Georges Emile PITARD, né le 3 septembre 1897 à Paris (7ᵉ), mort le 20 septembre 1941 à Suresnes (Hauts-de-Seine), Mont-Valérien
Fils d’un tapissier et d’une employée des Postes, il sert pendant la Grande Guerre (tranchées de Picardie, élève-officier à Saint-Maixent, fin de guerre dans l’aviation comme lieutenant), reprend des études de droit et prête serment à Paris en 1926. Il ouvre son cabinet rue de Ségur.
Avocat de terrain, proche des syndicats, il défend des militants poursuivis après la dissolution du PCF (1939) et durant l’Occupation. Sa pratique l’identifie rapidement comme défenseur des opposants, au Palais comme en prison.
Intervenant régulier pour le Secours rouge international (section française), il forme avec des confrères un noyau d’avocats communistes qui prennent en charge les dossiers politiques.
Conseil juridique de municipalités de banlieue et de syndicats, il plaide dans de nombreuses affaires de grèves et de propagande. Il anime des réunions au Secours populaire (héritier du SRI) et prend la parole dans des meetings ouvriers, ce qui lui vaut des rappels à l’ordre déontologiques avant-guerre.
Arrestation / évasion / déportation
Arrêté le 25 juin 1941 avec Antoine Hajje, Michel Rolnikas et Maurice Boitel, il est interné à Compiègne (Frontstalag 122). Le 20 septembre 1941, en représailles à l’attentat du 16 septembre boulevard de Strasbourg, il est exécuté au Mont-Valérien.
Ses lettres d’adieu à sa femme et à sa mère, conservées et publiées, témoignent de sa dignité : « Je m’en vais, fier de ma vie, fier de mon passé… ». (prison de la Santé, 19 septembre 1941)
Écrite dans la nuit du 19 au 20 septembre 1941, quelques heures avant son exécution au Mont-Valérien, la lettre s’adresse d’abord à son épouse puis à sa mère. Pitard y affirme sa fierté professionnelle, rappelle avoir « honoré l’Ordre des avocats » en défendant les faibles et combattu l’injustice, et demande à ses proches de rester courageux. Il évoque l’ironie tragique d’être transféré à la Santé, « ces locaux qu’[il a] si souvent visités » comme défenseur, confie son amour à « [sa] chère Lucienne » et tente de rassurer sa mère : il part « en brave », convaincu que « des temps meilleurs viendront, un monde plus harmonieux et plus juste ». La dignité du ton, l’absence de haine et l’insistance sur l’éthique du métier d’avocat structurent tout le message.
— Mémoire du barreau de Paris (notice “PITARD Georges”) : biographie étayée, larges extraits des deux lettres (à son épouse et à sa mère). Mémoire Avocat Paris
Camarades de combat
Antoine Hajje et Michel Rolnikas, co-arrêtés et fusillés ; Maurice Boitel, Paul Vienney, Charles Lederman et d’autres avocats militants à Paris.
Décorations
- Légion d’honneur par décret du 8 mars 1946 (à titre posthume).
- Médaille de la Résistance française à titre posthume par décret du 24 Avril 1946 https://www.ordredelaliberation.fr/fr/medailles?fulltext=Georges+PITARD&items_per_page=10#resultats-medailles
- Citation à l’Ordre de la Nation du 25 février 1946.
- Mention « Mort pour la France » par décret du 9 avril 1946.
Lieux de mémoire
Rue Georges-Pitard (Paris 15ᵉ, dénomination 1946) ; plaque commémorative 18, rue Séguier (Paris 6ᵉ) ; nom gravé au Mémorial du Mont-Valérien.
Références bibliographiques
- Dictionnaire historique de la Résistance, dir. François Marcot, Robert Laffont, 2006. Entrées « Répression », « Lettres de fusillés », « Mont-Valérien » ; outils méthodologiques et bibliographie.
- La justice saisie par la politique. Avocats communistes des années 1930, Vingtième Siècle. Revue d’histoire, 2005/1. Analyse du groupe d’avocats (Willard, Pitard, Hajje, Boitel, etc.) et de leurs stratégies judiciaires militantes.
- Le convoi des “otages communistes”, site de recherche historique (Auschwitz-déportés politiques) : contexte de l’Occupation, biogrammes et sources.
Références internet
- Mémoire du Barreau de Paris – Notice « PITARD Georges (1897-1941) » : biographie étayée, extraits de lettres, liste des pièces d’archives et des distinctions. https://memoire.avocatparis.org/39-45/guerre-39-45/avocats-morts-pour-la-france/106-p/492-pitard-georges-1897-1941
- Musée de la Résistance en ligne – « Plaque à la mémoire de Georges Pitard » : repères biographiques, carrière et exécution comme otage. https://museedelaresistanceenligne.org/media4859-Plaque-la-mmoire-de-Georges-Pitard
- Mémoire des Hommes (Ministère des Armées) – Fiche « PITARD Georges », base des fusillés (consultée via renvoi depuis la notice du Barreau de Paris). https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/