Onze jours après le débarquement, la VIIᵉ Armée US et l’Armée B française travaillent sur trois objectifs simultanés : terminer la prise de Toulon, achever la réduction de Marseille et fermer définitivement le couloir de retraite allemand dans la vallée du Rhône.
Les lignes alliées s’étirent désormais de la Méditerranée aux abords de Valence, mais pénuries d’essence, manque d’artillerie lourde et routes saturées brident l’exploitation.
Toulon : reddition de la garnison
Au lever du jour les derniers forts isolés (Lamalgue, Artigues, Saint-Antoine et positions du Mourillon) capitulent les uns après les autres.
À 10 h 40, le contre-amiral Heinrich Ruhfus accepte la reddition inconditionnelle ; près de 25 000 prisonniers défilent dans la soirée vers des points de rassemblement improvisés tandis que les tirailleurs algériens hissent le drapeau tricolore sur l’arsenal.
Les canons lourds de la batterie de Saint-Mandrier, retranchés sur la presqu’île, continuent toutefois de tirer et ne se rendront que le 28 août.
Difficultés rencontrées :
– réseau de souterrains encore truffé de mines et pièges à charges creuses ;
– manque d’obus perforants pour neutraliser les casemates finales ;
– premiers problèmes sanitaires (eau, épidémies) liés à la gestion de milliers de captifs.
Marseille : poches de résistance du Vieux-Port
La 3ᵉ DIA contrôle tout le centre-ville jusqu’à la Canebière. Les hauteurs de Notre-Dame-de-la-Garde, prises dans la nuit, servent désormais d’observatoire d’artillerie.
Le combat se concentre autour du fort Saint-Nicolas et du fort Saint-Jean, que l’artillerie de 75 mm et quelques chars de la 1ʳᵉ DB bombardent sans répit.
Le 26 août, les mines flottantes radioguidées lancées par la Kriegsmarine contre les dragueurs de chenaux sont détruites ; huit explosent sans atteindre leur cible.
Les FFI continuent à nettoyer les derniers nids de tireurs isolés autour du Vieux-Port.
Difficultés rencontrées :
– forts médiévaux épais de plus de 3 m de maçonnerie, difficiles à réduire sans pièces de 90/155 mm ;
– bassin Vieux-Port encombré par les navires sabordés, gênant l’appui-feu naval et les futurs travaux portuaires ;
– coordination délicate entre troupes régulières et groupes FFI dispersés.
Vallée du Rhône : bataille acharnée autour de Montélimar
La 36ᵉ DI US tient toujours la crête de Hill 300 – Sauzet, mais n’a pas fermé la RN 7. Le 26 août :
- 11 h 30 : un bataillon du 305ᵉ Grenadier attaque Hill 430 ; repoussée par l’artillerie américaine.
- 13 h 30 : deux compagnies du 143ᵉ RI, renforcées de quelques M4, descendent vers la nationale ; stoppées dans le feu croisé des groupes Wilde et Thieme de la 11ᵉ Panzer.
- 15 h 30 : contre-attaque allemande entre Bonlieu et le Roubion ; la ligne US cède d’un kilomètre avant d’être rétablie au crépuscule.
Malgré plusieurs barrages d’artillerie, les Américains ne disposent que d’une vingtaine de coups par pièce ; la circulation allemande reste intermittente sur la RN 7.
Difficultés rencontrées :
- pénurie chronique d’essence et de camions : certains bataillons arrivent encore à pied, incapables de concentrer la masse nécessaire pour bloquer la route ;
- munitions rationnées : artillerie réduite à 25 coups/155 mm ; priorité donnée aux cibles sur la RN 7 ;
- documents US perdus la veille donnant à l’ennemi un aperçu du dispositif, favorisant ses contre-manœuvres.
Progression sur le flanc nord
La 3ᵉ DI US atteint Orange dans l’après-midi, mais faute de carburant ne peut pousser jusqu’à Valence. Les ponts sur le Rhône étant détruits, l’avance reste cantonnée à la rive gauche, laissant aux Allemands la possibilité de franchir la Drôme pendant la nuit.
Bilan tactique au soir du 26 août
| Axe | Situation | Observations |
| Toulon | Capitulation générale signée ; base navale presque intacte | Batterie Saint-Mandrier tient encore jusqu’au 28 août |
| Marseille | Centre-ville sécurisé, forts côtiers encerclés | Sabotages portuaires prolongent les combats |
| Montélimar | Hill 300 tenue mais N-7 toujours ouverte | 11ᵉ PzD empêche la fermeture complète du piège |
| Rhône Nord | 3ᵉ DI atteint Orange | Carburant insuffisant pour exploitation vers Valence |
La logistique reste le frein majeur : 100 000 gallons/j nécessaires, à peine un jour de stock disponible sur les plages, tandis que chaque aller-retour de camion vers l’arrière représente 470 km.
Lieu de mémoire
À quelques kilomètres au sud de Montélimar, la stèle de La Coucourde – Hill 300 rend hommage aux fantassins texans de la 36ᵉ DI et aux artilleurs de la 59ᵉ FAB qui tinrent la crête les 25-27 août.
Des panneaux expliquent la bataille du « carré » et la lutte pour couper la RN 7, illustrée de cartes et de témoignages de vétérans américains et allemands.