Mission « Cannelle » (BCRA), juillet–août 1944
La mission « Cannelle » est déclenchée dans la nuit du 9 au 10 juillet 1944 par le parachutage du délégué militaire pour la Saône-et-Loire, André Jarrot, avec une équipe BCRA, sur la zone dite « Trousseau » près de Gigny-sur-Saône.
L’objectif opérationnel annoncé par les sources officielles est clair : gêner et harceler le repli des troupes allemandes qui remontent la vallée du Rhône, en coordonnant les maquis locaux, les équipes SAS et – bientôt – les équipes Jedburgh déployées dans la région.
Dès le 10 juillet, Jarrot participe à la destruction du pont de Tournus, ce qui illustre la priorité donnée aux coupures d’axes de circulation sur les itinéraires N6/N7 et les franchissements de la Saône.
Les semaines suivantes voient la montée en puissance d’actions coordonnées de harcèlement, de sabotage et d’embuscades en Saône-et-Loire et aux confins du Rhône et de l’Ain, alors que les colonnes allemandes refluent vers le nord-est.
À compter du 12 août 1944, l’arrivée de l’équipe Jedburgh « Alan » près de Saint-Gengoux-le-National, missionnée pour « prendre contact et coopérer avec la mission Cannelle », renforce la coordination interalliée sur le secteur Lyon–Dijon et Lyon–Nevers.
Circonstances
« Cannelle » s’inscrit dans le dispositif interallié de l’été 1944 qui vise à perturber la manœuvre de repli allemande consécutive au Débarquement de Normandie et à la préparation du Débarquement de Provence.
Dans ce cadre, le BCRA confie à Jarrot la direction des opérations départementales en Saône-et-Loire, avec pour consigne d’articuler l’action des FFI avec celle des éléments parachutés du 3e SAS français et des équipes Jedburgh.
Cette logique de « harcèlement stratégique » – coupures de ponts, entraves de circulation, embuscades ciblées – est attestée par les notices officielles et par les tableaux d’infiltration alliés.
Acteurs et figures marquantes
André Jarrot, chargé par Londres d’exercer la fonction de délégué militaire pour la Saône-et-Loire, conduit la mission et assure la liaison avec les principaux chefs FFI du département. Il est rapidement rejoint par Pierre Guilhemon, parachuté le 9 juillet 1944 comme adjoint de Jarrot « dans le cadre de la mission Cannelle ». Les sources de synthèse signalent également, dans l’orbite de Cannelle et des opérations connexes, la coopération avec le 3e SAS sous les ordres de Pierre Château-Jobert (« Conan ») et l’appui de l’équipe Jedburgh “Alan” (capitaine Stanley M. Cannicott), explicitement mandatée pour se lier à Cannelle.
Victimes
Les sources officielles consultées sur « Cannelle » ne livrent pas de bilan chiffré spécifique aux seules actions conduites sous ce nom de mission ; elles relèvent surtout les objectifs atteints (ponts, axes, harcèlement).
Le contexte départemental, en revanche, est marqué en juillet-août 1944 par une répression intense (exécutions et fusillades autour de Chalon-sur-Saône), qu’il faut distinguer de l’action strictement imputable à « Cannelle ».
Survivants
Jarrot conduit la mission jusqu’à la Libération locale et poursuivra une carrière publique après-guerre.
Guilhemon, sa mission achevée, rejoint en octobre 1944 la DGER et seconde ensuite Raymond Basset à la Sûreté régionale de Lyon, avant de reprendre la vie civile en 1945.
Conséquences
À court terme, l’action de « Cannelle » contribue à désorganiser la retraite allemande sur la vallée du Rhône en multipliant les coupures et les entraves, et en coordonnant l’action des maquis avec les éléments alliés parachutés.
Elle s’insère dans la dynamique qui voit, à partir du 15 août, la pression s’accroître avec les opérations associées au Débarquement de Provence et l’extension des zones libérées.
La coopération formalisée avec l’équipe Jedburgh « Alan » atteste la place de « Cannelle » dans le schéma interallié de l’été 1944.
Mémoire et lieux commémoratifs
La mémoire de ces combats est entretenue localement, notamment autour des actions des SAS et des maquis en Saône-et-Loire ; des commémorations ont lieu chaque année dans le secteur de Sennecey-le-Grand, au cœur des zones d’opérations où intervinrent SAS et FFI en lien avec les missions BCRA.
La destruction du pont de Tournus, à laquelle Jarrot « prend part » dès le 10 juillet, demeure un marqueur mémoriel de l’entrave des communications sur la Saône.
Références bibliographiques
- SOE in France, M. R. D. Foot, HMSO, 1966 ; rééd. Routledge. Ouvrage de référence sur la Section F et la Section RF du SOE : méthodes, structures et campagnes d’action en France. Indispensable pour situer la coopération SOE/BCRA, la chronologie des missions RF de 1944 et la logique des opérations de harcèlement sur axes et ponts.
- Histoire de la Résistance en Saône-et-Loire. Maquis – Forces spéciales et S.A.S., Patrick Veyret, La Taillanderie, 2001. Synthèse régionale centrée sur 1944 : implantation des maquis, actions des SAS et des équipes alliées, grands parachutages d’été et combats de la Libération. Utile pour recouper les zones et temporisations où s’inscrit « Cannelle ».
- Conan. Pierre Château-Jobert (1912-2005), Michel Vial, Indo-Éditions, 2020.
Biographie du chef du 3e SAS français ; apporte un éclairage sur les opérations SAS en Bourgogne et sur la coordination interalliée avec les missions du BCRA au cours de l’été 1944.
Références internet
- Ordre de la Libération – Notice André Jarrot
Notice officielle : parachutage du 9 juillet 1944 comme délégué militaire de Saône-et-Loire avec mission d’empêcher le repli allemand ; mention explicite de sa participation, le lendemain, à la destruction du pont de Tournus.
Lien : https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/andre-jarrot Musée de l’Ordre de la Libération - Ordre de la Libération – Notice Pierre Guilhemon
Notice officielle : parachutage du 9 juillet 1944 « comme adjoint d’André Jarrot dans le cadre de la mission “Cannelle” », dont l’objet est de gêner la retraite allemande sur la vallée du Rhône ; parcours ultérieur en 1944-45.
Lien : https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/pierre-guilhemon - SOE RF Section (tableaux) – Wikipédia (emploi en appoint)
Tableaux récapitulatifs : entrée « JOHN-60 / CANNELLE » (Jarrot, Guilhemon, Ancel, Bouchet/Boucher, Gazeau), DZ « Trousseau » à Gigny-sur-Saône le 9 juillet 1944 ; objectif : mise en place du délégué militaire départemental.
Lien : https://en.wikipedia.org/wiki/SOE_RF_Section - Plan-Sussex / ESIStoire – Tableaux d’infiltration
Compilations techniques : mention de l’équipe Jedburgh « Alan » (12 août 1944) chargée de « prendre contact et coopérer avec la mission Cannelle » pour harceler l’ennemi dans les secteurs Lyon–Nevers et Lyon–Dijon.
Lien : https://www.yumpu.com/en/document/view/7194964/tentative-of-history-of-in-exfiltrations-into-from-le-plan-sussex - Musée de la Résistance en ligne – Rapport Raymond Basset
Pièce de contexte : décrit, pour juillet 1944, la mission « Gingembre » (autre mission BCRA) visant le même objectif de blocage du repli allemand sur la vallée du Rhône, utile pour comprendre l’architecture d’ensemble dans laquelle s’inscrit « Cannelle ».
Lien : https://museedelaresistanceenligne.org/media9317-Rapport-de-Raymond-Basset-alias-Gourmette-sur-des-oprations-de-sabotage - Mémoire Vive de la Résistance – Pierre Guilhemon
Notice associative de recoupement : rappelle son parachutage du 9 juillet 1944 en adjoint de Jarrot « dans le cadre de la mission Cannelle » et l’objectif d’entraver la remontée allemande dans la vallée du Rhône.
Lien : https://mvr.asso.fr/guilhemon/ mvr.asso.fr - Burgundy Tourism – Commémorations SAS (Sennecey-le-Grand)
Rappel des cérémonies en mémoire des opérations SAS dans le couloir Saône-et-Loire à l’été 1944, contexte mémoriel des opérations menées en coopération avec les missions BCRA.
Lien : https://www.burgundy-tourism.com/events-calendar/81eme-anniversaire-de-la-liberation
Appellations
Le nom de mission « Cannelle » est explicitement attesté par l’Ordre de la Libération (notice Guilhemon) et par les tableaux d’infiltration (entrée « JOHN-60 / CANNELLE »). Les sources complémentaires de contexte décrivent des objectifs identiques sous d’autres noms de mission (ex. « Gingembre ») pour d’autres équipes BCRA ; ces appellations ne doivent pas être confondues.
Divergences signalées
Les sources de synthèse (tableaux d’infiltration) détaillent la composition du stick de « Cannelle » et les liaisons avec Jedburgh « Alan », alors que les notices officielles se concentrent surtout sur la fonction de Jarrot et l’objectif de la mission ;
le croisement des deux types de sources permet d’assurer l’existence, la date, la zone de parachutage et la finalité, mais impose de rester prudent sur des listes nominatives étendues qui ne sont pas toutes confirmées par des bases nationales.
Avertissement d’homonymie
Ne pas confondre « Cannelle » (mission BCRA en Saône-et-Loire, été 1944) avec « Gingembre » (autre mission BCRA dans la région lyonnaise poursuivant un objectif similaire de blocage du repli allemand).