète dans les Cévennes gardoises, structuré depuis le printemps 1943 par René Rascalon et encadré militairement par Jean Castan.

D’abord réfugié aux environs de Saumane, le groupe s’est déplacé en avril-mai 1943 vers la « baraque du Bidil » puis près de la maison forestière d’Aire-de-Côte.

Le lieu exact relève administrativement de la Lozère (commune de Bassurels), à proximité immédiate du Gard, ce qui explique que certaines notices mémorielles l’indexent au Gard.

L’attaque survient alors que la police française préparait une opération, selon la documentation universitaire, et qu’un « traître » a conduit les Allemands au camp.

Forces en présence et objectifs

Côté résistants, environ soixante à soixante-dix hommes sont présents au camp, principalement des réfractaires au STO encadrés par l’AS/FFI locale. Côté adverse, les sources nationales parlent des « troupes d’occupation » ; des ressources locales précisent une intervention de la Wehrmacht arrivée par Saumane dans l’après-midi, précédée d’arrestations visant à neutraliser les soutiens civils.

Objectif affiché de l’occupant : démanteler le camp et procéder à des arrestations ; côté maquis, l’objectif du jour était un décrochage préparé mais retardé par la météo.

Chronologie

Début juin 1943 : installation aux abords de la maison forestière d’Aire-de-Côte après un passage à la « baraque du Bidil ». 1er juillet, 16 h : arrivée de troupes allemandes à Saumane et arrestations de soutiens ; 21 h : assaut sur le camp d’Aire-de-Côte alors que les maquisards s’apprêtaient à partir ; nuit du 1er au 2 juillet : dispersion, arrestations et acheminement des captifs vers Nîmes puis Compiègne.

Un registre reconstitué du Frontstalag 122 (Compiègne-Royallieu), conservé par le SHD et publié sur le Musée de la Résistance en ligne, atteste le transfert de trente-cinq détenus (dont trente et un identifiés comme maquisards d’Aire-de-Côte) de Nîmes à Compiègne le 18 septembre 1943.

Bilan immédiat

Le bilan humain est lourd.

Sont tués sur place Henri Aguillera, Louis Chamboredon et Jean Caze ; meurent peu après de leurs blessures Émile Filiol, Jean-Paul Boissel, Jean Canaguier et Robert Parizot.

 Parmi les déportés, dix-neuf ne revinrent pas selon la stèle d’Aire-de-Côte ; deux antinazis allemands passés par le maquis, Kurt Druckner (« Claude ») et Henri Schumacher, sont fusillés à Paris.

Les chiffres d’arrestations et de déportations varient selon les supports (59 contre 39 prisonniers) ; nous retenons la fourchette documentée, en privilégiant la précision nominative des listes issues d’archives.

Acteurs et figures marquantes

René Rascalon organise, dès le printemps 1943, le noyau initial et assure le ravitaillement ;

Jean Castan encadre militairement les jeunes réfractaires.

Fernand Borgne, maire de Saumane, dont l’appui matériel fut décisif, est arrêté le 1er juillet et déporté ; il meurt peu après son retour.

Du côté adverse, les documents évoquent l’intervention de la Wehrmacht ; la dénonciation est attribuée par plusieurs notices à Victor Charles, alias « Paulus ».

Victimes

Parmi les résistants tués ou décédés de leurs blessures figurent Henri Aguillera, Louis Chamboredon, Jean Caze, Émile Filiol, Jean-Paul Boissel, Jean Canaguier et Robert Parizot. Les morts en déportation identifiés par les supports mémoriels comprennent, entre autres, René Otgé, Paul Gilsein, Marcel Fistier, André Deleuze, Lucien Simoni, Raymond Louche, Claudius Levasseur, Marcel Cazalet, Henri Bourrely, André Audemard, André Castellarnau, Émile Raynal, Marius Brot, Jean Bourquin, Henri Evrard. Cette liste provient de la stèle et de compilations mémorielles et rejoint pour partie les relevés d’archives.

Survivants

Les rescapés sont rapidement regroupés par René Rascalon dans la région de Saumane, puis rejoignent le maquis de Lasalle.

Cet ensemble, renforcé au fil de 1944, fusionne le 12 juillet 1944 avec d’autres formations pour constituer le maquis Aigoual-Cévennes, qui jouera un rôle dans les combats d’août 1944.

Conséquences

Militairement, l’attaque du 1er juillet 1943 disperse le premier maquis structuré de l’Aigoual et entraîne une vague d’arrestations et de déportations.

Sur le plan local, l’événement provoque un choc durable mais n’interrompt pas la dynamique résistante : les cadres rescapés réorganisent les groupes et, un an plus tard, prennent part aux opérations de la Libération.

Les sources universitaires soulignent qu’au moment de l’assaut allemand, la police française préparait une intervention, illustrant l’entrelacement des répressions.

Mémoire et lieux commémoratifs

Une stèle commémore, à Aire-de-Côte, l’attaque du 1er juillet 1943 et énumère une partie des victimes.

À Saumane, un mémorial inauguré en 1999 rend hommage aux morts du maquis et rappelle le rôle du maire Fernand Borgne. Itinéraires et panneaux patrimoniaux du Parc national des Cévennes situent et expliquent le site du « refuge du maquis » près de la maison forestière. Des commémorations locales se tiennent régulièrement.

Appellations et variantes

Les sources utilisent « attaque d’Aire-de-Côte », « tragédie du Bidil » ou « dispersion d’Aire-de-Côte ». Le toponyme « Aire-de-Côte » renvoie à la maison forestière et à la « baraque du Bidil » sur le massif de l’Aigoual ; l’indication départementale oscille entre Gard (indexation mémorielle) et Lozère (localisation administrative).

Références bibliographiques

  • Résistance et maquis FFI Aigoual-Cévennes, René Rascalon, 1945.
    Récit de première main sur la genèse des groupes cévenols, l’installation à Aire-de-Côte, l’attaque de juillet 1943 et la réorganisation des rescapés. Source fondatrice de l’historiographie locale, à croiser avec les fonds d’archives et la documentation mémorielle. (Signalé dans les catalogues et synthèses départementales.)
  • Les Églises, les paysans et la Résistance. L’exemple des Cévennes gardoises, Presses universitaires de Rennes, 2007. Étude universitaire exploitant les archives de Lozère (ADL) et les rapports préfectoraux ; elle précise que le maquis d’Aire-de-Côte, trahi, fut décimé par les Allemands alors que la police française préparait une opération, éclairant l’articulation des répressions en 1943.
  • Bloc-notes 44. Dans le Gard, en attendant la liberté, Aimé Vielzeuf, Éditions Alcide, 2014. Témoignage-analyse sur les Cévennes en 1943-1944, replaçant Aire-de-Côte dans la chronologie des maquis, des représailles et des réorganisations qui conduisent au grand maquis Aigoual-Cévennes à l’été 1944. Utile pour confronter mémoire locale et faits établis.

Références internet

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