La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

Divisione Fiamme Verdi « Tito Speri »La forme principale retenue est Divisione Fiamme Verdi « Tito Speri ». Les sources emploient successivement « Brigata Tito Speri », « Brigata Fiamme Verdi Tito Speri », « Divisione autonoma Tito Speri » et « Divisione Fiamme Verdi Tito Speri ». Cette variation correspond en partie à l’évolution réelle de la formation : constituée initialement comme brigade en décembre 1943, elle devient progressivement une division regroupant plusieurs brigades. Elle appartient aux Fiamme Verdi, formations partisanes autonomes principalement d’inspiration catholique actives dans la province de Brescia, Italie.

La formation porte le nom de Tito SPERI, patriote brescian ayant participé au soulèvement des Dix Jours de Brescia en 1849 et exécuté par les autorités autrichiennes en 1853. Le choix de cette appellation inscrit la formation dans une tradition locale de lutte pour l’indépendance et la liberté.

Création de la Division

Les Fiamme Verdi sont constituées à Brescia, Italie, le 30 novembre 1943. Au début du mois de décembre, les responsables des groupes patriotiques de Val Camonica se réunissent au séminaire de Capo di Ponte, Italie. Romolo RAGNOLI, alors lieutenant des Alpini et ancien combattant du front russe, est désigné commandant des groupes partisans de la vallée, réunis dans une unité qui prend le nom de Brigata « Tito Speri ». Le 14 décembre 1943, cette brigade entre officiellement dans les Fiamme Verdi.

Son objectif immédiat est de regrouper et organiser militairement les résistants dispersés de Val Camonica et des vallées voisines, de lutter contre les forces allemandes et la République sociale italienne, d’aider les réfractaires et les personnes recherchées et de préparer des actions de guérilla dans les zones montagneuses.

Au printemps et surtout durant l’été 1944, l’augmentation des effectifs conduit à une réorganisation. Les groupes et bataillons sont regroupés dans la Divisione Fiamme Verdi « Tito Speri », placée sous le commandement de Romolo RAGNOLI.

Organisation interne

Dans sa phase de division, la « Tito Speri » est commandée par

Romolo RAGNOLI, nom de guerre « Vittorio ».

Lionello LEVI SANDRI exerce les fonctions de vice-commandant,

Angelo CEMMI celles de commissaire politique

Enzo PETRINI celles d’inspecteur.

Avant cette réorganisation, les groupes des Fiamme Verdi sont identifiés par des lettres correspondant à leurs secteurs : C pour Val Camonica, S pour Val Sabbia et T pour Val Trompia, suivies d’un numéro identifiant le groupe. Cette structure très mobile est progressivement remplacée par un système de brigades.

L’ANPI indique qu’au printemps 1944 la Divisione autonoma « Tito Speri » dispose de quatre brigades actives dans les vallées Camonica, Trompia et Sabbia, auxquelles viennent s’ajouter deux autres brigades. Le document de démobilisation rédigé par Romolo RAGNOLI en juin 1945 mentionne toutefois cinq brigades et vingt-cinq groupes à la fin effective de l’existence de la division. Ces chiffres correspondent donc à des moments différents de son organisation et ne doivent pas être considérés comme contradictoires.

Actions menées pendant la Résistance

Les unités de la « Tito Speri » pratiquent le renseignement, la récupération d’armes, les sabotages, les attaques de postes et de convois, l’aide aux réfractaires ainsi que la défense de secteurs montagneux. Elles affrontent également les forces allemandes et les unités fascistes de la République sociale italienne lors d’opérations de ratissage.

La Val Camonica devient l’un de leurs principaux secteurs d’activité. Le 9 juin 1944, la Brigata Fiamme Verdi « Tito Speri » diffuse dans la vallée un appel annonçant la mobilisation de ses groupes d’assaut. L’organisation se renforce pendant l’été, malgré les arrestations et les opérations de répression.

Antonio LORENZETTI participe à une opération de sabotage avant d’être capturé après un affrontement avec une patrouille allemande. Blessé, torturé puis exécuté à Darfo, Italie, il donne ensuite son nom à l’une des cinq brigades de la « Tito Speri », laquelle rassemble environ 150 hommes dans le secteur allant de Pisogne à Darfo.

Les combats les plus connus se déroulent au Mortirolo, entre Val Camonica et Valtellina. À partir du 22 février 1945 puis au cours des semaines suivantes, les Fiamme Verdi de la « Tito Speri » affrontent notamment les forces fascistes de la légion ou brigade « Tagliamento », soutenues par des moyens allemands. L’ANPI indique que les unités de la division demeurent suffisamment cohérentes durant l’hiver 1944-1945 pour repousser ces attaques.

La documentation mémorielle contemporaine des Fiamme Verdi estime qu’environ 220 résistants participent aux combats du Mortirolo contre plus de 2 000 adversaires entre février et avril 1945. Ce chiffre est issu de l’association mémorielle locale et concerne spécifiquement cette campagne, non l’effectif total de la division.

La division participe ensuite aux opérations de la Libération à la fin du mois d’avril 1945.

Liens avec d’autres réseaux ou mouvements

La « Tito Speri » appartient aux Fiamme Verdi et s’inscrit dans leur organisation régionale. Les Fiamme Verdi sont des formations autonomes principalement d’inspiration catholique, dirigées à l’échelle générale par Luigi MASINI. Elles entretiennent des relations avec le Comité de libération nationale lombard et sont intégrées dans le dispositif général du Corpo Volontari della Libertà.

La division coopère avec d’autres formations partisanes lorsque la situation militaire l’exige. Les rapports avec les Brigate Garibaldi peuvent toutefois être difficiles en raison de divergences politiques et tactiques entre organisations catholiques, autonomes et communistes.

Les Fiamme Verdi disposent également de contacts avec les services alliés en Suisse, qui permettent notamment des échanges d’informations et des relations avec les structures alliées.

Chefs et figures marquantes

Romolo RAGNOLI, nom de guerre « Vittorio », ancien officier des Alpini et combattant du front russe, est désigné au début de décembre 1943 comme commandant des groupes partisans de Val Camonica puis commande la Brigata et la Divisione « Tito Speri ». Il reste à la tête de la formation jusqu’à sa démobilisation en juin 1945 et survit à la guerre. Son texte d’adieu aux combattants constitue une source primaire importante sur la fin de la division.

Lionello LEVI SANDRI exerce les fonctions de vice-commandant de la Divisione « Tito Speri ». Il survit à la guerre et mène ensuite une importante carrière juridique, administrative et européenne.

Angelo CEMMI exerce les fonctions de commissaire politique de la division. Il appartient donc au commandement chargé de l’encadrement politique et de la cohésion de la formation.

Enzo PETRINI exerce les fonctions d’inspecteur de la division pendant la période de réorganisation de 1944.

Antonio SCHIVARDI, né à Corteno Golgi, Italie, en 1910, organise l’un des premiers groupes partisans de l’Alta Val Camonica puis devient vice-commandant d’un détachement de la Divisione « Tito Speri ». Il est tué au combat le 15 août 1944 après avoir refusé de se rendre. Il reçoit à titre posthume la médaille d’or de la valeur militaire.

Giulio MAZZON, nom de guerre « Silvio », ancien officier de complément de l’aviation, commande une formation intégrée à la « Tito Speri » en Val Camonica et participe notamment aux combats du Mortirolo durant l’hiver 1944-1945. Il survit à la guerre, devient responsable de l’ANPI et meurt à Rome, Italie, le 23 mai 2005.

Victimes et morts

La division subit de nombreuses pertes au cours des combats, sabotages et opérations de répression. Aucun chiffre global suffisamment vérifié n’est retenu ici pour l’ensemble de la division.

Antonio SCHIVARDI est tué en Alta Val Camonica le 15 août 1944 lors d’un combat contre des forces allemandes.

Antonio LORENZETTI, âgé de 19 ans, est blessé lors d’une opération de sabotage, capturé, torturé puis fusillé près du terrain de sport de Darfo, Italie. Une brigade de la division porte ensuite son nom.

Les combats du Mortirolo coûtent notamment la vie à Luigi TOSETTI, Giuseppe ALGERI, Luigi CALVI, Alessandro DANESI, Charles DOUARD, Bortolo FIOLETTI, Mario GAZZOLI, Ersilio MANCIANA et Giovanni MARCONI. Leurs noms figurent sur le monument commémoratif du Mortirolo.

Cette liste concerne les morts commémorés au Mortirolo et ne constitue pas une liste exhaustive des morts de la Divisione « Tito Speri ».

Survivants identifiés

Romolo RAGNOLI survit à la guerre et dirige la démobilisation de la division en juin 1945.

Giulio MAZZON survit aux combats, devient après la guerre responsable socialiste à Brescia puis cadre national de l’ANPI et de la Fédération internationale des résistants.

Lionello LEVI SANDRI survit également à la guerre. Son rôle de vice-commandant est attesté dans la structure de la division.

Fin de la Division

La Divisione « Tito Speri » ne subit pas de démantèlement final. Elle demeure active jusqu’à la victoire d’avril-mai 1945.

En juin 1945, Romolo RAGNOLI adresse aux combattants un texte annonçant officiellement la démobilisation. Il indique que la mission pour laquelle ils s’étaient réunis — chasser les forces allemandes et libérer l’Italie du fascisme — est terminée. Le document précise qu’au moment de sa dissolution la division comprend cinq brigades et vingt-cinq groupes.

La division cesse alors d’exister comme force armée clandestine et ses membres retournent progressivement à la vie civile ou sont intégrés aux structures officielles de l’Italie libérée.

Conséquences et mémoire

La Divisione « Tito Speri » constitue l’une des principales formations des Fiamme Verdi du Bresciano. Son implantation dans les vallées lui permet de maintenir une présence résistante durable malgré les opérations de répression et les difficultés de l’hiver 1944-1945.

Les batailles du Mortirolo constituent l’un des principaux épisodes associés à sa mémoire. Chaque année, l’Associazione Fiamme Verdi di Brescia organise des cérémonies dans ce secteur. Un monument et une plaque près de l’église de San Giacomo portent les noms de neuf résistants morts pendant les combats.

Des rues portent également les noms de plusieurs combattants. Antonio SCHIVARDI est notamment honoré à Corteno Golgi, Brescia et Rome. Antonio LORENZETTI est commémoré par une plaque sur le lieu de son exécution et par une rue portant son nom.

Une partie importante de la documentation interne de la division a été publiée dès 1946 par son Ufficio Storico.

Divergences et précautions

Il faut distinguer la Brigata « Tito Speri » de décembre 1943 de la Divisione « Tito Speri » organisée ultérieurement. L’utilisation indifférenciée du mot « division » pour toute la période 1943-1945 créerait un anachronisme organisationnel.

Les sources donnent également quatre, cinq ou six brigades selon les périodes. L’ANPI indique quatre brigades puis l’ajout de deux nouvelles unités au printemps 1944 ; le document de démobilisation de juin 1945 indique cinq brigades et vingt-cinq groupes. Ces données correspondent à des phases successives de réorganisation.

Fiabilité A. La formation, son commandement, sa transformation de brigade en division, plusieurs de ses opérations et sa démobilisation sont documentés par des sources croisées comprenant l’ANPI, l’Associazione Fiamme Verdi di Brescia et des documents directement issus de la division.

Références bibliographiques

La Divisione Fiamme Verdi « Tito Speri »: panorama storico, quadri di vita partigiana, documenti della lotta e della vittoria, Ufficio Storico della Divisione, Cividate Camuno, 1946. Publication réalisée immédiatement après la Libération par l’organisme historique de la division. Elle constitue une source essentielle pour l’organisation, les opérations, les témoignages et la démobilisation de la formation.

Storia della Resistenza bresciana 1943-1945, Rolando Anni, Brescia, Morcelliana, 2005. Étude de référence sur les différentes composantes de la Résistance dans la province de Brescia. L’ouvrage analyse particulièrement les Fiamme Verdi, leur implantation territoriale et les opérations de la « Tito Speri ».

Dizionario della Resistenza bresciana, Rolando Anni, Brescia, Morcelliana, 2009. Ouvrage utile pour les biographies individuelles, les unités, les lieux et les événements liés aux formations partisanes du Bresciano.

Il cammino della libertà. Documenti della Resistenza bresciana, sous la direction de Rolando Anni, Brescia, Istituto storico della Resistenza bresciana, 1995. Recueil de sources documentaires permettant d’étudier l’organisation des formations, leur propagande et leurs relations avec la population.

Storia dell’Italia partigiana. Settembre 1943-maggio 1945, Giorgio Bocca, Bari, Laterza, 1966. Synthèse permettant de replacer la « Tito Speri » et les Fiamme Verdi dans l’ensemble de la Résistance armée italienne.

Références internet

Associazione Fiamme Verdi di Brescia propose une chronologie détaillée depuis la création des Fiamme Verdi jusqu’aux combats du Mortirolo et à la Libération.: https://www.fiammeverdibrescia.it/gli-eventi-bellici/

Associazione Fiamme Verdi di Brescia présente l’organisation des groupes, leur transformation en division et le commandement de Romolo Ragnoli, Lionello Levi Sandri, Angelo Cemmi et Enzo Petrini. https://www.fiammeverdibrescia.it/le-fiamme-verdi/

ANPI – Fiamme Verdi présente la création des formations et le développement de la Divisione autonoma « Tito Speri », notamment durant l’hiver 1944-1945 et les combats du Mortirolo.: https://www.anpi.it/libri/fiamme-verdi

ANPI – Antonio Schivardi fournit la biographie détaillée du vice-commandant de détachement de la « Tito Speri », tué le 15 août 1944 et décoré de la médaille d’or de la valeur militaire. https://www.anpi.it/biografia/antonio-schivardi

Associazione Fiamme Verdi – Mortirolo documente les combats, les commémorations et les noms des résistants morts honorés sur le monument du Mortirolo.   https://www.fiammeverdibrescia.it/mortirolo-22/

Sources consultées  

Maitron Résistance : recherches « Tito Speri », Romolo Ragnoli et Fiamme Verdi. Aucune fiche collective consacrée à la division italienne retrouvée. Adresse : https://maitron.fr/

Fondation de la Résistance : recherches sur la Résistance catholique italienne, les Fiamme Verdi et la Divisione « Tito Speri ». Aucune fiche spécifique retrouvée. Adresse : https://www.fondationresistance.org/

Musée de la Résistance en ligne : recherches sur la « Tito Speri », les Fiamme Verdi et la Résistance italienne. Aucune fiche collective spécifique retrouvée. Adresse : https://www.museedelaresistanceenligne.org/

Mémoire des Hommes : recherches « Tito Speri » et Fiamme Verdi. Aucune fiche collective italienne correspondante retrouvée. Adresse : https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/

Ordre de la Libération : recherches « Tito Speri », Fiamme Verdi et Résistance italienne. Aucune fiche collective retrouvée. Adresse : https://www.ordredelaliberation.fr/

Gallica et Bibliothèque nationale de France : recherches bibliographiques sur les Fiamme Verdi, la Divisione « Tito Speri », le Mortirolo et la Résistance bresciane. Adresses : https://gallica.bnf.fr/ et https://catalogue.bnf.fr/

Service historique de la Défense : recherches sur les Fiamme Verdi et les formations partisanes italiennes. Aucune fiche d’homologation spécifique retrouvée. Adresse : https://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr/

ANPI : synthèse Fiamme Verdi et notices individuelles d’Antonio Schivardi et Giulio Mazzon. Adresse : https://www.anpi.it/

Associazione Fiamme Verdi di Brescia : documentation historique, biographies, chronologie et lieux de mémoire. Adresse : https://www.fiammeverdibrescia.it/

Wikipédia : consultation complémentaire uniquement.  

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