10 juin 1944, La Ferté-Saint-Aubin et Marcilly-en-Villette, Loiret, France.
À la suite du débarquement allié du 6 juin 1944, de jeunes résistants parisiens, lycéens et étudiants pour beaucoup, quittent Paris pour rejoindre les maquis de Sologne puis, pour une partie d’entre eux, les maquis de Corrèze.
Les sources des Archives départementales du Loiret, du Musée de la Résistance en ligne et du site mémoriel du maquis de Lorris établissent qu’ils sont regroupés autour de la ferme du By, à La Ferté-Saint-Aubin, Loiret, France, puis répartis vers d’autres points, notamment Cerfbois, sur la commune de Marcilly-en-Villette, Loiret, France, et Grandbois.
Le 10 juin 1944, les Allemands, avec la participation de la Sipo-SD / Gestapo d’Orléans selon les formulations retenues par les sources mémorielles et archivistiques ouvertes, attaquent ces points de rassemblement. Les témoignages et synthèses consultés convergent sur le fait que les résistants ont été découverts à la suite d’une dénonciation. Le témoignage filmé de Claude DUCREUX évoque explicitement cette trahison à la ferme du By.
Les chiffres diffèrent selon le périmètre retenu par les sources. Le Musée de la Résistance en ligne et le document pédagogique de la Fondation de la Résistance / Musée de la Résistance en ligne retiennent 41 jeunes résistants parisiens tombés sous les balles allemandes le 10 juin 1944 dans les fermes proches de La Ferté-Saint-Aubin.
Le site des Archives du Loiret et celui du maquis de Lorris, qui s’appuient sur l’ouvrage de Georges Joumas, ajoutent que quinze autres moururent ensuite en déportation, ainsi que deux propriétaires qui les avaient hébergés, soit 58 victimes au total pour l’ensemble de l’affaire. Cette divergence doit être conservée : 41 morts immédiats pour le massacre du 10 juin dans sa définition la plus stricte, 58 victimes pour l’ensemble de la tragédie et de ses suites répressives.
Circonstances
L’événement s’inscrit dans le contexte immédiat du Débarquement de Normandie, qui provoque l’activation de nombreux projets de maquis et de concentration de jeunes résistants en province. Le corps-franc Liberté, rattaché au réseau Vélite-Thermopyles selon le Musée de la Résistance en ligne, avait prévu dès la fin de 1943 une base en Sologne pour former un maquis, préparer des actions de guérilla et pouvoir remonter rapidement sur Paris au moment de l’insurrection. La ferme du By sert de camp de base de cet ensemble.
Les sources ouvertes permettent aussi de relier l’événement au réseau Thermopyles. Les Archives du Loiret parlent de 41 jeunes résistants parisiens, membres du réseau Thermopyles, en route pour renforcer les maquis de Corrèze. Le Musée de la Résistance en ligne précise de son côté que le camp solognot est constitué par le corps-franc Liberté rattaché à Vélite-Thermopyles. Il y a donc ici une nuance de formulation entre le nom du réseau et celui du corps-franc engagé sur le terrain, sans contradiction de fond sur l’appartenance résistante du groupe.
Claude DUCREUX n’est pas mort dans le massacre mais son témoignage constitue une source mémorielle importante sur l’événement. Le Musée de la Résistance en ligne précise qu’il devait rejoindre ses camarades au maquis de Chambon-la-Forêt ; prévenu à temps le 10 juin 1944, il échappe à la fusillade de la ferme du By puis rejoint le maquis de Lorris. Son témoignage confirme la dénonciation et l’existence de survivants directs.
Georges BARRAL est une figure directement liée au dispositif de Sologne. La notice du Musée de la Résistance en ligne indique qu’il appartient au corps-franc Liberté rattaché à Vélite-Thermopyles, qu’il rejoint la ferme du By le 7 juin 1944, et que, le 10 juin, les Allemands attaquent la ferme et tuent trois résistants, tandis que Raymond de Lassus Saint Geniès, Georges Barral et d’autres camarades parviennent à quitter le camp à temps. Cette notice montre que tous les présents au dispositif de Sologne n’ont pas été pris dans la même séquence répressive.
Philippe BERNARD est mentionné par l’Ordre de la Libération parmi les résistants liés au maquis de La Ferté-Saint-Aubin. La notice publiée en 2024 précise qu’en juin 1944 il est chargé d’organiser la participation d’Essor au maquis de La Ferté-Saint-Aubin, mais qu’il y arrive juste après le massacre du 10 juin. Cette notice confirme l’importance du site de La Ferté-Saint-Aubin comme point de concentration de jeunes résistants venus de Paris.
Victimes
Les sources ouvertes consultées ne donnent pas, dans les extraits directement accessibles, la liste complète et sûre de toutes les victimes nominatives du massacre du 10 juin 1944. Elles permettent en revanche d’identifier avec certitude François BAYET (1926-1945) parmi les jeunes résistants concernés par l’affaire : la documentation du Musée de la Résistance en ligne le cite comme l’un de ceux qui moururent ensuite dans les camps nazis, et FranceArchives précise qu’il avait reçu l’ordre de rallier La Ferté-Saint-Aubin le 5 juin 1944.
Les sources locales et archivistiques indiquent aussi que deux propriétaires ayant hébergé les jeunes résistants font partie du bilan humain global de l’affaire, mais les extraits ouverts consultés ici ne permettent pas d’en donner les noms avec une certitude suffisante sans consultation archivistique plus poussée. Il convient donc de s’en tenir à cette mention générale.
Survivants
Le témoignage de Claude DUCREUX mentionne explicitement deux survivants à la ferme du By. L’un est désigné comme Georges, décrit comme antillais et non retrouvé par les Allemands ; l’autre est donné sous la graphie incertaine Lucien Schment ou ferme voisine, la source précisant elle-même que la graphie du nom est sujette à caution. Ce passage ne permet donc pas de fixer avec une certitude absolue l’état civil complet du second survivant, mais il atteste l’existence de survivants immédiats.
Le cas de Georges BARRAL constitue un autre parcours de survie au 10 juin 1944 : il échappe à l’attaque de la ferme du By, poursuit ensuite le combat en Sologne, avant d’être mortellement blessé plus tard, le 15 juillet 1944, dans un autre affrontement. Il ne doit donc pas être compté parmi les fusillés du 10 juin, même s’il appartient au même dispositif de résistance.
Conséquences
Le massacre du 10 juin 1944 compte parmi les épisodes les plus meurtriers de la répression allemande dans le Loiret. Les Archives départementales du Loiret le présentent comme une tragédie majeure de l’Occupation en Sologne, parallèle dans le temps à Oradour-sur-Glane. Les suites de l’affaire comprennent la déportation d’une partie des jeunes arrêtés, puis des enquêtes et procès d’après-guerre visant des agents français de la Gestapo ainsi que la recherche de responsables allemands en fuite, dont Fritz Merdsche, mentionné dans la présentation des Archives du Loiret et du maquis de Lorris.
Sur le plan symbolique, l’événement est devenu un marqueur essentiel de la mémoire des résistances lycéenne et étudiante parisiennes. Le document pédagogique du Musée de la Résistance en ligne insiste sur le fait que ces jeunes avaient quitté la capitale pour rejoindre les maquis de Sologne à l’annonce du Débarquement, ce qui donne à leur mort une forte portée mémorielle dans l’histoire de l’engagement scolaire et étudiant dans la Résistance.
Mémoire et lieux commémoratifs
Le lieu principal de mémoire est la nécropole nationale de La Ferté-Saint-Aubin, située au hameau de Bellefontaine, à La Ferté-Saint-Aubin, Loiret, France. Le site officiel Chemins de mémoire indique qu’elle regroupe des tombes de résistants victimes de la répression nazie en Sologne. Les Archives du Loiret illustrent leur présentation de la tragédie par une photographie de cette nécropole, ce qui confirme son rôle central dans la mémoire locale de l’événement.
Le site mémoriel du maquis de Lorris rappelle aussi le souvenir des fermes du By, de Cerfbois et de Grandbois comme lieux mêmes de la tragédie du 10 juin 1944. La mémoire de l’événement repose donc à la fois sur une nécropole nationale et sur la conservation toponymique des sites d’exécution dans la mémoire résistante loirétaine.
Références bibliographiques
Georges Joumas, La tragédie des lycéens parisiens résistants, 10 juin 1944 en Sologne, Corsaire Éditions, 2014. Cet ouvrage est directement signalé par les Archives départementales du Loiret comme la référence centrale sur l’événement. Il traite du départ des jeunes résistants parisiens, de leur arrivée en Sologne, du massacre du 10 juin 1944, puis des suites judiciaires de l’affaire après la Libération. Il constitue la base bibliographique la plus précise pour cette tragédie.
Association pour la connaissance et la sauvegarde du patrimoine fertésien, La Résistance dans le canton de la Ferté-Saint-Aubin 1940-1945, La Ferté-Saint-Aubin. Cette référence apparaît dans la base bibliographique du Musée de la Résistance en ligne. Elle permet d’élargir la recherche au contexte local de la Résistance en Sologne, aux réseaux implantés dans le canton et au cadre territorial dans lequel s’inscrit le drame du 10 juin 1944. Elle est particulièrement utile pour replacer l’événement dans l’histoire résistante du secteur.
Ouvrage collectif de la Fondation de la Résistance / Musée de la Résistance en ligne sur les lycéens, étudiants et enseignants dans la Résistance, publié dans le cadre du CNRD 2022-2023. Ce document consacre un passage aux jeunes du corps-franc Liberté partis en Sologne et rappelle que 41 d’entre eux tombent le 10 juin 1944 près de La Ferté-Saint-Aubin. Il est précieux pour l’interprétation historique de l’événement dans l’histoire plus large des engagements lycéens et étudiants.
Dossier de documentation de Claude Dewael sur les fusillés de la Ferté-Saint-Aubin (10 juin 1944) et plus particulièrement sur Camille Georget, conservé et signalé par FranceArchives. Cette référence archivistique montre l’existence d’un dossier de travail centré sur les fusillés du 10 juin 1944. Elle est utile pour retrouver des notices individuelles et approfondir la liste nominative des victimes.
Inventaires et instruments de recherche des Archives départementales du Loiret relatifs à la Seconde Guerre mondiale dans le Loiret, notamment les dossiers judiciaires et d’enquête mentionnant les événements de la ferme du By et du Cerfbois. Ces références ne sont pas des monographies narratives, mais elles sont essentielles pour une enquête historique rigoureuse, car elles signalent les dossiers d’enquête, de justice et de répression liés directement au massacre.
Références internet
Archives départementales du Loiret présentent la conférence de Georges Joumas consacrée à La tragédie des lycéens parisiens résistants, 10 juin 1944 en Sologne. Cette page apporte une synthèse solide sur le contexte, le nombre des jeunes résistants engagés, le bilan humain global de l’affaire et les suites judiciaires de l’après-guerre. Elle constitue l’une des références institutionnelles les plus utiles en ligne pour cerner l’événement. https://www.archives-loiret.fr/vie-culturelle-2/conferences/la-tragedie-des-lyceens-parisiens-resistants
Musée de la Résistance en ligne propose le témoignage filmé Claude Ducreux : la trahison à la Ferté-Saint-Aubin. Cette ressource est essentielle pour documenter la dénonciation, la situation de la ferme du By, l’existence de survivants et la mémoire vécue du drame. Elle apporte une parole directe de résistant, contextualisée et conservée dans un cadre mémoriel reconnu. https://museedelaresistanceenligne.org/media2158-Claude-Ducreux-la-trahison-la-Fert-Saint-Aubin
Musée de la Résistance en ligne offre aussi une notice sur Georges Barral et la stèle qui lui est consacrée. Cette page éclaire l’organisation du camp de base de la ferme du By, l’appartenance du groupe au corps-franc Liberté rattaché à Vélite-Thermopyles, ainsi que les mouvements des résistants avant et après l’attaque du 10 juin 1944. Elle est très utile pour comprendre la structure résistante de Sologne. https://museedelaresistanceenligne.org/media5315-Stle-la-mmoire-de-Georges-Barral
Chemins de mémoire consacre une page officielle à la nécropole nationale de La Ferté-Saint-Aubin. Cette ressource permet de documenter le principal lieu commémoratif lié à l’événement et, plus largement, à la répression nazie en Sologne. Elle est indispensable pour la partie mémorielle de la fiche. https://www.cheminsdememoire.gouv.fr/fr/bellefontaine
FranceArchives et les instruments de recherche des Archives départementales du Loiret signalent plusieurs dossiers sur les fusillés du 10 juin 1944 et sur l’enquête relative aux événements de la ferme du By et du Cerfbois. Ces outils ne livrent pas toujours l’intégralité des contenus en accès direct, mais ils confirment l’existence d’un appareil archivistique substantiel pour poursuivre l’enquête nominative et judiciaire. https://francearchives.gouv.fr/fr//facomponent/a322124825ee29966f914725589306c22d032623 et https://www.archives-loiret.fr/fichier/135245/2720
Sources consultées
Sources consultées : Mémoire Vive de la Résistance, Maitron Résistance, Fondation de la Résistance, Musée de la Résistance en ligne, Mémoire des Hommes, Ordre de la Libération, Gallica BnF, Service Historique de la Défense, Archives départementales du Loiret, FranceArchives, site mémoriel du maquis de Lorris, Chemins de mémoire, Wikipédia à titre complémentaire uniquement. Date de vérification : 17 mars 2026.