La Jeune République, plus précisément la Ligue de la Jeune République puis le Parti de la Jeune République, est un courant politique démocrate-chrétien créé avant la Seconde Guerre mondiale dans le prolongement du Sillon de Marc SANGNIER. Elle ne constitue donc pas en elle-même un réseau clandestin de Résistance créé pendant l’Occupation. En revanche, ses militants constituent dès 1940 plusieurs noyaux résistants et fournissent des cadres à des organisations clandestines, notamment Valmy et, ultérieurement, au mouvement Résistance.
Création et situation avant-guerre
Marc SANGNIER crée la Ligue de la Jeune République en 1912. Ce mouvement s’inscrit dans le catholicisme social, la démocratie chrétienne et l’attachement au régime républicain. Il développe une culture politique qui associe démocratie parlementaire, réformes sociales, pacifisme et opposition aux régimes autoritaires. Plusieurs futurs résistants sont membres ou proches de Jeune République avant 1940.
Organisation pendant l’Occupation
La défaite de 1940 et la suppression de la démocratie parlementaire par le régime de Vichy rendent impossible la poursuite normale de l’activité politique. Les militants ne forment toutefois pas un unique réseau clandestin placé sous une direction « Jeune République ». Ils s’engagent dans différentes structures.
Cette distinction est historiquement importante : les archives et notices individuelles montrent que l’ancien réseau relationnel de Jeune République sert de vivier de recrutement à plusieurs organisations résistantes, mais il ne faut pas assimiler automatiquement l’ensemble du parti à une structure clandestine homogène. Les Archives nationales conservent d’ailleurs des dossiers spécifiques concernant « Jeune République » dans les archives du Comité d’histoire de la Deuxième Guerre mondiale, ce qui témoigne de son importance comme milieu politique de recrutement résistant.
Actions menées pendant la Résistance
L’un des exemples les mieux documentés se trouve à Paris, France. Dès septembre 1940, Raymond BURGARD, André VELLAY, Paulin BERTRAND, Jules BALLAZ, Alcide MOREL et d’autres militants issus de Jeune République forment un groupe clandestin consacré à la défense des libertés républicaines et au refus de l’Occupation.
Ce groupe réalise des papillons et des tracts, y compris des textes en allemand destinés aux soldats de la Wehrmacht. En janvier 1941 paraît le premier numéro du journal clandestin Valmy. Raymond BURGARD rédige notamment l’éditorial intitulé « Certitudes ».
Une deuxième filiation est observable avec le mouvement Résistance. Marcel RENET, ancien adhérent de Jeune République, fonde en 1942 le journal puis le mouvement Résistance. Plusieurs anciens militants du même courant le rejoignent.
Le fichier militant de Jeune République joue également un rôle concret. Les sources relatives au groupe Sébastopol indiquent qu’un ancien militant, disposant du fichier du parti, permet au mouvement Résistance d’établir de nombreux contacts parmi les anciens membres de Jeune République.
Liens avec d’autres mouvements
Le lien le plus direct est avec Valmy, créé principalement par des militants de Jeune République en 1940. Valmy produit un journal clandestin du même nom et mène une activité de propagande républicaine contre l’Occupation et Vichy.
Le second lien important concerne Résistance, fondé par Marcel RENET en 1942. Plusieurs anciens militants de Jeune République participent au recrutement et à l’organisation du nouveau mouvement.
Marc SANGNIER est le fondateur historique de Jeune République. Son rôle doit être distingué de celui des organisateurs clandestins actifs sur le terrain pendant l’Occupation.
Raymond BURGARD, professeur au lycée Buffon et militant de Jeune République, fonde avec plusieurs camarades le groupe Valmy. Arrêté le 2 avril 1942 dans le cadre de la répression contre la Résistance parisienne, il est déporté et exécuté.
André VELLAY participe dès septembre 1940 avec Raymond BURGARD et d’autres militants de Jeune République à la constitution du groupe Valmy. Il contribue directement à la fabrication du premier numéro du journal clandestin Valmy en janvier 1941.
Marcel RENET, ancien membre de Jeune République, crée en octobre 1942 le journal et le mouvement Résistance après l’arrestation de Raymond BURGARD. Il recrute notamment parmi ses anciens camarades politiques.
Maurice LACROIX, militant de Jeune République avant-guerre, appartient également à cette continuité politique et résistante.
Victimes et morts
Il n’est pas possible d’établir un bilan humain propre à « Jeune République », puisque celle-ci ne constitue pas une unité résistante autonome. Les victimes doivent être rattachées aux mouvements clandestins auxquels elles appartiennent effectivement. Raymond BURGARD compte parmi les cas les plus significatifs.
Survivants identifiés
De nombreux militants de Jeune République engagés dans différentes organisations clandestines survivent à la guerre. Leur recensement nécessiterait de distinguer leur appartenance politique antérieure de leur appartenance résistante effective.
Fin et transformation
Jeune République réapparaît légalement après la Libération. Les fonds conservés par FranceArchives comprennent des publications couvrant les périodes d’avant-guerre puis de l’après-guerre, ce qui confirme la continuité de l’organisation politique distinctement de ses engagements clandestins pendant l’Occupation.
Conséquences et mémoire
L’importance de Jeune République dans l’histoire de la Résistance réside principalement dans son rôle de milieu de sociabilité politique et de recrutement. Son attachement antérieur au régime républicain et à la démocratie fournit à plusieurs militants une base idéologique de refus du régime de Vichy et de l’Occupation. Le cas de Valmy constitue l’exemple le plus clairement documenté.
Références bibliographiques
Dictionnaire historique de la Résistance, sous la direction de François Marcot, Robert Laffont, Paris, 2006. L’ouvrage permet de replacer les différentes sensibilités politiques et chrétiennes dans la formation de la Résistance intérieure et d’éviter d’assimiler les organisations politiques d’avant-guerre aux mouvements clandestins apparus après 1940.
Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier et mouvement social – Le Maitron, notices de Raymond BURGARD, Marc SANGNIER, Maurice LACROIX et autres militants. Ces notices documentent les itinéraires politiques avant-guerre puis les engagements clandestins individuels.
Références internet
Musée de la Résistance en ligne La notice consacrée à André VELLAY décrit précisément la constitution, dès septembre 1940, d’un groupe composé principalement de militants de Jeune République et son évolution vers le mouvement et le journal Valmy. https://museedelaresistanceenligne.org/media10398-Andr-Vellay
Musée de la Résistance en ligne La notice consacrée à Raymond BURGARD documente la propagande clandestine du groupe, les papillons, les tracts en allemand et le premier numéro de Valmy. https://museedelaresistanceenligne.org/media5095-Plaque-en-hommage-au-professeur-Raymond-Burgard
FranceArchives Les archives du Comité d’histoire de la Deuxième Guerre mondiale comportent un ensemble documentaire consacré à Jeune République. https://francearchives.gouv.fr/findingaid/4d9b48139ebdd476a1657c5e3056c00f6d5affe0
Maitron La notice de Raymond BURGARD confirme son appartenance à Jeune République et son rôle dans la fondation de Valmy. https://fusilles-40-44.maitron.fr/burgard-raymond/
Fiabilité A pour l’existence du courant Jeune République, le rôle de plusieurs de ses militants dans Valmy et Résistance et la distinction entre organisation politique et mouvement clandestin. Il serait en revanche historiquement incorrect de présenter « Jeune République » comme un réseau clandestin national homogène.
Sources consultées
Mémoire Vive de la Résistance : recherches effectuées ; mentions dans plusieurs notices, sans notice collective autonome clairement identifiée.
Maitron Résistance : résultats positifs, notamment Raymond BURGARD et Marc SANGNIER. https://fusilles-40-44.maitron.fr/burgard-raymond/
Fondation de la Résistance : recherches effectuées ; résultats biographiques complémentaires.
Musée de la Résistance en ligne : résultats positifs. https://museedelaresistanceenligne.org/media10398-Andr-Vellay
Mémoire des Hommes : recherche effectuée ; aucune notice collective Jeune République identifiée.
Ordre de la Libération : recherche de contrôle sur plusieurs parcours individuels.
Gallica – BnF : recherche effectuée sur les publications et la presse de Jeune République.
Service historique de la Défense : recherche effectuée ; aucune homologation en tant que réseau clandestin national autonome identifiée.
FranceArchives : résultat positif. https://francearchives.gouv.fr/findingaid/4d9b48139ebdd476a1657c5e3056c00f6d5affe0