La forme principale retenue est « réseau Bourgogne ». La variante « Bourgogne-Évasion » apparaît dans la mémoire commémorative, notamment sur la plaque consacrée au réseau et à l’abbé Jean COURCEL à Paris, France. Il s’agit d’un réseau de récupération et d’évasion des Forces françaises combattantes relevant du BCRA, et non du maquis « Henri-Bourgogne » de Côte-d’Or ni du Régiment de Bourgogne constitué à la Libération.
Son existence institutionnelle est établie par le Service historique de la Défense : la sous-série GR 17 P comporte une entrée « BOURGOGNE » sous la cote GR 17 P 89. Le fonds des réseaux d’évasion comprend en outre les dossiers GR 28 P 4 240 à 244 consacrés au réseau Bourgogne, tandis que GR 28 P 3 139 conserve notamment un état des agents P2 et un rapport d’activité.
Création du réseau
Le réseau Bourgogne est créé à Londres, Royaume-Uni, en octobre 1942 par Georges BROUSSINE, alias « Jean-Pierre ». Il dépend de la section Évasion du Bureau central de renseignements et d’action, sous la direction du capitaine Mitchell, et travaille en collaboration avec le MI9 britannique. Son objectif est la récupération puis l’évacuation des aviateurs alliés abattus en territoire occupé.
Georges Broussine quitte Londres pour la France le 19 février 1943. Le réseau prend ensuite corps à Paris, France, autour de contacts recrutés par Broussine. Son premier passage vers l’Espagne est réalisé en avril 1943.
Organisation interne
Le noyau parisien se constitue autour de Georges Broussine, de familles d’hébergement, de convoyeurs, d’agents de liaison, de spécialistes des faux papiers et d’opérateurs radio. Geneviève SOULIER est notamment recrutée comme secrétaire. Jean CAMP et Jean LACROIX permettent des contacts avec des jeunes des Volontaires de la Liberté. Yves ALLAIN, Georges GUILLEMIN et Yvon JACOB rejoignent Bourgogne à la fin de juin 1943.
La structure documentée comprend des responsables, des convoyeurs entre Paris et la province, des convoyeurs parisiens, des hébergeurs, des agents chargés de l’intendance, des fabricants de faux papiers, des agents de liaison, des boîtes aux lettres ainsi qu’un service d’interrogation des aviateurs. Les sources citent notamment Yves ALLAIN et Claude LECLERC parmi les responsables opérationnels durant l’absence temporaire de Broussine.
Le réseau possède également un service radio. André MINNE, dit « Derrien », puis Émile MALLET servent comme opérateurs avant leur arrestation en août 1943. Un nouveau service est mis en place après le retour de Broussine en décembre 1943 et passe en mars 1944 sous la responsabilité de François-Xavier POINCET pour la sécurité des transmissions.
Actions menées pendant la Résistance
L’action fondamentale de Bourgogne consiste à recueillir les aviateurs alliés abattus, les héberger, les munir de faux papiers, les convoyer et organiser leur sortie du territoire français. Les départs depuis Paris s’effectuent notamment par la gare d’Austerlitz, à raison d’un ou deux voyages par semaine selon la période documentée. Le premier passage en Espagne est effectué en avril 1943.
La filière passe initialement par Vierzon, Toulouse et Foix. À partir de septembre 1943, Perpignan est préféré à Foix. Cette voie doit être abandonnée en février 1944 après la compromission d’un contact local ; un itinéraire par Pau est alors ouvert par Étienne LALOU.
Le réseau dispose aussi de services de faux papiers, d’hébergement, d’intendance et de transmissions radio. À partir de février 1944, Michel BOURGEOIS, dit « Maxime », est chargé d’opérations aériennes.
Les sources mémorielles attribuent à Bourgogne l’évacuation de plus de 300 aviateurs alliés. Ce chiffre figure notamment dans la notice MVR de Georges Broussine et dans les synthèses consacrées au réseau.
Liens avec d’autres réseaux ou mouvements
Bourgogne relève directement du BCRA et travaille en coopération avec le MI9. Le réseau récupère également des hommes ou des relais provenant d’autres filières. Après les arrestations frappant Comète, Bourgogne prend notamment en charge certains de ses aviateurs et plusieurs de ses hébergeuses parisiennes.
Bourgogne entretient des contacts avec les Volontaires de la Liberté ; plusieurs membres de ce groupe rejoignent la filière d’évasion à l’été 1943.
En 1944, Yves ALLAIN établit une liaison avec le réseau Shelburn par François CAMPINCHI. Shelburn prend alors en charge certaines opérations de récupération aérienne et maritime.
Dans les Pyrénées-Orientales, France, Jean OLIBO apparaît comme un responsable régional particulièrement actif de Bourgogne, notamment pour l’organisation des passages en Espagne. Pierre CARTELET travaille dans ce secteur et participe aux mêmes filières.
Chefs et figures marquantes
Georges BROUSSINE, alias « Jean-Pierre », est le créateur et chef du réseau. Après sa mission à Londres, il revient en France le 19 février 1943 et dirige la mise en place du dispositif. Il repart à Madrid puis Londres en septembre 1943 pour obtenir notamment de nouveaux postes radio, revient en décembre et quitte de nouveau la France dans la nuit du 6 au 7 août 1944 avant de regagner Paris le 29 août 1944.
Yves ALLAIN, alias « Grégoire », rejoint Bourgogne en 1943, organise des convoyages et devient l’un des principaux adjoints de Georges Broussine. Il assure avec Claude LECLERC l’intérim du commandement lors du séjour de Broussine à Londres à l’automne 1943. Il quitte la France pour l’Espagne le 22 juin 1944.
Claude LECLERC exerce des responsabilités de direction et de convoyage et assure avec Yves Allain la continuité du réseau pendant l’absence de Broussine à l’automne 1943.
Jean OLIBO est un agent P2 et un responsable du réseau dans les Pyrénées-Orientales, particulièrement impliqué dans les passages vers l’Espagne. Il survit à la guerre et meurt en 2000.
Jean COURCEL, vicaire de la paroisse Saint-Roch à Paris, France, héberge des membres et met son téléphone à la disposition du réseau. Il est arrêté en avril 1944 avec plusieurs membres ou auxiliaires de Bourgogne à Saint-Mandé, Seine, France.
Victimes et morts
Michel BODINEAU, agriculteur rencontré par Georges Broussine après son arrivée en France et l’une des premières recrues du réseau, est arrêté en 1944 peu avant la Libération et fusillé.
Pierre CARTELET, engagé notamment dans Bourgogne et dans les filières de passage des Pyrénées-Orientales, appartient aux résistants exécutés pendant l’Occupation. Son parcours recoupe toutefois plusieurs organisations ; sa mort ne peut donc être attribuée à la seule appartenance au réseau Bourgogne.
Le dépouillement en ligne n’a pas permis d’établir un bilan exhaustif et vérifié des morts du réseau. Les archives du SHD comprennent de très nombreux dossiers individuels qui permettraient une étude prosopographique plus complète.
Survivants identifiés
Georges BROUSSINE survit à la guerre et poursuit après 1945 une carrière de journaliste. Yves ALLAIN survit également à l’Occupation. Jean OLIBO survit et reste après-guerre lié à la mémoire de la Résistance. De nombreux autres agents apparaissent dans les dossiers d’homologation du SHD, mais une liste exhaustive des survivants ne peut être établie à partir des seuls documents librement accessibles en ligne.
Fin du réseau
Bourgogne subit plusieurs vagues d’arrestations sans être entièrement démantelé. André Minne et Émile Mallet sont arrêtés en août 1943 ; Georges Guillemin est arrêté le 29 octobre 1943 et Mme Mélot le 19 novembre. En avril 1944, l’abbé Courcel, la famille Moët, Jean Carbonnet et deux aviateurs sont arrêtés à Saint-Mandé. Le réseau réorganise néanmoins à plusieurs reprises ses itinéraires, son service radio et sa fabrication de faux papiers.
Georges Broussine quitte la France dans la nuit du 6 au 7 août 1944 puis revient à Paris le 29 août 1944. La documentation consultée ne fournit pas un acte formel de dissolution du réseau ; sa mission clandestine d’évasion disparaît avec la libération du territoire et le rétablissement des communications alliées.
Conséquences et mémoire
Bourgogne appartient aux réseaux d’évasion spécialisés du BCRA et permet à plusieurs centaines d’aviateurs alliés de reprendre le combat après leur chute en territoire occupé. Son efficacité repose moins sur l’action armée que sur la combinaison d’hébergements sûrs, de convoyages, de faux papiers, de communications radio et de franchissements clandestins des frontières.
À Paris, France, une plaque intérieure située à l’église Saint-Roch, 296, rue Saint-Honoré, commémore le réseau Bourgogne-Évasion et l’abbé Jean Courcel. Cette plaque constitue l’un des principaux lieux de mémoire spécifiquement identifiés dans les sources consultées.
Georges Broussine a lui-même contribué à la transmission de cette histoire par son ouvrage L’Évadé de la France Libre : le réseau Bourgogne, publié chez Tallandier en 2000.
Divergences et risques de confusion
Le nom « Bourgogne » présente un important risque d’homonymie. Le réseau d’évasion de Georges Broussine ne doit pas être confondu avec le maquis « Henri-Bourgogne », créé par Henri CAMP en Côte-d’Or, ni avec le Régiment de Bourgogne formé à Dijon après la Libération.
Les appellations « réseau Bourgogne » et « Bourgogne-Évasion » désignent en revanche dans les sources consultées la même organisation d’évasion du BCRA.
Fiabilité A L’existence du réseau et sa qualification comme réseau des Forces françaises combattantes sont confirmées par les fonds du Service historique de la Défense. Sa structure, ses itinéraires, ses responsables et les principales arrestations sont documentés par une notice détaillée du Musée de la Résistance en ligne fondée sur les Archives nationales, l’historique du SHD et le témoignage publié de Georges Broussine.
Références bibliographiques
L’Évadé de la France Libre : le réseau Bourgogne, Georges BROUSSINE, Paris, Tallandier, 2000.
L’Armée du silence. Histoire des réseaux de Résistance en France 1940-1945, Guillaume POLLACK, Paris, Tallandier / ministère des Armées, 2022 ; réédition Texto, 2025.
They Came from Burgundy: Study of the Bourgogne Escape Line, Keith JANES, 2017 ; étude spécialisée consacrée à la filière Bourgogne, mentionnée dans la bibliographie relative à Georges Broussine.
Références internet
Musée de la Résistance en ligne « Plaque à la mémoire du réseau Bourgogne-Évasion et à l’abbé J. Courcel », notice détaillée sur la création, l’organisation, les itinéraires, les agents et les arrestations. https://museedelaresistanceenligne.org/media5425-Plaque-la-mmoire-du-rseau-Bourgogne-Evasion-et-labb-J-Courcel
Service historique de la Défense / Musée de la Résistance en ligne Inventaire de la sous-série GR 17 P, réseau Bourgogne sous la cote GR 17 P 89. https://www.museedelaresistanceenligne.org/musee/doc/pdf/ressource_source/191.pdf
Service historique de la Défense / Musée de la Résistance en ligne Inventaire des réseaux d’évasion, fonds Bourgogne GR 28 P 4 240 à 244 et nombreux dossiers individuels.
Ordre de la Libération Notice Claude Raoul-Duval, mentionnant son appartenance au réseau Bourgogne et constituant un recoupement institutionnel de l’existence et de l’activité du réseau. https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/claude-raoul-duval
FranceArchives Fonds « Réseau Bourgogne », comprenant notamment un rapport d’Yves Allain relatif au rapatriement d’aviateurs et un témoignage de Georges Broussine. https://francearchives.gouv.fr/fr/facomponent/f99c9e9baf798d6cd8ad7a10e48c742801cc9144
Sources consultées
Mémoire Vive de la Résistance : recherches « réseau Bourgogne », « Bourgogne-Évasion » et « Broussine » ; Maitron Résistance : recherches « Bourgogne », « Olibo », « Cartelet », « Bodineau » et autres agents ; Fondation de la Résistance : publications et ressources bibliographiques ; Musée de la Résistance en ligne : notice détaillée Bourgogne-Évasion et inventaires SHD ; Mémoire des Hommes : recherches « Bourgogne » et « Broussine », sans résultat plein texte directement exploitable retrouvé ; Ordre de la Libération : notices de Compagnons et documents mentionnant Bourgogne ; Gallica-BnF : recherches « réseau Bourgogne » et « Georges Broussine », sans document directement exploitable ayant permis de compléter la chronologie ; Service historique de la Défense : GR 17 P 89, GR 28 P 3 139 et GR 28 P 4 240 à 244 par les inventaires publiés ; FranceArchives et Archives nationales : fonds Bourgogne et 72 AJ 37 ; associations mémorielles : Mémoire et Espoirs de la Résistance et ressources locales utilisées uniquement pour recoupement ; Wikipédia : consultée en complément pour le repérage bibliographique, aucune donnée décisive retenue sans confirmation institutionnelle.