Le Plan Bleu constitue l’un des volets techniques majeurs préparés par la Résistance intérieure et les services de Londres pour accompagner le débarquement allié.
Sa mise en application générale débute dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, suite à la diffusion de messages codés sur la BBC, dont le célèbre vers de Verlaine pour certains réseaux, bien que le Plan Bleu ait possédé ses propres signaux.
L’opération vise la destruction systématique des pylônes de haute tension, des transformateurs et des sous-stations électriques sur l’ensemble du territoire occupé.
Les actions sont menées par des groupes de l’Organisation de Résistance de l’Armée (ORA), des Francs-Tireurs et Partisans (FTP) et des mouvements de l’Armée Secrète (AS), souvent encadrés par des ingénieurs et techniciens de l’EDF ou de la CPDE passés à la clandestinité.
La localisation des cibles est nationale, avec une concentration stratégique sur les lignes alimentant les bases de sous-marins de l’Atlantique, les industries de guerre et les infrastructures ferroviaires électrifiées.
Le bilan immédiat est une désorganisation massive du réseau électrique, privant l’occupant de l’énergie nécessaire aux communications et au transport des troupes vers le front de Normandie.
Le Plan Bleu s’inscrit dans la stratégie globale de “paralysie” de l’arrière-garde allemande. Il a été conçu dès 1943 par le Bureau Central de Renseignements et d’Action (BCRA) à Londres, en étroite collaboration avec l’État-Major de la Résistance.
L’intérêt stratégique est d’empêcher les usines travaillant pour la Wehrmacht de fonctionner et surtout de bloquer les lignes de chemin de fer électrifiées, complétant ainsi le Plan Vert.
Ce plan repose sur une expertise technique pointue afin de cibler les points névralgiques dont la réparation est longue et complexe, comme les pylônes d’angle ou les transformateurs de grande puissance, plutôt que de simples câbles facilement remplaçables.
Le principal concepteur et coordinateur technique est l’ingénieur Marcel PAUL, figure de la Résistance syndicale et membre du Front National, qui a structuré les groupes de résistants au sein des services électriques.
René HARDY, bien que son rôle soit sujet à controverses historiques majeures concernant l’affaire de Caluire, a été l’un des responsables techniques de la coordination des plans de transport et d’énergie au sein de Résistance-Fer.
Robert KELLER, ingénieur aux PTT, a également joué un rôle indirect mais crucial dans le renseignement lié aux infrastructures avant son arrestation.
Ces hommes appartenaient à divers mouvements comme l’Organisation de Résistance de l’Armée ou les mouvements unis de la Résistance, agissant sous la direction du COMAC.
Victimes
Les victimes du Plan Bleu sont principalement des résistants capturés lors des opérations de sabotage ou suite à des dénonciations.
On compte de nombreux fusillés au Mont-Valérien ou dans les carrières de province, ainsi que des déportés “Nacht und Nebel”.
Parmi eux, des techniciens anonymes de l’électricité qui ont payé de leur vie leur connaissance du réseau mise au service de la Libération.
Survivants
Marcel PAUL a survécu à la déportation à Buchenwald et est devenu ministre de la Production industrielle à la Libération, où il a porté la nationalisation de l’électricité (EDF).
De nombreux agents des réseaux de Résistance-Fer et des secteurs énergétiques ont repris leur poste après-guerre, témoignant de l’efficacité technique des sabotages lors des commissions d’épuration et de reconstruction.
Conséquences
La portée du Plan Bleu est considérable puisque, combiné aux autres plans, il a plongé des régions entières dans le noir, entravant la logistique allemande.
La réaction de l’occupant fut brutale, incluant l’exécution d’otages et la garde armée des transformateurs restants.
Sur le plan symbolique, il a démontré la capacité de la Résistance à frapper l’infrastructure technique de l’ennemi.
Mémoire et lieux commémoratifs
Le Monument de la Résistance et de la Déportation de l’Espace EDF à Paris rend hommage aux électriciens et gaziers tombés pour la France.
Une plaque commémorative se trouve au siège de l’actuel transporteur d’électricité à Paris, rappelant l’engagement des cadres du Plan Bleu.
La rue Marcel PAUL dans plusieurs communes françaises honore le dirigeant des électriciens résistants.
Références bibliographiques
La Résistance chez les électriciens et gaziers écrit par l’Association des Amis du Musée de la Résistance. Cet ouvrage détaille l’organisation technique du Plan Bleu et le rôle des syndicats dans le sabotage des infrastructures énergétiques. Il offre une vision précise des méthodes utilisées pour neutraliser les transformateurs sans détruire définitivement l’outil de production national.
Les réseaux de la Résistance par de Sébastien ALBERTELI. Ce livre de référence analyse la structure des plans de sabotage dont le Plan Bleu fait partie intégrante. L’auteur explique comment Londres et Alger ont coordonné ces actions de grande ampleur pour préparer le jour J à travers les différents services comme le BCRA.
La Libération de la France sous la direction de Jean-Pierre AZÉMA. Cet ouvrage replace le Plan Bleu dans le contexte militaire global de l’été 1944. On y trouve des analyses sur l’impact réel des sabotages électriques sur la mobilité des divisions blindées allemandes et la désorganisation du commandement de la Wehrmacht.
Dictionnaire historique de la Résistance dirigé par François MARCOT. Une entrée spécifique traite des plans de sabotage et détaille les objectifs tactiques du Plan Bleu. Ce dictionnaire permet de comprendre les enjeux techniques et les interactions entre les différents mouvements de résistance intérieure.
Mémoires d’un électricien résistant par un collectif d’anciens combattants de l’énergie. Ce recueil de témoignages illustre le quotidien des techniciens ayant participé à l’application du Plan Bleu sur le terrain. Il décrit les risques encourus lors des poses d’explosifs sur les pylônes de haute tension.
Références internet
Musée de la Résistance en ligne Ce site propose des dossiers pédagogiques complets sur les plans de sabotage (Bleu, Vert, Rouge) avec des reproductions de documents originaux du BCRA. On y trouve des cartes des pylônes sabotés et des explications sur la coordination avec les Alliés. https://www.museedelaresistanceenligne.org
Fondation de la Résistance Le portail propose des fiches thématiques sur la résistance technique et le rôle des ingénieurs dans la paralysie de l’appareil de production allemand. Il permet de consulter des notices biographiques sur les principaux responsables du Plan Bleu. https://www.fondationresistance.org
Maitron Résistance Cette base de données biographique est essentielle pour retrouver le parcours des électriciens et techniciens fusillés ou déportés suite à des actions liées au Plan Bleu. Elle offre une documentation rigoureuse sur l’engagement syndical et résistant. https://fusilles-40-44.maitron.fr
Mémoire des Hommes Le site officiel du ministère des Armées permet de vérifier le statut de “déporté” ou “mort pour la France” des agents impliqués dans les sabotages électriques. Il contient des dossiers individuels sur les membres des réseaux de renseignement et d’action. https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr
Ordre de la Libération Ce site documente les actions d’éclat de certains Compagnons de la Libération qui ont supervisé les plans de sabotage à l’échelle régionale ou nationale. Les décrets de citation mentionnent souvent la réussite des missions liées à la paralysie énergétique. https://www.ordredelaliberation.fr
Sources consultées Maitron Résistance, Fondation de la Résistance, Musée de la Résistance en ligne, Mémoire des Hommes, Ordre de la Libération, Gallica BnF, Service Historique de la Défense (SHD), site Mémoire Vive de la Résistance (vérification faite : aucune fiche globale “Plan Bleu” n’existe, uniquement des notices individuelles ou de réseaux).Date de vérification : 30 mars 2026