La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

La forme principale retenue est « réseau Plutus ». Les archives et les sources mémorielles emploient également « Plutus » pour désigner le réseau homologué au titre des Forces françaises combattantes et rapprochent cette organisation du « Service national de l’identité et des faux papiers des Mouvements unis de Résistance ».

Le Service historique de la Défense conserve un fonds propre sous la cote GR 17 P 194, intitulé « PLUTUS », ce qui confirme formellement son existence en tant que réseau FFC. Les Archives nationales conservent par ailleurs, sous les cotes 72 AJ 2275-2276, des « documents relatifs au réseau Plutus et au Service national de l’identité et des faux papiers des Mouvements unis de Résistance ».

Une précaution terminologique est nécessaire : « Plutus » fut également l’un des pseudonymes clandestins de Pierre KAHN-FARELLE. Le nom de l’homme et celui du réseau peuvent donc être confondus dans des documents ou récits postérieurs.

Création du réseau

L’origine de Plutus se situe à Lyon, Rhône, France, dans le service clandestin de faux papiers organisé en 1942 par Pierre KAHN-FARELLE pour les besoins de Libération-Sud. Après la création des Mouvements unis de Résistance en 1943, ce service devient le Service national de l’identité et des faux papiers des MUR et travaille pour plusieurs mouvements de Résistance. Georges LAÜT indique que ce service fut ultérieurement homologué comme réseau des Forces françaises combattantes sous le nom de Plutus.

Les sources ne décrivent pas toutes de la même manière la transition entre le service de faux papiers et le réseau officiellement dénommé Plutus. Certaines font remonter la naissance du réseau à 1942 ; d’autres distinguent le service créé par Pierre Kahn-Farelle puis son insertion ou son homologation sous le nom Plutus. Faute d’un acte de création daté retrouvé en ligne, 1942 doit donc être considéré comme l’année de formation du noyau opérationnel plutôt que comme une date administrative certaine d’homologation.

Organisation interne

Plutus constitue un service clandestin spécialisé et non un mouvement politique ou une formation armée. Pierre KAHN-FARELLE dirige le Service national de l’identité et des faux papiers. Roland HAAS est chargé, en juillet 1943, de l’organisation technique du dispositif puis devient en septembre 1943 inspecteur général du service national des faux papiers. Il supervise alors la reproduction du dispositif dans la zone Sud, où la documentation mentionne trente-deux services locaux et environ une centaine de clandestins. En février 1944, ses responsabilités sont étendues à la zone Nord.

Le témoignage publié de Roland HAAS donne, pour l’ensemble du dispositif, soixante-quatre agents permanents et quatre-vingts occasionnels. Il mentionne un stock de 18 000 timbres en caoutchouc, plus de 100 000 imprimés vierges et une production mensuelle d’environ 1 500 jeux complets d’identité. Ces données proviennent d’un témoignage interne au réseau et sont conservées ici en tant que chiffres publiés par un de ses responsables.

Le fonctionnement repose sur la collecte de documents français et allemands authentiques, leur étude, leur archivage puis leur reproduction, grâce notamment à des techniciens de l’imprimerie et de la gravure. Cette spécialisation explique l’importance prise par Plutus dans la fourniture d’identités clandestines aux résistants, aux personnes recherchées et à d’autres organisations.

Actions menées pendant la Résistance

L’activité principale est la confection et la diffusion de faux documents : cartes d’identité, documents administratifs, titres et imprimés nécessaires à la clandestinité. La finalité est de protéger les résistants et les personnes pourchassées, de faciliter leurs déplacements et de permettre le fonctionnement des organisations clandestines. Le Musée de la Résistance en ligne atteste par exemple l’appartenance de Pierre POUGHON au NAP et au réseau Plutus dans la Loire.

Maurice LOEBENBERG, dit « Cachoud », spécialiste de la gravure et des faux papiers, est muté à Paris en mars 1944 et devient chef national du service des faux papiers du Mouvement de libération nationale. Son service fournit des documents au MLN, à l’Organisation juive de Combat et à d’autres organisations de Résistance. Son nom figure sur la liste des agents P2 de Plutus avec le grade de lieutenant.

Les activités du réseau ne se réduisent donc pas à la fabrication matérielle. La collecte de modèles authentiques, la constitution de stocks d’imprimés et de cachets, leur acheminement et la création de cellules techniques régionales forment une chaîne clandestine nationale. Aucune source officielle consultée ne permet en revanche d’attribuer à Plutus une activité structurée de sabotage ou de combat armé ; sa fonction principale demeure la production documentaire clandestine.

Liens avec d’autres réseaux ou mouvements

Le réseau est directement associé à Libération-Sud, puis aux Mouvements unis de Résistance et au Mouvement de libération nationale. Son caractère transversal le conduit à travailler pour plusieurs organisations. Les sources attestent également des échanges avec le Noyautage des administrations publiques, l’Organisation juive de Combat et diverses structures clandestines ayant besoin de faux documents.

Chefs et figures marquantes

Pierre KAHN-FARELLE est à l’origine du service de faux papiers à Lyon et dirige le Service national de l’identité et des faux papiers. Arrêté le 18 mai 1944, il est emprisonné puis déporté ; il survit à la déportation et regagne la France en 1945.

Roland HAAS participe à l’organisation technique du réseau, devient inspecteur général du service national des faux papiers et étend son organisation aux deux zones. Arrêté à Paris, France, le 18 mai 1944, il est interné à Fresnes puis à Drancy et déporté le 30 juin 1944 à Auschwitz-Birkenau. Il survit à Auschwitz, à Monowitz et à la fin de la déportation.

Georges LAÜT est agent permanent du Service national de l’identité et des faux papiers à Lyon. Après la guerre, il participe avec d’anciens membres de Plutus à la rédaction d’une étude historique sur le réseau, déposée aux Archives nationales et au Service historique de l’armée.

Maurice LOEBENBERG, dit « Cachoud », est l’un des spécialistes majeurs de la fabrication des faux papiers. Affecté à Paris en mars 1944, il est reconnu comme agent P2 de Plutus. Arrêté le 18 juillet 1944, torturé par la Gestapo, il est tué ; son corps est retrouvé le 22 juillet 1944 dans le bois de Verrières, à Châtenay-Malabry, Hauts-de-Seine, France.

Jean MEYER travaille au Service national des faux papiers lié à Plutus. Il échappe aux arrestations qui frappent le réseau à Lyon en mars 1944 puis poursuit son activité clandestine.

Victimes et morts

Colette HEILBRONNER, dite « Claudine », responsable d’une cellule parisienne du service de faux papiers, est abattue par la police allemande le 18 mai 1944 au 25, cité des Fleurs, Paris, France. Plusieurs de ses camarades sont arrêtés lors de cette opération.

Maurice LOEBENBERG est arrêté le 18 juillet 1944 puis torturé par la Gestapo. Son corps mutilé est retrouvé le 22 juillet 1944.

Les sources consultées attestent d’autres arrestations et déportations parmi les agents de Plutus, mais ne fournissent pas en accès public un bilan nominatif exhaustif des morts du réseau. Il n’est donc pas possible d’établir ici un nombre total vérifié de victimes.

Survivants identifiés

Pierre KAHN-FARELLE, Roland HAAS, Jean MEYER et Georges LAÜT comptent parmi les membres dont la survie à la guerre est attestée par les sources consultées. Roland Haas et Pierre Kahn-Farelle survivent notamment à leur déportation.

Fin du réseau

Plutus est durement frappé en 1944. Des arrestations touchent ses agents à Lyon en mars puis Paris en mai. Le 18 mai 1944, la police allemande frappe la cellule de la cité des Fleurs tandis que Pierre Kahn-Farelle et Roland Haas sont arrêtés. Maurice Loebenberg, qui exerce alors des responsabilités nationales dans les faux papiers, est arrêté et tué en juillet 1944.

Les sources consultées ne fournissent pas de date formelle de dissolution de Plutus. Elles attestent cependant la poursuite d’activités de faux papiers jusqu’à l’été 1944. Il convient donc de parler d’un réseau progressivement frappé par les arrestations plutôt que d’un démantèlement unique à une date précisément établie.

Conséquences et mémoire

L’importance de Plutus repose sur son rôle de support technique de la clandestinité. Son implantation nationale et sa capacité à produire massivement des identités fictives lui donnent une fonction transversale au service de plusieurs composantes de la Résistance. Les fonds conservés aux Archives nationales et au SHD constituent aujourd’hui les principales traces institutionnelles du réseau.

À Paris, France, la mémoire des résistants arrêtés le 18 mai 1944 est notamment attachée au 25, cité des Fleurs. Des commémorations y ont rappelé l’action de Colette Heilbronner, Roland Haas, Jean Samuel et de leurs camarades.

Divergences et risques de confusion

La principale divergence concerne la date et la terminologie de la création : le service de faux papiers existe dès 1942, tandis que son identification institutionnelle comme réseau Plutus apparaît dans le cadre de son développement et de son homologation ultérieure. Une seconde confusion provient du fait que « Plutus » est également un pseudonyme personnel de Pierre Kahn-Farelle.

Fiabilité A L’existence et la qualification de Plutus comme réseau des Forces françaises combattantes sont établies par les inventaires du Service historique de la Défense ; son activité est documentée par les Archives nationales, le Maitron, le Musée de la Résistance en ligne, des dossiers individuels et les témoignages publiés de responsables du réseau.

Références bibliographiques

Journal de déportation. Le réseau Plutus (historique, activités, témoignages), Roland HAAS et Georges LAÜT, Condé-sur-Noireau, Imprimerie Corlet, 2007.

Journal de déportation – Le réseau Plutus de faux papiers, Roland HAAS, nouvelle édition augmentée, Expertise et Stratégie, 2022.

Tortionnaires, truands et collabos. La bande de la rue de la Pompe, 1944, Marie-Josèphe BONNET, Rennes, Ouest-France, 2013 ; ouvrage utilisé notamment par le Musée de la Résistance en ligne pour documenter Maurice Loebenberg.

La Résistance juive en France, Anny LATOUR, Paris, Stock, 1970 ; ouvrage cité parmi les références documentaires relatives à Maurice Loebenberg et aux services de faux papiers.

Références internet

Service historique de la Défense / Musée de la Résistance en ligne Inventaire de la sous-série GR 17 P « Réseaux, Forces françaises combattantes », comprenant le réseau Plutus sous la cote GR 17 P 194. https://www.museedelaresistanceenligne.org/musee/doc/pdf/ressource_source/191.pdf

Fondation de la Résistance La Lettre de la Fondation de la Résistance, signalant le classement des documents relatifs à Plutus et au Service national de l’identité et des faux papiers des MUR, 72 AJ 2275-2276.

Mémoire Vive de la Résistance Notice Georges Laüt, présentant son activité au Service national de l’identité et des faux papiers et l’homologation ultérieure sous le nom de Plutus. https://mvr.asso.fr/laut/

Musée de la Résistance en ligne Notice Maurice Loebenberg dit Maurice Cachoud, documentant son activité de faussaire, son rôle au MLN et son homologation comme agent P2 de Plutus. https://museedelaresistanceenligne.org/media11088-Maurice-Loebenberg-dit-Maurice-Cachoud

Maitron Notice consacrée à Pierre Kahn-Farelle, documentant la genèse du service de faux papiers et le réseau Plutus. https://maitron.fr/

Sources consultées

Mémoire Vive de la Résistance : recherche « Plutus » et variantes ; Maitron Résistance : recherches « Plutus », « Pierre Kahn-Farelle », « Roland Haas », « Jean Meyer », « Colette Heilbronner » ; Fondation de la Résistance : fonds et publications relatifs aux Archives nationales ; Musée de la Résistance en ligne : inventaire SHD GR 17 P et notices individuelles ; Service historique de la Défense : réseau Plutus GR 17 P 194 et dossiers individuels cités par les notices ; Archives nationales : 72 AJ 2275-2276 ; Ordre de la Libération : recherche effectuée, notamment via les dossiers de médaille de la Résistance cités dans les notices ; Mémoire des Hommes : recherche « Plutus », sans résultat directement exploitable retrouvé en accès plein texte ; Gallica-BnF : recherche « réseau Plutus », sans résultat directement exploitable permettant de compléter la chronologie ; Wikipédia : consultée uniquement à titre de repérage et non retenue comme source probante principale

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