René Jean GERVAIS, alias « René Gérard », né le 22 août 1908 à La Teste-de-Buch (Gironde), mort le 22 octobre 1997 à Port-Louis (Morbihan), français.
René Gervais est le fils d’un père comptable, devenu gérant puis menuisier, et d’une mère institutrice puis directrice d’école. Il entre à l’École polytechnique en 1928 et poursuit sa formation dans l’aéronautique militaire. Il devient sous-lieutenant en octobre 1930 et obtient son brevet de pilote en 1931.
Il sert dans l’aviation de bombardement, commande une escadrille en 1933-1934 puis est affecté au centre d’essais de Cazaux. En mai 1939, il rejoint le centre d’essais en vol de Villacoublay, où il se trouve encore au moment de l’armistice.
Engagement dans la Résistance
Au début de septembre 1940, son ancien commandant de groupe, le colonel Georges Ronin, prend contact avec lui. Gervais accepte immédiatement de poursuivre la lutte clandestine contre l’Allemagne et l’Italie. Il entre effectivement au Service de renseignement de l’Armée de l’air en janvier 1941.
Cette entrée dans le renseignement clandestin est confirmée indépendamment par le Service historique de la Défense, qui conserve une interview de René Gervais réalisée le 12 mai 1976. Le compte rendu mentionne sa convocation à Vichy par Ronin, son affectation dans les services de renseignement et sa mission à la frontière espagnole.
Appartenance à un réseau ou mouvement
René Gervais appartient au SR Air, puis aux structures qui lui succèdent ou lui sont associées, notamment SR Air Villon, le réseau Samson et la Direction générale des études et recherches (DGER). Ces appartenances figurent dans sa notice de l’Ordre de la Libération.
En revanche, les sources consultées ne permettent pas de présenter René Gervais comme membre du réseau Omega. Son lien avec Omega est indirect et institutionnel : Gervais appartient au SR Air clandestin de Georges Ronin, tandis que Ronin participe avec Ladislas Potocki à la constitution d’Omega. Cette distinction doit être maintenue afin de ne pas transformer une proximité organisationnelle en appartenance non documentée.
Missions et actions
En janvier 1941, Gervais est envoyé à la frontière espagnole afin d’étudier la pénétration allemande en Espagne. Muté à Vichy en juillet 1941, il participe ensuite à la centralisation des renseignements concernant l’occupation allemande de la zone nord et l’industrie aéronautique allemande. Ces informations sont transmises à Londres par les moyens radio clandestins du service.
Après le départ en Afrique du Nord des principaux responsables du SR Air en novembre 1942, Gervais devient chef du SR Air en France. Il rétablit et développe les liaisons avec l’extérieur, coordonne les réseaux de recherche, reçoit du matériel radio et participe personnellement à plusieurs opérations aériennes clandestines.
Il organise également l’utilisation des avions affectés au service pour évacuer des personnes recherchées par la Gestapo et assurer des liaisons de commandement. Les renseignements transmis à Londres et Alger par courrier, radio et avions reçoivent, selon l’Ordre de la Libération, les félicitations des états-majors français et alliés.
Le 16 octobre 1943, Gervais quitte temporairement la France lors d’une opération aérienne pour assurer une liaison de commandement avec Londres et Alger. Malgré les risques, il demande ensuite à revenir en métropole afin de poursuivre sa mission.
Arrestation / évasion / déportation
Le 9 janvier 1943, les services allemands effectuent une perquisition à son domicile. René Gervais échappe à l’arrestation parce qu’il est absent. Il demeure ensuite activement recherché par la Gestapo.
Après de nouvelles arrestations touchant ses collaborateurs, il reçoit l’ordre de quitter définitivement la France. Il est évacué par une opération aérienne le 3 mars 1944 et rejoint l’Afrique du Nord, où il poursuit son action dans les services spéciaux.
Il n’a pas été déporté.
Camarades de combat
Son parcours est directement lié à Georges Ronin, qui le recrute dès septembre 1940, et à Paul Badré, dont il devient l’adjoint à Vichy à partir de juillet 1941. Il travaille également dans l’environnement de Robert Masson et des réseaux du SR Air.
Ces relations situent Gervais au cœur du renseignement aérien clandestin, sans permettre pour autant de le rattacher personnellement à Omega.
Retour à la vie civile
Après son évacuation vers l’Afrique du Nord, René Gervais sert dans une section de la Direction générale des services spéciaux, puis de la Direction générale des études et recherches, à Alger et ensuite à Paris. En février 1945, il reprend son entraînement aérien au Maroc, en Grande-Bretagne puis en France. Il est promu lieutenant-colonel le 22 décembre 1945 et quitte l’Armée de l’air l’année suivante.
De 1946 à 1962, il dirige une entreprise de conserves alimentaires et exerce notamment comme juge-doyen du tribunal de commerce de Lorient en 1955-1956. Il devient ensuite conseiller technique chez Ratier-Figeac de 1963 à 1965. Il exerce également des responsabilités associatives dans les milieux aéronautiques et parmi les officiers de réserve.
Il meurt le 22 octobre 1997 à Port-Louis (Morbihan), où il est inhumé.
Décorations
L’Ordre de la Libération confirme les distinctions suivantes :
- Commandeur de la Légion d’honneur ;
- Compagnon de la Libération — décret du 12 juin 1945 ;
- Croix de guerre 1939-1945 avec trois palmes ;
- Médaille de l’Aéronautique ;
- Officer of the Order of the British Empire (Officier de l’Empire britannique).
La qualité de Compagnon de la Libération et la date du décret du 12 juin 1945 sont directement établies par la source institutionnelle de l’Ordre de la Libération.
Lieux de mémoire
René Gervais est inhumé à Port-Louis (Morbihan). Sa mémoire est également conservée institutionnellement par l’Ordre de la Libération et par le Service historique de la Défense, qui conserve son témoignage oral enregistré en 1976.
Références bibliographiques
Jean BÉZY, Le SR Air, Paris, France-Empire, 1979. L’ouvrage constitue une référence centrale pour l’histoire du SR Air et permet de replacer René Gervais dans l’organisation clandestine dirigée initialement par Georges Ronin, puis dans le fonctionnement du service demeuré en métropole après novembre 1942.
Robert MASSON, Mes missions au clair de lune, Éditions de la Pensée moderne, 1975. Témoignage utile pour comprendre les opérations aériennes clandestines, les réseaux associés au SR Air et les relations entre les responsables du renseignement demeurés en France.
Claude d’ABZAC-ÉPEZY, « Les services de renseignements clandestins de Vichy : l’exemple du S.R. Air », Revue historique des Armées, 1994. Étude historiographique permettant de replacer l’activité de Gervais dans le fonctionnement général du renseignement militaire clandestin issu de l’armée d’Armistice.
Références internet
Ordre de la Libération. La notice institutionnelle « René GERVAIS » constitue la principale source biographique : état civil, formation, recrutement par Ronin, missions au SR Air, prise de commandement du service en France, opérations aériennes, départ pour l’Afrique du Nord, carrière d’après-guerre et décorations.
https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/rene-gervais
Service historique de la Défense. La notice d’archives « Colonel René GERVAIS : Interview réalisée le 12 mai 1976 au SHAA » conserve une source orale directe sur ses études, sa carrière aéronautique, sa convocation par Ronin, son entrée dans le renseignement, son activité à la frontière espagnole et son passage en Afrique du Nord.
https://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr/ark/923502
Musée de la Résistance en ligne. La notice consacrée à Ladislas Potocki documente la création d’Omega avec Georges Ronin en 1942. Elle permet de contextualiser le SR Air dans lequel agit Gervais, mais ne permet pas de faire de celui-ci un membre d’Omega.
https://www.museedelaresistanceenligne.org/personnedetail.php?id=30973
Dossier d’homologation consulté
Aucune cote SHD GR 16 P attribuable avec certitude à René Gervais n’a été identifiée dans les résultats accessibles lors des présentes recherches. En revanche, le Service historique de la Défense conserve une source orale nominative de première importance : l’interview du colonel René Gervais réalisée le 12 mai 1976 au Service historique de l’Armée de l’air.
Observations
Une divergence apparaît sur la date de naissance. L’en-tête actuellement indexé de la notice de l’Ordre de la Libération affiche 21 août 1908, tandis que le texte biographique de la même institution donne 22 août 1908. Le Service historique de la Défense donne également 22 août 1908. Cette dernière date est donc retenue.
Aucune source consultée ne permet d’affirmer que René Gervais était membre d’Omega. Il convient de le présenter comme un responsable majeur du SR Air, organisation historiquement liée à Georges Ronin, lui-même associé à Potocki dans la constitution d’Omega.
Indice de fiabilité de la notice Niveau A —L’identité, l’engagement résistant et l’essentiel du parcours de René Gervais sont établis par une notice institutionnelle détaillée de l’Ordre de la Libération et par une source archivistique nominative du Service historique de la Défense. Les deux sources concordent sur les principales étapes de son activité clandestine.
Chronologie
| Date | Événement |
| 22 août 1908 | Naissance à La Teste-de-Buch (Gironde). |
| 1928 | Entrée à l’École polytechnique. |
| 1930 | Sous-lieutenant dans l’aviation. |
| 1931 | Breveté pilote. |
| septembre 1940 | Contacté par Georges Ronin pour poursuivre clandestinement la lutte. |
| janvier 1941 | Entre au SR Air. |
| juillet 1941 | Muté à Vichy. |
| novembre 1942 | Devient chef du SR Air en France. |
| 9 janvier 1943 | Échappe à une perquisition et à une arrestation par les services allemands. |
| 16 octobre 1943 | Liaison aérienne clandestine vers Londres et Alger. |
| 3 mars 1944 | Évacuation définitive vers l’Afrique du Nord. |
| 12 juin 1945 | Fait Compagnon de la Libération par décret. |
| 22 décembre 1945 | Promu lieutenant-colonel. |
| 1946 | Quitte l’Armée de l’air. |
| 22 octobre 1997 | Décès à Port-Louis (Morbihan). |
Sources consultées
Ordre de la Libération. La notice « René GERVAIS » a fourni l’essentiel de la biographie résistante : formation, recrutement par le colonel Ronin, entrée au SR Air, missions à la frontière espagnole et à Vichy, direction du SR Air en France à partir de novembre 1942, opérations aériennes clandestines, évacuation vers l’Afrique du Nord, carrière après-guerre et décorations.
https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/rene-gervais
Service historique de la Défense. La notice d’archives consacrée à l’interview de René Gervais du 12 mai 1976 a confirmé sa date de naissance, sa formation à Polytechnique, sa carrière aéronautique, son recrutement par Ronin et son activité dans le renseignement.
https://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr/ark/923502
Musée de la Résistance en ligne. La notice « Ladislas POTOCKI » a été utilisée pour contrôler le rapport entre Omega et le SR Air. Elle établit la constitution d’Omega par Potocki avec le général Ronin en 1942, mais ne cite pas René Gervais comme membre de ce réseau.
https://www.museedelaresistanceenligne.org/personnedetail.php?id=30973
AASSDN. La présentation bibliographique de l’ouvrage de Jean Bézy, Le SR Air, a été consultée pour la structure historique du service, ses antennes et ses réseaux.
https://www.aassdn.org/xmca11000.htm
Aucune photographie supplémentaire provenant d’une base officielle n’a été retenue lors des présentes recherches.