La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

La forme principale retenue est Fiamme Verdi. Les sources utilisent également « Brigate Fiamme Verdi », « Formazioni Fiamme Verdi » et, pour certaines grandes unités, « Divisione Fiamme Verdi ». La traduction littérale française est « Flammes Vertes », mais l’appellation historique italienne doit être privilégiée.

Les Fiamme Verdi constituent un ensemble de formations partisanes autonomes, principalement d’inspiration catholique, sans être exclusivement composées de catholiques. Leur implantation historique principale se situe dans l’est de la Lombardie, particulièrement dans la province de Brescia et ses vallées, mais des formations portant cette appellation sont également attestées dans d’autres régions, notamment en Émilie-Romagne.

Création du réseau

Les Fiamme Verdi naissent dans la province de Brescia, Italie, à l’automne 1943. L’ANPI situe leur création en novembre 1943 à l’initiative du lieutenant des Alpini Gastone FRANCHETTI. Le site historique de l’Associazione Fiamme Verdi di Brescia donne la date précise du 30 novembre 1943 pour leur constitution.

Les travaux mémoriels de Brescia associent également Rino DUSATTI aux fondateurs. Les premiers noyaux rassemblent principalement d’anciens militaires, notamment des Alpini, des jeunes réfractaires à la conscription de la République sociale italienne et des antifascistes issus des milieux catholiques. Le nom « Fiamme Verdi » fait référence aux insignes verts traditionnellement portés par les Alpini.

Les objectifs sont la lutte contre l’occupation allemande et la République sociale italienne, le soutien aux réfractaires et aux fugitifs, la défense des populations, la collecte de renseignements, le sabotage et, progressivement, la conduite d’opérations armées de montagne.

Organisation interne

Le général Luigi MASINI, nom de guerre « Fiore », assure le commandement général des Fiamme Verdi et installe son commandement à Milan, Italie. Gastone FRANCHETTI joue un rôle déterminant dans l’organisation initiale et agit ensuite dans la région de Trento, Italie.

Dans le Bresciano, les premières structures regroupent notamment les bataillons Valcamonica, Valsabbia et Valtrompia. La croissance du mouvement conduit ensuite à la constitution de brigades et de divisions. La Divisione autonoma « Tito Speri », commandée par Romolo RAGNOLI, devient l’une des principales unités de montagne. Une deuxième division, portant le nom d’Astolfo LUNARDI, est organisée pour les activités de plaine et de la ville de Brescia.

L’organisation conserve un caractère autonome. Elle entretient toutefois des rapports étroits avec les représentants de la Democrazia Cristiana dans les CLN ainsi qu’avec le Corpo Volontari della Libertà. L’ANPI indique que les Fiamme Verdi disposent rapidement de contacts avec les services alliés établis en Suisse.

L’existence d’unités Fiamme Verdi en dehors du Bresciano est attestée officiellement. Après-guerre, la Commission régionale de reconnaissance des partisans d’Émilie-Romagne comprend deux représentants des « Formazioni Fiamme Verdi », confirmant que l’appellation ne doit pas être considérée comme exclusivement bresciane.

Actions menées pendant la Résistance

Les activités comprennent le renseignement, la propagande clandestine, l’aide aux réfractaires et déserteurs, les sabotages, les embuscades, la récupération d’armes, la défense de secteurs montagneux et les combats contre les forces allemandes et fascistes.

Dans les premiers mois, certaines unités privilégient des formes de résistance de faible intensité : refus de travailler pour les autorités allemandes ou fascistes, non-livraison de ressources, assistance aux personnes recherchées et sabotages ponctuels. La montée de la répression et le développement des formations conduisent progressivement à des opérations militaires plus importantes.

Le secteur de la Val Camonica devient l’un des principaux terrains d’opération. Le 18 novembre 1944, des groupes Fiamme Verdi s’installent dans la zone du Mortirolo. Les combats du Mortirolo au début de 1945 constituent l’un des épisodes militaires importants de la Résistance dans la région.

La presse clandestine constitue également une activité essentielle. Teresio OLIVELLI participe à la création et à l’animation du journal Il Ribelle, qui devient l’un des principaux organes intellectuels et politiques de la Résistance catholique du Bresciano. Le journal informe les résistants et les populations et développe une réflexion sur la démocratie, la liberté et la reconstruction morale de l’Italie.

Les formations Fiamme Verdi participent enfin à l’insurrection d’avril 1945. Le site historique de l’association bresciane indique que Brescia est contrôlée par les formations patriotiques le 27 avril 1945 et que les combats prennent effectivement fin le 2 mai 1945.

Liens avec d’autres réseaux ou mouvements

Les Fiamme Verdi entretiennent des rapports étroits avec les milieux catholiques, une partie importante du clergé et les structures de la Democrazia Cristiana. Elles sont cependant reconnues comme formations autonomes et ne constituent pas simplement la branche militaire officielle de la DC.

Elles collaborent avec les autres composantes de la Résistance, notamment les Brigate Garibaldi, les formations Giustizia e Libertà et les autres groupes autonomes. Ces relations connaissent parfois des tensions liées à des choix tactiques ou politiques différents.

Un épisode particulièrement discuté se déroule en août 1944 dans le secteur de Darfo, où un accord local conclu entre des Fiamme Verdi et un commandement allemand permet l’établissement temporaire d’une zone franche. Cette initiative entraîne de fortes critiques de formations garibaldiennes et de Giustizia e Libertà. L’événement est attesté par l’ANPI et doit être conservé comme exemple des divergences tactiques internes à la Résistance.

Les Fiamme Verdi sont ensuite coordonnées dans le cadre du Corpo Volontari della Libertà.

Chefs et figures marquantes

Luigi MASINI, né à Firenze, Italie, le 26 octobre 1899, général et ancien officier des Alpini, prend le commandement des Fiamme Verdi sous le nom de guerre « Fiore ». Il organise leurs activités dans différentes régions de l’arc alpin, particulièrement en Lombardie, et intervient dans les relations difficiles entre formations catholiques et garibaldiennes. Il survit à la guerre et meurt à Bergamo, Italie, le 15 mars 1959.

Gastone FRANCHETTI, lieutenant des Alpini, est identifié par l’ANPI comme l’un des initiateurs des Fiamme Verdi en novembre 1943. Il poursuit ensuite son activité dans la région de Trento. Capturé en juin 1944, il est fusillé à Bolzano, Italie, à la fin du mois de juillet 1944.

Teresio OLIVELLI, né à Bellagio, Italie, le 7 janvier 1916 selon certaines sources biographiques, la notice ANPI donnant le 7 juillet 1916, est une figure intellectuelle et spirituelle majeure des Fiamme Verdi. Après son évasion d’un camp allemand, il rejoint Brescia et participe à l’organisation des formations et au journal Il Ribelle. Arrêté le 27 avril 1944, déporté en Allemagne, il meurt au camp de Hersbruck le 17 janvier 1945 après avoir subi de mauvais traitements. Une divergence existe dans les sources concernant son mois de naissance ; la notice ANPI retient le 7 juillet 1916.

Astolfo LUNARDI, né à Livorno, Italie, en 1891, participe à l’organisation politique des Fiamme Verdi dans la région de Brescia. Arrêté au début de janvier 1944, il est jugé par les autorités fascistes et fusillé avec Ermanno MARGHERITI le 6 février 1944 au polygone de tir de Mompiano, Brescia, Italie. Une division des Fiamme Verdi porte ensuite son nom.

Romolo RAGNOLI, officier des Alpini, commande la Divisione autonoma « Tito Speri » dans le Bresciano. Sous son commandement, la division développe son implantation dans la Val Camonica, la Val Trompia et la Val Sabbia et augmente le nombre de ses brigades au printemps 1944. Il survit à la guerre.

Victimes et morts

Les Fiamme Verdi subissent une répression importante dès l’hiver 1943-1944. L’ANPI signale l’arrestation puis l’exécution de responsables politiques tels qu’Astolfo LUNARDI, Ermanno MARGHERITI et Giacomo PERLASCA en février 1944.

Gastone FRANCHETTI est capturé en juin 1944 puis fusillé à Bolzano, Italie, à la fin du mois suivant. Teresio OLIVELLI est arrêté en avril 1944, déporté et meurt à Hersbruck, Allemagne, le 17 janvier 1945.

Aucun nombre global de morts des Fiamme Verdi n’est retenu dans cette fiche. Les formations ont existé dans plusieurs provinces et régions et les statistiques disponibles sont souvent limitées à un territoire particulier. Une liste exhaustive nécessiterait donc un dépouillement des registres officiels de reconnaissance des partisans et des archives provinciales.

Survivants identifiés

Luigi MASINI survit à la guerre. Il est placé en congé militaire en juillet 1945 et exerce ensuite différentes responsabilités, notamment au Club Alpino Italiano, avant d’être élu député socialiste en 1953.

Romolo RAGNOLI survit également à la guerre après avoir commandé la Divisione « Tito Speri ». Plusieurs autres responsables et combattants des divisions brescianes participent après 1945 à la transmission de la mémoire au sein des associations d’anciens résistants.

Fin des Fiamme Verdi

Les Fiamme Verdi ne sont pas détruites avant la Libération. Elles poursuivent leurs activités durant l’hiver 1944-1945 et participent aux opérations finales d’avril 1945.

À Brescia, les formations patriotiques prennent le contrôle de la ville le 27 avril 1945. La fin effective des combats est fixée au 2 mai 1945 par la chronologie de l’Associazione Fiamme Verdi di Brescia. La fonction militaire des brigades disparaît ensuite avec la démobilisation des formations partisanes.

Dès 1945, une Associazione Fiamme Verdi est créée à Brescia pour représenter les anciennes divisions et brigades et préserver leur mémoire. Cette association poursuit aujourd’hui ses activités au sein de la Federazione Italiana Volontari della Libertà.

Conséquences et mémoire

Les Fiamme Verdi constituent l’une des composantes majeures de la Résistance catholique italienne, particulièrement en Lombardie orientale. Selon l’historien Rolando Anni, cité par l’association mémorielle de Brescia, environ 2 800 partisans sont rattachés aux Fiamme Verdi dans la seule Résistance bresciane. Ce chiffre ne doit pas être extrapolé à l’ensemble de l’Italie.

Leur mémoire est étroitement associée au journal clandestin Il Ribelle, dont les collections ont été numérisées et rendues consultables par l’Associazione Fiamme Verdi di Brescia. Une réédition anastatique de Il Ribelle et Brescia libera a également été présentée en 2024 avec le soutien des institutions locales.

L’Associazione Fiamme Verdi di Brescia, créée en 1945, organise toujours des cérémonies sur les anciens lieux de combat, notamment dans le secteur du Mortirolo et dans les vallées brescianes. Elle conserve également une importante documentation historique et biographique.

La mémoire de Teresio OLIVELLI est particulièrement importante. Des établissements scolaires et différents lieux publics portent son nom, notamment dans la province de Brescia. Sa mémoire est également conservée par l’ANPI et les associations catholiques de la Résistance.

Astolfo LUNARDI est commémoré à Brescia par des plaques et des lieux portant son nom, notamment à proximité des lieux associés à son arrestation et à son exécution.

Divergences et précautions

La principale précaution concerne l’étendue géographique de l’appellation Fiamme Verdi. Les formations de Brescia constituent le noyau historique le mieux documenté, mais des formations homonymes ou rattachées à cette famille sont également présentes ailleurs, notamment en Émilie-Romagne. Il serait donc incorrect d’assimiler automatiquement toutes les Fiamme Verdi à la seule Divisione « Tito Speri ».

Le caractère catholique des formations doit également être nuancé. Les Fiamme Verdi sont principalement d’inspiration catholique et bénéficient d’un important soutien du clergé, mais elles comprennent aussi des combattants non catholiques, notamment des socialistes.

Enfin, certaines divergences historiographiques concernent leur stratégie. Une partie de l’historiographie a insisté sur leur prudence ou leur « attentisme », tandis que les études locales plus récentes mettent en évidence des opérations militaires et une activité armée importante. Cette divergence historiographique ne permet pas de réduire l’ensemble du mouvement à l’une ou l’autre qualification.

Fiabilité A. L’existence, la naissance, les principales structures, les responsables et les activités des Fiamme Verdi sont documentés par l’ANPI, la base officielle I Partigiani d’Italia, l’Associazione Fiamme Verdi di Brescia et les travaux de l’Archivio storico della Resistenza bresciana. Les réserves concernent principalement l’extrapolation des données locales à l’ensemble des formations portant ce nom.

Références bibliographiques

Storia della Resistenza bresciana 1943-1945, Rolando Anni, Brescia, Morcelliana, 2005. Étude historique fondamentale sur la Résistance dans la province de Brescia. Elle analyse en détail la constitution, les effectifs, les opérations et les relations politiques des Fiamme Verdi avec les autres formations.

Dizionario della Resistenza bresciana, Rolando Anni, 2 volumes, Brescia, Morcelliana, 2009. Ouvrage de référence pour l’identification des combattants, responsables, unités et lieux associés à la Résistance bresciane et aux Fiamme Verdi.

Il cammino della libertà. Documenti della Resistenza bresciana, sous la direction de Rolando Anni, Brescia, Istituto storico della Resistenza bresciana, 1995. Recueil documentaire permettant d’accéder à de nombreux textes contemporains et documents internes de la Résistance locale.

Teresio Olivelli, Alberto Caracciolo, Brescia, La Scuola, éditions successives à partir des années 1970. Biographie consacrée à l’une des figures majeures de la Résistance catholique et des Fiamme Verdi, particulièrement utile pour l’histoire intellectuelle du mouvement et du journal Il Ribelle.

Storia dell’Italia partigiana. Settembre 1943-maggio 1945, Giorgio Bocca, Bari, Laterza, 1966, nombreuses rééditions. Synthèse générale permettant de replacer les Fiamme Verdi dans la diversité politique et militaire des formations partisanes italiennes.

Références internet

ANPI – Associazione Nazionale Partigiani d’Italia propose une synthèse générale sur les Fiamme Verdi, leur création, leur caractère catholique, leur commandement et leur développement dans le Bresciano. Adresse : https://www.anpi.it/libri/fiamme-verdi

Associazione Fiamme Verdi Brescia constitue la principale ressource mémorielle spécialisée. Le site présente l’histoire, les unités, les responsables, les opérations militaires, les archives et la mémoire contemporaine des formations. Adresse : https://www.fiammeverdibrescia.it/le-fiamme-verdi/

ANPI – Luigi Masini fournit la biographie du commandant général des Fiamme Verdi et décrit son rôle dans l’organisation des formations de l’arc alpin. Adresse : https://www.anpi.it/biografia/luigi-masini

ANPI – Teresio Olivelli retrace le parcours du résistant, son rôle dans les Fiamme Verdi, son arrestation, sa déportation et sa mort à Hersbruck. Adresse : https://www.anpi.it/biografia/teresio-olivelli

Il Ribelle – archive numérique met en ligne la presse clandestine produite dans l’environnement des Fiamme Verdi brescianes et permet de consulter directement une source primaire essentielle sur leurs conceptions politiques et morales. Adresse : https://www.il-ribelle.it/

Sources consultées

Maitron Résistance : recherches sur les Fiamme Verdi, Teresio Olivelli, Luigi Masini et la Résistance catholique italienne. Aucune fiche collective française spécifiquement consacrée à l’organisation retrouvée.   https://maitron.fr/

Fondation de la Résistance : recherches concernant les catholiques dans la Résistance italienne, les Fiamme Verdi et les relations franco-italiennes. Aucune fiche organisationnelle collective retrouvée.   https://www.fondationresistance.org/

Musée de la Résistance en ligne : recherches « Fiamme Verdi », Résistance italienne et formations italiennes ayant entretenu des relations avec la France. Aucune fiche générale équivalente aux sources italiennes retrouvée.   https://www.museedelaresistanceenligne.org/

Mémoire des Hommes : recherches concernant les combattants français liés aux formations italiennes. Aucune fiche collective consacrée aux Fiamme Verdi retrouvée.  https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/

Ordre de la Libération : recherches sur les Fiamme Verdi et les relations franco-italiennes. Aucune fiche collective spécifiquement consacrée à l’organisation retrouvée.   https://www.ordredelaliberation.fr/

Gallica et Bibliothèque nationale de France : recherches bibliographiques sur les Fiamme Verdi, Teresio Olivelli, la Résistance catholique italienne et la Résistance bresciane.   https://gallica.bnf.fr/ et https://catalogue.bnf.fr/

Service historique de la Défense : recherches concernant les Fiamme Verdi, les formations italiennes et les relations alliées avec la Résistance du nord de l’Italie. Aucune fiche collective d’homologation similaire aux mouvements français retrouvée.  https://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr/

ANPI : synthèse « Fiamme Verdi » et notices Luigi Masini et Teresio Olivelli.   https://www.anpi.it/

I Partigiani d’Italia – Ministero della Cultura : dossiers et commissions officielles de reconnaissance des combattants des Formazioni Fiamme Verdi.   https://partigianiditalia.cultura.gov.it/

Associazione Fiamme Verdi Brescia : histoire détaillée, chronologie militaire, biographies, presse clandestine et mémoire contemporaine.   https://www.fiammeverdibrescia.it/

Il Ribelle : archive numérique du journal clandestin lié aux Fiamme Verdi de Brescia.   https://www.il-ribelle.it/

Wikipédia : consultation uniquement complémentaire pour le repérage de certaines unités, personnes et variantes.  

Lettre d'information

Les derniers PDF

AG MVR 2025

Messe de la France Libre en Hommage au Général De Gaulle à l’occasion du 55eme anniversaire de sa mort

Cérémonie Commémorative LA CROIX VALMER – Square du Souvenir – 15 AOUT 2025

MARSEILLE-FETE-DU-14-JUILLET-2025

Commémoration de la Bataille de Bir Hakeim

CEREMONIE-COMMEMORATIVE-DU-8-MAI-1945-A-MARSEILLE

Appel à cotisation 2025

RAPPORT AG MVR 13 DECEMBRE 2024