La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

POIRIER Jacques René Édouard

Jacques René Édouard POIRIER, alias « Nestor », « Jack Peters », « Jacques Perrier », « Captain Jack » et « Jack l’Anglais », né le 7 juillet 1922 à Neuilly-sur-Seine (Seine), mort le 9 octobre 2005 à Paris, français.

Jacques Poirier était le fils de Robert Poirier, ancien aviateur de la Première Guerre mondiale. Il grandit à Neuilly-sur-Seine et se destinait à l’aviation lorsque la défaite française de 1940 interrompit ses projets. Sa famille se replia dans le sud de la France, où elle participa progressivement à des activités clandestines.

Engagement dans la Résistance

Encore adolescent, Jacques Poirier participa à des transports de tracts, à des liaisons et au déplacement clandestin d’un poste émetteur. Il rencontra Harry Peulevé après le parachutage accidenté de celui-ci en 1942 et contribua à sa protection.

En décembre 1942, il accompagna Peulevé dans le franchissement des Pyrénées. Tous deux furent arrêtés en Espagne et internés pendant plusieurs mois. Libéré, Poirier rejoignit Gibraltar puis la Grande-Bretagne en juin 1943.

Appartenance à un réseau ou mouvement

À Londres, Jacques Poirier fut recruté par la section F du Special Operations Executive SOE. Il suivit une formation d’agent clandestin, comprenant les transmissions, le parachutisme, le maniement des armes, le sabotage et les méthodes de sécurité.

Parachuté en France au début de 1944, il rejoignit Harry Peulevé et devint son adjoint au sein du circuit AUTHOR. Après l’arrestation de Peulevé le 21 mars 1944, il reprit et réorganisa la structure sous le nom de DIGGER, avec « Nestor » comme nom de guerre.

Missions et actions

Jacques Poirier coordonna les liaisons avec les maquis de Corrèze, Dordogne, Lot, Haute-Vienne et Lot-et-Garonne. DIGGER organisa la réception de parachutages, la distribution d’armes, l’instruction des combattants, des sabotages et l’appui aux opérations de guérilla.

Son témoignage conservé par l’Imperial War Museums décrit notamment la réorganisation du circuit après l’arrestation de Peulevé, les difficultés d’un important parachutage diurne le 14 juillet 1944 et sa participation aux opérations conduisant à la libération de Brive-la-Gaillarde.

Brive-la-Gaillarde fut libérée le 15 août 1944 après la reddition de la garnison allemande. Jacques Poirier joua un rôle dans les négociations et dans la coordination des forces résistantes soutenues par le circuit.

Arrestation / évasion / déportation

Jacques Poirier ne se trouvait pas avec Harry Peulevé lors de l’arrestation du 21 mars 1944. Averti de la disparition de son chef, il échappa aux recherches et reprit le réseau.

Son arrestation en Espagne, de décembre 1942 à mai 1943 environ, constitue sa principale détention connue. Aucune déportation ne le concerna.

Camarades de combat

Jacques Poirier travailla directement avec Harry Peulevé dans AUTHOR. Dans DIGGER, ses principaux collaborateurs identifiés furent Peter Lake, envoyé comme instructeur et adjoint, et Ralph Beauclerk, opérateur radio connu sous le pseudonyme de « Casimir ». Il fut également en relation avec des responsables de maquis et avec André Malraux dans le Sud-Ouest.

Retour à la vie civile

Après la Libération, Jacques Poirier retourna en Grande-Bretagne puis fut rendu à la vie civile. Il entra au service de la compagnie Shell, où il mena jusqu’en 1977 une carrière internationale qui le conduisit notamment au Venezuela, en Argentine, au Royaume-Uni et aux Pays-Bas. Il créa ensuite un cabinet de conseil.

Il publia en 1992 ses souvenirs sous le titre La girafe a un long cou…. L’ouvrage reçut en 1993 le prix du maréchal Foch de l’Académie française. Il présida également la Fédération nationale Libre Résistance, regroupant des anciens des réseaux de la section F du Special Operations Executive.

Jacques Poirier mourut d’un arrêt cardiaque le 9 octobre 2005 à Paris.

Décorations

  • Distinguished Service Order — Remis par le roi George VI selon les sources biographiques ; publication dans The London Gazette non retrouvée lors des présentes recherches.
  • Officier de la Légion d’honneur — Source secondaire ; décret non retrouvé lors des présentes recherches.
  • Croix de guerre 1939-1945 — Source secondaire ; citation non retrouvée lors des présentes recherches.
  • Médaille de la Résistance française avec rosette par décret du 31 Mars 1947 JO 26 juillet 1947 Côte du dossier : 1O51175
  • Citoyen d’honneur de Brive-la-Gaillarde — Source secondaire ; décision municipale non retrouvée lors des présentes recherches.

Lieux de mémoire

Le témoignage oral de Jacques Poirier est conservé par l’Imperial War Museums. Ses souvenirs publiés constituent également une source majeure sur les circuits AUTHOR et DIGGER.

Sa mémoire est particulièrement liée à Brive-la-Gaillarde, à Périgueux, aux maquis du Sud-Ouest et au Mémorial de Valençay consacré aux agents de la section F morts pour la France.

Références bibliographiques

Jacques Poirier, La girafe a un long cou…, Fanlac, 1992 ; Le Félin, 2003. Témoignage direct de Jacques Poirier sur son entrée dans la Résistance, son passage en Espagne, son entraînement britannique et la direction de DIGGER.

Michael R. D. Foot, Des Anglais dans la Résistance. Le Service secret britannique d’action en France, 1940-1944, Tallandier, 2008. Ouvrage de référence permettant de replacer AUTHOR et DIGGER dans l’organisation générale de la section F du Special Operations Executive.

Références internet

Imperial War Museums. La notice du témoignage oral de Jacques René Édouard Poirier documente son activité résistante, son passage en Espagne, son service dans le Special Operations Executive, la réorganisation de DIGGER et les opérations de la Libération. https://www.iwm.org.uk/collections/item/object/80010224

Mémoire Vive de la Résistance. La page « Circuit DIGGER » présente Jacques Poirier comme chef du réseau réorganisé après l’arrestation de Harry Peulevé et décrit ses principales missions dans le Sud-Ouest. https://mvr.asso.fr/circuit-digger/

Mémoire Vive de la Résistance. La page « Circuit AUTHOR » établit sa fonction antérieure d’adjoint de Harry Peulevé. https://mvr.asso.fr/circuit-author/

Dossier d’homologation consulté

Aucune cote française certaine de dossier d’homologation n’a été retrouvée. La notice et le témoignage oral conservés par l’Imperial War Museums ont été consultés, mais les dossiers opérationnels britanniques complets du Special Operations Executive ne l’ont pas été.

Observations

Jacques René Édouard Poirier ne doit pas être confondu avec les nombreux homonymes portant le nom Jacques Poirier. La présente notice concerne exclusivement l’agent de la section F du Special Operations Executive né le 7 juillet 1922 à Neuilly-sur-Seine et mort le 9 octobre 2005.

AUTHOR et DIGGER ne sont pas deux engagements indépendants : DIGGER est la continuation opérationnelle d’AUTHOR, réorganisée et dirigée par Jacques Poirier après l’arrestation de Harry Peulevé.

Indice de fiabilité de la notice Niveau A — L’identité, l’activité clandestine initiale, le passage en Espagne, la formation britannique, les fonctions dans AUTHOR et DIGGER ainsi que le parcours après-guerre de Jacques Poirier sont établis par son témoignage conservé par l’Imperial War Museums et par plusieurs sources concordantes.

Chronologie

DateÉvénement
7 juillet 1922Naissance à Neuilly-sur-Seine (Seine).
1941-1942Premières missions de liaison dans la Résistance.
Décembre 1942Franchissement des Pyrénées avec Harry Peulevé.
Décembre 1942-mai 1943 environInternement en Espagne.
Juin 1943Arrivée en Grande-Bretagne.
1943Formation par la section F du Special Operations Executive.
Début de 1944Parachutage en France et entrée dans AUTHOR comme adjoint de Peulevé.
Après le 21 mars 1944Reprise et réorganisation du circuit sous le nom DIGGER.
14 juillet 1944Organisation d’un important parachutage diurne.
15 août 1944Participation aux opérations de libération de Brive-la-Gaillarde.
24 août 1944Participation au défilé de la Libération à Périgueux.
1992Publication de La girafe a un long cou….
9 octobre 2005Mort à Paris.

Sources consultées

L’Imperial War Museums, notice du témoignage oral « Poirier, Jacques René Edouard », a fourni les renseignements sur ses premières activités clandestines, son passage en Espagne, son recrutement par le Special Operations Executive et ses opérations dans le Sud-Ouest. https://www.iwm.org.uk/collections/item/object/80010224

La Mémoire Vive de la Résistance, page « Circuit AUTHOR », a confirmé la fonction d’adjoint exercée par Jacques Poirier auprès de Harry Peulevé. https://mvr.asso.fr/circuit-author/

La Mémoire Vive de la Résistance, page « Circuit DIGGER », a fourni les renseignements relatifs à la reprise du réseau, aux collaborateurs de Poirier, aux parachutages et à la participation à la Libération de Brive-la-Gaillarde. https://mvr.asso.fr/circuit-digger/

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