Les exfiltrations d’aviateurs alliés abattus au-dessus de la France reposent sur une chaîne d’actions clandestines : récupération après le crash ou le saut en parachute, hébergement, fourniture de faux papiers, convoyage vers Paris ou vers la zone sud, puis franchissement de la frontière espagnole, départ maritime ou, plus rarement, enlèvement aérien.
Les sources officielles montrent que plusieurs réseaux ont joué un rôle majeur, parmi lesquels Comète, Pat O’Leary, Bourgogne et Shelburn.
Le réseau Shelburn, actif de janvier à août 1944, a ainsi rapatrié 143 hommes, dont 124 aviateurs alliés, lors de huit opérations menées depuis la plage Bonaparte à Plouha.
Le réseau Comète, selon la Fondation de la Résistance, a pris en charge près de 700 militaires alliés entre août 1941 et juin 1944 et en a fait passer 288 en Espagne ; d’autres sources mémorielles et biographiques donnent des chiffres différents selon qu’elles comptent les pris en charge, les passés en Espagne ou les rapatriés finaux, ce qui oblige à manier les totaux avec prudence.
Circonstances
L’exfiltration des aviateurs répond à un double enjeu. Pour les Alliés, il s’agit de récupérer des personnels formés et de tirer de leurs récits des renseignements opérationnels.
Pour la Résistance, l’aide aux aviateurs est à la fois un devoir de solidarité et une forme d’action directement utile à l’effort de guerre allié.
Les filières se structurent en fonction des géographies disponibles : routes pyrénéennes vers l’Espagne, voies méditerranéennes et, en Bretagne, solution maritime vers l’Angleterre.
Les documents du Musée de la Résistance en ligne et de la Fondation de la Résistance montrent aussi que la répression fut constante, les aviateurs étrangers étant particulièrement visibles et les hébergeurs exposés à l’arrestation, à la déportation et parfois à l’exécution.
Héros et figures marquantes
Andrée DE JONGH est la figure fondatrice du réseau Comète, consacré à l’acheminement clandestin d’aviateurs alliés vers l’Espagne, puis vers Gibraltar et l’Angleterre ; la Fondation rappelle qu’il s’agit de l’un des plus grands réseaux d’évasion de la guerre.
Georges BROUSSINE, créateur du réseau Bourgogne, organise à partir de 1943 l’évacuation d’aviateurs alliés abattus en France, d’abord par l’itinéraire Vierzon-Toulouse-Foix puis, à partir de septembre 1943, davantage par Perpignan, avant l’ouverture d’un itinéraire par Pau.
Les membres du réseau Pat O’Leary, dont le docteur George RODOCANACHI et Louis-Henri NOUVEAU, participent aux premières récupérations et évacuations d’aviateurs par les voies méditerranéennes et pyrénéennes ; les sources muséales attribuent à cette filière l’évacuation d’environ six cents aviateurs et soldats alliés.
Paul François CAMPINCHI et les résistants bretons du réseau Shelburn assurent, eux, l’ultime évacuation maritime depuis l’anse Cochat, dite plage Bonaparte, à Plouha.
Victimes
Il n’existe pas de liste globale et close des victimes de l’ensemble du phénomène. Les sources consultées montrent toutefois que les réseaux d’exfiltration ont payé un lourd tribut.
Pour Pat O’Leary, le Musée de la Résistance en ligne évoque la perte d’une centaine d’agents, morts ou déportés.
Le Maitron rappelle également le cas d’Aimable FOUQUEREL, impliqué dans la filière Comète, arrêté puis fusillé, ce qui illustre les risques encourus par les hébergeurs et convoyeurs.
Survivants
Une partie importante des survivants est constituée des aviateurs alliés effectivement rapatriés, mais les sources en ligne consultées ne donnent pas toujours, pour une fiche générale, des listes nominatives complètes.
En revanche, la survie d’acteurs de réseau comme Georges BROUSSINE ou de nombreux résistants de Shelburn est attestée par les mémoriaux et plaques ultérieurs. La prudence impose de ne pas dresser ici une liste exhaustive que les bases consultées ne permettent pas de stabiliser à l’échelle de tout le territoire.
Conséquences
L’exfiltration des aviateurs alliés a permis de remettre en service des combattants expérimentés, de renforcer les liens opérationnels entre populations civiles, réseaux de Résistance et services alliés, et d’enraciner dans de nombreuses régions une mémoire spécifique du secours aux aviateurs.
Elle a également provoqué arrestations, infiltrations et démantèlements de filières entières. L’expérience accumulée par les premiers réseaux, notamment Pat O’Leary, a servi à la réussite de structures ultérieures comme Shelburn.
Mémoire et lieux commémoratifs
La plage Bonaparte à Plouha (Côtes-d’Armor) constitue le principal lieu de mémoire de l’exfiltration maritime menée par Shelburn. À Paris 1er, la plaque à la mémoire du réseau Bourgogne-Évasion et de l’abbé Jean COURCEL rappelle l’engagement d’une filière dédiée aux aviateurs abattus. Dans le Loir-et-Cher, la mémoire du groupe de Fréteval et des aviateurs secourus par Comète est matérialisée par des plaques et monuments commémoratifs.
Références bibliographiques
Helen LONG, Safe Houses are Dangerous, ouvrage consacré au réseau Pat O’Leary. Il éclaire les méthodes d’hébergement, de convoyage et d’évasion, tout en restituant la vulnérabilité structurelle des filières d’aide aux aviateurs alliés. Il est fréquemment mobilisé dans les ressources mémorielles.
Christiane VIGNON, Shelburn : un réseau de résistance, Alain Bargain, 2011. Ce livre est l’un des rares ouvrages centrés sur un réseau spécifiquement voué à l’exfiltration d’aviateurs alliés. Il croise témoignages, mémoire locale et reconstitution des opérations de Plouha.
Michael R. D. FOOT, Des Anglais dans la Résistance. Le Service Secret Britannique d’Action (SOE) en France 1940-1944, Tallandier, 2008. Même si l’ouvrage ne porte pas exclusivement sur les aviateurs, il permet de replacer les filières d’exfiltration dans la stratégie britannique de guerre clandestine et dans les rapports entre SOE, MI9 et réseaux français.
Hugh VERITY, Nous atterrissions de nuit. Les atterrissages secrets de la RAF en France 1940-1944, Viverols, Vario, 1999. Ce livre complète utilement l’histoire des exfiltrations en montrant le recours ponctuel aux enlèvements aériens d’agents et de personnels recherchés, y compris certains aviateurs.
Émilienne EYCHENNE, Pyrénées de la liberté. Les évasions par l’Espagne (1939-1945), Privat, 1998. Cet ouvrage n’est pas centré uniquement sur les aviateurs, mais il demeure indispensable pour comprendre la route espagnole, empruntée par une partie des personnels alliés et des filières d’évasion qui les ont pris en charge.
Références internet
Fondation de la Résistance Les dossiers et lettres de la Fondation donnent des synthèses fiables sur le réseau Comète, sur l’aide aux aviateurs alliés et sur la place des agents de liaison et hébergeurs dans ces filières. https://www.fondationresistance.org/wp-content/uploads/2025/05/LettreResistance095.pdf ; https://www.fondationresistance.org/wp-content/uploads/2025/05/Doc00031.pdf
Musée de la Résistance en ligne Les pages consacrées au réseau Bourgogne et au réseau Pat O’Leary apportent des données précieuses sur les itinéraires, les personnes impliquées, les chiffres et la mémoire. https://museedelaresistanceenligne.org/media5425-Plaque-la-mmoire-du-rseau-Bourgogne-Evasion-et-labb-J-Courcel ; https://museedelaresistanceenligne.org/media5990-Couverture-de-louvrage-i-Safe-Houses-are-Dangerous-i-de-Helen-Long
Mémoire Vive de la Résistance La notice sur le réseau Shelburn, sans être une fiche générale sur toutes les exfiltrations d’aviateurs, fournit un bon résumé du fonctionnement de l’évacuation maritime vers l’Angleterre et de ses résultats. https://mvr.asso.fr/le-reseau-shelburn/
Centre Régional Résistance & Liberté Cette ressource est utile pour l’étude des cas locaux, notamment dans l’Ouest, avec des témoignages, des fiches de réseaux et des mentions d’opérations pick-up. https://www.crrl.fr/module-Contenus-viewpub-tid-2-pid-47.html
Maitron Résistance Les notices biographiques du Maitron permettent de retrouver des hébergeurs, convoyeurs, passeurs et victimes de la répression liées aux filières d’aviateurs, comme Aimable FOUQUEREL. https://fusilles-40-44.maitron.fr/fouquerel-aimable-louis-auguste/
Sources consultées Mémoire Vive de la Résistance, Fondation de la Résistance, Musée de la Résistance en ligne, Ordre de la Libération, Service historique de la Défense, Centre Régional Résistance & Liberté, Gallica BnF, Maitron Résistance, Mémoire des Hommes, Itinéraires Liberté Pyrénées.
Date de vérification : 5 avril 2026.