La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

La dénomination principale est Brigate Matteotti. Les sources emploient également « formazioni Matteotti », « Brigate d’assalto Matteotti » et, en français, « Brigades Matteotti ». Elles prennent le nom du député socialiste Giacomo MATTEOTTI, assassiné par des fascistes en 1924. Il ne s’agit pas d’un réseau clandestin spécialisé mais d’un ensemble de formations partisanes armées, principalement liées au Partito Socialista Italiano di Unità Proletaria, PSIUP. La qualification retenue est donc celle de formations ou brigades partisanes socialistes.

Création des Brigades

L’origine des formations Matteotti se situe dans la réorganisation clandestine du mouvement socialiste immédiatement après l’armistice italien du 8 septembre 1943. À Rome, Italie, après les combats de Porta San Paolo du 10 septembre 1943, le PSIUP constitue un centre militaire dirigé politiquement par Sandro PERTINI et reposant notamment sur un groupe important de cheminots.

L’organisation des brigades ne procède toutefois pas immédiatement d’un commandement national homogène. Selon l’ANPI, une première brigade portant le nom Matteotti est constituée le 12 décembre 1943 sur le Monte Grappa, Italie. Au printemps 1944, le comité exécutif du PSIUP pour l’Italie du Nord décide de développer systématiquement les formations Matteotti, dont Corrado BONFANTINI devient l’un des principaux responsables.

Les objectifs sont la lutte armée contre l’occupation allemande et les forces de la République sociale italienne, la participation à la libération nationale et la représentation militaire de la composante socialiste au sein de la Résistance italienne.

Organisation interne

Les Brigate Matteotti sont liées au PSIUP, mais leur développement est moins centralisé que celui des Brigate Garibaldi. Plusieurs formations se constituent localement avant d’être progressivement rattachées à une organisation socialiste plus générale. Cette autonomie initiale provoque parfois des difficultés lors de la réorganisation de résistants socialistes ayant auparavant combattu dans des formations d’autres tendances politiques.

Sandro PERTINI joue un rôle majeur dans l’organisation politique et militaire socialiste. À Rome, Giuseppe GRACCEVA, dit « Maresciallo Rosso », organise et commande les formations Matteotti actives en Italie centrale. Dans l’Italie du Nord, Corrado BONFANTINI devient membre du commandement des formations Matteotti et joue un rôle important dans leur développement en Piémont et en Lombardie.

Les unités sont organisées suivant les conditions régionales en groupes, détachements, bataillons et brigades. Elles sont intégrées progressivement au système militaire unitaire de la Résistance, puis au Corpo Volontari della Libertà.

Actions menées pendant la Résistance

À Rome, Italie, les formations socialistes participent dès septembre 1943 aux combats contre les Allemands et organisent ensuite des activités clandestines.

Giuseppe GRACCEVA dirige des groupes responsables de sabotages et d’opérations armées. L’ANPI lui attribue notamment la destruction d’un train chargé d’explosifs à la gare Ostiense.

Giuliano VASSALLI participe à la direction clandestine du PSIUP et remplace Sandro PERTINI à la Giunta militare centrale du Comité de libération nationale entre octobre 1943 et janvier 1944. Avec Giuseppe GRACCEVA et d’autres résistants, il participe à l’organisation de l’évasion de Sandro PERTINI et Giuseppe SARAGAT de la prison Regina Coeli en janvier 1944.

Dans le nord de l’Italie, les formations Matteotti combattent au cours de l’été 1944 aux côtés des Brigate Garibaldi contre les forces de la République sociale italienne en Piémont. En novembre 1944, la brigade Matteotti « Dario Barni » résiste à une importante opération de ratissage menée par la division Waffen-SS Turkestan.

Corrado BONFANTINI participe également au mouvement partisan dans la Val d’Ossola et figure parmi les acteurs de la République partisane de l’Ossola. À Milan, Italie, il commande les formations Matteotti lors de l’insurrection finale et annonce le 26 avril 1945, depuis une station de radio occupée par les résistants, la libération de la ville.

Liens avec d’autres réseaux ou mouvements

Les Brigate Matteotti constituent principalement la composante militaire socialiste de la Résistance italienne. Elles sont liées au PSIUP et participent au système politique des Comités de libération nationale.

Elles collaborent avec les Brigate Garibaldi, les formations Giustizia e Libertà, les formations autonomes et les autres composantes partisanes. Cette coopération devient progressivement institutionnelle à travers le Corpo Volontari della Libertà, qui coordonne les principales forces de la Résistance dans le nord de l’Italie.

L’existence de formations Matteotti est officiellement reconnue après la guerre par les commissions chargées de l’attribution de la qualification de partisan. La commission régionale d’Émilie-Romagne comprend notamment des représentants spécifiquement désignés pour les « Formazioni Matteotti », ce qui confirme leur statut de famille partisane distincte.

Chefs et figures marquantes

Sandro PERTINI, né à Stella, Italie, le 25 septembre 1896, est l’un des principaux dirigeants socialistes de la Résistance. Après le 8 septembre 1943, il participe à l’organisation du centre militaire socialiste. Arrêté par les SS et condamné à mort, il s’évade avec Giuseppe SARAGAT de Regina Coeli en janvier 1944. Il rejoint ensuite Milan et dirige la lutte socialiste dans l’Italie occupée. Il survit à la guerre et devient président de la République italienne de 1978 à 1985. Il meurt le 24 février 1990.

Corrado BONFANTINI, né à Novara, Italie, le 22 février 1909, est membre du commandement des formations Matteotti. Arrêté en mars 1944 et blessé lors d’une tentative de fuite, il parvient à s’évader de l’hôpital. Il participe ensuite à la Résistance en Italie du Nord, à l’expérience de la République de l’Ossola et à l’insurrection de Milan. Il survit à la guerre et meurt à Imperia, Italie, le 9 août 1989.

Giuseppe GRACCEVA, né à Rome, Italie, le 3 février 1906, organise et commande les Brigate Matteotti de l’Italie centrale. Blessé puis capturé, il est détenu et torturé dans la prison de Via Tasso. Condamné à mort, il échappe à l’exécution grâce à la libération de Rome. Il survit à la guerre et meurt à Rome, Italie, en 1978.

Giuliano VASSALLI, né à Perugia, Italie, le 25 avril 1915, appartient à la direction clandestine du PSIUP et figure parmi les responsables des formations socialistes de Rome. Il participe notamment à l’organisation de l’évasion de PERTINI et SARAGAT. Arrêté en 1944, il survit à la guerre et devient ensuite juriste, ministre et président de la Cour constitutionnelle italienne. Il meurt à Rome, Italie, le 21 octobre 2009.

Victimes et morts

Aucun bilan nominatif global suffisamment homogène des morts appartenant à l’ensemble des Brigate Matteotti n’a été retrouvé dans les sources institutionnelles consultées. Les formations sont dispersées dans plusieurs régions et leurs pertes sont enregistrées dans des dossiers régionaux ou individuels.

Plusieurs responsables socialistes engagés dans la Résistance sont néanmoins victimes de la répression. Eugenio COLORNI, membre dirigeant du mouvement socialiste clandestin, est mortellement blessé à Rome en mai 1944 par des membres de la Banda Koch. D’autres membres des structures socialistes sont arrêtés, torturés ou condamnés à mort sans que leur parcours puisse systématiquement être assimilé à celui d’un combattant d’une brigade Matteotti déterminée.

Aucun chiffre global n’est donc retenu pour éviter de confondre victimes du PSIUP clandestin et combattants officiellement inscrits dans les formations Matteotti.

Survivants identifiés

Sandro PERTINI, Corrado BONFANTINI, Giuseppe GRACCEVA et Giuliano VASSALLI survivent tous à la guerre. Ils poursuivent ensuite des carrières politiques, institutionnelles ou juridiques importantes et participent à la transmission de la mémoire de la Résistance.

Fin des Brigades

Les Brigate Matteotti ne sont pas démantelées par une opération unique. Elles poursuivent leurs activités jusqu’à l’insurrection générale d’avril 1945 et à la libération du nord de l’Italie.

Leur fonction militaire cesse après la capitulation allemande et la démobilisation des formations partisanes. Leurs combattants sont alors enregistrés et reconnus par les commissions officielles chargées de la qualification des partisans et anciens combattants de la guerre de Libération.

Conséquences et mémoire

Les Brigate Matteotti représentent la composante militaire socialiste de la Résistance italienne et permettent au PSIUP de participer directement à la lutte armée aux côtés des autres grandes familles partisanes.

Le nom de Giacomo MATTEOTTI possède une valeur symbolique particulièrement forte. La Fondazione Giacomo Matteotti conserve notamment des reproductions de documents clandestins des formations, parmi lesquels des cartes de combattants, des bulletins du commandement et le journal Il Partigiano, organe des Brigate d’assalto Matteotti.

Les archives de la Résistance conservent également des fonds provenant de formations Matteotti. La Fondation Gramsci possède notamment des rapports, ordres du jour et correspondances relatifs à la 40e Brigade Matteotti en Lombardie.

Des monuments consacrés collectivement aux formations partisanes mentionnent les unités Matteotti aux côtés des autres composantes de la Résistance. Le monument de Genova, Italie, consacré aux formations du Corpo Volontari della Libertà cite notamment un bataillon Matteotti ainsi que les équipes d’action patriotique Matteotti.

Divergences et précautions

La date de création des « Brigate Matteotti » dépend du périmètre retenu. Une première brigade portant ce nom apparaît sur le Monte Grappa le 12 décembre 1943, tandis que l’organisation plus systématique des brigades socialistes de l’Italie du Nord est décidée au printemps 1944. Il est donc incorrect de présenter une date unique comme la naissance simultanée de toutes les formations.

L’appellation Matteotti peut également désigner des formations locales portant ce nom sans appartenir exactement à la même chaîne de commandement. Chaque unité doit donc être vérifiée séparément lorsqu’une fiche nominative ou locale est constituée.

Fiabilité A. L’existence des Brigate Matteotti, leur rattachement socialiste, leur organisation générale et leurs principaux responsables sont établis par des sources croisées comprenant l’ANPI, la base officielle I Partigiani d’Italia, des archives de la Résistance et la Fondation Giacomo Matteotti. Les réserves portent principalement sur les effectifs et les pertes globales, qui ne sont pas suffisamment homogènes pour être retenus sans étude régionale.

Références bibliographiques

Dizionario della Resistenza, sous la direction d’Enzo Collotti, Renato Sandri et Frediano Sessi, Turin, Einaudi, 2000-2006. Ouvrage de référence sur les principales formations, organisations et acteurs de la Résistance italienne. Il permet de replacer les Brigate Matteotti dans le système politique et militaire des formations partisanes.

Storia dell’Italia partigiana. Settembre 1943-maggio 1945, Giorgio Bocca, Bari, Laterza, 1966, nombreuses rééditions. Synthèse générale de la guerre partisane italienne qui décrit l’évolution des grandes familles de formations, notamment les socialistes, dans les différentes régions.

Storia della Resistenza italiana. 8 settembre 1943-25 aprile 1945, Roberto Battaglia, Turin, Einaudi, 1953, nombreuses rééditions. Étude générale permettant de replacer les formations Matteotti dans le développement de la Résistance, des CLN et de l’insurrection finale.

Una guerra civile. Saggio storico sulla moralità nella Resistenza, Claudio Pavone, Turin, Bollati Boringhieri, 1991. Étude majeure sur la pluralité politique et morale de la Résistance italienne, utile pour comprendre la place des formations socialistes aux côtés des organisations communistes, actionnistes, catholiques et autonomes.

Références internet

ANPI – Associazione Nazionale Partigiani d’Italia propose une synthèse spécifiquement consacrée aux Brigate Matteotti : création du centre militaire socialiste, première brigade du Monte Grappa, organisation de l’Italie du Nord et principales opérations. https://www.anpi.it/libri/matteotti

ANPI – Corrado Bonfantini retrace le parcours de l’un des principaux responsables du commandement Matteotti dans le nord de l’Italie, son rôle dans la République de l’Ossola et l’insurrection de Milan. Adresse : https://www.anpi.it/biografia/corrado-bonfantini

ANPI – Giuseppe Gracceva documente le commandement des formations Matteotti de l’Italie centrale, les sabotages de Rome, l’évasion de Regina Coeli et la répression subie par leur chef. https://www.anpi.it/biografia/giuseppe-gracceva

Fondazione Giacomo Matteotti présente des documents originaux ou reproductions relatifs aux Brigate Matteotti, notamment leur presse clandestine, des bulletins du commandement et des cartes de combattants. https://giacomomatteotti.fondazionebasso.it/

I Partigiani d’Italia – Ministero della Cultura conserve les dossiers et les structures officielles de reconnaissance des formations partisanes, avec notamment la représentation distincte des Formazioni Matteotti dans les commissions d’après-guerre. https://partigianiditalia.cultura.gov.it/

Sources consultées

Maitron Résistance : recherches « Brigate Matteotti », Sandro Pertini, Corrado Bonfantini, Giuseppe Gracceva et variantes. Aucune fiche collective française spécifiquement consacrée à l’organisation italienne retrouvée. https://maitron.fr/

Fondation de la Résistance : recherches concernant la Résistance italienne, les socialistes italiens et les formations partisanes. Aucune fiche collective consacrée aux Brigate Matteotti retrouvée. https://www.fondationresistance.org/

Musée de la Résistance en ligne : recherches sur les formations Matteotti, la Résistance italienne et les combattants italiens en France. Aucune synthèse collective comparable à celle de l’ANPI retrouvée. https://www.museedelaresistanceenligne.org/

Mémoire des Hommes : recherches sur les combattants français liés à la Résistance italienne et les formations Matteotti. Aucune fiche collective consacrée à l’organisation retrouvée. https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/

Ordre de la Libération : recherches sur les socialistes italiens et les formations Matteotti. Aucune fiche organisationnelle collective retrouvée. https://www.ordredelaliberation.fr/

Gallica et Bibliothèque nationale de France : recherches bibliographiques sur les Brigate Matteotti, Sandro Pertini, le PSIUP et la Résistance italienne. https://gallica.bnf.fr/ et https://catalogue.bnf.fr/

Service historique de la Défense : recherches « Brigate Matteotti », « Résistance italienne » et « PSIUP ». Aucune fiche collective d’homologation équivalente à celles des mouvements français retrouvée. https://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr/

ANPI : synthèse « Matteotti » et notices Sandro Pertini, Corrado Bonfantini, Giuseppe Gracceva et Giuliano Vassalli. https://www.anpi.it/

I Partigiani d’Italia – Ministero della Cultura : dossiers de reconnaissance des formations partisanes et représentation officielle des Formazioni Matteotti. https://partigianiditalia.cultura.gov.it/

Fondazione Giacomo Matteotti : documentation consacrée à la mémoire de Matteotti dans la Résistance et documents des brigades socialistes. https://giacomomatteotti.fondazionebasso.it/

Fondazione Gramsci – Archivi della Resistenza : documents relatifs notamment à la 40e Brigade Matteotti en Lombardie. https://archivioresistenza.fondazionegramsci.org/

Wikipédia : consultation complémentaire uniquement.  

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