La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

Légion belge / Armée de Belgique / Armée secrète (Geheim Leger) – Belgique

La Légion belge apparaît dès l’été 1940 autour d’anciens officiers décidés à poursuivre le combat après la capitulation.

Elle résulte de la convergence de deux noyaux militaires clandestins : la Légion belge fondée par Charles CLASER et l’Armée belge reconstituée mise sur pied par Robert LENTZ.

La fusion est attestée à l’été 1941 sous l’appellation « Légion belge ».

Après de lourdes arrestations, l’organisation prend en novembre 1942 le nom d’« Armée de Belgique » avant d’adopter officiellement, en juin 1944, celui d’« Armée secrète » (néerlandais : Geheim Leger).

Ses objectifs sont d’ordre militaire : reconstituer une force intérieure structurée, mener des actions de renseignement, sabotages et guérillas, préparer l’appui direct à la libération et empêcher les destructions ennemies lors du repli.

La Légion belge/Armée secrète se structure sur un modèle militaire : un état-major national, des zones provinciales subdivisées en secteurs et groupes, et des « refuges » ou maquis.

Le commandement passe de Charles CLASER (fondateur) à Jules BASTIN fin 1942, puis à Yvan GÉRARD au printemps 1943, avant d’être confié au général Jules PIRE à partir de mars 1944.

Le mouvement bénéficie d’un statut militaire officiel conféré par le gouvernement belge à Londres, d’une intégration progressive aux plans alliés et d’un financement clandestin organisé par l’administration restée loyale à Londres.

Les liaisons avec les autorités alliées et la Sûreté de l’État à Londres encadrent son développement ; des coopérations et coordinations existent, notamment via des structures inter-mouvements belges.

À partir de 1943, l’organisation intensifie les sabotages ferroviaires, téléphoniques et énergétiques en prévision du débarquement.

Elle réceptionne des parachutages d’armes et de matériel en 1943-1944, encadre des maquis, mène des embuscades locales et protège des infrastructures au moment du repli allemand (« anti-destructions »).

À l’été 1944, ses unités soutiennent et guident les forces alliées, sécurisent des ponts et dépôts, désarment des isolés et neutralisent des collaborateurs.

Des zones de parachutages majeures fonctionnent entre avril et septembre 1944, et plusieurs secteurs montent en puissance à l’approche de la Libération.

La Légion belge/Armée secrète coopère avec les autorités belges en exil et prend part aux tentatives de coordination inter-mouvements (Comité national de coordination) aux côtés d’organisations de résistance armée comme le Mouvement national belge et l’Armée de la Libération.

Elle travaille en bonne intelligence avec des services alliés et s’articule, à la Libération, avec les « troupes de l’intérieur » belges sous pilotage gouvernemental.

Chefs et figures marquantes

  • Charles CLASER. Fondateur de la Légion belge. Arrêté en 1942, déporté, mort à Gross-Rosen le 12 décembre 1944.
  • Robert LENTZ. Fondateur de l’Armée belge reconstituée, co-architecte de la fusion de 1941. Arrêté en mai 1942, déporté, survivant, mort en 1949.
  • Jules BASTIN. Chef de la Légion belge fin 1942, puis de l’Armée de Belgique. Arrêté en 1943, déporté, mort à Gross-Rosen le 1er décembre 1944.
  • Yvan GÉRARD. Chef de l’Armée secrète en 1943-mars 1944 ; part à Londres au printemps 1944 ; survivant, reprend des responsabilités à la Libération.
  • Jules PIRE. Commandant de l’Armée secrète à partir de mars 1944 ; supervise les opérations de 1944 et la démobilisation ; mort en 1953.

Victimes / morts

Les pertes de l’Armée secrète sont lourdes : combattants tués en action, exécutés, morts en détention et accidentés en service.

Parmi les figures tombées, Charles CLASER et Jules BASTIN incarnent la décapitation répressive de 1943-1944.

Des fusillades et déportations frappent des zones entières, particulièrement en Wallonie et autour de Liège.

Survivants identifiés

Yvan GÉRARD et Robert LENTZ survivent à la guerre. Le premier contribue à la coordination des « troupes de l’intérieur » à l’automne 1944 ; le second, affaibli par la déportation, participe néanmoins à la mémoire des origines de la Légion/Armée secrète. De nombreux cadres locaux participeront après 1945 aux fraternelles et fondations mémorielles.

Fin du réseau

Après la Libération (septembre 1944), l’Armée secrète est rapidement démobilisée sur ordre gouvernemental, ses effectifs étant soit versés dans des structures régulières, soit renvoyés à la vie civile. La dissolution s’achève en 1945 avec la fin de la transition sécuritaire intérieure.

Conséquences et mémoire

Militairement, la Légion belge/Armée secrète constitue le principal mouvement armé de la résistance intérieure belge à la veille du Débarquement, avec plusieurs dizaines de milliers de membres reconnus.

Ses sabotages, missions de protection d’infrastructures et appuis aux Alliés contribuent à accélérer la libération et à limiter certaines destructions.

La répression allemande, surtout en 1943-1944, coûte plusieurs milliers de vies. La mémoire du mouvement est entretenue par des fraternelles et une fondation, par des monuments et des commémorations locales, notamment sur d’anciens terrains de parachutage.

L’historiographie a précisé la chronologie des chefferies, les relations avec Londres et les tensions de coordination avec d’autres mouvements.

Références bibliographiques

  • L’Armée secrète, 1940-1944, sous la direction d’Henri Bernard, Duculot, 1986. Ouvrage de synthèse issu de l’Union des fraternelles de l’Armée secrète, il retrace la genèse Légion belge/Armée de Belgique puis Armée secrète, les structures, opérations et pertes, avec une riche iconographie et des annexes sur l’organisation interne.
  • Contribution à l’Histoire de l’Armée secrète, 1940-1944, Victor Marquet, Union des Fraternelles de l’Armée Secrète, fascicules 1991-1996. Série en plusieurs fascicules couvrant les débuts (1940), la consolidation (1941), la crise de 1942, la reconfiguration (1943-1944) et l’action, fondée sur archives et témoignages d’acteurs, avec cartes et organigrammes détaillés.
  • La guerre secrète des espions belges, 1940-1944, Emmanuel Debruyne, Racine/Lannoo, 2008. Étude de référence sur le renseignement en Belgique occupée ; éclaire les rapports entre mouvements armés (dont la Légion/Armée secrète), SOE et autorités belges à Londres, et les enjeux politiques entourant la reconnaissance et le contrôle des réseaux.
  • Résistances et résistants en Belgique occupée, 1940-1944, Etienne Verhoeyen, Revue belge de Philologie et d’Histoire, 1992 (article scientifique). Analyse les catégories de résistances et la place des mouvements armés ; utile pour situer l’Armée secrète dans l’ensemble du paysage résistant.
  • Souvenirs de commandement, lieutenant-général Yvan Gérard, La Renaissance du Livre, 1962. Témoignage d’un chef de l’Armée secrète sur la période 1943-1944, la coordination avec Londres et la démobilisation à la Libération.

Références internet

Avertissements et homonymies

À ne pas confondre avec l’« Armée secrète » en France (AS) utilisée par la Résistance française, distincte du mouvement belge.

Les appellations « Légion belge », « Armée de Belgique », « Armée secrète » et « Geheim Leger (GL) » renvoient ici à la même organisation belge à des moments différents de son histoire.

Vérification de la terminologie
Noms attestés et variantes : « Légion belge » (1940-1942), « Armée de Belgique » (fin 1942-juin 1944), « Armée secrète »/« Geheim Leger » (à partir de juin 1944).

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