Valentine ALEXANDER, née LÉVY, née le 25 juin 1896 à Mantes-Gassicourt, aujourd’hui Mantes-la-Jolie, morte en déportation à Auschwitz, décès officiellement fixé au 5 août 1943, française. Le Service historique de la Défense conserve son dossier individuel sous la cote AC 21 P 417467.
Origines familiales et vie privée
Valentine LÉVY naît le 25 juin 1896 à Mantes-Gassicourt, alors en Seine-et-Oise.
Elle épouse Jules ALEXANDER, né le 5 décembre 1881 à Marseille, fournisseur de navires à Marseille. Le rapprochement entre eux ne repose pas sur une simple similitude de patronyme : Drew University identifie explicitement « Jules and Valentine Alexander (née Levy) » comme les parents de Monique, Simone et Michline.
Le couple a au moins trois filles : Michline dite Mimiche, Monique, née le 19 novembre 1929 à Marseille, et Simone dite Momone.
Valentine s’occupe principalement du foyer tandis que Jules exerce comme shipchandler et possède un magasin dans le secteur portuaire de Marseille.
Vie pendant l’Occupation
Après l’offensive allemande de 1940, Jules conduit la famille à Nice dans l’espoir de la protéger. Drew University indique que la famille est baptisée, dans l’espoir que cette conversion apparente la mette à l’abri des persécutions antisémites.
Après l’extension de l’occupation allemande à la zone sud en novembre 1942, la famille se replie dans un hôtel. Les listes de déportation donnent comme dernière adresse de Jules et Valentine Hôtel Mourlou, Lamagistère, Tarn-et-Garonne, avec provenance Toulouse.
Leur fille aînée Michline reste à Marseille auprès de son mari chrétien et de sa belle-famille.
Engagement dans la Résistance
La notice MVR consacrée à Édouard ALEXANDER mentionne « ses oncles et tante Jules et Valentine ALEXANDER de Combat », arrêtés, torturés et morts en déportation. Valentine est donc signalée comme liée au mouvement Combat.
Aucun dossier individuel d’homologation FFI, FFC ou RIF n’a toutefois été retrouvé pour elle. Son dossier AC 21 P 417467 est un dossier de victime de la déportation et ne vaut pas homologation résistante.
La formulation retenue est donc : résistante signalée comme membre de Combat, sans missions individuelles actuellement établies par une source primaire nominative.
Appartenance à un réseau ou mouvement
Combat — rattachement mentionné par la MVR en même temps que son époux Jules.
Aucun pseudonyme, grade, numéro d’agent ou fonction précise n’est actuellement établi.
Missions et actions
Les missions personnelles de Valentine restent inconnues.
Il n’est donc pas possible de lui attribuer précisément des tâches de liaison, d’hébergement, de propagande ou de renseignement sur la seule base de son appartenance signalée à Combat.
Arrestation
Drew University rapporte le témoignage de leur fille Monique : Jules et Valentine sont arrêtés ensemble en juin 1943 par des hommes de la Gestapo. Monique, Simone et leur grand-mère ne sont pas arrêtées et entrent ensuite dans la clandestinité.
La documentation MVR mentionne également que Jules et Valentine furent arrêtés mais les circonstances exactes ne sont pas documentées par une source primaire accessible.
Internement à Toulouse et à Drancy
La lettre commune écrite par Jules et Valentine constitue la source primaire la plus importante sur leur internement.
Ils y expliquent avoir passé huit jours à Toulouse, puis se trouver au camp de Drancy dans l’attente d’une déportation. Ils avertissent leurs proches du danger et demandent notamment à Monique de veiller sur Simone.
Chère Mémé,
Après avoir passé huit jours à Toulouse, nous sommes maintenant au camp de Drancy. Nous ne savons pas pour combien de temps, puis ce sera la déportation.
S’ils reviennent, faites-vous passer pour morte, mais surtout ne vous laissez pas emmener. Au moindre signe d’alerte, Monique doit partir à bicyclette et vous devez partir également. Ne revenez pas à Marseille avant que tout soit terminé.
Prévenez Mimiche le plus vite possible afin qu’après la naissance du bébé elle parte chez ses beaux-parents. Ils cherchent par tous les moyens à attirer ici toute la famille.
Peut-être, lorsque tout sera terminé, aurons-nous la joie de vous revoir. Dieu seul le sait. Ici, c’est l’enfer. Ne dites pas aux voisins où se trouve Mimiche ; prévenez-la, car ils emmènent tout le monde. Il y a ici des nourrissons aussi bien que des personnes âgées.
Chère Monique, pensez à nous et faites tout votre possible pour aider votre grand-mère. Soyez une mère pour Momone, votre petite sœur Simone, qui n’a que trois ans. Elle est si jeune qu’elle nous oubliera peut-être. Ce sera peut-être mieux ainsi, afin qu’elle ne se tourmente pas pour nous.
Nous espérons qu’un jour nous nous reverrons.
Nous vous embrassons toutes très fort.
Maman et Papa
Cette lettre confirme leur présence commune à Toulouse puis à Drancy.
Déportation
Les données du Mémorial de la déportation des Juifs de France sont particulièrement probantes :
- Jules ALEXANDER, né le 5 décembre 1881, dernière adresse Hôtel Mourlou à Lamagistère, provenance Toulouse, convoi n° 58 du 31 juillet 1943 ;
- Valentine ALEXANDER née LÉVY, née le 25 juin 1896, même adresse, même provenance, même convoi.
Valentine et Jules sont donc déportés ensemble par le convoi n° 58, parti de Drancy le 31 juillet 1943 pour Auschwitz-Birkenau.
Cette donnée est cohérente avec le témoignage de leur fille Monique et avec la lettre écrite conjointement depuis Drancy.
Mort à Auschwitz
La mention officielle « Mort en déportation » retient pour Valentine un décès à Auschwitz le 5 août 1943.
Comme pour Jules, cette date correspond au cinquième jour suivant le départ du convoi n° 58 et doit être comprise comme une date administrative officielle lorsqu’aucune date biologique précise n’a pu être établie.
La formulation retenue est :
Morte en déportation à Auschwitz ; décès officiellement fixé au 5 août 1943.
Enfants et survivants de la famille
Michline, dite Mimiche, reste à Marseille auprès de sa belle-famille.
Monique, née le 19 novembre 1929, survit cachée avec sa grand-mère et sa sœur Simone. Elle témoignera ensuite de l’histoire de ses parents.
Simone, dite Momone, n’a qu’environ trois ans lors de l’arrestation. Dans leur lettre, ses parents demandent à Monique de prendre soin d’elle.
Retour à la vie civile
Valentine ne revint pas d’Auschwitz.
Après-guerre, la famille reçut un certificat de disparition la concernant. Drew University conserve ce document dans les archives familiales.
Décorations et distinctions
Aucune décoration française ou étrangère attribuée personnellement à Valentine ALEXANDER n’a pu être confirmée.
Mention « Mort en déportation » — Valentine ALEXANDER née LÉVY, née le 25 juin 1896 à Mantes-Gassicourt, décès officiellement fixé au 5 août 1943 à Auschwitz.
Cette mention est une reconnaissance administrative et mémorielle et non une décoration.
Lieux de mémoire
Le Service historique de la Défense conserve son dossier individuel sous la cote AC 21 P 417467.
La collection Children in the Holocaust de Drew University conserve son portrait, celui de Jules, leur lettre de Drancy, le certificat de disparition et plusieurs documents familiaux.
Le nom de Jules et Valentine sont inscrit sur le mur des déportations à Marseille.
Références bibliographiques
Le Mémorial de la déportation des Juifs de France, Serge Klarsfeld, Paris, Beate et Serge Klarsfeld, 1978 ; nouvelle édition augmentée, 2012. Valentine et Jules y apparaissent avec la même adresse, la même provenance et le même convoi n° 58.
La Shoah en France, tome 3 : Le calendrier de la persécution des Juifs de France, septembre 1942-août 1944, Serge Klarsfeld, Fayard, Paris, 2001. Ouvrage fondamental pour replacer les arrestations et les convois de l’année 1943 dans leur contexte.
La Shoah en France, tome 1 : Vichy-Auschwitz, la « solution finale » de la question juive en France, Serge Klarsfeld, Fayard, Paris, 2001. Cette étude éclaire les mécanismes de persécution, d’internement et de déportation des Juifs de France.
Combat. Histoire d’un mouvement de Résistance de juillet 1940 à juillet 1943, Marie Granet et Henri Michel, Presses universitaires de France, Paris, 1957, 330 p. Ouvrage de référence permettant de contextualiser l’indication selon laquelle Jules et Valentine appartenaient à Combat.
Dictionnaire historique de la Résistance : Résistance intérieure et France libre, sous la direction de François Marcot, Robert Laffont, Paris, 2006. Synthèse de référence pour replacer Combat dans l’ensemble de la Résistance intérieure.
Références internet
Service historique de la Défense — ALEXANDER / LEVY, Valentine. Dossier individuel AC 21 P 417467.
https://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr/es/node/79404
Mémorial de la déportation des Juifs de France — convoi n° 58. Jules et Valentine ALEXANDER sont enregistrés à la même adresse, même provenance et même convoi.
https://stevemorse.org/france/sef.php
Drew University Library Special Collections — Monique Bental née Alexander. Témoignage sur ses parents, leur arrestation, Drancy et Auschwitz.
https://omeka.drew.edu/exhibits/show/children-in-the-holocaust/monique-bental-exhibit
Drew University — Letter from Jules and Valentine Alexander. Lettre originale écrite conjointement depuis Drancy.
https://omeka.drew.edu/items/show/1173
Drew University — Jules and Valentine Alexander. Portraits et archives familiales.
https://omeka.drew.edu/items/browse?tags=Auschwitz
Mémoire Vive de la Résistance — Édouard ALEXANDER. Mention du couple Jules-Valentine comme lié à Combat.
https://mvr.asso.fr/alexander/
Mémoire Vive de la Résistance — commémoration du Vieux-Port et de l’Opéra. Évocation du couple et du magasin familial à Marseille.
https://mvr.asso.fr/marseille_-72-eme-anniversaire-de-levacuation-et-de-la-deportation-des-populations-des-quartiers-du-vieux-port-et-de-lopera-2/
Archives / dossier individuel consulté
Service historique de la Défense, Caen — AC 21 P 417467 — ALEXANDER / LEVY, Valentine, née le 25 juin 1896 à Mantes-Gassicourt.
Aucun dossier personnel d’homologation FFI, FFC ou RIF attribuable avec certitude à Valentine n’a été identifié.
Observations
La cohérence documentaire est établie : Valentine ALEXANDER née LÉVY est l’épouse du Jules ALEXANDER né le 5 décembre 1881 à Marseille, et non du Jules ALEXANDROWIEZ né en 1868.
La preuve repose sur quatre concordances fortes : le témoignage de leur fille Monique, la lettre commune de Jules et Valentine depuis Drancy, la même dernière adresse à Lamagistère et leur inscription consécutive dans le même convoi n° 58.
Le Jules ALEXANDROWIEZ dit ALEXANDER né en 1868, convoi n° 62, doit désormais être traité comme une personne distincte. Le Journal officiel sépare clairement les deux identités.
L’appartenance de Valentine à Combat demeure plausible et nominativement mentionnée par la MVR, mais elle ne dispose pas encore d’un dossier individuel d’homologation permettant d’en préciser les missions.
Indice de fiabilité de la notice Niveau B — l’identité de Valentine, sa naissance, son mariage avec Jules ALEXANDER né en 1881, leur vie familiale, leur arrestation commune, leur passage par Toulouse et Drancy, leur déportation ensemble par le convoi n° 58 et son décès à Auschwitz sont étayés par plusieurs sources convergentes. L’activité résistante au sein de Combat reste cependant insuffisamment détaillée par des sources primaires pour justifier un niveau A.
Chronologie
| Date | Événement |
| 25 juin 1896 | Naissance de Valentine LÉVY à Mantes-Gassicourt. |
| Avant 1929 | Mariage avec Jules ALEXANDER, né le 5 décembre 1881 à Marseille. |
| 19 novembre 1929 | Naissance à Marseille de leur fille Monique. |
| Avant-guerre | Vie familiale à Marseille ; Jules exerce comme shipchandler. |
| 1940 | Déplacement de la famille à Nice. |
| 1942-1943 | Refuge à l’Hôtel Mourlou à Lamagistère. |
| Juin 1943 | Arrestation de Jules et Valentine. |
| Juin-juillet 1943 | Huit jours à Toulouse puis transfert à Drancy. |
| Juillet 1943 | Lettre commune de Jules et Valentine depuis Drancy. |
| 31 juillet 1943 | Déportation commune du couple par le convoi n° 58 vers Auschwitz-Birkenau. |
| 5 août 1943 | Date officielle du décès de Valentine à Auschwitz. |
Tableau des divergences entre sources
| Point concerné | Versions rencontrées | Élément retenu |
| Époux de Valentine | Jules né en 1868 / Jules né en 1881 | Jules ALEXANDER né le 5 décembre 1881 à Marseille |
| Convoi du mari | n° 62 / n° 58 | Convoi n° 58 |
| Déportation du couple | séparée / commune | Déportation commune le 31 juillet 1943 |
| Dernière adresse | Marseille / Lamagistère | Marseille = domicile familial antérieur ; Hôtel Mourlou, Lamagistère = dernière adresse administrative |
| Résistance | Combat | Mention retenue avec prudence, missions non établies |
Sources consultées
Service historique de la Défense.
https://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr/es/node/79404
Mémorial de la déportation des Juifs de France.
https://stevemorse.org/france/sef.php
Drew University Library Special Collections.
https://omeka.drew.edu/exhibits/show/children-in-the-holocaust/monique-bental-exhibit
Drew University — Letter from Jules and Valentine Alexander.
https://omeka.drew.edu/items/show/1173
Mémoire Vive de la Résistance — Édouard ALEXANDER.
https://mvr.asso.fr/alexander/
Mémoire Vive de la Résistance — commémoration du Vieux-Port et de l’Opéra.
https://mvr.asso.fr/marseille_-72-eme-anniversaire-de-levacuation-et-de-la-deportation-des-populations-des-quartiers-du-vieux-port-et-de-lopera-2/