Pendant l’Occupation, si Paris était le cœur névralgique du commandement militaire (MBF — Militärbefehlshaber in Frankreich), le pouvoir allemand s’est ramifié sur tout le territoire français à travers des structures administratives, militaires et policières très précises.
1. Les zones annexées : Strasbourg et Metz
L’Alsace et la Moselle ne sont pas simplement occupées, elles sont de facto intégrées au IIIe Reich. Le pouvoir y est civil et total.
- Strasbourg : Siège du Gauleiter Robert Wagner. La ville devient le centre administratif du Gau Baden-Elsaß. Le palais impérial (Place de la République) symbolise cette mainmise.
- Metz : Siège du Gauleiter Josef Bürckel pour le Gau Westmark. La ville est germanisée de force et devient un centre de commandement stratégique pour l’est.
2. Le “Mur de l’Atlantique” : Les bases navales
La puissance allemande s’est concentrée sur la façade maritime, avec des infrastructures massives qui étaient de véritables cités interdites.
- Bordeaux : Un centre de pouvoir majeur. La ville abritait la base sous-marine (BETASOM) pour les U-Boote italiens et allemands, ainsi que l’État-major de la 1re Armée allemande.
- Lorient, Brest et Saint-Nazaire : Ces ports étaient des zones de souveraineté allemande quasi totale, centrées autour de leurs gigantesques bases de sous-marins (Kéroman à Lorient). Le commandement de la Kriegsmarine y dictait sa loi.
3. Lyon : La capitale de la répression
Bien que située en zone libre jusqu’en novembre 1942, Lyon devient après l’invasion de la zone sud un point de bascule stratégique.
- L’Hôtel Terminus et l’École de Santé Militaire : Sièges de la Gestapo (Sipo-SD) sous les ordres de Klaus Barbie. Lyon était le centre de lutte contre la Résistance pour tout le sud de la France. C’est là que le pouvoir policier allemand s’exerçait avec la plus grande brutalité.
4. Vichy : L’ombre du Reich
Même si Vichy était le siège du gouvernement français de Pétain, le pouvoir allemand y était omniprésent via des organes de contrôle.
- L’Hôtel de l’Espérance : Siège de la mission de liaison allemande auprès du gouvernement de Vichy.
- Le commandement militaire : Les officiers allemands surveillaient de très près les ministères français, transformant Vichy en une ville sous haute surveillance diplomatique et militaire.
5. Lille : La zone rattachée
Le Nord et le Pas-de-Calais constituaient une zone à part, rattachée administrativement au commandement militaire allemand de Bruxelles.
- Lille : Siège de l’OFK 670 (Oberfeldkommandantur). Le pouvoir y était plus strict qu’ailleurs en France, car la région était considérée comme une zone de production industrielle et de défense vitale pour le Reich, directement gérée depuis la Belgique occupée.
Tableau récapitulatif des instances de pouvoir
| Ville | Type de pouvoir | Organe principal |
| Strasbourg / Metz | Civil & Politique | Gauleiters (Administration directe) |
| Lille | Militaire (via Bruxelles) | Oberfeldkommandantur |
| Lyon | Policier & Répression | Sipo-SD (Gestapo) |
| Bordeaux | Naval & Logistique | Kriegsmarine (U-Boote) |
| Vichy | Diplomatique | Mission de liaison du Reich |
Note historique : En dehors de ces grands centres, le pouvoir allemand se manifestait localement par les Feldkommandanturen (au niveau du département) et les Kreiskommandanturen (au niveau de l’arrondissement), quadrillant ainsi la moindre parcelle du territoire occupé.