L’Armée des Volontaires, souvent abrégée en AV ou AVF (et parfois appelée Armée Volontaire), naît à Paris à la fin de l’été 1940. La première réunion clandestine documentée se tient le 13 octobre 1940 au 6, rue des Ciseaux (Paris VIe), sous la présidence du commandant René Lhopital, ingénieur des mines et ancien aide de camp du maréchal Foch.
Autour de lui apparaissent très tôt Charles Domergue, André Donnay, Marcel Lamboley, Auguste Raulhac, le chanoine Emmanuel Lancrenon et plusieurs imprimeurs du Quartier latin.
Le contexte est celui de la mise en place de l’Occupation à Paris et des tout premiers regroupements patriotes cherchant à agir contre l’occupant, sans position initialement anti-pétainiste explicite.
L’AV s’organise en cercles parisiens étendus rapidement à d’autres arrondissements et vers la province (notamment Poitiers et Nevers). Sa structuration reste souple, avec un noyau de direction autour de René Lhopital et des responsables de secteurs.
L’AV crée un Service de renseignements (AV-SR), entretient des liaisons vers des groupes ralliés en province et s’appuie sur des imprimeurs et diffuseurs pour sa presse clandestine.
Après les coups portés par les arrestations de 1941-1942, une réorganisation est attestée à partir de novembre 1942 sous l’intitulé AV-RIF, reprise en main début 1943 par Gabriel Faillot et Arsène Poncey, avec des liaisons rétablies entre Paris et quelques groupes provinciaux.
Dès octobre 1940, l’AV participe à la presse clandestine en soutenant la feuille d’information Pantagruel, rédigée par l’imprimeur Raymond Deiss, considérée parmi les toutes premières publications clandestines parisiennes.
La diffusion s’appuie sur les réseaux de l’AV et des imprimeurs du centre de Paris. Parallèlement, l’AV mène du renseignement, des liaisons et des actions de propagande.
Les vagues d’arrestations de 1941 et surtout de 1942 frappent durement l’organisation, culminant avec la déportation à Trèves de 45 « Volontaires » le 9 octobre 1942 sous le régime « Nacht und Nebel ».
Les procès des 27-28 mai 1943 devant le Volksgerichtshof de Trèves se soldent par plusieurs condamnations à mort, suivies d’exécutions par guillotine à Cologne les 25 et 31 août 1943.
Liens avec d’autres réseaux ou mouvements
À la suite des démantèlements de 1942, nombre de membres restés libres se rapprochent d’organisations comme l’Organisation civile et militaire (OCM), Ceux de la Libération (CDLL) et Libération-Nord.
Des liens se nouent aussi avec des groupes policiers de Résistance autour d’Arsène Poncey et Ernest-Henri David (« groupe Valmy »), dont une partie des rescapés fondera « L’Honneur de la Police » avant d’être à son tour frappée fin 1943. Ces recompositions s’inscrivent dans le mouvement général d’unification de la Résistance intérieure.
Chefs et figures marquantes
- René LHOPITAL. Chef fondateur et président des premières réunions de l’AV ; arrêté à plusieurs reprises, condamné puis déporté à Sachsenhausen et Buchenwald ; survivant libéré en 1945.
- Raymond DEISS. Imprimeur-éditeur, fondateur et rédacteur de Pantagruel ; arrêté, condamné à mort à Trèves et exécuté à Cologne en 1943.
- Charles DOMERGUE (forme « Dommergue » rencontrée dans certaines notices). Responsable parisien, arrêté, condamné à mort et guillotiné à Cologne le 25 août 1943 ; la biographie du Maitron et le Musée de la Résistance retiennent la graphie « Domergue ». Divergence de graphie signalée.
- Arsène PONCEY. Cadre de l’AV, artisan des liaisons avec la Résistance policière (« Valmy »), acteur de la réorganisation 1943 (AV-RIF).
- André DONNAY. Cadre de l’AV, condamné à la réclusion, déporté et mort à Sachsenhausen en 1945.
Victimes / morts
Une partie des cadres et militants de l’AV figurent parmi les déportés du transport Paris-Trèves du 9 octobre 1942 ; plusieurs condamnés à mort lors des audiences des 27-28 mai 1943 sont exécutés à Cologne en août 1943.
Sont notamment exécutés
- Raymond Deiss,
- Charles Domergue,
- André Lalanne-Picard,
- Philippe Bonny,
- Marcel Lepape,
- Raymond Cousin
- Maxime Belleville.
D’autres, comme Joseph Emeric, meurent en déportation au printemps 1945.
Les données chiffrées avancées par les synthèses secondaires évoquent plus d’une centaine de morts et plus de deux cents déportés pour l’ensemble de l’AV.
Survivants identifiés
René LHOPITAL survit à la déportation (Sachsenhausen puis Buchenwald) et reprend une vie civile après 1945, laissant des traces mémorielles dans les notices biographiques et commémorations postérieures.
D’anciens membres rescapés s’intègrent, dès la fin 1942 puis à la Libération, dans les structures unifiées de la Résistance (mouvements et FFI), contribuant aux témoignages et à la transmission mémorielle.
L’AV est durement décapitée par les arrestations de 1942 et 1943. Une tentative de reconstitution (AV-RIF) en 1943 maintient des liaisons locales, mais l’essentiel des effectifs se fond dans d’autres organisations.
À la Libération, l’AV n’existe plus comme structure autonome. La reconnaissance officielle postérieure entérine toutefois son existence et son action au sein de la Résistance intérieure française.
Conséquences et mémoire
L’AV compte parmi les tout premiers regroupements parisiens de 1940, notamment par son rôle dans l’émergence de la presse clandestine (Pantagruel) et la mise en place de liaisons de renseignement.
La répression allemande et française (police) la frappe précocement et sévèrement, avec déportations et exécutions exemplaires en 1942-1943.
La mémoire de l’AV reste très présente dans les expositions et notices du Musée de la Résistance en ligne, dans les biographies du Maitron et par des plaques ou hommages aux lieux d’impression et d’arrestation.
Plusieurs synthèses et bases mémorielles détaillent le convoi Paris-Trèves du 9 octobre 1942 et les exécutions de Cologne en août 1943, devenues des repères mémoriels de l’histoire de l’AV.
Avertissement sur les homonymies et confusions possibles
L’intitulé « Armée des Volontaires Français contre le bolchevisme et pour la libération nationale » ne correspond pas aux formes attestées pour l’AV dans les sources mémorielles et archivistiques consultées.
Il se confond trop avec la dénomination de la Légion des volontaires français (LVF), formation collaborationniste dite « contre le bolchevisme », sans lien avec l’AV.
Les formes exactes relevées pour le mouvement résistant restent « Armée des Volontaires » ou « Armée Volontaire ». Toute mention mêlant « contre le bolchevisme » relève d’une confusion à éviter.
Références bibliographiques
- Henri Michel, Paris résistant, Albin Michel, 1982. Ouvrage de référence sur la capitale occupée qui replace l’AV parmi les premiers noyaux parisiens de résistance, en insistant sur la presse clandestine, les réseaux de renseignement et la répression de 1941-1943, avec de nombreuses notices factuelles et renvois d’archives.
- Henri Noguères, Histoire de la Résistance en France, Robert Laffont, 1967-1981. Synthèse majeure en plusieurs volumes, très utile pour contextualiser l’émergence des mouvements parisiens de 1940 et suivre la chronologie des arrestations et procès de 1942-1943, avec des portraits de militants et des données sur les liaisons inter-mouvements.
- Raymond Chanel, Un médecin en enfer, Perrin, 1970. Témoignage d’un acteur de la Résistance évoquant, entre autres, les débuts parisiens de 1940-1941 et les conditions d’arrestation et de déportation, apportant des éléments sur Pantagruel et sur les réseaux de diffusion.
- AERI–Fondation de la Résistance (dir.), 1940. Entrer en résistance. Comprendre, refuser, résister, brochure et ressources numériques, 2019-2025. Corpus muséographique et pédagogique dont les pages « L’Armée des Volontaires » et « Pantagruel » fournissent des éléments précis sur la création, les acteurs et la chronologie répressive.
- François Wetterwald, Vengeance. Histoire d’un corps franc, Mouvement Vengeance, 1947. Témoignage d’après-guerre situant les premiers groupes d’action et replaçant l’AV dans l’écosystème des mouvements nés dès 1940, utile pour croiser les filiations et recompositions.
Références internet
- Musée de la Résistance en ligne (Fondation de la Résistance), page « L’Armée des volontaires ». Présente la création du mouvement, la réunion fondatrice du 13 octobre 1940, les premiers cadres, l’extension parisienne et les premières activités ; ressource validée par la Fondation et ses partenaires (Archives, SHD, BnF). https://museedelaresistanceenligne.org/expo.php?expo=127&sstheme=1842&stheme=488&theme=253
- Musée de la Résistance en ligne, « Pantagruel » et notice Raymond Deiss. Détaille la genèse de la feuille clandestine, son objectif d’information, le rôle de Deiss et des linotypistes Blanc, et les suites répressives de 1941-1943. https://museedelaresistanceenligne.org/media10367-iPantagruel-i
https://museedelaresistanceenligne.org/media10439-Raymond-Deiss - Maitron (Dictionnaire des fusillés et exécutés 1940-1944), notices individuelles. Biographies de résistants de l’AV, dont Charles Domergue et Raymond Deiss, avec dates d’arrestation, jugement à Trèves et exécution à Cologne, permettant de confirmer les identités et la chronologie. https://fusilles-40-44.maitron.fr/domergue-charles-eugene/
https://fusilles-40-44.maitron.fr/deiss-raymond-deiss-raymond-gustave-leon/ - Base de données de la déportation (BDDM), notice du convoi Paris-Trèves du 9 octobre 1942. Situe l’envoi groupé de 45 membres de l’AV vers Trèves et éclaire le contexte « Nacht und Nebel » des poursuites. https://www.bddm.org/liv/details.php?id=I.56.
- Article de synthèse (secondary, recoupé) « Armée des Volontaires (résistance) ». Récapitule création, arrestations de 1942, procès de mai 1943 et exécutions d’août 1943 ; utile pour croiser noms, dates et sigles AV-SR/AV-RIF en renvoyant au Musée de la Résistance et à des sources imprimées https://fr.wikipedia.org/wiki/Arm%C3%A9e_des_Volontaires_%28r%C3%A9sistance%29
- Avertissement sur l’homonymie : « Légion des volontaires français contre le bolchevisme ». Rappelle qu’il s’agit d’une formation collaborationniste sans lien avec l’AV ; la proximité lexicale explique des confusions dans certaines requêtes
https://fr.wikipedia.org/wiki/L%C3%A9gion_des_volontaires_fran%C3%A7ais_contre_le_bolchevisme - Note méthodologique Terminologie vérifiée : les formes « Armée des Volontaires » ou « Armée Volontaire (AV) » sont confirmées par le Musée de la Résistance en ligne. La longue dénomination « Armée des Volontaires Français contre le bolchevisme et pour la libération nationale » n’est pas attestée dans les bases mémorielles officielles consultées et doit être écartée pour éviter toute confusion avec la LVF collaborationniste.
- Divergences relevées : la graphie du patronyme « Domergue/Dommergue » varie selon les notices ; la forme « Domergue » est retenue par le Musée de la Résistance.