Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, Mes chers camarades, mes chers amis,
Quand on doit faire l’éloge d’un Combattant Volontaire de la Résistance, il faut se souvenir ce qu’était notre vie pendant ces années noires. Nous étions angoissés par le défaitisme gui existait à l’époque, la Résistance a été un moment le plus dur, le plus périlleux et le plus exaltant de notre vie. Il faut souligner les difficultés de déplacement au cours de ces années d’occupation traqués par la police de Vichy, la police mobile (GMR), la Milice de Darnand, la Gestapo tant allemande que française, et les dénonciateurs. Malgré cela, la Résistance nous a apporté une chose extraordinaire, le sentiment qu’on est maître de son destin, qu’on peut agir, qu’on n’est pas condamné à n’être qu’un spectateur ; en effet, on peut être un acteur quel que soit son âge ou son rang social.
Les gens de notre génération ont eu la chance de participer à ces évènements exceptionnels, chaque acteur dans son domaine et dans ses possibilités, mais toujours avec courage et abnégation.
La distinction qui est attribuée aujourd’hui à notre Camarade, je croiqu’il est important de le souligner, c’est au titre d’ancien résistant particulièrement valeureux
Aussi, je suis particulièrement heureux et fier de faire l’éloge de notre camarade.
Avant de procéder à la remise de la Croix de Chevalier de la Légion d’Honneur à Monsieur Jacques Corriol, j’aimerai évoquer devant vous les grandes étapes qui ont marqué sa vie jusqu’ici.
Jacques Corriol est né le 20 mai 1920 d’un père, fonctionnaire des PTT, suivant ses affectations à Paris et à Marseille, le jeune Jacques suit le mouvement pendant quelques années dans les différentes villes où exerçait son père.
Après une période Parisienne, le père est muté à Marseille où le jeune Jacques commence ses études secondaires, au lycée Thiers d’abord puis à Saint-Charles ensuite jusqu’au baccalauréat.
Dès son jeune âge il est très attiré par les sciences et il décide très tôt de faire plus tard des études de médecine et de physiologie. Il occupe ses loisirs à construire des postes récepteurs de TSF, ainsi qu’à la musique en jouant du Violon.
Aussi, en novembre 1939 il s’inscrit au P.C.B. (Certificat d’Etudes Physiques Chimiques et Biologiques) et au S.P.C.N. (Certificat d’Etudes Supérieurs de sciences) à la Faculté des sciences, pour commencer à la fois une licence de sciences et la médecine.
I.- MILITAIRE (Résistance, Guerre, Réserve)
Afin d’éviter des redites, je parlerai d’abord de la partie militaire puis de la partie civile et de l’enseignement. : La partie Militaire comprend 3 épisodes : la Résistance, la Guerre et les Réserves
1.- Résistance
En juin 1940, après l’armistice, de nombreux étudiants en sciences et en médecine se réfugient en zone libre et sont les premiers à parler de continuer la lutte contre l’occupant, car ils ont entendu parler de l’Appel du Général De Gaulle. Certains appartiennent déjà à la Résistance. C’est ainsi que le jeune Jacques commence à coller des affiches préconisant la Résistance ; Mais cette activité ne le satisfait point, car il considère cette contestation peu efficace.
Malgré son travail à la Faculté de Médecine il est sollicité par un ami pour accompagner des aviateurs de fa RAF rescapés de crash jusqu’en Ariège. Il faut se souvenir qu’en ces temps-là, il y avait, dès la fin de 1940, même en Zone Libre les agents de la Police de Vichy, [es agents de la Gestapo et la plus grande prudence était de rigueur ; pour assurer le convoyage, Il utilise, parfois une camionnette de déménagement appartenant à une entreprise de transport créée par Bertin-Chevance (Maurice Chevance est un ancien officier des troupes coloniales sorti du rang, (1910-1996), et qui est devenu par la suite dans la Résistance un important adjoint de Frenay à Lyon.
Au cours du printemps 1941, il est handicapé par une jaunisse (on dit aujourd’hui hépatite virale) qui le fait abandonner définitivement ces activités.
Le 11 novembre 1941, il est incorporé actif aux Chantiers de Jeunesse au Muy (Var, Il fait fonction d’infirmier puis de médecin auxiliaire avec le grade de Chef d’Equipe. Libéré fin juin 1942, il reprend ses études à la fois à la Faculté des sciences et à la Faculté de Médecine, et devient assistant au Laboratoire de Physique Médicale du Professeur Dubouloz où il peut bricoler les appareils de radio en panne.
Après l’occupation de la zone libre le 11 novembre 1942, il apprend que des élèves de l’Ecole des Officiers radiotélégraphistes de la marine marchande sont capturés par la Gestapo, exécutés pour certains et déportés pour d’autres, Il faut donc redoubler de prudence.
En mai 1943, il est hospitalisé pour une typhoïde, ce qui entraîne 42 jours d’hôpital et deux mois de convalescence Cette pause maladie a été sans doute protectrice
Après cet épisode pathologique il reprend contact avec un de ses amis dépanneur radio dans une entreprise marseillaise dont les ateliers sont situés Rue Francis de Préssen5é, c’est lui qui lui demande de l’aider dans son travail. A ce moment tous les deux réparent de petits émetteurs de télégraphie portables, d’origine anglaise puis américaine. Les pièces de rechange sont rares et chères. Aussi, récupèrent-ils les pièces sur des postes à la cassa Il faut être très prudent, car Très souvent des marins ou des sous-officiers de la Kriegmarine apportent à l’atelier des appareils à dépanner, pendant qu’à côté ils remettent en état des émetteurs alliés.
Les évènements se précipitent, le 16 février 1943 est publiée la loi sur le S.T.O. (les classes 40, 41, 42 sont astreints au S.T.O 2 ans de service en Allemagne)
Après l’occupation de la Faculté de Médecine du Phare, et l’arrêt des cours, les étudiants se dispersent, Jacques Corriol en profite pour passer son temps à l’hôpital.
Les cours reprennent en octobre 1943 dans divers locaux dans Marseille, mais en avril 1944, encore une fois, toutes les facultés sont fermées sur ordre de l’occupant.
La situation est particulièrement grave car la faim, le manque de sommeil, de vêtements et de chaussures (que nous avons tous connu), sont dramatiques. Les déplacements sont dangereux, car à cette époque tous les serviteurs de Vichy : miliciens, policiers, GMR et gestapistes (tant allemands que français) font la chasse aux réfractaires au STO. Grâce à ses compétences médicales il rend de multiples services à ses voisins arméniens dans le modeste logement qu’il habite rue d’Aix. C’est ainsi qu’étant absent le jour où deux messieurs bien intentionnés sont venus pour le cueillir, ces arméniens ne donnent aucune indication sur ses allées et venues. C’est l’occasion de changer de gite.
A partir de ce moment, grâce à son employeur de radio il peut, de nouveau servir la Résistance (O.R.A.)
Après le débarquement du 15 août 1944, il organise avec ses camarades un poste de secours d’urgence à l’Hôtel-Dieu. Un obus tiré du Haut Fort Saint Nicolas percute le réservoir d’eau ce qui inonde le pos te de secours, qui est déplacé dans un autre endroit.
De nombreux blessés ont eu recours à ce poste de secours lors des combats de la libération de Marseille.
2.- Guerre
Pour continuer à servir, le 11 septembre 1944, Il s’engage pour la durée de la guerre ; il est nommé médecin-auxiliaire au r Génie, puis sous-lieutenant, et détaché au Ministère des prisonniers et déportés.
Par la suite il est affecté à la Liaison Française médicale au sein du 21e Groupe d’Armée (anglais) commandé par Montgomery pour s’occuper des prisonniers et déportés français.
Il parcourt alors en camion, la Belgique, les Pays Bas et l’Allemagne du Nord pour arriver au Q.G. du général anglais en Westphalie, là, il est affecté au 43e Centre administratif du personnel déporté dans les environs de Hanovre.
En décembre 1945 il est porté « déserteur en temps de guerre «et son père informe les gendarmes, il leur donne son adresse postale militaire. L’Etat-major anglais lui permet de faire un saut à Paris au ministère des prisonniers et tout rentre dans l’ordre.
Enfin, il termine la guerre avec le grade de lieutenant, Il est démobilisé le 3 décembre 1945.
3.- Réserve et Active
a) Pour les Réservistes du SSA
De 1946 à 1985, Il s’occupe des médecins réservistes.
Délégué Régional au Centre Régional d’instruction des Réserves du Service de Santé des Armées (CIRSSA) pour la Région Sud, il organise 8 séances annuelles d’instruction, à l’Ecole d’application du Service de Santé des troupes coloniales d’abord, puis à l’Hôpital d’Instruction des Armées à Laveran Il fait lui-même de nombreuses conférences, ses Conférences sont toujours suivies avec une grande attention. Il organise aussi des visites d’Etablissements militaires, bases aériennes, bâtiments de la Marine Nationale.
Par ailleurs il est vice-président de l’Association des Officiers de Réserve et Honoraires pour la région de Marseille.
b) Pour l’armée active et le Service de Santé des Armées
Il participe à des Enseignements pour le Service de Santé des Armées pour la Marine Nationale : Cours annuels de « Médecine et physiologie de la Plongée puis pour l’Institut de Médecine Navale.
Il est également membre du jury à de nombreux concours :
- Assistanat,
- Spécialité (Médecine de Plongée) ;
- Maître de Recherche (Physiologie) ;
- Agrégation (Physiologie et Ergonomie Navale).
Enfin toujours pour la Marine Nationale, il participe aux expérimentations effectuées à Toulon. Ainsi qu’aux Etudes neurophysiologiques au cours des expériences de plongées humaines profondes à saturation en caisson
- Il gravit ainsi tous les échelons de la hiérarchie militaire jusqu’à Médecin-Colonel,
- Il est aujourd’hui Médecin-Colonel Honoraire.
Après la guerre, il termine ses études et c’est ainsi que je vais vous indiquer son parcours :
Ses titres universitaires sont éloquents :
- Licence es sciences
- Doctorat d’Etat en Médecine avec le prix de thèse (donc Lauréat de la Faculté de Médecine
II.- ENSEIGNEMENT
D’abord Attaché de Recherche à l’Institut National d’Hygiène (lnserm actuellement)
Puis Chef de Travaux de Physiologie à la Faculté de Médecine,
Professeur sans Chaire, ensuite
Et enfin Professeur Titulaire de la Chaire de Physiologie
Parallèlement, Il devient Biologiste des Hôpitaux, puis Chef de Service
Il est également Membre du Comité Consultatif des Universités.
Par ailleurs, il a créé à la Faculté de Médecine des Enseignements de 3e cycle :
- Le diplôme de Médecine Aéronautique
- Le diplôme de Médecine de Plongée.
Enfin, il a effectué de très nombreuses missions d’Enseignement à l’Etranger à la Réunion, à Madagascar, au Burundi, en Algérie
Publications
Son intense activité d’enseignant et de biologiste des hôpitaux ne l’a pas empêché d’effectuer de nombreux travaux scientifiques
Il a publié plus de 300 communications scientifiques en français ou en anglais portant sur la physiologie, la plongée sous-marine et la pharmacologie
Il a collaboré par de nombreux articles à divers traités de Médecine en France et à l’Etranger
Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur la physiologie et la plongée.
Sociétés savantes
De plus, Il est membre actif de Nombreuses sociétés savantes en particulier
Membre Fondateur de la Société Internationale de Médecine Hyperbare Sous-Marine (I’Undersea and Hyperbaric Medical Society)
Vice-président puis Président de la Société Française de Médecine Subaquatique et hyperbare
Membre de la Commission Internationale pour la Physiologie à l’UNESCO.
- Protection Civile
Par ailleurs, Professeur au Centre d’Instruction de la Protection Civile, il donne de nombreux cours dans les différents stages de formation de plongeurs : pour la Gendarmerie, les Sapeurs-Pompiers, les C.R.S., ainsi qu’au Groupement Aérien de la Sécurité Civile.
Enfin, Il est Expert auprès de la Cour d’Appel D’Aix-en-Provence. 1
Par ses nombreux travaux sur la plongée sous-marine, Jacques Corriol est le digne successeur de Paul BERT qui est à l’origine de la découverte géniale en 1878 du rôle de la libération de l’azote dans les accidents de décompression.
III.- DECORATIONS
Pour toutes ces activités tant Militaires que Civiles, il a reçu les plus prestigieuses décorations Françaises
- Commandeur dans l’Ordre National du Mérite au titre des Réserves, de l’Enseignement et de la Marine Nationale.
- Citation à L’Ordre de la Brigade avec attribution de la Croix de Guerre 1939-45
- Croix du Combattant Volontaire de la Résistance
- Croix du Combattant
- Médaille d’Or des Services Militaires Volontaires
- Médaille d’Honneur du Service de Santé des Armées (très rare pour un civil, même réserviste)
- Officier dans l’Ordre des Palmes Académiques
- Médaille de la Jeunesse et des Sports
- Lauréat de la Faculté de Médecine de Marseille
- Lauréat de l’Académie Nationale de Médecine
Mes chers amis, ce palmarès est des plus éloquents ; j’ai tenu à vous en faire part en détail, car cette Croix que je vais avoir l’honneur de lui remettre maintenant vient récompenser une vie toute entière dévouée à aider ses semblables et à s’engager pour son pays.
Professeur Jacques CORRIOL
Au nom du Président de la République,
Et en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés,
Nous vous faisons Chevalier de la Légion d’Honneur
Insigne sur la poitrine,
Accolade
Applaudissements
Joseph.LEBHAR
(Lundi 23 juin 2008)
