La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

Opération « Armada » : sabotages des alimentations électriques du Creusot (septembre–novembre 1943)

Dans la nuit du 2 au 3 septembre 1943, le commando d’André Jarrot et Raymond Basset, aidés par des résistants locaux comme Pierre Guilhemon, mène une série d’actions coordonnées contre les installations alimentant les usines Schneider du Creusot.

Les cibles comprennent la centrale de Saint-Marcel-lès-Chalon, les postes de Germolles et de Lacrost, la station du pont Jeanne-Rose près de Montchanin et plusieurs pylônes de la ligne haute tension Pougny–Le Creusot.

Ces sabotages, conduits avec précision, désorganisent fortement la production industrielle. Jarrot et Basset sont exfiltrés le 14–15 septembre, avant de revenir en novembre 1943 pour une seconde phase (« Armada II »), marquée par de nouvelles destructions de pylônes et une action contre le barrage de Gigny.

Après l’échec des bombardements alliés sur le Creusot en 1942, qui avaient causé de lourdes pertes civiles sans affecter gravement l’outil industriel, la stratégie évolue. Londres et le BCRA privilégient des attaques ciblées contre les infrastructures électriques, jugées plus efficaces et moins meurtrières. « Armada » illustre cette logique de sabotage « chirurgical », reposant sur des agents parachutés mais soutenus par des réseaux locaux.

Acteurs et figures marquantes

Le commando est dirigé par André Jarrot et Raymond Basset, agents BCRA aguerris, épaulés par Pierre Guilhemon et des résistants locaux.

Côté allemand, les installations sont protégées par la Wehrmacht et la Gestapo, chargées de surveiller les sites stratégiques industriels et énergétiques de Bourgogne.

Victimes

Les sabotages de septembre 1943 ne causent pas de pertes humaines du côté des résistants. Leur mode opératoire visait à limiter les victimes, contrairement aux bombardements aériens.

D’autres tentatives locales ultérieures contre les centrales, en dehors du cadre de « Armada », entraînèrent parfois des arrestations ou des morts, mais elles ne relèvent pas de cette mission précise.

Survivants

Tous les membres du commando survivent aux sabotages de septembre 1943. Jarrot et Basset rejoignent l’Angleterre après l’exfiltration, puis reprennent du service en novembre 1943 pour « Armada II », avant de repartir de nouveau.

Conséquences

Les sabotages réussis perturbent gravement la production électrique du Creusot, désorganisant l’activité industrielle de Schneider.

Ces actions limitent la nécessité de raids aériens et constituent une démonstration d’efficacité de la Résistance coordonnée avec Londres.

Si aucune répression immédiate massive n’est documentée pour la nuit du 2–3 septembre, l’occupation intensifie ensuite la surveillance et la répression dans la région.

Mémoire et lieux commémoratifs

La mémoire d’« Armada » est présente dans les musées et lieux de mémoire de Saône-et-Loire (Creusot, Montchanin, Chalon-sur-Saône).

L’Ordre de la Libération, la Fondation de la Résistance et le Musée de la Résistance en ligne rappellent ces opérations dans leurs notices et expositions.

Localement, l’histoire industrielle de Schneider inclut aujourd’hui ce chapitre de sabotage dans son récit patrimonial.

Références bibliographiques

  • SOE in France, M. R. D. Foot, HMSO (1966) / Routledge (rééd.).
    Ouvrage de référence sur la Section F et la Section RF du SOE, leurs méthodes et leurs opérations en France. Il éclaire le cadre institutionnel des missions mixtes SOE-RF/BCRA et la logique des sabotages d’infrastructures, permettant de situer « Armada » au sein des campagnes de 1943.
  • La Seconde Guerre mondiale en Saône-et-Loire. Occupation et Résistance, André Jeannet, JPM Éditions, 2003. Synthèse régionale très détaillée sur la période 1940-1944 en Saône-et-Loire ; l’ouvrage traite des réseaux, des terrains, des parachutages et des opérations de sabotage ayant touché le bassin du Creusot, utile pour recouper la chronologie et les acteurs de « Armada ».
  • Bombing the European Axis Powers: A Historical Digest of the Combined Bomber Offensive, 1939-1945, Richard G. Davis, Air University Press.
    Digest analytique sur les campagnes aériennes alliées, fournissant un cadre comparatif pour mesurer l’impact stratégique des bombardements et la pertinence des actions de sabotage au sol visant les réseaux électriques.

Références internet

  • Divergences signalées : la composition exacte du groupe initial « Armada I » comporte, selon les tableaux d’infiltration (Plan-Sussex/ESIStoire), un troisième agent, Charles Le Bihan, que les synthèses locales mentionnent de façon plus allusive ; ce point est accepté ici comme plausible mais repose principalement sur des compilations techniques, d’où la prudence indiquée. Eistoire
  • Appellations : « Armada » (mission/operation), suites « Armada II » et « Armada III » en novembre 1943 ; toutes attestées par les notices officielles et les tableaux d’infiltration. Musée de la Résistance en Ligne
  • Avertissement d’homonymie : ne pas confondre l’opération de sabotage « Armada » (BCRA/SOE, 1943) avec l’opération aérienne « Robinson » (RAF, 17 octobre 1942) ; la seconde sert de contexte stratégique, non d’appellation de la mission terrestre.

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