La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

Ville portuaire clé, Bordeaux joue un rôle central durant l’Occupation : nœud logistique, zones portuaires occupées, présence de services d’État en exil… Elle devient un point de concentration pour les réseaux de Résistance, les civils engagés et les actions clandestines.

Réseaux de Résistance : émergence, structuration, opérations

  • Réseau Organisation civile et militaire (OCM) – fondé en 1941 à Bordeaux par André Grandclément, il se structure rapidement, affiliant des groupes organisés, fomente des parachutages, des maquis, des filières de renseignement, en lien avec le SOE britannique.
  • L’« Affaire Grandclément » (1943–1944) marque un tournant sombre : suspecté de collusion avec la Gestapo, il est jugé et exécuté par ses pairs résistants, ce qui affaiblit profondément la Résistance en Gironde.

En 1943, la Résistance française connaît une phase cruciale. Les réseaux se multiplient, les liaisons avec Londres s’intensifient, mais les infiltrations, trahisons et répressions s’accroissent aussi. Dans la région de Bordeaux et de la Gironde, le mouvement « Organisation Civile et Militaire » (OCM) est particulièrement actif.

C’est dans ce contexte que surgit l’« affaire Grandclément », qui allait profondément marquer la mémoire de la Résistance locale.

Qui était André Grandclément ?

André Grandclément (1909–1944), ancien avocat bordelais, devient chef de l’OCM pour la Gironde en 1942. Intelligent, organisé, il contribue à structurer un mouvement régional efficace, en lien avec d’autres réseaux.Son autorité et son rôle central en font rapidement une figure incontournable de la Résistance en Aquitaine.

L’« affaire » : collusion avec la Gestapo

À partir de 1943, Grandclément est soupçonné de relations ambiguës avec la Gestapo de Bordeaux.

Il aurait accepté un compromis avec les Allemands : maintenir certaines activités (notamment l’aide aux prisonniers de guerre) en échange d’un relâchement de la lutte armée.Plusieurs arrestations de résistants dans la région sont attribuées à ses contacts ; de là naît l’accusation de trahison.

L’affaire est d’autant plus grave que les réseaux de Gironde avaient déjà subi des pertes (notamment l’affaire dite de la « bande à Dubosc » et les coups de filet de la police allemande).

En 1944, face à l’accumulation de preuves et de soupçons, les instances résistantes décident de juger Grandclément. Le procès clandestin est mené par ses pairs résistants (dans un contexte où l’appareil judiciaire officiel est discrédité).Grandclément est condamné à mort pour intelligence avec l’ennemi.

Il est exécuté par la Résistance à l’été 1944, quelques semaines avant la Libération de Bordeaux.

Cette affaire porte un coup très dur à la Résistance en Gironde, semant le doute et la méfiance au sein des groupes locaux.Elle illustre les tensions extrêmes de la lutte clandestine : nécessité de préserver la sécurité des réseaux, mais risque de divisions internes.Après la guerre, le cas Grandclément est devenu emblématique des dilemmes de la Résistance : jusqu’où aller dans les compromis ? comment juger un responsable soupçonné de trahison ?

L’« affaire Grandclément » est encore discutée par les historiens : certains soulignent la réalité des contacts avec la Gestapo, d’autres insistent sur l’ambiguïté des preuves et sur le climat de suspicion de l’époque.Dans tous les cas, elle reste un tournant sombre de la Résistance girondine, rappelant les fragilités humaines au cœur de la lutte clandestine.

  • Mouvements unis de la Résistance (MUR) – dirigés localement par Georges Bonnac, syndicaliste et militant socialiste, qui prend la tête en région B, organise des structures clandestines, contribue à la coordination régionale jusqu’à son arrestation et déportation fin mai 1944.
  • Réseau Armée Secrète (AS) et Corps-Franc de la Libération (CFL) – encadrés par Maurice Sère, enseignant devenu chef de section sud de Bordeaux, organisateur de parachutages, sabotages, formations et opérations maquis, notamment après la mort de Nouaux.

Acteurs et figures marquantes

  • André Grandclément : acteur structurant de la Résistance girondine (OCM), son verdict controversé et son exécution par ses alliés génèrent une désorganisation durable.
  • Georges Bonnac : syndicaliste et leader des MUR, incarne la Résistance locale jusqu’à sa capture et sa déportation vers Mauthausen où il meurt en janvier 1945.
  • Maurice Sère : formateur, instructeur d’artificiers et de saboteurs, coordinateur d’opérations armées et schlague majeure dans la libération bordelaise.
  • Henri Salmide (Heinz Stahlschmidt) : maître-artificier allemand qui provoque l’explosion d’un blockhaus en août 1944 pour empêcher la destruction des quais du port de Bordeaux par les Allemands. Grâce à des résistants bordelais (frères Moga), il sera sauvé.

Evénements marquants et répression

  • Attentat contre Hans Reimers, haut responsable militaire allemand, le 21 octobre 1941. L’opération est suivie de représailles lourdes : trois compagnons exécutés au Fort du Hâ, cinquante otages fusillés le 24 octobre au camp de Souge.

Le 21 octobre 1941, un commando de jeunes résistants communistes bordelais (issus des premiers « Bataillons de la Jeunesse ») organise un attentat contre un haut responsable militaire allemand, le colonel Hans Reimers, commandant du Gross Paris (autorité militaire sur Bordeaux et sa région).

Reimers est abattu rue du Palais-Gallien, au cœur de Bordeaux. Cet attentat constitue l’un des premiers assassinats ciblés d’un officier allemand en France occupée, suivant la ligne offensive décidée par le Parti communiste clandestin après l’invasion de l’URSS (juin 1941).

La réaction allemande est implacable :Trois résistants arrêtés, considérés comme complices, sont exécutés dès le lendemain, 22 octobre 1941, au Fort du Hâ (ancienne forteresse bordelaise utilisée comme prison par l’occupant). Surtout, les autorités nazies appliquent la politique des otages fusillés en représailles : cinquante otages sont exécutés le 24 octobre 1941 au camp de Souge (commune de Martignas-sur-Jalle, à l’ouest de Bordeaux). Ces otages sont pour la plupart des militants communistes, syndicalistes ou résistants déjà internés.

Cet épisode inaugure à Bordeaux le cycle tragique des exécutions massives d’otages : le camp de Souge deviendra l’un des hauts lieux de la répression nazie en France, avec près de 300 fusillés entre 1940 et 1944.

L’attentat et ses représailles marquent un tournant dans la Résistance locale : d’un côté, la volonté d’action armée s’affirme ; de l’autre, la population est frappée par la brutalité des représailles collectives. La mémoire de Souge reste associée à cet épisode fondateur du martyrologe girondin.

Aujourd’hui, le mémorial du camp de Souge honore les 300 fusillés. L’attentat contre Hans Reimers et les fusillés d’octobre 1941 y occupent une place centrale.

À Bordeaux même, plusieurs plaques rappellent l’attentat et l’exécution des trois résistants au Fort du Hâ. L’événement est devenu symbolique de l’entrée dans la lutte armée en France occupée et de la violence des représailles nazies.

  • Libération de Bordeaux, le 28 août 1944 : la ville est libérée sans combat majeur local. Les résistants assurent le départ des Allemands avant leur repli complet.

Mémoire et lieux commémoratifs

  • Centre national Jean‑Moulin de Bordeaux (créé en 1967, intégré au musée d’Aquitaine) conserve archives, objets, témoignages de la Résistance, de la déportation et des FFL.
  • Musée d’Aquitaine propose une visite-guidée historique en ville, passant par le Grand Théâtre, le Pont de Pierre, la place Pey‑Berland, pour retracer témoignages de l’Occupation et des actions résistantes.

Références bibliographiques

  • Bordeaux brûle-t-il ? : la libération de la Gironde, 1940-1945 Dominique Lormier, Dossiers d’Aquitaine, 1998 Cet ouvrage retrace les mécanismes de la Résistance en Gironde, les maquis, les opérations clandestines, les témoignages de résistants et l’épisode dramatique de la libération. Il donne une vision globale du rôle de Bordeaux dans la lutte contre l’occupation allemande.  
  • Bordeaux sous l’Occupation Dominique Lormier, Geste Éditions (beaux livres) Un panorama illustré de Bordeaux pendant l’Occupation (1940-1944) : l’implantation allemande, les structures de répression, la vie quotidienne, la naissance et le développement des réseaux de Résistance, ainsi que les tensions entre différents mouvements.  
  • Une résistance française : chronique bordelaise 1940-1945 Alain Véron-Eyquem, Lavauzelle, 2025 Témoignage familial centré sur Bordeaux, livré comme une chronique : l’auteur raconte les actions menées par son père (ingénieur du génie rural) au cœur de Bordeaux, ses compromis officiels apparents et ses efforts clandestins dans l’ombre. Permet de saisir des épisodes localisés sur Bordeaux.  

Références internet

  • Musée d’Aquitaine / Ville de Bordeaux — mission politique mémorielle Le site décrit la politique mémorielle de Bordeaux, les projets de mémoire liés à l’Occupation, les expositions sur la Shoah et la Résistance, et les initiatives de commémoration (pavés de la mémoire, plaques, etc.).https://www.musee-aquitaine-bordeaux.fr/propos-de-nous/un-musee-pour-lhistoire-la-memoire-le-patrimoine-et-le-matrimoine/la-mission-politique-memorielle-de-la-ville-de-bordeaux
  • Bordeaux : les mémoires dans l’espace public Page municipale sur les mémoires visibles dans l’espace public de Bordeaux : plaques commémoratives, monuments, parcours de mémoire, inscriptions de mémoire résistante, etc. https://www.bordeaux.fr/bordeaux-les-memoires-dans-lespace-public

  • OpenEdition / IRHIS — Ici l’ombre. Vivre la clandestinité : l’exemple du réseau Bordeaux-Loupiac Article universitaire analysant le réseau d’évasion Bordeaux-Loupiac au sein de la Résistance : fonctionnement, clandestinité au quotidien, pratiques de dissimulation, défis posés par la répression. Permet de comprendre la nature des réseaux résistants à Bordeaux. https://books.openedition.org/irhis/8284?lang=en
  • Le gaullisme historique à Bordeaux (1940-1945) Persée Analyse historique du gaullisme à Bordeaux pendant l’Occupation : les premiers adhérents, les actions locales, les personnalités engagées, les rapports entre le mouvement gaulliste et d’autres mouvements résistants.https://www.persee.fr/doc/scpob_0000-0001_1990_act_2_1_850

  • Destinées juives à Bordeaux — exposition virtuelle La section “Bordeaux” retrace le sort des Juifs à Bordeaux durant la guerre : les rafles, l’internement à Mérignac, la déportation. Bien que centré sur la question juive, le site présente aussi les contextes de lutte, d’entraide et de résistance locale.https://destinees-juives.expositionsvirtuelles.fr/fr/sections/bordeaux/

  • Centre national Jean-Moulin / Musée d’Aquitaine — Ce centre est dédié à la Résistance, à la Déportation et aux Forces françaises libres. Il héberge des archives, un parcours muséographique à Bordeaux, et produit des documents de référence sur la Résistance dans la région bordelaise.https://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_national_Jean-Moulin

  • Notice Wikipédia — Georges Bonnac Notice biographique du militant et résistant bordelais Georges Bonnac (chef régionaux des Mouvements unis de la Résistance dans la région B). Permet de relier des acteurs que vous pourriez vouloir répertorier dans votre base. https://fr.wikipedia.org/wiki/Georges_Bonnac

Lettre d'information

Les derniers PDF

AG MVR 2025

Messe de la France Libre en Hommage au Général De Gaulle à l’occasion du 55eme anniversaire de sa mort

Cérémonie Commémorative LA CROIX VALMER – Square du Souvenir – 15 AOUT 2025

MARSEILLE-FETE-DU-14-JUILLET-2025

Commémoration de la Bataille de Bir Hakeim

CEREMONIE-COMMEMORATIVE-DU-8-MAI-1945-A-MARSEILLE

Appel à cotisation 2025

RAPPORT AG MVR 13 DECEMBRE 2024