La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

ALEXANDER Jules

Jules ALEXANDER, né le 5 décembre 1881 à Marseille (Bouches-du-Rhône), mort en déportation à Auschwitz, décès officiellement fixé au 5 août 1943, français, fournisseur de navires — shipchandler — à Marseille.

Origines familiales et vie privée

Jules appartient à une famille marseillaise étroitement liée au commerce maritime. Les sources familiales indiquent qu’il est le frère d’Alfred ALEXANDER, de Jenny ALEXANDER épouse William CARR, de Berthe ALEXANDER et de Joseph ALEXANDER.

Il est ainsi l’oncle d’Édouard et de Raymond ALEXANDER, fils d’Alfred. La parenté avec Édouard est confirmée par la documentation consacrée au mouvement Liberté, qui mentionne un « Jules Alexander, oncle d’Édouard Alexander ».

Jules travaille avec son frère Alfred comme shipchandler, c’est-à-dire fournisseur ou avitailleur de navires. La documentation relative à Édouard ALEXANDER indique que les deux frères exploitaient ensemble l’activité familiale avant de se séparer professionnellement, Jules demeurant à Marseille tandis qu’Alfred cherchait à développer une activité similaire à Gênes.

Jules épouse Valentine LÉVY, née le 25 juin 1896 à Mantes-Gassicourt. Les archives de Drew University identifient explicitement Jules et Valentine ALEXANDER née LÉVY comme les parents de Monique, Simone et Michline ALEXANDER. Cette documentation familiale universitaire constitue ici un élément décisif d’identification du couple.

Le couple a donc au moins trois filles connues : Michline dite Mimiche, Monique, née le 19 novembre 1929 à Marseille, et Simone dite Momone.

Jeunesse et formation

Les recherches n’ont pas permis de documenter précisément l’enfance, la scolarité, le service militaire ou la formation professionnelle de Jules.

Son activité professionnelle est en revanche solidement établie. Drew University indique que le père de Monique exerçait comme shipchandler et possédait un magasin à Marseille.

Une photographie de la collection montre le secteur du canal de la Douane, anciennement au 12 Cours d’Estienne d’Orves et actuellement au 12 Cours Jean Ballard où Jules travaillait. Son commerce fut ultérieurement saisi dans le cadre des mesures d’« aryanisation ».

Engagement dans la Résistance

La documentation MVR mentionne Jules parmi les responsables identifiés du mouvement Liberté à Marseille. Cette indication rejoint l’histoire familiale de la Résistance marseillaise et le rôle joué par plusieurs membres de la famille ALEXANDER.

Une autre notice MVR consacrée à Édouard ALEXANDER mentionne « ses oncles et tante Jules et Valentine ALEXANDER de Combat », arrêtés, et morts en déportation. Elle rattache ainsi le couple au mouvement Combat.

Ces deux indications peuvent être conciliées historiquement : Liberté appartient aux mouvements précoces de zone sud et plusieurs de ses composantes rejoignent ensuite Combat. Toutefois, aucun dossier personnel d’homologation FFI, FFC ou RIF n’a été retrouvé pour Jules lors des présentes recherches.

La formulation prudente retenue est donc : résistant marseillais signalé dans l’environnement du mouvement Liberté, puis rattaché à Combat par la documentation mémorielle familiale.

Appartenance à un réseau ou mouvement

Liberté — Jules ALEXANDER est mentionné parmi les responsables identifiés à Marseille.

Combat — Jules et Valentine sont présentés ensemble comme appartenant à Combat dans la notice MVR consacrée à Édouard ALEXANDER.

Aucun numéro d’agent, grade, statut FFI ou homologation militaire personnelle ne peut être attribué à Jules sur la seule base des documents actuellement retrouvés.

Missions et actions

Les missions précises de Jules ne sont pas documentées par une source nominative primaire accessible.

Son appartenance à Liberté puis sa mention dans Combat permettent d’établir un engagement résistant, mais ne permettent pas de lui attribuer personnellement des missions de propagande, de renseignement, de liaison ou d’hébergement sans pièce complémentaire.

Persécution et spoliation

Jules est également victime des persécutions antisémites.

Drew University indique que son commerce de shipchandler fut saisi dans le cadre de l’« aryanisation », c’est-à-dire de la spoliation économique imposée aux entreprises appartenant à des Juifs.

Une commémoration marseillaise évoque Jules et Valentine dans leur appartement situé quai du Canal, au-dessus de leur magasin de fournitures maritimes.

Il sont également tous deux sur le mur des déportations à Marseille.

Arrestation

Selon le témoignage de leur fille Monique conservé par Drew University, Jules et Valentine sont arrêtés ensemble en juin 1943 par des hommes de la Gestapo.

Monique, sa petite sœur Simone et leur grand-mère échappent alors à l’arrestation.

La MVR évoque également l’arrestation et les tortures subies par Jules et Valentine, mais aucun dossier policier directement consulté n’a permis de préciser les circonstances exactes de ces sévices.

Internement à Toulouse et à Drancy

Une lettre écrite conjointement par Jules et Valentine constitue une source primaire de premier ordre.

Ils y indiquent avoir passé huit jours à Toulouse, puis avoir été conduits au camp de Drancy. Ils avertissent leurs proches du risque de nouvelles arrestations et évoquent explicitement la perspective prochaine de la déportation.

Chère Mémé,

Après avoir passé huit jours à Toulouse, nous sommes maintenant au camp de Drancy. Nous ne savons pas pour combien de temps, puis ce sera la déportation.

S’ils reviennent, faites-vous passer pour morte, mais surtout ne vous laissez pas emmener. Au moindre signe d’alerte, Monique doit partir à bicyclette et vous devez partir également. Ne revenez pas à Marseille avant que tout soit terminé.

Prévenez Mimiche le plus vite possible afin qu’après la naissance du bébé elle parte chez ses beaux-parents. Ils cherchent par tous les moyens à attirer ici toute la famille.

Peut-être, lorsque tout sera terminé, aurons-nous la joie de vous revoir. Dieu seul le sait. Ici, c’est l’enfer. Ne dites pas aux voisins où se trouve Mimiche ; prévenez-la, car ils emmènent tout le monde. Il y a ici des nourrissons aussi bien que des personnes âgées.

Chère Monique, pensez à nous et faites tout votre possible pour aider votre grand-mère. Soyez une mère pour Momone, votre petite sœur Simone, qui n’a que trois ans. Elle est si jeune qu’elle nous oubliera peut-être. Ce sera peut-être mieux ainsi, afin qu’elle ne se tourmente pas pour nous.

Nous espérons qu’un jour nous nous reverrons.

Nous vous embrassons toutes très fort.

Maman et Papa

La lettre confirme donc sans ambiguïté que Jules et Valentine sont ensemble après leur arrestation, ensemble à Toulouse puis ensemble à Drancy.

Déportation

La liste du Mémorial de la déportation des Juifs de France place l’un immédiatement après l’autre :

Jules ALEXANDER, né le 5 décembre 1881, dernière adresse Hôtel Mourlou à Lamagistère, provenance Toulouse, convoi n° 58 du 31 juillet 1943 ;

Valentine ALEXANDER née LÉVY, née le 25 juin 1896, même adresse, même provenance et même convoi.

Cette concordance de nom, d’adresse, de provenance, de date et de convoi, associée au témoignage de leur fille Monique et à leur lettre commune de Drancy, établit que le mari de Valentine est le Jules ALEXANDER né le 5 décembre 1881 à Marseille.

Jules et Valentine sont donc déportés ensemble par le convoi n° 58, parti de Drancy le 31 juillet 1943 à destination d’Auschwitz-Birkenau.

Mort à Auschwitz

Le Journal officiel du 15 mai 1987 donne :

Alexander (Jules), né le 5 décembre 1881 à Marseille, décédé le 5 août 1943 à Auschwitz.

Cette date du 5 août 1943 correspond au cinquième jour suivant le départ du convoi n° 58. Comme pour de nombreuses victimes dont la date biologique précise du décès n’était pas connue, elle constitue une date administrative officielle.

La formulation retenue est donc :

Mort en déportation à Auschwitz ; décès officiellement fixé au 5 août 1943.

Enfants et entourage familial

Michline dite Mimiche, fille aînée, reste à Marseille avec son époux chrétien et sa belle-famille.

Monique ALEXANDER, née le 19 novembre 1929 à Marseille, survit à la persécution et devient plus tard Monique BENTAL. Son témoignage et les documents familiaux qu’elle a conservés constituent aujourd’hui les principales sources privées sur Jules et Valentine.

Simone dite Momone, âgée d’environ trois ans lors de l’arrestation de ses parents, survit également. Dans leur lettre de Drancy, Jules et Valentine demandent à Monique de veiller sur elle.

Jules est frère d’Alfred, Jenny épouse CARR, Berthe et Joseph ALEXANDER et oncle d’Édouard et Raymond ALEXANDER. La parenté avec Édouard est recoupée par la MVR ; la composition complète de la fratrie reste à confirmer par l’état civil.

Retour à la vie civile

Jules ALEXANDER ne revint pas d’Auschwitz.

Décorations et distinctions

Aucune décoration française ou étrangère attribuée personnellement à Jules ALEXANDER n’a pu être confirmée.

Mention « Mort en déportation » — Jules ALEXANDER, né le 5 décembre 1881 à Marseille, décès fixé au 5 août 1943 à Auschwitz — arrêté publié au Journal officiel du 15 mai 1987.

Cette mention constitue une reconnaissance administrative et mémorielle, non une décoration.

Lieux de mémoire

La mémoire de Jules et Valentine est conservée dans la collection Children in the Holocaust de Drew University. Celle-ci comprend leurs portraits, une photographie du secteur où Jules exerçait son activité, la lettre écrite depuis Drancy et plusieurs documents relatifs à leur disparition.

Jules figure également dans les bases mémorielles des morts en déportation sous l’identité ALEXANDER Jules, mort officiellement le 5 août 1943 à Auschwitz. MemorialGenWeb distingue expressément cet homme d’ALEXANDROWIEZ Jules dit Alexander, mort officiellement le 25 novembre 1943.

Références bibliographiques

Le Mémorial de la déportation des Juifs de France, Serge Klarsfeld, Paris, Beate et Serge Klarsfeld, 1978 ; nouvelle édition augmentée, 2012. Ouvrage essentiel pour l’identification nominative des déportés et la reconstitution des convois. Jules et Valentine y apparaissent successivement avec la même adresse, la même provenance et le même convoi n° 58.

La Shoah en France, tome 3 : Le calendrier de la persécution des Juifs de France, septembre 1942-août 1944, Serge Klarsfeld, Fayard, Paris, 2001. Cette somme documentaire replace le convoi n° 58 et les arrestations de 1943 dans la chronologie générale de la persécution et des déportations depuis la France.

La Shoah en France, tome 1 : Vichy-Auschwitz, la « solution finale » de la question juive en France, Serge Klarsfeld, Fayard, Paris, 2001. Cette étude fournit le cadre général de la persécution, de la spoliation économique, de Drancy et des déportations vers Auschwitz.

La nuit finira. Mémoires de Résistance, 1940-1945, Henri Frenay, Robert Laffont, Paris, 1973, 607 p. L’ouvrage éclaire la constitution des premiers mouvements de zone sud et le développement de Combat, mouvement auquel Jules et Valentine sont rattachés par les sources mémorielles.

Combat. Histoire d’un mouvement de Résistance de juillet 1940 à juillet 1943, Marie Granet et Henri Michel, Presses universitaires de France, Paris, 1957, 330 p. Étude historique de référence pour contextualiser l’appartenance du couple au mouvement Combat.

Références internet

Journal officiel — arrêté portant mention « Mort en déportation ». Jules ALEXANDER, né le 5 décembre 1881 à Marseille, décès fixé au 5 août 1943 à Auschwitz.

Mémorial de la déportation des Juifs de France — convoi n° 58. Jules ALEXANDER et Valentine ALEXANDER née LÉVY apparaissent successivement, avec la même adresse, la même provenance et le même convoi du 31 juillet 1943.
https://stevemorse.org/france/sef.php

Drew University Library Special Collections — Monique Bental née Alexander. Source majeure sur le couple, leur profession, leurs filles, leur arrestation, Drancy et leur déportation.
https://omeka.drew.edu/exhibits/show/children-in-the-holocaust/monique-bental-exhibit

Drew University Library Special Collections — Letter from Jules and Valentine Alexander. Lettre originale depuis Drancy confirmant leur présence commune après huit jours passés à Toulouse.
https://omeka.drew.edu/items/show/1173

Drew University Library Special Collections — Jules and Valentine Alexander. Portraits du couple et documents familiaux.
https://omeka.drew.edu/items/browse?tags=Auschwitz

Mémoire Vive de la Résistance — Édouard ALEXANDER. Mention de Jules et Valentine comme membres de Combat, arrêtés et morts en déportation.
https://mvr.asso.fr/alexander/

Mémoire Vive de la Résistance — Liberté. Mention d’un Jules ALEXANDER, oncle d’Édouard, parmi les responsables identifiés à Marseille.
https://mvr.asso.fr/liberte-par-francis-agostini/

Mémoire Vive de la Résistance — commémoration du Vieux-Port et de l’Opéra. Évocation du couple dans son appartement au-dessus du magasin de fournitures maritimes.
https://mvr.asso.fr/marseille_-72-eme-anniversaire-de-levacuation-et-de-la-deportation-des-populations-des-quartiers-du-vieux-port-et-de-lopera-2/

MemorialGenWeb — morts en déportation. La base distingue Jules ALEXANDER mort le 5 août 1943 de Jules ALEXANDROWIEZ dit Alexander mort le 25 novembre 1943.
https://www.memorialgenweb.org/memorial3/deportes/resultlieux.php?dept=13

Dossier individuel / archives consultées

Un dossier de victime de la déportation correspondant à Jules ALEXANDER né le 5 décembre 1881 est signalé dans les relevés issus du Service historique de la Défense à Caen ; la cote détaillée n’a pas été directement retrouvée dans l’interface publique consultée.

Aucun dossier d’homologation FFI, FFC ou RIF attribuable avec certitude à ce Jules ALEXANDER n’a été identifié.

Observations

Le contrôle des sources impose de distinguer deux hommes portant le nom Jules ALEXANDER.

Le premier, Jules ALEXANDER né le 5 décembre 1881 à Marseille, est le Jules associé à Valentine : même dernière adresse à Lamagistère, même provenance Toulouse, même convoi n° 58, même date officielle de décès, témoignage de leur fille Monique et lettre commune depuis Drancy.

Le second, Jules ALEXANDROWIEZ dit ALEXANDER, né le 7 juin 1868 à Marseille, est déporté par le convoi n° 62 du 20 novembre 1943 et son décès est officiellement fixé au 25 novembre 1943. Le Journal officiel l’enregistre immédiatement à proximité de Thérèse ALEXANDROWIEZ dite ALEXANDER née LÉVY, née en 1878, elle aussi convoi n° 62. Il s’agit d’un autre dossier.

Les informations concernant Valentine, Monique, Simone, Michline, le commerce de shipchandler, l’arrestation commune, Toulouse, Drancy et la lettre familiale doivent être rattachées au Jules né en 1881.

La parenté de ce Jules avec Alfred ALEXANDER et Édouard ALEXANDER est très fortement suggérée par la concordance du métier, du milieu familial marseillais et des sources MVR, mais la composition complète de la fratrie devra idéalement être confirmée par les actes d’état civil.

Indice de fiabilité de la notice Niveau B — l’identité de Jules ALEXANDER né le 5 décembre 1881 à Marseille, son association certaine avec Valentine, leur dernière adresse commune, leur internement, leur présence commune à Drancy, leur déportation par le convoi n° 58 et son décès officiellement fixé au 5 août 1943 sont établis par plusieurs sources indépendantes et concordantes. Son engagement dans Liberté puis Combat et la totalité de ses liens de parenté nécessitent encore des confirmations archivistiques nominatives avant classement au niveau A.

Chronologie

DateÉvénement
5 décembre 1881Naissance de Jules ALEXANDER à Marseille.
Avant-guerreActivité de shipchandler, fournisseur de navires, à Marseille.
Avant 1929Mariage avec Valentine LÉVY ; date exacte non retrouvée.
19 novembre 1929Naissance à Marseille de leur fille Monique.
À partir de 1940Jules est signalé dans l’environnement résistant marseillais de Liberté.
OccupationLe commerce familial subit les mesures d’aryanisation.
1942-1943Refuge de la famille à Lamagistère, Hôtel Mourlou.
Juin 1943Arrestation de Jules et Valentine.
Juin-juillet 1943Huit jours à Toulouse puis transfert à Drancy.
Juillet 1943Jules et Valentine écrivent ensemble depuis Drancy.
31 juillet 1943Déportation commune de Jules et Valentine par le convoi n° 58 vers Auschwitz-Birkenau.
5 août 1943Date officielle du décès de Jules à Auschwitz.

Tableau des divergences entre sources

Point concernéVersions rencontréesÉlément retenu
Jules époux de ValentineJules né en 1868 / Jules né en 1881Jules ALEXANDER né le 5 décembre 1881 à Marseille
Convoi de Julesn° 62 / n° 58Convoi n° 58 du 31 juillet 1943 pour l’époux de Valentine
Décès25 novembre 1943 / 5 août 19435 août 1943, date officielle pour Jules né en 1881
ÉpouseValentine / ThérèseValentine LÉVY est l’épouse du Jules né en 1881 ; Thérèse concerne le Jules ALEXANDROWIEZ né en 1868
ProfessionShipchandlerConfirmée pour le père de Monique, donc pour Jules époux de Valentine
RésistanceLiberté / CombatLiberté et Combat retenus avec prudence, sans détail de missions individuelles

Sources consultées

Journal officiel de la République française.

Mémorial de la déportation des Juifs de France.
https://stevemorse.org/france/sef.php

Drew University Library Special Collections.
https://omeka.drew.edu/exhibits/show/children-in-the-holocaust/monique-bental-exhibit

Drew University — Letter from Jules and Valentine Alexander.
https://omeka.drew.edu/items/show/1173

Mémoire Vive de la Résistance — Édouard ALEXANDER.
https://mvr.asso.fr/alexander/

Mémoire Vive de la Résistance — Liberté.
https://mvr.asso.fr/liberte-par-francis-agostini/

MemorialGenWeb.
https://www.memorialgenweb.org/memorial3/deportes/resultlieux.php?dept=13

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