Allocution prononcée par Valéry CHAVAROCHE, officier de réserve de l’arme de l’Infanterie, volontaire service militaire long (VSL), formé au Bataillon des Elèves-Officiers de Réserve de l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr-Coëtquidan, prononcée le 18 juin 2013, au Lycée militaire d’Aix (LMA) , devant des élèves-officiers de l’Ecole de l’air, et les élèves de la 2e compagnie des classes préparatoires aux grandes écoles du LMA, en hommage à la Résistance Marie-Madeleine Fourcade, résistante, chef du réseau « Alliance », avant le dévoilement de la plaque à la mémoire de Marie-Madeleine FOURCADE au Lycée Militaire d’Aix-en-Provence, et de la plaque à la mémoire du Français Libre Romain GARY, Compagnon de la Libération, au 18, rue Roux-Alpheran à Aix-en-Provence.
Mon Colonel,
Madame la secrétaire générale de la sous-préfecture d’Aix-en-Provence,
Monsieur le Conseiller municipal, vice-président de la Communauté du pays d’Aix, représentant madame le Maire d’Aix-en-Provence,
Mesdames et messieurs les élus,
Mesdames et messieurs,
Il y a des commémorations qui reviennent, comme revient le printemps : 8 mai 1945, 18 juin 1940. Nous voici réunis, mi-souriants, mi-nostalgiques, pour cette cérémonie : c’est une manière d’avoir une conversation avec l’histoire, avec le général de Gaulle, au travers son appel à résister au nazisme barbare, destructeur et mortifère, et à rétablir la liberté, et la souveraineté de la France.
Au nom de Patrick Brèthes, professeur d’histoire dans cet auguste établissement, et du Médecin en Chef (R) Bernard François MICHEL, de la Fondation de la France Libre, au nom aussi de l’Association Mémoire et Espoirs de la Résistance-Amis de la Fondation de la Résistance, sans oublier l’association Mémoire Vive de la Résistance, présidée par mon ami, Maître Raymond ALEXANDER, avocat au Barreau de Marseille, je voudrais remercier le colonel Vincent Pasquiet, chef de corps, de nous accueillir dans le cadre bien établi et si chaleureux du Lycée militaire d’Aix-en-Provence. Chacun sait le rôle prépondérant joué dans la Résistance et la Libération de la France, par l’Ecole de Saint-Cyr repliée à Aix de 1940 à 1942, et par des officiers en garnison à Aix, notamment le lieutenant Tom Morel et le capitaine Jacques Lécuyer, alias « Sapin ».
Nous mettons un point d’honneur à remercier aussi Mme Maryse Joissains-Masini, maire d’Aix-en-Provence, et le conseiller municipal, délégué aux affaires militaires et aux anciens combattants, Gérard Deloche, qui ont pris une part très active à l’organisation de cette cérémonie. Nous sommes aussi très reconnaissants à la Municipalité d’Aix, de la plaque dévoilée cet après-midi à la mémoire du capitaine de l’armée de l’air Romain Gary, Compagnon de la Libération, écrivain et diplomate, au 18, rue Roux-Alpheran, dans cette rue du quartier Mazarin, cœur historique d’Aix, où il vécut étudiant. J’avais pris l’initiative de proposer à la Mairie d’Aix cet hommage à Romain Gary ; la Municipalité a su saisir la balle au bond avec diligence et efficacité. Qu’elle veuille bien trouver ici l’expression de ma profonde gratitude.
J’ai fait en sorte aussi que la mémoire de Romain Gary soit gravée dans le marbre de ma chère Faculté de droit et de science politique d’Aix-en-Provence, avenue Robert Schuman par une plaque apposée à mon initiative dans son grand hall d’honneur, face à la plaque apposée en hommage à René Cassin.
Nous devons aussi féliciter Patrick Brèthes d’avoir pris avec nous l’initiative d’avoir fait apposer, dans l’entrée d’honneur du Lycée militaire, cette plaque à la mémoire de Marie-Madeleine Fourcade, avec le soutien matériel de l’Amicale du Lycée militaire d’Aix, placée sous la présidence d’honneur de M. Noël Bernasconi, proviseur honoraire de cet auguste établissement.
Nous saluons les élèves de la 2e Compagnie des classes préparatoires aux grandes écoles, aux ordres du capitaine Laurent Milesi.
Nous sommes très sensibles aussi à la présence à nos côtés d’une délégation d’élèves-officiers de l’Ecole de l’air de Salon-de-Provence, aux ordres de la commandant Aurélie François, représentant le général Gilles Modéré, en mémoire du capitaine Romain Gary.
Nous tenons à dire aussi combien nous nous sentons honorés de nous trouver ici assemblés avec le colonel Christian Méric, l’un des fils de Marie-Madeleine Fourcade, et du général Edouard Méric, Compagnon de la Libération. Le général Edouard Méric, né en 1901 à Marseille où il est inhumé, saint-cyrien s’illustra notamment dans les rudes combats de la libération d’Aubagne et de Marseille, en août 1944, à la tête du Premier Groupe de Tabors marocains. Ces faits d’armes en Provence lui vaudront d’être nommé Compagnon de la Libération.
Nous sommes aussi remplis de considération pour M. Max Juvenal fils, ancien parachutiste, ici présent, lié d’estime et d’amitié avec Marie-Madeleine Fourcade. Vous êtes le fils du bâtonnier Max Juvenal (1905-1985), qui fut un héros de la Résistance, à la tête de l’Armée secrète, de Combat, puis des Mouvements unis de Résistance, avant de devenir député d’Aix, Président du Conseil général des Bouches-du-Rhône et maire de Saint-Mandrier, dans le Var. Chacun de nous conserve en mémoire cette photographie historique sur laquelle on peut voir le général de Lattre de Tassigny au chevet de Max Juvenal père, alias « Maxence », grièvement blessé et mutilé, le 19 août 1944. C’est sur un brancard que Max Juvenal père, déjà blessé au combat en 1940, arrivera à la préfecture à Marseille, pour prendre ses fonctions de président du Comité de libération des Bouches-du-Rhône.
Je ne saurais oublier ces mots de mon très cher ami et mentor, Philippe Séguin, lui aussi ancien élève de l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence, et de la Faculté des lettres et des sciences humaines de l’Université de Provence à Aix : « J’avais accepté, à Aix, l’aimable proposition de Max Juvenal fils, de tenir une chronique dans l’hebdomadaire que son père avait créé à la sortie de la guerre : La Provence libérée. Max Juvenal père était un héros de la Résistance, il avait été bâtonnier puis député d’Aix ; socialiste, il était resté fidèle au général de Gaulle et y avait perdu l’investiture de son parti, sans pour autant consentir à rallier l’UNR. J’avais pour lui une grande admiration et pour son fils une réelle amitié. »
Nos respectueux hommages vont aussi à Mme Marie-Thérèse Brun-Claverie, présidente départementale de l’Association nationale des anciens combattants et amis de la Résistance, belle-fille d’André Claverie (1912-2005) : André Claverie fut l’un des chefs régionaux des Francs-Tireurs-Partisans, et à ce titre, à la tête de la 9e compagnie des FTP des Bouches-du-Rhône, l’organisateur de nombreux coups de main, et d’évasions réussies du camp d’internement des Milles et de la prison d’Aix. A la Libération, il sera l’un des chefs du régiment FFI des Maures, dans le Var, et participera à « l’amalgame » des troupes de la Résistance avec les soldats du général de Lattre de Tassigny.
Nos salutations sont destinées aussi à Lucien Bousson, engagé dans les Forces navales françaises libres, qui nous fait l’amitié de sa présence. Il a servi comme chef mécanicien de la fameuse vedette lance-torpilles 227.
Comment ne pas remercier aussi de leur présence fidèle tous les porte-drapeaux et les présidentes et présidents des associations d’anciens combattants ? Vous jouez, mesdames et messieurs, un rôle éminent dans la promotion de la mémoire combattante, et notre reconnaissance vous est acquise, de plein droit.
Il est heureux que le Lycée militaire d’Aix, la Municipalité d’Aix et les Fondations de la France Libre et de la Résistance, aient su entrelacer à l’épopée du 18 juin 1940 deux destins singuliers que nous honorons aujourd’hui, deux grandes figures de la Résistance et de la France Libre.
En premier lieu, Marie-Madeleine Fourcade, l’une des femmes les plus héroïques de la Résistance, première femme chef de réseau de renseignements en Europe. C’est une manière aussi de rappeler la part prépondérante, trop souvent occultée, prise par les femmes dans la Résistance. Si la force physique peut être, et encore, l’apanage des hommes, la ténacité et l’endurance sont sans conteste des vertus féminines.
Dès le 25 juin 1940, Marie-Madeleine Fourcade prend l’engagement de la Résistance contre l’Occupant, et fonde le réseau Alliance. Fort de quelque 3 000 membres, Alliance fournira aux services secrets du Royaume Uni de Grande-Bretagne et de la France Libre des renseignements stratégiques de première importance sur les troupes allemandes. Alliance comptait dans ses rangs de nombreuses femmes, qui ne parleront jamais sous la torture. Marie-Madeleine Fourcade écrira :
« L’habitude de la souffrance, de peiner pour des tâches au-dessus de leurs moyens, d’enfanter dans la douleur, ont donné aux femmes le fameux privilège de la force physique face aux bourreaux. Dans mon réseau de Résistance, aucune femme n’a failli sous les tortures, et je dois ma liberté à beaucoup d’entre elles qui furent questionnées jusqu’à en perdre connaissance, sur l’endroit où je me trouvais et que pourtant elles connaissaient… »
C’est ici l’occasion de conserver à l’esprit les prénoms et noms des 6 femmes élevées par le général de Gaulle à la dignité de Compagnons de la Libération :
Berty Albrecht,
Laure Diebold,
Marie Hackin,
Mme Marcelle Henry,
Simone Michel-Lévy,
Emilienne Moreau-Evrard.
Commandeur de la Légion d’honneur, titulaire notamment de la Médaille de la Résistance et de la Croix de guerre, Marie-Madeleine Fourcade fut la première femme dont les obsèques, en juillet 1989, eurent lieu en l’église Saint-Louis des Invalides à Paris, où les honneurs militaires lui furent rendus.
Nous célébrons aussi la mémoire du capitaine Romain Gary. Si la mort de Romain Gary est incompréhensible et d’autant plus injuste, sa vie est exemplaire et constitue, tout comme celle de Marie-Madeleine Fourcade, une extraordinaire aventure. Né le 8 mai 1914 très loin de la France, à Vilnius, en Lituanie, dans une famille juive, il émigre, à 14 ans, à Nice, avec sa mère qui l’élève seule au prix de sacrifices et de souffrances. En juillet 1940, il rejoint au péril de sa vie Londres et le général de Gaulle. Sous les ordres du lieutenant-colonel de Rancourt, Compagnon de la Libération, il combat en héros dans la très renommée escadrille Lorraine des Forces aériennes française libres, avant d’entrer, après la Guerre, dans la diplomatie et de devenir l’un des plus grands écrivains du XXe siècle. « Dans toute mon existence, se plaît à rappeler Romain Gary, je n’ai entendu que deux êtres parler de la France avec le même accent : ma mère et le général de Gaulle. »
Avec humour, il fait également remarquer que « l’appel du général de Gaulle à la continuation de la lutte date du 18 juin 1940. Sans vouloir compliquer la tâche des historiens, je tiens cependant à préciser que l’appel de ma mère à la poursuite du combat se situe le 15 ou 16 juin, au moins deux jours auparavant. De nombreux témoignages existent sur ce point et peuvent être recueillis aujourd’hui encore sur le marché de la Buffa (à Nice) ».
Blessé une nouvelle fois le 25 janvier 1944 avec son camarade, le sous-lieutenant pilote Arnaud Langer (celui-ci étant touché aux yeux), ils réussirent néanmoins à accomplir leur mission de bombardement puis à ramener leur appareil à la base. A la suite de cet exploit, qui fit la une de la presse, le général de Gaulle les nomma Compagnons de la Libération le 20 novembre 1944.
Dans « La Promesse de l’aube », Romain Gary écrit, je le cite :
« La Croix de Compagnon de la Libération, je ne sais s’il reste encore quelqu’un pour comprendre ce que ce ruban vert et noir voulait dire alors pour nous.
Les meilleurs de nos camarades morts au combat étaient presque seuls à l’avoir reçu. Aujourd’hui, je ne sais si le nombre de titulaires de cette décoration, vivants ou morts, se monte à plus de 600. Je m’aperçois souvent, aux questions que l’on me pose, combien rares sont ceux qui savent ce qu’est la Croix de Compagnon de la Libération et ce que ce ruban signifie. Il est très bon qu’il en soit ainsi. Alors que tout, à peu près, a été oublié ou galvaudé, il est bon que l’ignorance préserve et mette à l’abri du souvenir, la fidélité et l’amitié. »
Avec l’aimable autorisation de M. Bruno Ely, conservateur en chef du Musée Granet, nous avons dévoilé cet après-midi une plaque en l’honneur de Romain Gary, au 18 de la rue Roux-Alpheran. Cette initiative pourrait paraître de peu d’importance. Mais à n’en pas douter, elle aurait touché au cœur Romain Gary qui écrit dans « La Promesse de l’aube » :
« Il y avait un camarade surtout dont le nom ne cessera de répondre dans mon cœur à toutes les questions, à tous les doutes et à tous les découragements.
Il s’appelait Henry Bouquillard et à 35 ans, était de loin notre aîné. Plutôt petit, un peu voûté, coiffé d’un éternel béret, avec des yeux bruns dans un long visage amical, son calme et sa douceur cachaient une de ces flammes qui font parfois de la France l’endroit du monde le mieux éclairé.
Il devint le premier as français de la bataille d’Angleterre, avant de tomber après sa 6e victoire. 20 pilotes debout dans la salle d’opérations, les yeux rivés à la gueule noire du haut-parleur, l’entendirent chanter jusqu’à l’explosion finale le grand refrain français, La Marseillaise.(…) Voilà que ce chant monte tout seul à mes lèvres et que j’essaye de faire renaître ainsi un passé, une voix, un ami, et le voilà qui se lève à nouveau vivant et souriant à côté de moi.
Henry Bouquillard n’a pas sa rue à Paris, mais pour moi, toutes les rues de France portent son nom… »
Cette fidélité dans le souvenir, nous la devons à Marie-Madeleine Fourcade et à Romain Gary.
En effet, auréolée de son implication héroïque dans la Résistance, Marie-Madeleine Fourcade, jusqu’à son décès le 20 juillet 1989, ne cessera jamais d’honorer et de promouvoir la mémoire de ses camarades de Résistance, elle mettra un point d’honneur à donner une sépulture digne aux suppliciés : 438 membres du réseau Alliance furent en effet arrêtés, déportés et massacrés par les nazis. Marie-Madeleine Fourcade défendra aussi sans relâche les intérêts des survivants de son réseau, des veuves et des orphelins ; elle restera jusqu’à la fin convaincue de l’impérieuse nécessité de ce devoir de mémoire que nous accomplissons pour elle aujourd’hui, par un juste retour des choses. En 1960, le général de Gaulle inaugura le Mémorial du camp du Struthof, où 106 membres du réseau Alliance furent massacrés. Marie-Madeleine Fourcade avait tenu à ce qu’une plaque soit apposée dans l’ossuaire du Struthof avec ces mots gravés dans le marbre :
« A la gloire des 106 martyrs du réseau Alliance sauvagement assassinés par les bourreaux nazis du Struthof, à la veille de la libération du camp, dans la nuit du 1er au 2 septembre 1944. »
Quant à Romain Gary, il a tenu lui aussi à honorer la mémoire de ses camarades aviateurs de la France Libre en écrivant son chef d’œuvre, « La Promesse de l’aube ». L’écrivain se sent indéfectiblement lié à ces destins fauchés par la mort au combat à laquelle il a plusieurs fois miraculeusement échappé.
Je cite Romain Gary :
« Je vécus là la première de ces brûlures de solitude, soudaine et totale, dont plus de 100 camarades tombés devaient plus tard me marquer, jusqu’à me laisser dans la vie cet air d’absence qui est, paraît-il, le mien.
Peu à peu, au cours de ces 4 années d’escadrille, le vide est devenu pour moi ce que je connais aujourd’hui de plus peuplé. (…) J’ai parfois oublié leurs visages ; leur rire et leur voix se sont éloignés, mais même ce que j’ai oublié d’eux me rend le vide encore plus fraternel. (…) Je choisis toujours pour errer sur terre les lieux où il y a assez de place pour tous ceux qui ne sont plus là. »
Il faut rappeler aussi que Romain Gary a dédié son livre « Education européenne » à son camarade des Forces aériennes françaises libres, Robert Colcanap. Robert Colcanap constitue un modèle pour la jeunesse d’aujourd’hui.
Le jeune Robert, à 18 ans, avait rejoint Londres, depuis Brest, avant d’avoir entendu l’appel du général de Gaulle. Il réussit à rencontrer le Général de Gaulle qui le jugea trop jeune pour combattre. Il l’envoya dans les scouts et lui imposa de passer son baccalauréat au Lycée français de Londres. Le jeune homme, également violoniste, suivit ensuite une formation aérienne. Robert Colcanap fut tué le 11 novembre 1943, en choisissant de ne pas poser en urgence son avion, à court de carburant, sur un terrain de football où se déroulait un match, afin de ne pas faire de victimes civiles. L’appareil s’écrasa un peu plus loin. Dans les débris de l’appareil, on retrouva une partie de son testament adressé à ses parents :
« Je désire que l’argent que j’ai laissé en banque revienne à parts égales à mon frère Pierre et à ma sœur Anne. Cet argent sera utilisé afin de leur permettre de continuer leurs études.
Je voudrais aussi que soient conservés mes livres de médecine-physique-chimie, achetés avec mes économies, les poésies de Baudelaire, de Péguy, et surtout La Vie de Mozart, ainsi que mes concertos et sonates pour violon. Lesquels ont été, pendant de longs mois, mes meilleurs compagnons et ont constitué la meilleure des consolations.
C’est à peu près tout, je crois. Je vous demande pardon pour les soucis que j’ai pu vous causer depuis le jour de ma naissance. Je suis heureux néanmoins d’avoir fait ce que je considère comme mon devoir. Si c’était à refaire, je recommencerais. J’estime en toute conscience que je n’ai rien à me reprocher. »
Cette cérémonie du 18 juin, cet hommage à Marie-Madeleine Fourcade et à Romain Gary, nous nous devions de l’organiser ici, en Provence, à Aix.
Chacun sait en effet les liens de Marie-Madeleine Fourcade avec la Provence : elle était née à Marseille le 8 novembre 1909. Elle dirigera longtemps le réseau Alliance depuis son repère du 355 corniche du bord de mer, aujourd’hui corniche Kennedy à Marseille. Elle laissera aussi l’empreinte de ses activités, rue Thiers, ainsi qu’au 101, rue Consolat, à Marseille, où résidait sa secrétaire, Denise Centore et où était installé le bureau de liaison du réseau « Alliance ». Qui plus est, à Aix-en-Provence se trouvait un groupe du réseau Alliance, et Marie-Madeleine Fourcade fut arrêtée par les Allemands à Aix, en juillet 1944, dans un appartement de la rue Granet, puis internée ici même, caserne Miollis ; cette femme d’action intrépide réussira à s’en évader de nuit, le 18 juillet 1944. Il nous faut remercier Max Juvenal fils de nous avoir montré l’endroit précis où se trouvait la cellule de Marie-Madeleine Fourcade, sur le boulevard des Poilus.
On doit aussi rappeler ici, au Lycée militaire d’Aix, que le commandant Léon Faye, l’un des adjoints de Marie-Madeleine Fourcade était un ancien enfant de troupe. Modeste fils de gendarme, il fit ses études à l’école militaire préparatoire de Billom, près de Clermont-Ferrand, école de Billom dont le Lycée militaire d’Aix est le continuateur. Son père n’eut pas les moyens de lui payer les études en classes préparatoires à Saint-Cyr. Le jeune Léon Faye s’engagea à 17 ans dans l’infanterie et terminera la guerre en 1918 comme lieutenant d’artillerie, avant de s’orienter dans l’aviation. Capitaine, autodidacte, il se replonge dans les livres pour préparer le concours de la prestigieuse Ecole supérieure de guerre dont Léon Faye sortira major en 1939, avant de s’illustrer dans les combats de 1940, puis de devenir l’adjoint militaire de Marie-Madeleine Fourcade. Arrêté en 1943, le commandant Léon Faye, torturé, est placé au secret dans des conditions particulièrement inhumaines en Allemagne. Condamné à mort le 28 juin 1944, il est assassiné par les SS le 30 janvier 1945.
Parmi les innombrables modèles du réseau Alliance, citons aussi le colonel Edouard Kauffmann : engagé volontaire durant la guerre de 14-18, il prépara Saint Cyr alors qu’il était sous les drapeaux. Il fut fusillé par les Allemands en 1944.
Nous nous devions aussi d’honorer Romain Gary à Aix : comme il le relate dans « La Promesse de l’aube », Romain Gary s’inscrivit à la Faculté de droit d’Aix-en-Provence en octobre 1933 et louait une chambre rue Roux-Alpheran, à deux pas d’ici, dans le quartier Mazarin. Il passait son temps libre à écrire au café des Deux Garçons, sur le cours Mirabeau.
Sa biographe, Myriam Anissimov, dresse ainsi son portrait :
« Romain avait (à Aix) des manières empreintes d’une certaine brusquerie et de vanité, dont le seul but était d’occulter son extrême vulnérabilité, sa fragilité et surtout sa grande bonté… »
Titulaire du brevet de Préparation militaire supérieure obtenu en octobre 1937, il est incorporé le 4 novembre 1938 à Salon-de-Provence comme élève-officier de réserve, puis dirigé sur l’Ecole d’aviation d’Avord, non loin de Bourges. Bien qu’ayant réussi tous ses examens, Romain Gary est le seul de sa promotion à ne pas avoir été nommé officier, en raison de sa récente naturalisation et de ses origines juives. Nommé sergent, il obtient en 1939 le brevet de mitrailleur en avion et reçut l’ordre de se rendre à l’Ecole de l’air de Salon comme moniteur. Il y fut chahuté, subissant des brimades, traité de « lieutenant de mes deux ».
Il écrit dans « La Promesse de l’aube » :
« Je compris enfin que la France était faite de 1 000 visages, qu’il y en avait de beaux et de laids, de nobles et de hideux, et que je devais choisir celui qui me paraissait le plus ressemblant. (Je ne me laissai plus aveugler par le drapeau, mais cherchai à reconnaître le visage de celui qui le portait… »
Quelques semaines plus tard, on s’aperçut qu’on pouvait utiliser ses compétences de mitrailleur aérien et on l’employa comme instructeur de tir. On connaît la suite, de 1938 à 1945 : : adjudant, sous-lieutenant, lieutenant puis capitaine des Forces aériennes françaises libres, Croix de la Libération, Croix de guerre, Légion d’honneur, Médaille des blessés…
Je voudrais maintenant conclure en déclarant ceci à l’adresse des jeunes du Lycée militaire d’Aix-en-Provence et des élèves-officiers de l’Ecole de l’air de Salon-de-Provence :
Puisse cette commémoration donner un sens à votre vie !
L’engagement de Marie-Madeleine Fourcade contre la barbarie nazie, son optimisme, sa joie de vivre, constituent un encouragement pour la jeunesse à s’engager et à cultiver l’humanisme, cet héritage d’une pensée civilisatrice pluriséculaire. « La culture, disait René Char, poète et résistant, est un legs qui n’est précédé d’aucun testament… » fin de citation
Appropriez-vous la culture, donnez corps à vos rêves, afin de ne jamais devoir dire : Tant de choses à portée de la main, si peu de choses dans les mains !
Quant à Romain Gary, il nous fait dans « La Promesse de l’aube » une confidence, il nous révèle un secret que nous devons nous appliquer à nous-mêmes : nous ne devons jamais céder au désespoir, car il reste toujours la possibilité d’invention et de réalisation de soi, au service du bien commun. Fais ce que tu dois, et advienne ce que pourra ! Romain Gary nous invite à demeurer continûment fidèles aux défis que nous nous sommes lancés dans l’enfance. L’héroïsme historique ne doit pas occulter l’héroïsme au quotidien dont chacun de nous peut faire preuve.
Je terminerai par une dernière citation de Romain Gary dans « La Promesse de l’aube » :
« Bien que nous soyons aujourd’hui presque tous morts, notre gaieté demeure, et nous nous retrouvons souvent tous vivants dans le regard des jeunes gens autour de nous. La vie est jeune. (Je vais souvent dans les endroits fréquentés par la jeunesse pour essayer de retrouver ce que j’ai perdu. (Il m’arrive alors de croire presque – presque- qu’il est resté en moi quelque chose de celui que j’étais il y a 20 ans, que je n’ai pas entièrement disparu. (Je sens dans tout mon corps la jeunesse et le courage de tous ceux qui viendront après moi, et je les attends avec confiance… »
Je vous remercie de votre attention.