La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

Au printemps 1944, la 2e Panzerdivision SS Das Reich, unité blindée d’élite de la Waffen-SS aguerrie sur le front de l’Est et sous le commandement du général Heinz Lammerding, est stationnée dans le Sud-Ouest de la France pour se rééquiper et lutter contre la Résistance intérieure.

À la suite du débarquement allié en Normandie le 6 juin 1944, la division reçoit l’ordre de faire mouvement vers le nord pour rejoindre le front normand.

Confrontée aux actions de harcèlement, aux sabotages ferroviaires et aux embuscades tendues par les maquis des Francs-tireurs et partisans français (FTPF) et de l’Armée secrète (AS), la division applique une politique systématique de terreur et de représailles indiscriminées à l’encontre des combattants clandestins et des populations civiles, orchestrant des tueries de masse sur son parcours.

Déroulement de l’opération

Du mois de mai au mois de juin 1944, les colonnes et bataillons de la division SS Das Reich multiplient les exactions et massacres à travers le Quercy, le Limousin et le Périgord. Avant même le débarquement, au mois de mai 1944, des unités du régiment Der Führer mènent des rafles sanglantes dans le Lot et le Tarn-et-Garonne, notamment à Montpezat-de-Quercy, Figeac et Frayssinet-le-Gélat.

À partir du 7 juin 1944, lors de la remontée vers la Normandie, la terreur franchit un degré supplémentaire.

Le 9 juin 1944, à Tulle (Corrèze), en représailles à une attaque du maquis FTP, le régiment Der Führer procède à la pendaison publique de 99 hommes aux balcons et réverbères de la ville et déporte 149 habitants.

Le lendemain, 10 juin 1944, le 1er bataillon du régiment Der Führer commandé par Adolf Diekmann encercle le village d’Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne), rassemble les habitants, mitraille les hommes dans des granges et enferme les femmes et les enfants dans l’église avant d’y mettre le feu et de détruire intégralement le bourg, massacrant 643 civils.

Parallèlement, d’autres détachements commettent des tueries à Rouffillac, Argenton-sur-Creuse, Bagnères-de-Bigorre et Marsoulas.

Figures marquantes

Heinz LAMMERDING, général SS (SS-Gruppenführer), commandant en chef de la 2e Panzerdivision SS Das Reich, donne les ordres de répression impitoyable contre la Résistance et la population civile, condamné à mort par contumace en France en 1953, jamais extradé par la République fédérale d’Allemagne, mort en 1971.

Adolf DIEKMANN, commandant SS (SS-Sturmbannführer) du 1er bataillon du régiment Der Führer, organisateur et exécuteur direct du massacre d’Oradour-sur-Glane, tué au combat en Normandie le 29 juin 1944.

Helmut KAMPFE, commandant SS (SS-Sturmbannführer) du 3e bataillon du régiment Der Führer, capturé par le maquis FTP de Georges Guingouin le 9 juin 1944, exécuté par la Résistance, événement ayant servi de prétexte immédiat au massacre d’Oradour-sur-Glane.

Georges GUINGOUIN, chef départemental des FFI de Haute-Vienne, organisateur du maquis du Limousin dont les actions de harcèlement ont ralenti la progression de la division Das Reich, survivant.

Victimes Les exactions commises par la division SS Das Reich entre mai et juin 1944 font plus de 1 000 victimes civiles et combattantes. Parmi les actes majeurs figurent les 643 martyrs d’Oradour-sur-Glane (dont 247 femmes et 205 enfants), les 99 pendus de Tulle, ainsi que les dizaines de fusillés et massacrés de Figeac, Frayssinet-le-Gélat, Rouffillac, Argenton-sur-Creuse et Marsoulas.

Survivants

Robert HÉBRAS, habitant d’Oradour-sur-Glane, l’un des rares survivants du massacre du 10 juin 1944 extrait de la grange Laudy, consacré jusqu’à son décès à la transmission de la mémoire du drame.

Marguerite ROUFFANCHE, seule femme à avoir échappé au brasier de l’église d’Oradour-sur-Glane en sautant par un vitrail.

Georges GUINGOUIN poursuit son action militaire jusqu’à la Libération avant de devenir maire de Limoges.

Conséquences

Les massacres perpétrés par la division Das Reich constituent les crimes de guerre les plus meurtriers commis par la Wehrmacht et la Waffen-SS sur le territoire français pendant la Seconde Guerre mondiale.

D’un point de vue militaire, les actions de harcèlement menées par la Résistance ont retardé de plusieurs jours précieux l’arrivée de la division blindée sur le front de Normandie.

Après-guerre, le procès de Bordeaux en 1953 a jugé les responsables et exécutants du massacre d’Oradour-sur-Glane, suscitant de vives tensions mémorielles et politiques en raison de l’implication de conscrits alsaciens incorporés de force (les « Malgré-nous »).

Mémoire et lieux commémoratifs

Centre de la Mémoire et village martyr d’Oradour-sur-Glane, ruines conservées en l’état et musée mémorial, commune d’Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne).

Haut-Lieu de la Mémoire des Martyrs de Tulle, mémorial du site de Cueille en hommage aux 99 pendus et déportés, commune de Tulle (Corrèze).

Stèle des Martyrs de Frayssinet-le-Gélat, monument commémoratif dédié aux victimes exécutées et pendues le 21 mai 1944, commune de Frayssinet-le-Gélat (Lot).

Références bibliographiques

Oradour-sur-Glane : Vision d’un massacre, Guy Penaud, Éditions Lucien Souny, 2014. Cet ouvrage historique de référence étudie en profondeur la journée du 10 juin 1944 et le parcours de la 2e Panzerdivision SS Das Reich à travers le Limousin. L’auteur analyse la chaîne de commandement, le contexte de la lutte contre le maquis et déroule la chronologie précise du massacre du village martyr. L’étude croise les rapports militaires allemands, les témoignages des rares survivants et les actes du procès de Bordeaux.

Das Reich : La 2e Panzerdivision SS et du débarquement en Normandie au massacre d’Oradour, Max Hastings, Éditions Pygmalion, 2000. Rédigé par un historien militaire britannique reconnu, cet ouvrage retrace l’itinéraire complet de la division Das Reich de son stationnement dans le Sud-Ouest jusqu’au front normand. L’auteur y décrit les combats contre la Résistance française, la doctrine de guerre totale appliquée par la SS et l’impact stratégique des retards subis par l’unité blindée.

Tulle : Nuit noire et pendaisons, Bruno Kartheuser, Éditions Neundorf, 2004. Cette recherche fouillée en plusieurs volumes documente les événements tragiques survenus à Tulle les 8 et 9 juin 1944. L’auteur s’appuie sur une masse d’archives allemandes et françaises inédites pour reconstituer la prise de la ville par le maquis, la réoccupation par la division Das Reich et l’exécution méthodique des 99 hommes suspendus aux balcons de la cité corrézienne.

Les Crimes de la division Das Reich, Jean-Jacques Fouché, Éditions Ouest-France, 2012. Cet essai historique dresse un bilan général et cartographié des exactions commises par la division SS dans l’ensemble des départements traversés (Lot, Tarn-et-Garonne, Dordogne, Corrèze, Haute-Vienne, Indre). L’auteur analyse la culture de violence extrême de la Waffen-SS forgée sur le front de l’Est et transférée sur le théâtre d’opérations français contre les civils et la Résistance.

Références internet

Maitron Résistance Le dictionnaire biographique du mouvement ouvrier et des fusillés, massacrés, exécutés sous l’Occupation consacre une multitude de notices complètes aux victimes des exactions de la division Das Reich. Il documente minutieusement les massacres de Tulle, d’Oradour-sur-Glane, de Figeac et de Frayssinet-le-Gélat, en proposant un état civil vérifié pour chaque fusillé ou martyr. https://fusilles-40-44.maitron.fr/

Musée de la Résistance en ligne Cette plateforme spécialisée héberge des dossiers thématiques, des expositions virtuelles et des documents d’archives consacrés aux maquis du Sud-Ouest et à la répression subie en juin 1944. Elle propose des cartes du parcours de la 2e Panzerdivision SS Das Reich et des explications détaillées sur la réponse apportée par les FFI et les Francs-tireurs. http://www.museedelaresistanceonline.org/

Mémoire des Hommes Portail officiel du ministère des Armées regroupant les registres nationaux des personnes mortes en déportation, des fusillés et des combattants de la Seconde Guerre mondiale. Il permet de consulter les fiches individuelles et les dossiers d’homologation des résistants et victimes civiles tués par la division SS Das Reich lors de sa remontée vers la Normandie. https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/

Fiabilité

Fiabilité A : Documentation historique, académique et judiciaire croisée avec les bases de données archivistiques nationales officielles.

Sources consultées

Maitron Résistance, https://fusilles-40-44.maitron.fr/

Musée de la Résistance en ligne, http://www.museedelaresistanceonline.org/

Mémoire des Hommes, https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/

Fondation de la Résistance, https://www.fondationresistance.org/

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