L’étude correspond à un processus de recrutement, d’engagement et d’intégration de Français dans les structures militaires allemandes entre 1941 et 1945.
La première formation majeure est la Légion des volontaires français contre le bolchevisme (LVF), créée en juillet 1941 après l’invasion de l’Union soviétique par l’Allemagne nazie. La BnF rappelle que cette formation naît en 1941, est intégrée à la Wehrmacht, puis est incorporée au début de 1945 dans la division SS Charlemagne. Le Musée de la Résistance en ligne confirme pour sa part que la LVF est créée en juillet 1941 par des partis collaborationnistes pour combattre sur le front russe sous uniforme allemand.
À partir de 1943, une autre filière d’engagement français se met en place dans la Waffen-SS. Les inventaires d’archives du Musée de la Résistance en ligne, issus des fonds du Service historique de la Défense, distinguent clairement les dossiers relatifs à la LVF, aux Français engagés dans le NSKK, aux Français engagés dans la Waffen-SS et enfin aux Français engagés dans la division Charlemagne, ce qui confirme l’existence documentaire et administrative de plusieurs cadres d’incorporation distincts. Le même ensemble d’inventaires mentionne aussi des listes d’engagés, des rapports sur le camp d’entraînement de Cernay et des bulletins de renseignements sur ces volontaires.
Le basculement décisif intervient en 1944-1945. Le Musée de la Résistance en ligne indique que l’acte officialisant la création de la Sturmbrigade Frankreich, unité française de la Waffen-SS, date du 22 juillet 1943. La même source précise qu’à la fin de la guerre une partie des survivants de la LVF et de la Waffen-SS, des engagés de la Kriegsmarine, des Schutzkommandos de l’Organisation Todt et des miliciens en fuite sont regroupés au sein d’une structure française de la Waffen-SS, la division Charlemagne, future 33e division. RétroNews, publication de la BnF, rappelle de son côté que la brigade « France », bientôt division Charlemagne, rassemble environ 1 700 combattants français.
Circonstances
Cet engagement s’inscrit dans la radicalisation de la collaboration française après 1940. Les partis collaborationnistes les plus engagés dans l’alliance avec le Reich, notamment autour de Jacques DORIOT, Marcel DÉAT, Marcel BUCARD ou Eugène DELONCLE, soutiennent dès 1941 l’idée d’une participation française à la guerre hitlérienne contre l’URSS. La notice MVR consacrée à Marcel DÉAT confirme sa participation à la création de la LVF et son rôle dans la promotion d’une alliance militaire avec l’Allemagne.
Le motif idéologique central est l’anticommunisme, mais il ne suffit pas à expliquer tous les engagements. Les fonds d’archives décrits par le Musée de la Résistance en ligne montrent que les services français et alliés ont suivi ces volontaires comme un ensemble composite, mêlant engagement doctrinal, opportunisme, itinéraires de miliciens, anciens collaborationnistes politiques, personnels de formations para-allemandes et, à la fin de la guerre, hommes en fuite cherchant à poursuivre le combat aux côtés du Reich. Les sources consultées ne permettent pas, dans le cadre de cette fiche, de réduire ces parcours à une motivation unique.
Le lien avec la Résistance est indirect mais réel. Plusieurs sources mémorielles françaises rappellent que la LVF, la Milice et les formations françaises au service de l’occupant constituent des cibles de la Résistance ou des auxiliaires de la répression. L’Ordre de la Libération mentionne par exemple que François Fabien LACOMBE participa à la destruction de l’immeuble abritant la LVF à Vichy. MVR et le Maitron signalent aussi des cas où des anciens LVF ou des Français de la Waffen-SS participèrent à l’arrestation, à la traque ou à l’assassinat de résistants.
Figures marquantes
Les principales figures identifiables sont des dirigeants ou des cadres de la collaboration militaire. Jacques DORIOT et Marcel DÉAT figurent parmi les promoteurs politiques de la LVF.
Pour le versant résistant lié à cet objet, on peut seulement citer des combattants ayant affronté ou visé ces formations. L’Ordre de la Libération atteste l’action de François Fabien LACOMBE, résistant Franc-Tireur, contre l’immeuble de la LVF à Vichy. MVR et le Maitron signalent également que Antoine FONLUPT, responsable FTP à Lyon, fut arrêté puis abattu le 18 mars 1944 dans un guet-apens impliquant des membres de la LVF. Ces noms relèvent donc non de l’engagement dans les armées nazies, mais de la lutte résistante contre elles et leurs auxiliaires français.
Victimes
Les principales victimes directement liées à cet objet sont d’abord les volontaires français eux-mêmes morts sur le front de l’Est, puis les résistants et civils frappés par la répression à laquelle participèrent certains anciens LVF, miliciens ou volontaires passés dans la Waffen-SS.
Les sources consultées ici ne donnent pas un bilan chiffré unique et définitif pour l’ensemble des Français morts sous uniforme allemand, mais elles établissent clairement l’existence d’un engagement combattant français dans la Wehrmacht puis dans la Waffen-SS, avec des pertes importantes sur le front soviétique et dans les combats de la fin de guerre.
Du côté de la Résistance, les bases mémorielles confirment plusieurs victimes liées à ces formations. Antoine FONLUPT est l’exemple le plus net dans les résultats consultés, sa mort étant explicitement reliée à des membres de la LVF dans la notice MVR. Le Maitron mentionne également des affaires où des anciens de la LVF ou de la NSKK figurent parmi les assassins ou auxiliaires de la répression, notamment dans des contextes de lutte contre les maquis.
Survivants
Une part des engagés français dans les forces allemandes survécut à la guerre, avant de faire l’objet d’arrestations, d’enquêtes, de procès ou d’internements. Les inventaires du SHD mis en ligne par le Musée de la Résistance en ligne montrent l’existence de dossiers d’arrestation, d’interrogatoires, de bulletins de recherche et de correspondances concernant les Français engagés dans la LVF, la Waffen-SS, le NSKK et la division Charlemagne entre 1944 et 1946. Cette documentation prouve que de nombreux survivants ont été identifiés et suivis après la Libération.
Parmi les survivants du versant collaborationniste devenu ensuite justiciable, Joseph DARNAND est une figure centrale. Le Musée de la Résistance en ligne rappelle qu’il gagna l’Allemagne avec des miliciens avant d’être finalement exécuté à la Libération, ce qui illustre le devenir judiciaire de plusieurs chefs engagés dans cette collaboration armée. Pour d’autres, les parcours d’après-guerre passent par la fuite, l’internement ou la condamnation, selon les cas.
Conséquences
L’engagement de volontaires français dans les armées nazies a eu une portée politique et symbolique majeure. Il a matérialisé la forme la plus radicale de collaboration militaire française avec le Reich, en plaçant des Français sous uniforme allemand sur le front de l’Est puis, pour certains, dans la Waffen-SS. La BnF et le Musée de la Résistance en ligne confirment la continuité institutionnelle allant de la LVF à l’incorporation finale dans la division Charlemagne.
Pour l’histoire de la Résistance, la conséquence principale tient au fait que ces formations furent à la fois des instruments de propagande collaborationniste, des adversaires symboliques et parfois des auxiliaires directs de la répression. Les notices de l’Ordre de la Libération, du Maitron et de MVR montrent que des résistants ont attaqué des locaux de la LVF, que des membres de la LVF ont été impliqués dans des guet-apens ou que des anciens LVF, NSKK ou Waffen-SS ont figuré parmi les agents de la violence anti-résistante.
À la Libération, ces engagements ont débouché sur l’épuration judiciaire et sur une mémoire durablement négative. Le Musée de la Résistance en ligne souligne, à propos de la Milice versée dans Charlemagne, qu’il s’agit du mouvement collaborationniste ayant laissé « les plus sinistres souvenirs » en raison de la violence de ses méthodes. Cette appréciation porte sur la Milice, mais elle éclaire le contexte dans lequel l’engagement final dans la Waffen-SS française a été perçu après-guerre.
Mémoire et lieux commémoratifs
Il n’existe pas, dans les sources mémorielles françaises consultées pour cette recherche, de lieu commémoratif officiel honorant en France les volontaires français des armées nazies. En revanche, la mémoire publique française conserve surtout les traces des résistants qui les ont combattus ou de la répression qu’ils ont exercée.
L’Ordre de la Libération conserve par exemple la mémoire de François Fabien LACOMBE, lié à l’attaque contre le siège de la LVF à Vichy. MVR conserve celle d’Antoine FONLUPT, dont une plaque commémorative rappelle à Lyon le lieu de sa mort après arrestation par des hommes de la LVF.
Sur le plan archivistique, les principaux lieux de mémoire et de recherche sont aujourd’hui le Service historique de la Défense et les bases du Musée de la Résistance en ligne, qui mettent à disposition les inventaires des dossiers consacrés à la LVF, au NSKK, à la Waffen-SS française et à la division Charlemagne. Ces fonds constituent les points d’accès les plus sûrs pour l’étude nominative et institutionnelle du sujet.
Références bibliographiques
Soldats français sous l’uniforme allemand, 1941-1945. LVF et Waffen-SS français Albert MERGLEN. Cet ouvrage est régulièrement cité dans les travaux universitaires récents consacrés aux volontaires français du Reich. Il permet d’aborder ensemble la LVF, la Waffen-SS française et la fin de guerre autour de Charlemagne, avec une attention particulière aux itinéraires individuels, aux effectifs et aux logiques d’engagement. Son intérêt principal réside dans la mise en série de formations souvent étudiées séparément.
La Brigade d’assaut “France” : des volontaires français dans la Waffen-SS Édouard SILL. Publié par RétroNews, ce travail de synthèse historique, fondé sur l’exploitation de la presse et de la documentation de la BnF, restitue la genèse, le recrutement, la propagande et le parcours combattant de la brigade « France », bientôt division Charlemagne. Il est particulièrement utile pour situer la Waffen-SS française dans l’évolution générale de la collaboration militaire.
Le camp de Carrère Bernard LACHAISE et Julien FARGETTAS. Cette ressource bibliographique du Musée de la Résistance en ligne contient une synthèse claire sur les Français sous uniforme allemand, en replaçant la LVF, la Sturmbrigade Frankreich et la division Charlemagne dans une seule continuité. Elle est très utile pour comprendre la transition entre front de l’Est, engagement Waffen-SS et traitement pénitentiaire ou judiciaire d’après-guerre.
De la Milice à la Waffen-SS thème documentaire du Musée de la Résistance en ligne. Cette ressource permet de saisir comment des miliciens français ont poursuivi leur engagement en Allemagne en 1944, jusqu’au versement dans Charlemagne. Elle met l’accent sur le rapport entre collaboration politique, répression intérieure et engagement militaire final dans les structures nazies.
Catalogue général de la BnF, notices sur la Légion des volontaires français contre le bolchevisme Bibliothèque nationale de France. Les notices de collectivité et les ensembles iconographiques de la BnF constituent une base bibliographique et documentaire essentielle pour vérifier les dates, les appellations exactes, les chefs, les cérémonies, les affiches et la propagande de la LVF. Elles sont particulièrement utiles pour sécuriser la terminologie et distinguer la LVF des autres formations françaises au service du Reich.
Références internet
Mémoire Vive de la Résistance Le site ne comporte pas, dans les résultats vérifiés, de fiche exactement consacrée aux volontaires français dans les armées nazies. Il permet toutefois de repérer la confusion possible avec l’Armée des Volontaires, mouvement résistant, et fournit aussi des notices où la LVF apparaît comme acteur de la répression contre des résistants, notamment à Lyon. https://mvr.asso.fr/armee-des-volontaires-francais-contre-le-bolchevisme-et-pour-la-liberation-nationale/
Musée de la Résistance en ligne C’est la source mémorielle française la plus utile pour ce sujet dans les résultats consultés. Elle propose à la fois une analyse d’affiche sur la LVF, des notices sur la Milice et surtout des inventaires d’archives du SHD détaillant les dossiers consacrés à la LVF, au NSKK, aux Français engagés dans la Waffen-SS et à la division Charlemagne. https://museedelaresistanceenligne.org/
Ordre de la Libération Le site n’apporte pas de synthèse générale sur les volontaires français des armées nazies, mais il documente très utilement le point de vue résistant sur cet objet. La notice de François Fabien LACOMBE atteste une action de Résistance contre l’immeuble de la LVF à Vichy, ce qui relie directement ce sujet à l’histoire combattante de la Résistance. https://www.ordredelaliberation.fr/fr/medailles/francois-fabien-lacombe
Gallica / BnF Gallica fournit des affiches et des traces de propagande contemporaines de la LVF, tandis que le catalogue général de la BnF permet de vérifier la chronologie, les cérémonies et les dénominations officielles de la Légion. Cet ensemble est précieux pour documenter l’histoire matérielle et visuelle de la collaboration militaire française. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53074655b.item
Maitron Le Maitron n’offre pas ici de notice thématique générale sur l’ensemble des volontaires français dans les armées nazies, mais il est indispensable pour mesurer leurs interactions avec la Résistance. Il documente des cas où la LVF, la NSKK ou des Français passés par la Waffen-SS apparaissent dans des affaires d’arrestation, de répression ou d’assassinat de résistants et de maquisards. https://maitron.fr/
Sources consultées : Mémoire Vive de la Résistance, Musée de la Résistance en ligne, inventaires du Service historique de la Défense diffusés par le Musée de la Résistance en ligne, Ordre de la Libération, Gallica BnF, catalogue général de la BnF, Maitron, RétroNews, Mémoire des Hommes en vérification annexe, Wikipédia non retenue comme source principale. Les résultats consultés montrent que le sujet ne correspond pas à une action de Résistance, mais à un fait de collaboration militaire croisant l’histoire de la Résistance par la répression, les attaques menées contre la LVF et l’épuration.