Adrien Fernand Marie Joseph Ghislain VAN DEN BRANDEN DE REETH, alias « Fernand » et, après-guerre, auteur sous le pseudonyme « Nirade », né le 8 juin 1899 à Watermael-Boitsfort (Belgique), mort le 26 juillet 1980 à Uccle (Belgique), belge.
Jeunesse et formation
Adrien van den Branden de Reeth naquit dans une famille de la noblesse belge. Il était l’aîné des huit enfants du baron Raymond van den Branden de Reeth, magistrat devenu premier avocat général près la cour d’appel de Bruxelles, et d’Hortense du Roy de Blicquy. Il effectua ses études secondaires au collège Saint-Michel de Bruxelles, où il termina sa rhétorique en 1915.
Son premier engagement contre l’occupation allemande remonta à la Première Guerre mondiale. Encore adolescent, il distribua clandestinement La Libre Belgique. En 1917, il tenta de rejoindre l’armée belge en franchissant la frontière néerlandaise, mais fut arrêté à Mouland puis interné pendant environ seize mois dans plusieurs camps allemands. Cette première captivité contribua durablement à former sa culture patriotique et son hostilité aux occupations militaires.
Après la guerre, il obtint un doctorat en droit et entra dans la magistrature. Il fut nommé substitut du procureur du roi à Anvers en 1923, puis à Bruxelles en 1924, premier substitut en 1935 et substitut du procureur général en décembre 1937. Il épousa en 1923 Marie-Madeleine, baronne d’Huart, avec laquelle il eut huit enfants.
Engagement dans la Résistance
Lors de la Seconde Guerre mondiale, Adrien van den Branden de Reeth s’opposa aux ingérences de l’occupant dans l’administration de la justice. Les sources le présentent comme l’un des animateurs d’une résistance intérieure à la magistrature belge. Il fut incarcéré à la forteresse de Huy, ce qui lui valut une nouvelle reconnaissance comme prisonnier politique.
Il participa à la création de Justice libre, publication clandestine destinée aux milieux judiciaires. Cette initiative visait à maintenir les principes de l’indépendance de la magistrature, à combattre la politique de collaboration et à mobiliser les juristes contre l’ordre imposé par l’occupant. Autour de cette publication se forma un groupe de magistrats et d’avocats engagé dans le Front de l’Indépendance.
Son engagement prit également une dimension publique et satirique lorsqu’il rejoignit l’équipe de rédaction du Faux Soir, diffusé le 9 novembre 1943.
Appartenance à un réseau ou mouvement
Adrien van den Branden de Reeth appartenait au Front de l’Indépendance et au groupe de résistance judiciaire constitué autour de Justice libre. Il utilisait dans la clandestinité le prénom ou pseudonyme « Fernand », signalé par le CegeSoma pour la préparation du Faux Soir.
La nature exacte de son rattachement organique au Front de l’Indépendance avant 1944 n’est pas entièrement détaillée dans les sources ouvertes. À la Libération, il en devint cependant secrétaire national, ce qui confirme l’importance des responsabilités qu’il avait acquises dans le mouvement.
Missions et actions
Dans le cadre de la résistance judiciaire, Adrien van den Branden de Reeth participa à la rédaction et à la diffusion de Justice libre. Son activité consistait à défendre les principes de légalité, d’indépendance des magistrats et de refus de la collaboration institutionnelle. Les sources accessibles ne permettent pas de reconstituer chaque texte qu’il écrivit ni chaque liaison qu’il assura.
À l’automne 1943, il fut choisi avec Fernand Demany et Pierre Ansiaux pour composer le faux numéro du Soir. Sous le pseudonyme « Fernand », il rédigea plusieurs articles du pastiche. Une étude consacrée à son parcours lui attribue notamment l’article « Anniversaire », faussement signé du nom de Raymond De Becker, directeur du Soir volé, ainsi que le feuilleton satirique « Le mystère de la chambre brune ».
Le journal fut imprimé clandestinement dans la nuit du 6 au 7 novembre 1943 chez Ferdinand Wellens, au 35 rue de Ruysbroeck à Bruxelles, puis diffusé le 9 novembre. Par son contenu parodique, le numéro ridiculisait les autorités allemandes, la collaboration et la rédaction du quotidien contrôlé par l’occupant.
L’implication d’un haut magistrat dans une telle entreprise était particulièrement significative. Elle associait une résistance fondée sur le droit à une opération de propagande populaire utilisant l’humour bruxellois et l’imitation journalistique comme armes politiques.
Arrestation / évasion / déportation
Adrien van den Branden de Reeth fut arrêté et détenu à la forteresse de Huy pendant la Seconde Guerre mondiale. Les sources ouvertes consultées ne permettent pas d’établir la date exacte de son arrestation, la durée de cette détention ni les conditions précises de sa libération.
Il fut reconnu comme prisonnier politique, mais ne fut pas déporté dans un camp de concentration hors de Belgique selon les sources consultées. Aucune évasion n’est documentée.
Sa participation à la rédaction du Faux Soir ne paraît pas avoir été directement établie par l’enquête allemande au point d’entraîner une nouvelle condamnation comparable à celles qui frappèrent l’imprimeur Ferdinand Wellens ou Théo Mullier.
Camarades de combat
Dans la résistance judiciaire, Adrien van den Branden de Reeth fut lié à des magistrats et avocats réunis autour de Justice libre, notamment Jean Fonteyne, Andrée Grandjean et Pierre Ansiaux. Les relations personnelles et professionnelles nouées au palais de justice facilitèrent la constitution d’un milieu clandestin capable de produire des journaux et de soutenir les personnes pourchassées.
Pour le Faux Soir, il travailla directement avec Fernand Demany et Pierre Ansiaux à la rédaction. Marc Aubrion avait conçu le projet, René Noël lui avait donné son aval, Andrée Grandjean avait recherché le financement auprès d’Alfred Fourcroy et Ferdinand Wellens avait accepté l’impression clandestine.
Après la Libération, il conserva des liens avec les responsables du Front de l’Indépendance et avec les associations de prisonniers politiques et de victimes de la répression nazie.
Retour à la vie civile
À la Libération, Adrien van den Branden de Reeth devint secrétaire national du Front de l’Indépendance. Il fut ensuite nommé ministre des Victimes de guerre dans le deuxième gouvernement d’Achille Van Acker, constitué le 2 août 1945. Il exerça cette fonction comme technicien extraparlementaire, proche de l’Union démocratique belge sans pouvoir formellement adhérer à un parti en raison de son statut de magistrat.
Son action ministérielle porta notamment sur l’organisation de l’aide aux anciens prisonniers politiques, déportés et autres victimes de la répression. Il contribua à rapprocher les nombreuses associations existantes et à préparer la constitution d’une Confédération nationale des prisonniers politiques et ayants droit.
Après son départ du gouvernement, il reprit sa carrière judiciaire. Il l’acheva comme premier avocat général près la cour d’appel de Bruxelles. Parallèlement, il publia plusieurs travaux juridiques, historiques et généalogiques. En 1978, sous le pseudonyme « Nirade », anagramme d’Adrien, il fit paraître De la grandeur et de la vanité nobiliaire ou la confession d’un généalogiste.
Il mourut le 26 juillet 1980 à Uccle.
Décorations
Les sources biographiques consultées attestent sa reconnaissance comme prisonnier politique des deux guerres, mais elles ne donnent pas une liste suffisamment précise et institutionnellement vérifiable de ses ordres, croix et médailles.
Aucune décoration n’a donc pu être présentée avec la date de l’arrêté ou du décret et la référence au Moniteur belge. Cela ne signifie pas qu’Adrien van den Branden de Reeth n’ait reçu aucune distinction ; son parcours de magistrat, de résistant, de prisonnier politique et de ministre rend au contraire probable l’existence de plusieurs distinctions belges. Celles-ci n’ont toutefois pas pu être confirmées dans une base officielle ouverte lors des présentes recherches.
Lieux de mémoire
La forteresse de Huy, où il fut détenu pendant la Seconde Guerre mondiale, constitue un lieu associé à son parcours de prisonnier politique.
Le palais de justice de Bruxelles et les milieux de la magistrature belge rappellent son action dans la résistance judiciaire et dans Justice libre.
Le 35 rue de Ruysbroeck à Bruxelles demeure le principal lieu de mémoire du Faux Soir, opération à laquelle il participa comme rédacteur. Une plaque y commémore la fabrication du journal clandestin.
Un portrait d’Adrien van den Branden de Reeth est reproduit par l’Association des anciens élèves du collège Saint-Michel dans l’étude qui lui est consacrée.
Références bibliographiques
Adrien van den Branden de Reeth, sous le pseudonyme Nirade, De la grandeur et de la vanité nobiliaire ou la confession d’un généalogiste, Tielt, 1978. Cet ouvrage tardif ne constitue pas une autobiographie de Résistance, mais il renseigne sur les centres d’intérêt historiques et généalogiques de l’ancien magistrat et ministre.
Marie Istas, Le « faux » Soir. 9 novembre 1943, Bruxelles, Collet, 1987. Cette monographie détaille la préparation, la rédaction, l’impression et la diffusion du journal clandestin auquel Adrien van den Branden de Reeth contribua.
Pieter Lagrou, Mémoires patriotiques et occupation nazie, Bruxelles, Complexe, 2003. L’ouvrage éclaire la constitution après-guerre des associations de prisonniers politiques et de victimes, domaine dans lequel Adrien van den Branden de Reeth joua un rôle ministériel important.
Paul Van Molle, Le Parlement belge, 1894-1972, Anvers, 1972. Cet ouvrage fournit le contexte politique et institutionnel des gouvernements de l’après-guerre et des personnalités ayant exercé des fonctions ministérielles sans mandat parlementaire.
Histoire du faux « Soir » du 9 novembre 1943, publiée à l’occasion du cinquantième anniversaire du Faux Soir, Bruxelles, Louis Hamelrijck. Cette publication commémorative rassemble des renseignements sur les rédacteurs et les organisateurs de l’opération.
Références internet
Association des anciens élèves du collège Saint-Michel. Le portrait « Adrien van den Branden : le magistrat aux résistances multiples » fournit son état civil, sa formation, son action durant les deux guerres, sa carrière judiciaire et son implication dans le Faux Soir.
https://aesm.be/adrien-van-den-branden-ads-1915-le-magistrat-aux-resistances-multiples/
Belgium WWII – CegeSoma / Archives de l’État. L’article « Le faux Soir » identifie son pseudonyme clandestin « Fernand », son appartenance au trio de rédacteurs et le contexte matériel de l’opération.
https://www.belgiumwwii.be/belgique-en-guerre/articles/le-faux-soir.html
Mémoire Vive de la Résistance. La page « Le Faux Soir, Bruxelles » est une notice thématique qui confirme sa participation à la rédaction.
https://mvr.asso.fr/le-faux-soir-bruxelles/
Wikipédia. La notice développée « Adrien van den Branden de Reeth » fournit les éléments relatifs à sa famille, à sa carrière de magistrat, à ses responsabilités ministérielles et à ses publications. Ces renseignements ont été recoupés avec l’étude du collège Saint-Michel.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Adrien_van_den_Branden_de_Reeth
Inventaire du patrimoine architectural de Bruxelles-Capitale. La notice du bâtiment de la rue de Ruysbroeck documente le lieu de fabrication du Faux Soir et sa postérité mémorielle.
https://monument.heritage.brussels/fr/buildings/37264
Dossier d’homologation consulté
Aucune cote nominative de dossier belge de reconnaissance comme résistant, prisonnier politique ou résistant par la presse clandestine n’a été retrouvée dans les interfaces ouvertes consultées.
Aucune cote française du Service historique de la Défense de type GR 16 P n’a été identifiée, ce qui est cohérent avec un parcours accompli dans la Résistance belge.
Les archives judiciaires belges, les fonds du Front de l’Indépendance et les dossiers du Service des victimes de la guerre sont susceptibles de conserver des documents nominatifs, mais aucun dossier physique n’a été directement consulté.
Observations
Le nom complet apparaît comme Adrien Fernand Marie Joseph Ghislain van den Branden de Reeth. La forme abrégée « Adrien van den Branden » est parfois employée dans les titres de publications.
Le pseudonyme « Fernand » se rapporte à son activité clandestine au sein de l’équipe du Faux Soir. Le pseudonyme « Nirade » fut utilisé après la guerre comme nom d’auteur et ne doit pas être confondu avec un pseudonyme de Résistance.
Les sources le qualifient selon les périodes de substitut du procureur du roi, substitut du procureur général, procureur du roi ou premier avocat général. La chronologie institutionnelle détaillée fournie par l’Association des anciens élèves du collège Saint-Michel a été privilégiée.
Aucune notice individuelle consacrée à Adrien van den Branden de Reeth n’a été identifiée sur le site de la Mémoire Vive de la Résistance.
Indice de fiabilité de la notice Niveau A — L’état civil, la formation, la carrière judiciaire, les emprisonnements, l’engagement dans la résistance de la magistrature, la participation à Justice libre et au Faux Soir, ainsi que les fonctions exercées après la guerre sont établis par plusieurs sources concordantes, dont une étude institutionnelle détaillée, le CegeSoma et des sources relatives au gouvernement belge.
Chronologie
| Date | Événement |
| 8 juin 1899 | Naissance à Watermael-Boitsfort (Belgique). |
| 1915 | Fin des études secondaires au collège Saint-Michel. |
| 1915-1917 | Participation à la diffusion clandestine de La Libre Belgique. |
| 1917 | Arrestation lors d’une tentative de passage vers les Pays-Bas afin de rejoindre l’armée belge. |
| 1917-1918 | Internement dans plusieurs camps allemands pendant environ seize mois. |
| 1923 | Doctorat en droit, nomination comme substitut à Anvers et mariage avec Marie-Madeleine d’Huart. |
| 1924 | Nomination comme substitut du procureur du roi à Bruxelles. |
| 1935 | Premier substitut du procureur du roi. |
| Décembre 1937 | Substitut du procureur général. |
| 1940-1944 | Opposition judiciaire à l’occupant ; création ou animation de Justice libre. |
| Pendant l’Occupation | Emprisonnement à la forteresse de Huy. |
| Automne 1943 | Participation à la rédaction du Faux Soir. |
| 9 novembre 1943 | Diffusion du Faux Soir à Bruxelles. |
| 1944 | Secrétaire national du Front de l’Indépendance à la Libération. |
| 2 août 1945 | Nomination comme ministre des Victimes de guerre. |
| 1946 | Retour à la magistrature après la fin de ses fonctions ministérielles. |
| 1978 | Publication sous le pseudonyme « Nirade ». |
| 26 juillet 1980 | Mort à Uccle (Belgique). |
Sources consultées
L’Association des anciens élèves du collège Saint-Michel. Le portrait « Adrien van den Branden : le magistrat aux résistances multiples » a fourni ses dates et lieux de naissance et de décès, sa scolarité, sa résistance durant la Première Guerre mondiale, sa captivité, sa carrière judiciaire et son action clandestine pendant la Seconde Guerre mondiale.
https://aesm.be/adrien-van-den-branden-ads-1915-le-magistrat-aux-resistances-multiples/
Belgium WWII – CegeSoma / Archives de l’État. L’article « Le faux Soir » a confirmé son pseudonyme « Fernand », son appartenance au trio de rédacteurs et les conditions de préparation et de diffusion de l’opération.
https://www.belgiumwwii.be/belgique-en-guerre/articles/le-faux-soir.html
Mémoire Vive de la Résistance. La notice thématique « Le Faux Soir, Bruxelles » a confirmé sa participation à la rédaction du numéro clandestin. La page n’étant pas une notice individuelle, les recherches ont été poursuivies.
https://mvr.asso.fr/le-faux-soir-bruxelles/
Wikipédia. La notice « Adrien van den Branden de Reeth » a fourni des renseignements sur sa famille, son ministère, sa carrière après-guerre et ses travaux juridiques et généalogiques. Ces informations ont été confrontées à la source institutionnelle du collège Saint-Michel.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Adrien_van_den_Branden_de_Reeth
L’Association des anciens élèves du collège Saint-Michel. Le document commémoratif du centenaire a confirmé les principales étapes de sa carrière judiciaire, sa détention à Huy et la création de Justice libre.